Tirs contre le président polonais en Géorgie: gros doute!

Bizarre quand même, ces tirs qui ont visé, dimanche,  le passage du convoi des présidents polonais et géorgien Lech Kaczynski et Mikheil Saakachvili à la lisière de l’Ossétie du Sud sur la route d’Alkhagori. Cela me rappelle un incident du même accabit – cette fois lors de la visite de Bernard Kouchner et Alexandre Stubb (Osce) en plein mois août, « évacués d’urgence » par des gardes du corps « affolés » à qui on avait signalé un « hélicoptère suspect » A chaque fois qu’un officiel important se ballade en compagnie de Sakharchvilli, des tirs se déclenchent venus du camp ossète.  Ce type doit porter quand même la poisse !  :) … L’entourage du ministre français et des journalistes qui l’accompagnaient m’avaient alors confié leur sérieux doute sur le danger réel et parlait d’une « mise en scène » !

Un rapport secret de 16 pages coté polonais confirme le doute.  Nos confrères du quotidien « Dziennik » ont aujourd’hui rendu publiques les conclusions d’un rapport confidentiel de l’Agence de sécurité intérieure (ABW), attribuant la responsabilité de l’incident lors de la visite du Président Kaczynski en Géorgie aux services géorgiens. Selon Krzysztof Bondaryk, chef de l’Agence, cette thèse est corroborée par 1) le comportement des services de sécurité géorgiens – ils n’avaient pas réagi aux premiers coups de feu -, 2) par l’attitude décontractée du Président Saakachvili lors de tout l’incident. 3) rien ne prouve que les coups de feu aient été tirés dans la direction du cortège. 4) il n’est pas exclu que les postes de frontière Ossètes aient pu tirer – comme de récentes déclarations des autorités ossètes l’affirment – mais plutôt « des coups de semonce à l’approche du cortège ». Selon les auteurs du rapport, le Président Saakachvili aurait été « le seul à bénéficier de l’incident », à la veille des manifestations annoncées par l’opposition politique. « Dziennik » a remarqué que l’ABW considérait cette hypothèse comme la plus plausible,  (Nb : ce rapport confidentiel a été rédigé le 24, le lendemain de l’incident, et transmis aux plus hautes personnalités de l’Etat. Venant de services polonais, plutôt enclins à trouver des vertus au président géorgiens, il doit être pris très au sérieux).

Une version tangible. Vu la tension dans le secteur et ce que j’ai pu en percevoir, par les témoignages recueillis, il n’est pas exclu que des Ossètes aient tiré, en l’air, éventuellement,
ou dans quelques directions – c’est courant dans le secteur ce genre « d’incidents » sans vraiment de conséquence. Et régulièrement m’ont rapporté les observateurs, les forces, de part et d’autre, montrent ainsi leurs… biceps. (voir l’essai de classification des incidents).

En conclusion, il faudra, peut-être, qu’un jour le président géorgien – ou sa garde rapprochée – comprenne qu’à force de « monter » de tels coups douteux, foireux, il risque de discréditer
sa cause ! Car on va désormais avoir un doute sur tous les incidents – bénins ou plus graves – qui se déroulent dans cette contrée.

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).