Renfort non européen pour le Congo, victoire de la vision britannique ?

(B2)C’était la solution préférée de nombre d’Etats Européens : le renforcement de la force de l’ONU au Congo a été acté, jeudi, au Conseil de sécurité de l’ONU. Le Conseil de sécurité de l’ONU a en effet autorisé “l’augmentation temporaire des effectifs de la Monuc” : + 2785 pour le personnel militaire ; +  300 pour la police. Avec “autorisation de déploiement immédiat“. Ce qui porte l’effectif à 20.000 hommes (la MONUC a déjà 17.000 hommes pour un territoire vaste).

L’autorisation est donnée “jusqu’au 31 décembre 2008” (date de fin de mandat de la Monuc). Mais le Conseil de sécurité a – en effet – déjà indiqué qu’il “entend reconduire cette autorisation à l’occasion de la prorogation du mandat de la MONUC” ; la durée du séjour des forces supplémentaires “dépendra des conditions de sécurité dans les Kivus“.

De meilleures règles d’engagement ?

Les 15 membres du Conseil ont demandé que “la MONUC s’acquitte intégralement de son mandat, y compris au moyen de règles d’engagement robustes“. Ils souhaitent également que la MONUC puisse “renforcer sa capacité de protéger les civils, reconfigurer sa structure et ses forces et les déployer au mieux”. Une critique à peine voilée du problème que rencontrent au quotidien les soldats de la Monuc, pris entre deux feux (rebelles et forces permanentes) et deux séries d’ordre contradictoires (la mission de l’Onu et les ordres de leur capitale).

Pour télécharger la résolution de l’ONU.

La position britannique préférée ?

Le ministre britannique chargé de l’Afrique, de l’Asie et de l’Onu, Lord Malloch-Brown, avait clairement exprimé sa préférence, lors de sa visite à Kinshasa sur les ondes de Radio Okapi (radio congolaise soutenue par la Monuc – pour aller vite) : “La première priorité c’est d’abord la Monuc, la deuxième priorité ce sont des troupes régionales qui viendraient en appui à la Monuc, et nous pensons que la moins efficace de toutes ces options, serait le déploiement des troupes européennes“.

Il avait aussi précisé : “Nous pouvons automatiquement accepter le déploiement des troupes européennes à l’est de la RDC, si toutes les autres voies échouent. Nous n’avons pas exclu cette possibilité, c’est une option. Mais la différence entre un éventuel déploiement des troupes européennes et l’ancienne opération « Artémis », c’est que cette fois –ci aucune opération de ce genre n’a été préalablement préparée. Cela demande beaucoup de temps de préparation“.

L’option franco-belge a échoué ?

L’option préconisée par quelques Européens – plutôt isolés, France et Belgique, Suède dans une moindre mesure – de l’envoi d’une force européenne a donc échoué. Du moins pour l’instant. Force est de le reconnaître.

Les Français sont cependant montés au créneau à deux reprises au niveau de l’UE. Mais ils n’ont pas réussi à convaincre comme le disait Bernard Kouchner (1). Malgré les demandes répétées des ONG (2). Très vite, d’abord pour préconiser l’envoi d’un Battlegroup (3), option vite écartée du fait du veto Allemand d’un coté (un des battlegroup de permanence est franco-allemand) et des réticences opérationnelles britanniques de l’autre (le 2e battlegroup de permanence est britannique, mais les hommes qui le composent doivent repartir en Afghanistan et les envoyer risquait de compromettre ce calendrier). La possibilité de prendre une partie d’un battlegroup (et une partie de l’autre éventuellement) n’est pas possible techniquement (chaque battlegroup était prévu pour fonctionner en unité). Deuxième tentative (au Cops vendredi), l’idée d’un pont aérien Entebbe-Goma (4). Nouvel échec du moins dans l’immédiat.

Une action bilatérale coordonnée ?

La dernière option sur la table est ainsi une “action bilatérale” : chaque pays fait une proposition de ce qu’il peut offrir à l’Onu. En fait, comme d’habitude, il est de coutume dans les générations de force des opérations onusiennes. En d’autres termes, il n’y a pas d’action européenne ! Faute de mieux, cependant, certains pays cherchent à avoir réponse coordonnée (pour avoir un semblant d’action commune et aussi pour des raisons d’efficacité). A suivre…

(NGV)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Une réflexion sur “Renfort non européen pour le Congo, victoire de la vision britannique ?

  • 22 novembre 2008 à 09:18
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    Vu la ”mauvaise réputation” de la MONUC dans les deux camps (voir le site de la présidence de la RDC) et le ”manque d”efficacité des milliers d’hommes déjà déployé sur place (encore un massacre de civils dénoncé ce matin qui s’est passé devant des casques bleus qui n’ont pas réagi), le sort de la population locale n’est vraiment pas à envier. 🙂

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