Récit de Géorgie 3: provocations, responsabilité et épuration…

(B2)Qui est responsable du conflit ? C’est la question à un euro. Peu importe qui a commencé, au mois d’août, ce n’est pas le plus important. Ce qui semble sûr, « c’est qu’il y a volonté de la Russie de gagner – par ossètes et abkhazes interposés – du territoire ou de l’influence » m’explique un diplomate. Un lent grignotage toujours présent. Coté ossète comme coté abkhaze cela se manifeste par une série d’incidents qui « visent clairement à marquer qu’il y a, ici, une vraie frontière. Voire à faire un peu fuir la population locale ».

Violences et provocations en série qui ne datent pas d’hier. Les provocations sont courantes, de part et d’autre de la frontière. Et, régulièrement, il y a des blessés, voire des morts. Cela ne date pas d’hier. « Même si on peut estimer qu’il y a une recrudescence depuis une semaine – m’explique un observateur -, les plus anciens ici estiment que ce n’est juste qu’un “retour à la normale”».Jusqu’à présent, tout le monde s’en foutait. L’Europe regardait ailleurs et feignait de ne pas voir. Quand on interpellait nos capitales, personne ne répondait. Ce conflit a eu au moins un mérite, ramener l’attention vers la Géorgie » me confie ce diplomate. Un propos confirmé par plusieurs experts. « Nous avons reçu trois fois les sommes depuis le conflit que ce que nous avions reçu pour cette année. Nous allons, enfin, pouvoir avoir les moyens d’une action concrète. » me confie le responsable d’une organisation onusienne.

L’armée géorgienne en manoeuvre à deux pas de la frontière. Signe que rien n’est simple dans cet enchaînement de provocations de part et d’autre, le gouvernement géorgien vient d’envoyer ses militaires en “entraînement” à quelques kilomètres de l’Ossétie du Sud. « Ce qui n’est pas une violation du cessez-le-feu, stricto sensu – me précise un expert européen -, les forces armées doivent rentrer dans leurs casernes dans l’ancienne buffer zone ». Mais celle-ci ne recouvre pas toute la frontière de l’Ossétie du Sud, elle ne s’étendait que sur le sud de la région». De même, les Ossètes régulièrement s’entraînent, de l’autre coté de la frontière, avec tirs ou explosifs… Cela ne contribue pas peu à entretenir une atmosphère tendue.

Volonté d’isolement. Du coté abkhaze, plusieurs ponts ont sauté, la “volonté réelle étant de n’avoir que quelques points de passage bie délimités, permettant de contrôler toute circulation
de part et d’autre” me signale un expert du dossier. Du coté ossète, le blocage est identique mais semble le fait des deux parties. Il est impossible d’entrer en Ossétie en venant de Gori, du moins en voiture, et même à pied (pour l’instant) mais par les petits chemins ou petites routes de montagne (sur les deux cotés est ou ouest), cela semble possible. Le blocage existe aussi coté géorgien. On sent “une volonté nouvelle (qui n’existait pas avant août) d’isoler l’Ossétie, de l’asphixier” me précise un diplomate. Une loi a ainsi été votée interdisant aux entreprises ossètes d’exercer, si elles ne sont pas inscrites à Tbilissi.

Une véritable épuration ethnique. Plus grave. En Abkhazie et en Ossétie du sud, « on est face clairement à une épuration ethnique ». Le constat paraît brutal. Mais m’est répété à plusieurs reprises tant coté diplomatique que coté militaire. « Même si certains experts en chambre refusent de le reconnaître, sur le terrain c’est clair » précise ainsi un diplomate européen. La plupart des Géorgiens (250 000 ?) vivant en Abkhazie avaient fui lors du premier conflit en 1992. Et les quelques uns qui restent sont « réduits à l’esclavage. Ils sont obligés de travailler ou de fournir gratuitement les troupes russes ou abkhazes. S’ils résistent… » Propos confirmé par un observateur. « Le long de la frontière abkhaze, on voit clairement, qu’il y a une volonté de faire “coller” la limite administrative avec la limite géographique, du fleuve. (…) Il n’est pas exclu certaines actions coups de main », me détaille un expert militaire, « visant à récupérer certaines bandes de territoire, par exemple, la petite bande de terre à l’ouest entre le fleuve et la limite administrative ou du coté du barrage de Mushava (voir carte). Celui-ci – en territoire géorgien – alimente en effet tant la Géorgie que l’Abkhazie, (le générateur se trouvant dans la partie abkhaze)…

 (NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).