Mais où est donc passée la Force de réaction rapide de l’UE ?

(BRUXELLES2) Aujourd’hui, les Européens sont placés devant leurs contradictions. Durant plusieurs années, ils ont préparé une force de réaction rapide, au cas ou… Un concept dit de « battlegroup » ou de « groupement tactique 1500 » a été mis sur pied (*) ; des entraînements ont eu lieu ; des quartiers généraux ont été certifiés opérationnels. Tout un travail a ainsi été accompli… Et le résultat : rien. Le Congo s’embrase, la population civile est menacée, les forces des Nations-Unies ne peuvent être partout…

Un beau concept destiné à ne pas servir ? Difficile de dire le contraire. Si dans plusieurs cas, l’hypothèse d’envoyer un battlegroup a été envisagé, là toutes les conditions semblaient remplies : situation humanitaire, urgence, mission temporaire, légitimité du cadre des Nations-Unies… Or, bien peu d’Etats se sont mobilisés pour passer du concept à la réalité. La plupart des responsables politiques se réfugient derrière deux motifs pour ne pas agir : l’inutilité du Battlegroup sur place et la présence d’une force des Nations-Unies déjà importante (en fait 17.000 pour un territoire grand comme 4 fois la France ce n’est pas énorme).

A l’heure où des crimes de guerre semblent se commettre, on peut se demander combien de temps ce raisonnement tiendra ? Combien d’images dramatiques faudra-t-il ? Au-delà de cet aspect polémique, il faudra cependant se poser un jour quelques questions : le battlegroup n’est-il pas l’exemple même du « bon concept », qui demande à être revu ? Car, comme l’a expliqué Alexander Stubb, le ministre des Affaires étrangères finlandais, dans son pays, « les lieux des opérations sont choisis en fonction des pays dont il est le tour d’envoyer des soldats » et non en fonction des conditions propres à la situation sur le terrain.

Quelques idées pour redéfinir la force de réaction rapide de l’UE ? La force de réaction rapide de l’Union européenne ne doit-elle pas être redéfinie pour avoir un instrument plus adapté à la réalité politique (de l’Europe) et sécuritaire (du monde) ? En ayant, par exemple, des modules projetables de format et taille différente, en ayant une autorisation « préalable » des Etats qui y participent pour un tel déploiement, avec un financement autonome et solidaire, et une capacité de projection de 48 heures…

1° Composition. Le Battlegroup n’est pas du tout modulaire. Parfois on peut avoir besoin d’une capacité d’évacuation, parfois de groupes de combats, parfois d’un corps médical, parfois des capacités de fret.

2° Engagement politique. Le battlegroup n’est pas assorti d’une capacité d’engagement politique. Avant son engagement, chaque Etat doit respecter ses procédures internes (consultation du gouvernement, mandat du Parlement, etc…). Et tout décision est prise à l’unanimité.

3° Intervention géographique. Chaque terrain d’intervention est légèrement différent. Ne faudrait-il pas étudier des battlegroup par localisation géographique : européenne, africaine, moyen-orientale par exemple. Les situations et les besoins (logistiques notamment) n’étant pas automatiquement différents.

4° Accélération des procédures d’envoi. Ne faut-il pas raccourcir le temps d’intervention. 15 jours pour le déploiement, en cas d’urgence, c’est vraiment trop long. Le délai devrait être réduit à 48 heures. Soit c’est plus long et là effectivement on a du temps. Mais ce n’est pas le rôle des battlegroups.

5° Coopération renforcée ? Pourquoi pour cette force, plusieurs Etats désireux d’aller de l’avant ne feraient-ils pas une coopération renforcée avant la lettre, en mettant ensemble leurs compétences. Je pense particulièrement à certains pays qui partagent une certaine philosophie d’intervention « d’interposition ou de stabilisation » – et qui en même temps sont complémentaires au plan militaire comme géographique.

6° Force semi-permanente ? Pourquoi pas une force d’astreinte, semi-permanente, regroupant par exemple: les Scandinaves – experts des missions de la paix -, aux Français, Espagnols et Belgo-Luxembourgeois, par exemple. Cela suffirait à constituer un premier Battlegroup projetable, par « tous temps » et pour tous lieux.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Si la création des battlegroups est récente, leur origine remonte aux années 1990, de la guerre ex-yougoslave, quand l’UE se révèle démunie face à la montée en puissance des nationalismes et de la guerre, et que se déroulent sous ses yeux une guerre d’épuration comme elle ne croyait jamais les voir se reproduire. En 1994, c’est le génocide au Rwanda, qui se déroule sans intervention majeure. En 2003, en Ituri, à Bunia, sous l’impulsion française, les Européens interviennent rapidement. C’est l’opération Artémis. De cette expérience, Français, Britanniques, Allemands tirent un principe et développent un concept de groupement tactique 1500 (comme 1500 hommes) ou batlegroup.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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