La PESD une « politique à renforcer », dit Nick Whitney


(B2)Un débat « entre amis », une « tentative de bilan », voilà auquel s’est attelé l’ancien directeur de l’Agence européenne de défense, le britannique Nick Whitney, qui a publié cet été un rapport au « European Council on Foreign Relations » (EFCR), un think tank britannique coprésidé par Martti Ahtisaari et Joschka Fischer, et était venu plancher (lui aussi! voir Leakey) devant la sous-commission Défense du Parlement européen ce 3 novembre. Il a tout de suite prévenu : « Mes conclusions ne sont pas spécialement flatteuses »…

Et effectivement !

Un peu d’amateurisme tout çà! « Certes l’Europe a été active. Elle a conçu 20 opérations, et des personnes ont travaillé d’arrache-pied pour cela. Mais ce n’était pas inapproprié tant dans l’ampleur des opérations que dans le poids. Par exemple, l’opération en Géorgie (mission Themis, sur l’Etat de droit en 2004), était-ce vraiment adapté à la révolution des roses ?». Bref a-t-il résumé, « tout ceci relève de l’amateurisme, et ne relève pas vraiment d’un acteur sérieux. Les opérations sont plutôt faites à la « va comme je te pousse ». Il est difficile d’y voir un objectif bien clair».

Un gaspillage financier intense. « En Europe, une large partie des 200 milliards d’euros que nous dépensons en matière de défense est gaspillée. On continue de se concentrer sur des chars d’assaut, des avions qui représentent encore l’armée de la guerre froide. Nous avons deux millions de personnes sous les drapeaux. Ce qui concentre plus de 50% des dépenses des armées, alors 70% des personnels ne peuvent pas être déployés à l’extérieur. (or) Un personnel qui ne peut être déployé, est inutile. Les problèmes sont connus : les hélicoptères, les communications radio. Si nous dépensions mieux l’argent ensemble, ce serait un progrès.

La machine grippe, les Etats renâclent. «Pourquoi ca n’avance pas?» s’est interrogé tout haut Nick Whitney. « L’évolution des mentalités se fait lentement. C’est un « difficile business » déjà au niveau national déjà, alors c’est encore plus difficile au niveau international. C’est un peu comme les étapes de montagne du tour de France, il faut toujours appuyer sur les pédales pour avancer. L’appareil ne roule pas en roue libre, il faut toujours faire des efforts, la machine n’est pas prêt au compromis», à avancer. (…) «Mon diagnostic est qu’il y a un manque de volonté politique. La PESD est difficile à mettre en place car il y a une certaine mauvaise volonté des Etats membres.

Les solutions du Dr Whitney. « Ce qui manque est un quartier général à Bruxelles, un quartier qui soit civil et militaire.» «Il faudrait (aussi) se mettre d’accord sur quelques priorités : l’Afrique, le Moyen Orient… ». Enfin il faut des moyens. C’est regrettable, qu’il ait fallu dix ans pour constater qu’on n’a pas ensemble des hélicoptères, alors que c’est un problème systématique. Nous devons concentrer davantage de capacités d’action. Il faut également renforcer l’Agence européenne de défense. Elle aurait besoin de plus de ressources, de davantage de personnel. Avoir seulement une centaine de personnes au sein de l’Agence de défense est tout simplement absurde. Enfin pourquoi ne pas avoir une réserve de personnels civils ? Ce n’est pas difficile à faire politiquement.

Où est utile le traité de Lisbonne? «Beaucoup de choses peuvent être faites sans le traité. Mais celui est utilie : «Il permet un groupe de pionniers qui tiendrait les rênes de l’Europe de la défense. Les Etats membres n’aiment pas être marginalisés. Mieux vaut renforcer la capacité de certains, plutôt que d’avancer à 27». Mais même «sans Lisbonne, il faut aller de l’avant». Ce projet est populaire. « La population est plus progressiste, a plus d’élan que dans la classe politique et militaire. »

(NGV)

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Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).