Au Congo la diplomatie UE s’active, les militaires en coulisse

(B2)La solution sera avant tout « diplomatique ». C’est le leitmotiv actuel de tous les responsables européens qui, sur tous les tons, expliquent qu’au Congo, la place reste à la diplomatie. Bernard Kouchner et David Milliband, les ministres français et britanniques seront ainsi sur place aujourd’hui, à Kinshasa et Kigali. Tandis que le commissaire européen à l’action humanitaire, Louis Michel revient ce matin, d’une tournée de 48 heures. Son compatriote, le ministre des Affaires étrangères belge, De Gucht, se rend à Kigali. Pendant ce temps, le Haut représentant de la diplomatie de l’Union, Javier Solana s’active au téléphone, ayant successivement les principaux responsables politiques de la région (Kagamé au Rwanda, Kabila au Congo)…  Tout le monde se retrouvera, ce lundi, à Marseille pour une réunion informelle, « Gymnich » un peu spécial normalement consacré à la préparation du sommet avec les Usa, qui se retrouve avec le sujet du Congo en thème principal de réunion.

La solution militaire au second plan. Cela veut-il dire que toute solution militaire est exclue ? Non. Certes le papier d’option présenté par la présidence française n’a pas été accepté en l’état aujourd’hui par le COPS (comité de politique et de sécurité). C’est un fait avéré. Cela ne veut pas dire que demain… ce sera pareil. Tout dépendra de l’évolution sur le terrain… et de la pression médiatique. Même si certains Européens semblent très réticents (Allemands notamment), le souvenir du Rwanda voisin en 1994 pèse sur plusieurs consciences. Et les Européens ne pourront échapper trop longtemps alors à leurs responsabilités. Le délégué du CICR sur place parle d’une situation catastrophique sur le plan humanitaire dans le Nord Kivu.

L’aide européenne. Concrètement, le Haut représentant a été chargé de plancher sur d’autres solutions que le diplomatique et la Commission europénne sur le soutien humanitaire. Un possible soutien militaire à la Monuc sur une base plus nationale pourrait être envisagé. Avec une variante : l’envoi d’éléments des Battlegroup déjà constitués (français, belge, voire britannique, on peut observer l’engagement du ministre britannique, Milliband, sur la question). Le tout sur une opération limitée en durée et en mission – procurer l’aide humanitaire à la population, tenir l’aéroport de Goma… – qui évite de trop s’immiscer et s’impliquer dans un conflit congo-congolais. Par ailleurs l’Union européenne pourrait offrir à la Monuc, de la capacité d’analyse et de renseignement, via les spécialistes du centre satellitaire de l’UE de Torrejon.

Quoi qu’il en soit, en matière militaire, l’effet important étant l’effet de surprise, il importe maintenant d’être assez silencieux sur les préparations en cours. Et s’il y a urgence, les éléments
européens seront déployés et on « régularisera » ensuite.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).