L’initiative Erasmus militaire approuvée par une majorité de pays

(BRUXELLES2) « L’initiative de coopération européenne dans le domaine de la formation militaire », inspirée d’Erasmus a été portée sur les fonts bapstimaux par les 27 Ministres de la défense, lors de leur réunion du 10 novembre, comme annoncé. L’objectif est que les institutions de formation militaire puissent utiliser pleinement les outils du processus de Bologne pour la formation initiale des officiers (*), d’accroître la mobilité des étudiants militaires et de leurs enseignants dans l’UE et d’encourager l’enseignement des langues.

Dimension européenne absente

Les centres de formation militaire n’ont pas encore vraiment intégré la mobilité de leurs élèves et la dimension européenne à leur formation. Le résultat d’une culture propre à l’institution militaire, comme l’a expliqué le général De Rousiers, lors d’une conférence organisée par Europolitique, CEIS et SecurityDefenceAgenda, le 4 novembre dernier. « Alors qu’effectuer un cursus Erasmus apparaît comme un bonus pour la carrière au niveau civil ; effectuer sa formation dans un autre pays au niveau militaire est trop souvent ressenti comme simplement intéressant mais pas un plus ». C’est le résultat aussi de contraintes dissuasives : «  la formation acquise à l’étranger ne peut que s’ajouter à celles déjà faites au niveau national et non pas la remplacer. (De plus) Peu d’Etats membres reconnaissent les formations. Et seulement la moitié considèrent que cette formation s’ajoute à d’autres. » Certes plusieurs initiatives existent comme l’école de pilotes franco-belge ou certains échanges. Mais elles restent encore limitées. La France a ainsi envoyé à l’étranger 122 personnels et en a accueilli moins d’une vingtaine. Ce
qui est somme toute assez faible.

Plusieurs mesures « concrètes

Les Ministres ont recensé plusieurs mesures « concrètes » à mettre en œuvre.
• La création de listes indicatives nationales de compétence, permettant de comparer les programmes de formation.
• La création d’une plate-forme informatique contenant les programmes de formation et permettant aux institutions nationales d’offrir et de demander des places pour les échanges d’officiers.
• L’identification des solutions aux obstacles administratifs, juridiques et d’autres nature aux échanges.
• Le développement de modules de formation communs dans le domaine des questions internationales et dans d’autres domaines relatifs à la sécurité internationale (un module « Pesd » est déjà disponible).
• L’accès et l’utilisation du système de formation avancée à distance par internet – en cours de développement au Collège européen de sécurité et de défense (CESD).
• Un système d’équivalences pour le volet militaire de la formation initiale des officiers. Il s’agira d’utiliser le système européen de transfert d’accumulation de crédits (ECTS).
• Des mécanismes incitatifs pour faciliter les échanges d’étudiants, d’enseignants entre académies et écoles militaires, pour des qualifications croisées des officiers des Etats membres.

Et maintenant

Un groupe de travail – composé de représentants des Etats membres qui souhaitent participer au programme – sera chargé de traduire dans les faits ces mesures au niveau européen et d’impulser un travail identique au niveau national. Il pourra compléter au besoin les mesures et se réunira dans le cadre du Conseil académique exécutif du Collège européen de défense (CESD). Un rapport sur la mise en œuvre de ce dispositif est prévu pour 2009.  Un premier séminaire des commandants d’académies militaires des pays de l’UE s’est tenu à Saint Cyr Coëtquidan, l’école supérieure de l’armée française, à la mi-octobre, pour lancer la « dynamique de concertation, échanger sur les systèmes de formation des officiers de chacun des pays, partager les bonnes idées et pratiques » comme l’a expliqué le général de Lardemelle, commandant des écoles. Une nouvelle réunion est prévue, le 16 décembre prochain.

(*) la formation initiale commence après le recrutement et comprend un volet académique et un volet professionnel, la formation militaire de base, la formation professionnelle et la formation supérieure jusqu’au niveau master.

(publié dans Europolitique, novembre 2008)