Océan indien. Une frégate néerlandaise prend le relais des Canadiens, les Britanniques râlent

(crédit : Marine néerlandaise)

(B2) Le conseil des ministres néerlandais a confirmé, le 10 octobre, l’envoi de la frégate Ms De Ruyter, au large de la Somalie pour escorter les bateaux du Programme alimentaire mondial. Elle devrait prendre le relais des Canadiens, dont la mission se termine le 23 octobre. Elle agira dans le cadre de la future opération européenne EUNAV Pirates – Somalie et de la résolution 1838 que vient d’adopter les Nations-Unies. Elle devrait y retrouver les bateaux français et avions espagnols, ainsi que les navires de la flotte de la coalition CTF150 emmenée par les Américains.

Une force de l’Otan aux contours flous

Par ailleurs l’Otan a annoncé – lors du sommet à Budapest les 9 et 10 octobre – l’envoi d’une escadre de bateaux qui était en manœuvre près du Canal de Suez. Mais sans guère de précisions sur la mission exacte (ils accompagneraient aussi les bateaux du PAM) ainsi que la durée de leur mission. Jamie Shea, le directeur de la planification politique à l’Otan, qui intervenait ce 13 octobre en sous-commission “Défense” du Parlement européen, est resté plus qu’évasif sur cet engagement.

L’Otan dispose normalement de deux groupes permanents de force navale, le SNMG1 et le SNMG2, qui font partie de la NRF (la force de réaction de l’Otan), dont le rôle est assez diversifié : exercices et manœuvres, et participation, à tour de rôle, à certaines opérations comme l’opération Enduring freedom (liberté immuable) commandée par les Américains, ou de “présence dissuasive” contre les pirates dans certaines contrées à risque (au large de la Somalie notamment). C’est le SNMG2 (commandé par Naples) qui pourrait ainsi fournir des effectifs. Le bateau canadien Ville de Québec qui assure actuellement la protection du Programme alimentaire mondial faisait partie du SNMG1, m’a précisé un officier de l’Otan.

Le gouvernement britannique obligé de bouger sous la pression des armateurs et de l’opinion publique

Au Royaume-Uni, la pression monte contre le gouvernement accusé de laisser faire les pirates. Au point que le ministère de la Défense – jusqu’à là plus que réticent à laisser certains moyens se disperser – aurait décidé déployer le HMS Northumberland dans la zone. Mais ce n’est pas vraiment suffisant raillent les Britanniques.

Vous pouvez lire un article au vitriol de Libby Purves, une des éditorialistes du Times, publié ce lundi. “It’s time to take on the gangsters of the sea” s’en prend violemment au gouvernement accusé de laisser faire, alors que les Russes, les Américains, les Français se démènent. Cruelle, l’écrivaine rappelle ce propos (exact) du commandant britannique pour le Golfe, Keith Winstanley, qui conseillait, il y a peu, aux navires marchands de s’armer de mercenaires et d’armes à feu pour se défendre eux-mêmes”. De façon plus générale, Libby Purves met en cause “l’érosion” de la force navale du Royaume-Uni. La flotte de destroyers et de frégates qui – durant dix ans – s’est ainsi réduit de 35 à 22 bâtiments, soit au-dessous de la limite même fixée par les armées de 25 bâtiments. Et qui a perdu 20% de son budget… Et l’éditorialiste de conclure “nos îles sont plus ouvertes au chantage et au danger qu’à n’importe quel autre moment depuis Henry VIII”. Peut-être un peu exagéré tout de même…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

Comments are closed.