Barroso non reconduit à la Commission?

(B2)José-Manuel Barroso, actuel président de la Commission européenne, est candidat à sa succession, cela n’est un secret pour personne. Seulement, avec le retard sur l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne (pour cause de « Non » Irlandais), le poste de président de la Commission revêt un enjeu différent que lorsqu’il existait trois ou quatre postes à répartir (président de l’Europe et quasi ministre des Affaires étrangères) entre les Etats membres. Et la candidature de l’ancien Premier ministre portugais, ardent défenseur de l’intervention en Irak, a pris un peu de plomb dans l’aile avec l’inaction de la Commission européenne lors de la crise financière, surtout des prétendants « sérieux » au poste de président de la Commission se dégage.

Comment Barroso a abaissé le rôle de la Commission européenne
Dans tous les grands sujets en discussion, la Commission européenne a été en-dessous de son rôle réel. Elle a très peu défendu l’intérêt européen lors des négociations sur le cadre budgétaire 2007-2013 (les perspectives financières). Lors du débat sur la directive « Services », elle n’a pas saisi le changement d’équilibre qui s’était réalisé au Parlement européen et s’est laissé prendre de vitesse par les eurodéputés. Lors des campagnes référendaires successives, sur la Constitution ou le traité de Lisbonne, elle a été d’une discrétion excessive, ne répondant pas à toutes les exagérations qui émaillaient les campagnes, voire y contribuant (quand un commissaire comme l’irlandais McCreevy dit que naturellement il n’a pas lu le Traité, même si c’est une petite astuce de communication locale, on ne peut pas dire que cela contribue à donner une image positive de l’Europe). Enfin, la
capacité de décision collective du collège est réduite à son minimum, le cabinet du président voulant tout contrôler. Résultat : en abaissant toujours au minimum du minimum les initiatives de la Commission europénne, J-M. Barroso n’a effectivement nui à personne à particulier, au contraire. Mais il a très peu servi l’intérêt général des Européens.

Le moins légiférer aboutit à un désastre
Dès qu’il s’agissait de légiférer, de réguler, de poser des limites ou d’inciter à l’harmonisation européenne (ce qui est – soulignons-le – le rôle premier dédié à la Commission, et à elle seule,
dans la construction européenne), dans nombre de cas depuis 4 ans, elle a reculé ou eu une attitude « malthusienne », limitant son rôle. Ce qui est nocif à terme à l’Europe. La crise financière en est la preuve la plus visible. Depuis plusieurs mois, plusieurs années, la Commission a préféré laisser les banques et le marché s’autoréguler. Or, à défaut de régulation, c’est le marché qui règne. Et quand le marché lui-même s’affole, il n’y a plus de règle, plus de barrière. Et il faut alors intervenir en urgence, de manière désordonnée. On oublie tous les préceptes de la veille – les règles de la concurrence – intangibles la veille – deviennent d’une souplesse dangereuse ; l’intervention étatique dans l’économie devient la règle ; les critères de stabilité budgétaire sont mis de coté (temporairement)… Ce qui peut d’une certaine façon contribuer à la spirale de la panique.

Le gardien du traité s’est effacé devant la raison d’Etat
On peut remarquer au passage que la Commission européenne – dont le rôle est aussi de « garder » l’esprit et la lettre du traité européen, et notamment de veiller au respect des droits fondamentaux, a été d’une discrétion excessive quand ceux-ci ont été un peu chahutés : cf. dernièrement les Roms en Italie ou les sanctions éventuelles envisagées un temps en Pologne contre l’attitude trop indépendante de Geremek et d’autres eurodéputés libéraux, démocrates ou socio-démocrates.

La « chance » de Barroso : ne pas avoir de candidat face à lui…
Personne de solide qui réunit toutes les qualités ne prétend au poste… C’est le mot-clé de la campagne de renouvellement de Barroso. Les concurrents risquent de ne pas manquer dans les mois qui viennent. Juillet 2009 (date où normalement la nomination se fait) est encore loin. Jusqu’à présent aucun nom « notable » n’était venu perturber ce beau plan de bataille. Dernièrement, un candidat s’est levé, en Allemagne, qui ne manque pas de qualité à plus d’un titre.

…peut se terminer face à un candidat solide : Wolfgang Schaüble.
Le ministre de l’intérieur allemand, Wolfgang Schaüble, serait candidat si j’en crois les informations outre-Rhin. L’homme réunit plusieurs qualités : on ne peut nier ses qualités d’engagement d’Européen (il a été le coauteur en 1994 avec  Lamers d’un papier sur l’avenir de l’UE). Il a l’avantage d’être de la couleur du parti majoritaire au Parlement européen, le PPE-DE. Il est d’une nationalité, allemande, qui n’a plus eu la présidence de la Commission depuis 40 ans (c’est un détail mais cela compte). En même temps, il a une certaine indépendance vis-à-vis de Merkel qui peut être à la fois utile pour convaincre celle-ci de soutenir sa canditature et certains adversaires politiques de ne pas y être totalement opposé. Enfin, il a une sérieuse compétence sur certains des thèmes qui « montent » au niveau européen (terrorisme, asile et immigration, coopération pénale…).

Bref Schaüble est un excellent candidat. Né en 1942, chef de la chancellerie fédérale, avec Helmut Kohl, lors de la grande « épopée européenne, il prend la tête du parti CDU-CSU au Bundestag en 1991 – où victime des scandales de corruption – il est remplacé par une certaine Angela Merkel. En 1990, il est victime d’un attentat et se déplace depuis en chaise roulante.

Alors Barroso… un Haut représentant ?
D
e plus en plus actif sur le terrain de la politique extérieure et de sécurité commune. Présent à Moscou, à New-York, au G8, aux cotés du président Sarkozy, Barroso se verrait bien prendre le relais de Javier Solana, dans les fonctions de Haut représentant pour la politique extérieure. Un poste qui sied à ravir à ce polyglotte, pro-atlantiste, plus intergouvernemental que fédéraliste, plus soucieux des enjeux diplomatiques que du travail de fond de la Commission européenne, plus soucieux de respecter les desiderata des grands Etats membres ou d’arbitrer leurs intérêts que de se confronter à eux. Seul hic, d’ordinaire un savant équilibre se fait entre les différentes familles politiques. Et avec deux postes détenus par des représentants de la famille chrétienne-démocrate (PPE), les socialistes seraient minorisés. Dans l’hypothèse d’une entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en cours de mandat de la prochaine Commission européenne, l’actuel président de la Commission serait ainsi le vice-président. C’est un peu inattendu. Mais il faut voir que le poste de Haut représentant (version traité de Lisbonne) n’est pas tout à fait le même que celui de Haut représentant (version traité de Nice). En ayant un pied dans chaque institution, il cumule un certain nombre de pouvoirs (affaires étrangères, défense, …) qui en font indéniablement un poids lourd au sein de la Commission.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).