affaire Patria: le torchon brûle entre Ljubljana et Helsinki

(Crédit photo : Patria)

(B2) Au départ, en décembre 2006, c’était un simple contrat de livraison de véhicules blindés 8×8 AMV et de mortiers Nemo 120 mm par une firme finlandaise, Patria, à l’armée slovène.

Mais un doute est survenu assez vite sur la limpidité de l’affaire. Une commission d’enquête s’est mise en place en Slovénie, en mars 2007, présidée par un membre de l’opposition. Sans suite réelle…

Une banale plainte pour corruption…

L’affaire s’est compliquée quand la police finlandaise, saisie d’une plainte, commence d’enquêter sur des faits de corruption (aidées des polices autrichienne et slovène, pour les intermédiaires). Elle prend une tournure encore plus précise au printemps 2008. Plusieurs employés de Patria sont d’abord entendus. Puis l’un d’entre eux arrêté. En juillet, c’est carrément un dirigeant de l’entreprise qui est incarcéré. Plutôt gênant pour une firme détenue en grande partie (à 75%) par l’Etat finlandais. Une somme d’environ 21 millions d’euros selon les médias finlandais aurait été utilisée pour diverses ‘commissions’ dans les rangs slovènes.

… se transforme en affaire d’État

Aujourd’hui, cela dégénère en affaire d’État. Le soupçon de corruption atteint désormais le sommet de l’État slovène. Une émission (Mot) de la télévision finlandaise publique a directement mis en cause le Premier ministre slovène : Janez Jansa qui, il y a quelques mois encore, assurait la présidence de l’Union européenne.

Démentis en cascade

L’entreprise a démenti de façon sèche (voir ici). Démenti plus courroucé de Ljubljana qui fait donner l’artillerie lourde : le ministre de la Défense, Karl Erjavec, monte au créneau et menace de geler le contrat avec l’entreprise finlandaise. Une session extraordinaire au Parlement slovène est consacrée au sujet. Et une note diplomatique a été remise à Helsinki lui demandant de bien vouloir intervenir auprès de la télévision (du plus pur style ex-yougoslave). Il faut dire qu’on est en pleine campagne électorale. Les élections ont lieu le 21 septembre. Et tous les coups semblent permis. Le Premier ministre, Jansa (libéral de droite), à la tête d’une coalition de plusieurs partis, n’est pas sûr d’être reconduit.

(NGV)

Reportage de la télévision finlandaise

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).

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