Mort par un tir ami en Afghanistan. Ce n’est pas la première fois!

Le président Sarkozy rend hommage aux morts d’Uzbin (Photo : Ministère français de la Défense)

(B2) Le ministre de la Défense français a démenti les affirmations du Monde affirmant que certains des soldats français morts dans une embuscade le 18 août, à 40 km à l’ouest de Saroubi, entre les régions de Kaboul et de Kapisa, l’avaient été par des tirs amis. Une hypothèse qui est cependant plausible.

Être tué par des tirs amis (friendly fire) a toujours été un risque dans un conflit armé, encore plus quand les lignes de combat ne sont pas fixes et qu’il s’agit d’actions de guérilla ou d’actions urbaine. On estime en moyenne qu’environ 10 à 20 % des pertes des armées modernes le sont ainsi (14% au Vietnam). La tension, la confusion qui nait de l’action ou le manque de coordination entre les différentes armées sur le terrain, ou entre le sol et l’air (en cas d’intervention aérienne) multiplient les risques non seulement d’atteindre des soldats amis mais aussi des civils. L’Afghanistan qui est, de plus en plus une zone mortifère pour les soldats engagés (cf. mois de juin), ne fait pas exception si l’on se réfère à des exemples récents.

Au Canada, des doutes identiques sont actuellement soulevés après la mort de Joshua Roberts, le 9 août, dans le district de Zhari, dans l’ouest de la province de Kandahar. Face aux militaires canadiens, engagés dans un combat avec les talibans, survient un convoi civil, escorté par deux groupes de sécurité privé. Ce seraient ces gardes de sécurité qui seraient à l’origine des tirs. Ou, du moins, certains américains qui ont mené une enquête préliminaire en semblaient convaincus, selon Radio Canada. Sur ce site, on voit des militaires américains poser beaucoup de questions aux gardes afghans, qui répondent évasivement. Et un des militaires dit clairement à la caméra que les forces américaines privilégient l’hypothèse que les tirs qu’ont essuyés les Canadiens viennent de ces rangs. Une commission d’enquête est à l’œuvre coté canadien.

Au Royaume-Uni, une commission d’enquête vient de terminer son travail sur un autre cas. Le ministère britannique de la Défense a en effet reconnu, le 15 août, que la mort du lance corporal Mathew Ford du 45e commando de Royal Marine, à Garmsir, le 15 janvier 2007, l’avait bien été tué par un tir ami. Même si “le bureau d’enquête n’a pas été capable de confirmer avec certitude quel arme a tiré, […] le faisceau de preuves fait qu’il était probable qu’il avait été tué par un tir ami” (lire le rapport du ministère). Une cause que le ministère n’évoquait pas dans ses premiers communiqués en janvier 2007, parlant uniquement de décès dans le tout début d’une offensive majeure contre les Talibans. « Sa section fut prise sous le feu aussitôt qu’ils débarquèrent de leurs véhicules blindés pour traverser la rivière. »

Aux Pays-Bas, le ministère néerlandais de la Défense confirmait en mars dernier que les soldats néerlandais avaient tiré sur deux des leurs, Wesley Schol et Aldert Poortema, le 11 janvier 2008, près de la ville de Deh Rawod dans le sud, lors de l’opération Kapcha. Les unités néerlandaises étaient alors engagés contre les Talibans. Dans la “confusion”, il semble bien que le feu fut ouvert de deux cotés. Les traces de balles 25 mm néerlandaises laissent, en revanche, peu de doute sur l’origine du feu.

(NGV)

Crédit photo : Ministère français de la Défense, Ministère britannique de la Défense

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).