Petites scènes vues à la Comedia del Sommet Méditerranée

Sachez le désormais, si vous passez un jour et que vous voyez affiché une conférence de presse de la présidence française de l’UE. Foncez… Vous ne perdrez pas votre temps. C’est tout en humour et en finesse… Jugez en !

(BRUXELLES2 au Grand Palais – Paris) Sommet « UE – Méditerranée », 13 juillet, une tente plantée au large du Grand Palais à deux pas des Champs Elysées, sert de havre de paix aux quelques dizaines de journalistes qui attendent derrière des grilles l’arrivée des Chefs. Il est passé 20 h 00. Les présidents (Sarkozy, Moubarak, Barroso) arrivent à la conférence de presse – entre une haie de gardes républicains, en grande tenue, tapis rouge au sol… Grandiose !

Le spectacle, le show peut commencer

I have a dream… Sarkozy rayonne : « Nous en avions rêvé : l’Union pour la Méditerranée est maintenant une réalité ». (Quelques instants plus tard, très modeste) « Ce sont les protagonistes qui ont fait un effort. Je me suis contenté de lancer une invitation. »

Bernard K., fait le pitre… (Sarkozy égrenne les rendez-vous) Au mois de novembre, c’est çà Bernard (Kouchner rêvasse), Sarkozy reprend, « C’est pas tout d’être là, Bernard, il faut que tu écoutes aussi ». Ledit Bernard se lève alors, se pavane, et dit « mais je suis là »…  Des gosses en classe quand le maitre est absent!

La claque égyptienne aux ordres

Aussitôt l’intervention de Moubarak, le président égyptien, terminée, quelques applaudissements bien nourris partent d’une partie de la salle, très localisée. Une claque bien organisée ! C’est ni plus ni moins un officiel égyptien – qui s’est installé dans les rangs de presse – qui a lancé les applaudissements, repris par certains « journalistes ». Timidement, pour faire bonne mesure, il lance ensuite un mouvement identique après le discours de Barroso (plus timide, Bernard Kouchner faisant des signes, moqueur, tel un chauffeur de salle, pour relancer les applaudissements). Petit mouvement intercepté à la tribune présidentielle où Nicolas Sarkozy (fort justement) lance en partie à Moubarak (lui prenant le bras), en partie à la salle: « Je précise qu’en France, ça ne se fait pas que les journalistes applaudissent. On n’est pas habitué.». La claque cesse aussitôt et son initiateur, badge rouge au cou (signe des accrédités « délégation ») rejoint les rangs des officiels.

Vint le temps des questions et la distribution des micros aux journalistes, autre scène cocasse

Apparemment pas organisée du tout. Faute d’organisation, ce sont en effet les gardes républicains pas vraiment faits pour cet office, qui s’y collent, requis par le Président en personne. Mais enfin « messieurs distribuez le micro » leur lance Sarkozy. Difficile de refuser! Résultat : un joyeux cafouillage. Plusieurs journalistes s’expriment en même temps. Certains à qui on avait donné le micro, mais pas la parole, refusent de rendre le micro (un garde a ainsi dû lui arracher des mains à une journaliste arabe – qui a finalement pris la parole sans micro – et à une autre polonaise). Nicolas Sarkozy finit par intervenir pour ramener un peu d’ordre, tel un maitre d’école débordé par un peu de chahut : « une question à la presse arabe, une question pour la presse française, c’est comme çà ». Et, paf, tant pis pour la presse européenne (ou israëlienne) ! C’est un détail si on est à un sommet européen d’ailleurs…

La sécurité prise en défaut

Malgré tout ce déchaînement de sécurité, la sécurité comportait de sérieux trous. Comme à la sortie de la conférence de presse, où aucun dispositif de sécurité – mis à part un gendarme et deux pauvres policiers, un peu débordés – n’avaient été prévus. Il était parfaitement donc possible à un porteur de badge mal intentionné d’avoir un geste déplacé ou de déclencher n’importe quelle arme ou bombe à ce moment.

Dans la salle de presse, une organisation proche de l’amateurisme désuet

• Le système internet fonctionnait très lentement… quand il fonctionnait (la connexion Wifi était très éventuelle). Dare, dare les techniciens ont dû fabriquer des cables internet pour pallier aux défaillances. A 15 h tout était rentré dans l’ordre, soit près de 6heures après l’ouverture de la salle de presse. En fait, le carnet et le crayon, c’est si bon !

• Les conférences et points de presse des autres dirigeants n’étaient pas annoncés. Une grille avait bien été tenue à jour par l’Elysée, mais elle est restée sur un bout de table dans la salle des organisateurs, et non diffusée. A quoi sert vraiment d’aller voir les autres chefs de gouvernement alors qu’il n’y en qu’un qui compte…

• Quant aux accès, ils étaient difficiles. Un seul système de filtrage avait été mis en place, à l’entrée de la salle de presse, ce qui obligeait les journalistes à de longues files pour accéder à leurs postes de travail. Et la salle de conférence de presse finale, avait été située à l’extérieur du Palais, et du périmètre de sécurité, obligeant les journalistes à s’y rendre en car, dûment encadrés (impossible donc de s’y rendre au dernier moment et de parcourir à pied la centaine de mètres), en devant à chaque fois repasser devant des portiques de sécurité.

Bon, mais avec un décor aussi merveilleux, et c’est vrai qu’il est magnifique, tout de verre et d’acier ce Grand Palais, et une table excellente (une vraie réussite), sans compter le spectacle offert en conférence de presse de quoi nous plaignons.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).