Une présidence slovène de l’UE, très radio-active!

(B2) La fin de la présidence slovène ne nous tirera pas beaucoup de larmes. Non que la Slovénie ait failli dans sa mission. Elle a pu mener à bien certains dossiers comme le siège de l’Institut européen de technologie, la directive retour ou la directive temps de travail (1).

Mais cette présidence a surtout été celle d’un ‘honnête courtier’, sans fard ni luxe. On sentait combien les Slovènes avaient peur de rater. Et du coup, ils avaient peur de leur ombre. Témoignages : “Au Conseil, le représentant slovène se tournait vers son homologue allemand pour vérifier que c’était bon”. Dans le domaine agricole, “la position slovène reflétait fidèlement la position britannique”.

Résultat : là où d’habitude, les présidences des petits pays sont à la fois efficaces et agréables (oui ! il est possible de combiner les deux, exemple avec la Belgique en 2001 ou le Portugal en 2007). Là où d’ordinaire, la première présidence de l’Union laisse un souvenir de réussite (cf. la Finlande en 1999). Ici, il n’est question ni de l’un ni de l’autre.

La présidence slovène a été laborieuse, hésitante, voire même à certains moments très arrogante (“plus que la France ou l’Allemagne” a pu me dire un diplomate, c’est dire…) et donneuse de leçons (sur le référendum au Portugal, sur le déficit aux Français…), mais surtout ennuyeuse. L’ennui était si palpable que certains diplomates et fonctionnaires des institutions (non français je précise) en venaient à espérer le plus vite possible (si si !) la présidence française, même racoleuse ou bruyante… « Tout plutôt que cette morosité »…

Peut-être que le gouvernement slovène actuel n’est pas le meilleur que la Slovénie ait connu ? Peut-être aussi que le pays a péché par orgueil, croyant pouvoir saisir cette “première présidence” d’un nouveau pays pour marquer son sentiment de fierté national : avoir été le premier pays de l’ex-Yougoslavie à être indépendant, le premier à entrer dans l’Union, le premier des douze nouveaux pays à se doter de l’Euro, etc ? Peut-être aussi qu’il ne maitrisait pas toute la mécanique communautaire, subtile et complexe, qui nécessite du temps pour être apprivoisée, et ne disposait sans doute pas de tous les effectifs adéquats ?…

Cette présidence nous aura quand même bien fait rire annonçant très sérieusement un accord sur la directive “retour” avec tous les groupes du Parlement européen pour ensuite se prendre un démenti cinglant du PSE, de la GUE (communistes) et des Verts (soit quand même trois groupes représentant 4 députés sur 10). Ou quand ils ont déclenché l’alerte nucléaire européenne pour une fuite dans leur centrale, avant de dire : Désolé, ce n’était rien… Une blague slovène sans doute !

Un acquis : le Kosovo indépendant sans casse

Plus sérieusement, cette présidence aura au moins un acquis... Dans les Balkans, ce semestre, le Kosovo a pu devenir indépendant et la Serbie acquérir un nouveau gouvernement pro-européen, sans l’explosion redoutée et mise en avant par certains ‘experts’. Permettant aujourd’hui d’être un peu plus optimiste qu’hier. Si c’est le résultat que je retiendrais de cette présidence slovène, c’est donc celui-là.

Et, à titre personnel, je n’aurai qu’une chose à vous recommander : allez en Slovénie, ses habitants sont accueillants, et l’hiver, ses pistes de ski vous tendent les bras (à Krvavec, par exemple, c’est facile la station est face à l’aéroport, à 10 kms, vous prenez une benne grise, et vous voilà dans le paradis blanc ! ).

(NGV)

(1) Sur le temps de travail, la présidence slovène a surtout joué d’un gros coup de pouce des Britanniques qui, ayant signé chez eux, un accord sur l’intérim, ont changé totalement d’avis sur la question et accepté un texte quasiment dans son entier là où ils étaient vent debout quelques années auparavant.

© Photos : NGV (en haut : Janez Jansa, premier ministre, et JM Barroso, président de la Commission – en bas nos montages slovènes)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).