Le fossé entre les citoyens et l’Europe, dénoncé par JP Jouyet

(B2) C’était le 12 juin

Nous étions quelques journalistes français à pouvoir deviser, durant une bonne heure, autour d’une table recouvert du traditionnel tapis vert, au Quai d’Orsay, avec Jean-Pierre Jouyet, le ministre français des Affaires européennes. Et naturellement, l’imminence du référendum irlandais occupait tous les esprits, non seulement des journalistes mais aussi des officiels… bien davantage que les priorités françaises. Pour Jean-Pierre Jouyet, ce non irlandais – devenu réalité maintenant – envoyait un « signe négatif, jamais bon dans une Europe en reconstruction ». Et  il y « éprouvait un profond regret » dans ce résultat. Mais il semblait confiant dans la poursuite du processus de ratification.

La méfiance des citoyens expliquée

 Mais aussitôt le bon connaisseur des affaires européennes qu’est Jean-Pierre Jouyet enchaînait : le résultat de ce référendum « montre qu’il y a une dichotomie importante entre la stratégie européenne, dont les orientations sont très bonnes à moyen terme (économie, climat, défense…) et les préoccupations à court terme des citoyens ». Tant qu’on répondra aux citoyens que c’est « business as usual », alors que l’environnement a changé, il restera une méfiance des citoyens, un doute sur les capacités de l’Europe à apporter des réponses concrètes. » On peut voir dans ce résultat une « critique du mode de fonctionnement des institutions ».

La critique du dogme
Et celui-ci d’ajouter au cas où l’un ou l’autre n’aurait pas compris. Si le résultat du référendum avait été « Oui », j’aurai eu le même propos. « Les responsables politiques (européens) doivent faire davantage de politique, et moins de liturgie, ne pas hésiter à ouvrir les débats, mettre fin à cette pratique de consensus (à tout prix). » C’est le « métier du politique de concilier ces objectifs » : restructuration à « moyen ou long terme, réparation à court terme ».

Un propos partagé
Ce propos assez dur dans la bouche d’un homme au langage d’ordinaire si modéré et diplomatique, et dont on ne peut pas soupçonner le fort engagement européen, devrait faire réfléchir plus d’un leader européen. D’autant qu’on peut, sans l’ombre d’un doute, dire qu’il est partagé par plus d’un Européen à Bruxelles et ailleurs…

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).