Bosnie. Une plus forte coordination est nécessaire (Gén. Coppola)

(B2) S’exprimant devant plusieurs journalistes à Bruxelles (dont votre serviteur), autour d’une table, le général Vincenzo Coppola, chef de la mission de police de l’UE (MPUE) en Bosnie-Herzégovine a tenu à rappeler la nécessité de la réforme de la police dans ce pays des Balkans. « Une réforme aussi, sinon plus importante, que la réforme constitutionnelle. Un préalable qui ne pourrait pas cependant voir le jour avant avril-mai, selon lui.

De la difficulté de créer une police unique

A l’origine, « le projet de réforme pour une seule police avait la faveur des responsables politiques. Mais il faut le reconnaître — explique le général Coppola — ce n’était pas possible ». Et pas seulement du coté des Serbes de Bosnie. Le deuxième projet, reposant sur une autre approche, sur des différences de dispositions territoriales, a « aussi échoué », vu l’hostilité des Bosniaques. Le général reste donc bien conscient de la « difficulté de créer une police unique, dans un pays qui reste divisé : pourquoi un Croate irait travailler dans une zone serbe ou vice-versa ? ».

Mieux coordonner les différentes forces

Le plus important, pour lui, ce n’est donc pas tant la réforme de la structure, que « le renforcement de la coordination entre les différentes forces de police ». « Nous n’avons pas besoin d’une mise en place complète de la réforme de police pour agir. Mais nous pouvons au moins mettre en œuvre certains aspects, comme par exemple l’interconnexion des bases de données ». « Dans tous les cas un minimum d’accord politique est nécessaire » . Et, il est aussi nécessaire de « renforcer en moyens techniques (radios,…) cette police » qui travaille avec vraiment peu de moyens et où les agents sont payés modestement : entre 100 à 500 euros selon les zones.

Malgré tout de bons résultats

Le général souligne, malgré tout, que la police bosniaque « a obtenu de bons résultats, notamment l’arrestation de plusieurs responsables de la Mafia. Une opération combinée a été organisée entre les polices slovène, croate et bosniaque, comme il y a un an à Banja Luka ». Selon lui, « Le crime organisé n’est pas plus élevé que dans certains autres pays européens. Nous ne l’avons pas éradiqué en Bosnie-Herzégovine. Mais dans plusieurs pays européens, non plus et avec des moyens autrement plus conséquents ».

La principale menace : le crime financier

« La principale menace provient du crime financier ». Et le poids de la corruption, « endémique » joue un poids important. « On peut arrêter certains criminels. Mais il ont des appuis politiques, économiques très forts. Les groupes mafieux sont organisés de façon ethnique mais il y a une coopération forte entre eux. » Il a souligné que la présence européenne est bien acceptée. « Les policiers bosniaques ont davantage besoin de collègues qui travaillent et échangent avec eux que de professeurs. »

Une certaine sagesse face à l’indépendance du Kosovo ?

Concernant les conséquences politiques de l’indépendance du Kosovo, il souligne que « pour l’instant, mise à part une inflation de discours, rien ne s’est vraiment passé. Honnêtement, on aurait pu s’attendre à plus de tensions. Les responsables de la Republika Srpska sont plus réalistes que nous l’attendions ».

(Nicolas Gros-Verheyde)

* Article publié en premier lieu dans Europolitique