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Janez Jansa (Slovénie) : L’intérêt de l’Europe, que les Balkans adhèrent

(B2) En marge du dernier sommet européen (d’octobre), j’ai pu rencontré Janez Jansa, le Premier ministre slovène. Objectif: expliquer comment il aborde la présidence par la Slovénie de l’Union européenne, qui démarre au 1er semestre 2008, et notamment la question de l’élargissement et des Balkans

Cette présidence de l’Union, pour le premier nouvel État membre issu du dernier élargissement, c’est un gros défi ?

— C’est un sacré challenge en effet pour la Slovénie. Mais nous pouvons suivre un bon exemple, celui du Luxembourg qui a très bien accompli sa présidence. Nous avons commencé à travailler très tôt sur cette question, immédiatement après les dernières élections (2004). Nous avons de la chance. Dans notre pays, il y a une unité politique sur la question.

Vous êtes aussi, et surtout, le seul pays issu du démembrement de la Yougoslavie. À l’heure où se profile l’élargissement aux Balkans, cette proximité vous permet-elle de proposer une solution ?

— Nous n’étions pas membres de l’Union européenne quand l’agenda de Thessalonique pour les Balkans occidentaux a été adopté. L’intérêt de la Slovénie est le même que les autres pays : que les Balkans deviennent membres de l’Union quand ils auront rempli toutes les conditions. Bien sûr, à cause de l’histoire et notre position géographique, nous comprenons mieux les positions de chacun, l’intérêt à adhérer de chaque pays d’un coté, la signification de l’élargissement de l’autre. Les États sont à des étapes différentes : entre la Macédoine qui a le statut de pays candidat, la Serbie ou le Monténégro qui en sont à la première étape de l’accord de stabilisation et le Kosovo qui attend un statut final. Avec une telle situation, on ne peut pas fixer de date objectif pour l’adhésion.

Cependant, peut-on donner un horizon : il faut donc de nouvelles perspectives financières, après 2013 ?

— Bien sûr. Il n’est pas possible de dire quand la Serbie aura l’accord de stabilisation. Pour la Croatie et la Macédoine, les négociations seront plus rapides. La situation du Kosovo sera résolue à la fin de l’année. Et après on pourra parler (d’adhésion). La Bosnie-Herzégovine est dans la situation la plus complexe, si complexe que l’on ne peut encore vraiment parler sérieusement d’adhésion.

Comment est le principal atout de la Slovénie dans cette présidence ?

— Nous sommes un pays du milieu, de la moyenne, si on prend en compte, par exemple, le produit intérieur brut et d’autres indicateurs macro-économique. Nous pouvons donc comprendre à la fois les uns et les autres, les nouveaux États membres et les anciens, les petits et les grands, trouver les bons compromis pour le développement économique et les solutions sociales.

La Slovénie est-elle prête à gérer des questions mondiales comme le Proche, la guerre en Afrique (Congo), des drames type Darfour ?

— Nous n’avons pas d’illusion sur notre capacité à résoudre ces crises… tout seuls. Notre présidence s’inscrit dans un groupe de trois pays et une action coordonnée. Le sommet UE-Afrique a ainsi été placé sous la présidence portugaise, qui continuera à suivre ce sujet, de façon coordonnée, durant notre présidence.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Entretien réalisé en face à face en anglais

Crédit photos : Ngv (sommet européen mars 2008 – J.Jansa en tant que président du Conseil)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).