La Commission ne dit plus travailleurs licenciés mais travailleurs excédentaires

(B2) Sacrée bourde de la Commission. En annonçant fièrement les premières décisions du tout nouveau Fonds de Mondialisation, sensé venir au secours des travailleurs victimes de la mondialisation, la Commission européenne et son commissaire à l’Emploi, Vladimir Spidla, a soigneusement évité de prononcer le mot fatidique “licenciement”. Comme si ce terme était un gros mot, un mot tabou.

Dans sa présentation faite à la presse, la Commission a préféré utiliser le terme de “travailleurs excédentaires”, sans se rendre de la connotation péjorative de ce terme. “Les deux demandes ont pour but d’aider des travailleurs devenus excédentaires” est-il écrit. Le Commissaire Spidla, lui-même, repend cette terminologie, indiquant que le Fonds pourra être utilisé “pour aider les travailleurs devenus excédentaires à retrouver rapidement le chemin de l’emploi”. Plus loin encore, c’est l’idée du président de la Commission, José-Manuel Barroso, de créer un “instrument de solidarité pour aider les travailleurs, victimes d’un excédent de personnel provoqué par les mutations des structures commerciales mondiales à retrouver le chemin de l’emploi”.

Une terminologie surprenante
1° le critère de l’excédent de personnel ne figure nullement dans le règlement sur le Fonds de mondialisation. Seule figure la notion de “licenciements”. Bizarre de ne pas avoir utiliser ce terme. Comme si on cherchait à masquer la réalité.
2° La notion d’exédent de personnel tend à ramener tout problème d’emploi à un excédent de personnel. Outre son coté péjoratif, il évoque aussi l’idée que n’entrent nullement en ligne de compte : le marché, la gestion faite par l’entreprise, le contexte économique général, la compétitivité du produit… L’adaptation à la mondialisation, ce serait donc juste un problème d’excédent de personnel comme un excédent de bagage ou de poids qu’on doit dégager avant l’été. Simpliste ?

Interrogé, le porte-parole de la Commission se défend de cet état d’esprit. Pour lui, le mot “excédent de personnel”…  “traduit la réalité qu’il y a un nombre plus grand de travailleurs que d’opportunités d’affaires de l’entreprise. Il ne faut pas attribuer une charge idéologique à cette notion”. Autant dire il ne dément pas ‘impression première, la confirme même.

En coulisses, des fonctionnaires de la Commission détaillent cette dénomination, c’est très clair, s’il y a des pertes d’emploi, c’est parce que le travailleur n’est pas adapté aux nouvelles conditions….

Curieuse conception du marché du travail et de la mondialisation…

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).