Sarkozy à Bruxelles : un parler choc mais pas de propositions

(B2) A Bruxelles, Nicolas Sarkozy a répété son discours de campagne grosso modo. Mais s’il n’a voulu esquiver aucun sujet, il est resté vague, très vague pour ne pas dire inconsistant sur les moyens d’atteindre les objectifs qu’il se fixe.

Ainsi il a redit son souci d’une Europe qui protège « l’Europe doit penser aux peuples, ne pas inquiéter, préparer à la mondialisation, et ne pas être le Cheval de troie de la mondialisation. L’Europe doit être une Europe politique. Il faut trouver un compromis pour que l’Europe avance ensemble d’un même pas. On ne peut pas construire l’Europe sur l‘inquiétude, l’Europe doit protéger ». Mais aucune précision ni calendrier. Sarkozy a répété sa conviction d’une meilleure gouvernance économique. Citant l’exemple du cours du dollar et Boeing, il a eu cette envolée « on avait le dumping social, fiscal, environnemental et maintenant voici le dumping monétaire ». Mais a reporté une initiative à plus tard, « ce n’est pas le moment ».

Sur l’OMC, il a été plus précis. « Je suis pour la  liberté du commerce, la mondialisation ne me fait pas peur. » (Mais je veux) « un accord sur la base de la réciprocité, de l’équité et au revoir la naïveté ». « L’Europe doit s’ouvrir mais les autres aussi, en même temps, dans les mêmes conditions. Que l’on s’ouvre, oui, mais vous ouvrez pareil. Je n’ai pas reçu mandat de brader l’agriculture européenne et l’agriculture française. Ce n’est pas services contre agriculture. Je ne veux pas qu’on puisse ne pas faire ce que font nos amis américains » NB : c’est-à-dire être obligé de diminuer les subventions agricoles quand les USA les gardent.

Sur le budget français, il a été clair dans sa volonté, quasi keynésienne, de s’affranchir de règles trop orthodoxes : « Je connais les règles monétaires, la France sera au rendez-vous de la réduction du déficit et de l’endettement. (Mais) Je demande à être jugé fin de mon quinquennat sur la dette et le déficit. Cela ne se règle pas, semaine après semaine. Le problème c’est que la France a un point de croissance de retard par rapport aux autres pays. Il faut bien réfléchir à un choc économique et fiscal pour partir à la recherche de ce 1%. J’ai une vision dynamique de la politique économique et pas une vision sacrificielle. »

Sur la Turquie, il a été toujours clair « sa place n’est pas dans l’Union européenne ». Quant à bloquer les négociations, « il ne voit pas l’utilité de poser la question maintenant. D’ailleurs elle ne se pose pas ». Un porte-parole de l’Élysée n’a-t-il pas dit que « l’ouverture des chapitres de négociation est une question technique » – autrement dit on peut continuer d’ouvrir des chapitres de négociation – « c’est la fermeture d’un chapitre de négociation qui est politique ». Sur ce point, il ne prend pas de risque : la fermeture des chapitres est gelée

Il n’empêche. Au delà du flou de certains propos, le dynamisme du Président de la République, son coté tranchant, énergétique a séduit. Et c’est vrai qu’il tranchait, qu’il remettait du souffle dans une construction européenne qui lambine trop souvent au gré de consultations et de mots creux, de propos convenus et de renvois à plus tard. Comment ne pas partager son propos ainsi quand il dit. « Depuis longtemps je pense que le débat européen est contrit, sans prétexte de technicité, on ne se dit rien, on complique tout et on ne simplifie rien, et cela explique le désamour de nos concitoyens. »

Décidément ne pas être séduit par le style Sarkozy est difficile.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).