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50 ans d’Europe. Ce que représente l’UE pour un Polonais

Ce que les citoyens du pays attendent de la France pour relancer l’Union européenne ? A la veille des élections présidentielles en France, nous avons demandé à deux collègues, l’un polonais, l’autre albanais ce que représentait l’Union européenne.

(Archives – B2) S’il faut relancer l’Union européenne, la réponse, d’un citoyen polonais – notez-le bien pas du gouvernement polonais – se résume en une seule phrase: que la France choisisse bien… lors des élections présidentielle et législative.

L’Europe ne peut pas se permettre en effet un autre échec constitutionnel. Il est donc absolument nécessaire que la France cesse d’être un point de blocage politique, que, finalement, elle ratifie le Traité Constitutionnel. Et ceci sera le cas seulement quand les Français choisiront des dirigeants politiques pro-européens, prêts à donner un plein soutien au projet constitutionnel, sans réserve ni hésitation.

Reste à définir, qui est ce « dirigeant d’élite pro-européen ». A mon avis, seuls deux candidats à la présidentielle en France sont des Européens convaincus, capables de pousser vers la ratification de la Constitution européenne. Ce sont François Bayrou et Nicolas Sarkozy. Le premier est l’un des rares hommes politiques qu’on peut appeler « Européen du cœur ». Une petite anecdote pour le prouver: la seule photographie installée dans le bureau de M.Bayrou, c’est la photographie de Robert Schuman. Or on peut attendre de quelqu’un qui a une photo de Schuman dans son bureau… qu’il se batte de toutes ses forces pour la ratification.

Evidemment le cas de Nicolas Sarkozy est plus compliqué. Lui, il n’est pas trop amoureux de l’Union Européenne. Il l’accepte, il la soutient. D’une manière à l’autre, il est un « Européen » lui aussi. Mais dans son cas, c’est la raison, et non l’amour de fond, qui le pousse à l’être.

L’avantage de Sarkozy est autre part. Contrairement à François Bayrou et Ségolène Royal, le ministre de l’Intérieur est le partisan d’une ratification parlementaire, et non par le référendum. Cela reste un choix politiquement très incorrect, mais aussi très, très bien fondé. Franchement, c’est la seule solution qui nous garantisse que la Constitution européenne sera ratifiée, le comportement référendum des Français étant un mystère… En plus, il nous semble « qu’un traité simplifié » – qui ne reprendrait que les réformes institutionnelles – pourrait être accepté par la plupart des autres pays membres de l’Union européenne. Et même par les Anglais.

Ceci dit, je n’oserai jamais dire aux Français: votez Sarkozy. Ou votez Bayrou. J’essaie tout juste de dire que le choix de l’un de ces deux hommes politiques nous rapprochera de la ratification en France du Traité constitutionnel modifié. Je ne dirai pas la même chose pour Ségolène Royal. Son idée d’un référendum, mélangé à une faible volonté des Socialistes, me semble trop risquée. Un deuxième ”Non” causerait une vraie crise fondamentale comme l’a analysé récemment Jo Leinen, eurodéputé social-démocrate allemand (et spécialiste de la question constitutionnelle).

Last but not least, je note avec une grande satisfaction, que près de deux ans après le « non » retentissant des Français à la Constitution européenne, le sujet de l’Europe est redevenu l’un de sujets principaux du débat politique en France. Il me semble que les Français, en leur ensemble, sont sortis d’un discours trop « défensif » sur l’Europe. C’est très important parce que la France reste l’un des pays fondamentaux en Europe. Elle l’était toujours et probablement, elle le sera toujours.

Konrad Niklewicz, correspendant du quotidien polonais „Gazeta Wyborcza” à Bruxelles
Paru dans Ouest-France, mars 2007

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).