Le débat fait rage en Allemagne sur le salaire minimum

(B2) Alors que l’Allemagne est un des derniers pays européens à ne pas avoir instauré un salaire minimum généralisé, la polémique bat son plein dans le pays après la conclusion d’un accord dans le secteur postal. Certains concurrents de l’opérateur public, Deutsche Post, ont menacé d’abandonner des projets d’extension (le néerlandais TNT), voire de procéder à des licenciements (Pin Group, filiale d’Axel Springer). Pour eux, la création d’un salaire minimum au 1er janvier 2008 va torpiller la libéralisation du marché du courrier et est un acte de concurrence déloyal.

Pour JC. Trichet : le salaire minimum réduit la productivité
Une mesure également jugée négative par le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet:  « Mettre un salaire minimum à un niveau tel qu’il n’est pas en ligne avec la productivité réduit les chances d’emploi des chômeurs et travailleurs moins formés » a-t-il estimé, lors d’une conférence à Berlin rapportée par le Financial Times. Cette attitude et ces propos ont été dénoncés par le ministre du Travail et des Affaires sociales, Olaf Scholz (SPD), dans un entretien au Frankfurter Allgmeine Sonntagszeitung. « Si une augmentation de deux euros par heure empêche tout un modèle économique de fonctionner, alors […] ce modèle repose sur le dumping salarial. Si des licenciements ont lieu, j’espère que de nombreux salariés se défendront devant les tribunaux ».

La stratégie de la coalition : pas à pas
Le gouvernement de coalition CDU – SPD maintient sa stratégie: élargir branche par branche une disposition exceptionnelle (la loi transposant la directive sur les travailleurs détachés) qui permet de créer un salaire minimum dans les « secteurs particulièrement menacés par le dumping salarial ». Mais la question d’un salaire minimum général reste en débat. « Je suis sûr que l’évolution aboutira finalement à un salaire minimum légal et général », affirme M. Scholz. L’idée fait son chemin justifie le quotidien « Süddeutsche Zeitung », le 6 décembre. « Du SPD à la CDU en passant par les syndicats allemands et le Conseil des experts, tous ont évolué ». Une prise de conscience liée à la réalité sociale et salariale (difficultés des négociations salariales, notion de salaire décent, etc.) ainsi qu’à des contingences politiques et économiques. Des études montrent, en effet, que la « création d’un salaire minimum ne tue pas forcément l’emploi, au contraire, à condition d’être fixé au bon niveau, ni trop haut, ni trop bas », explique le quotidien de Münich.

L’accord dans la poste
Quelque 40.000 facteurs devraient bénéficier à partir du 1er janvier 2008 d’une rémunération horaire minimum comprise entre 8 euros (Allemagne de l’est) et 9,80 euros de l’heure (ouest), selon la nouvelle convention collective signée le 30 novembre entre le syndicat des services Verdi et la fédération patronale des services postaux (AGV) qui concerne uniquement les entreprises qui ont plus de 50% de leur activité consacrée au secteur postal. Disposition qui va être inclure dans la loi sur les travailleurs détachés.

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).