Bruxelles avertit: Nous sommes sur une bombe à retardement démographique

(ARTICLE PARU dans Ouest-France, octobre 2006) Encourager la natalité, le travail des seniors, l’intégration des immigrés, le financement privé des retraites… les réformes c’est maintenant, dit la Commission européenne. Travail, famille, immigration, capitalisation, c’est son nouveau credo face au vieillissement.

« Une bombe à retardement démographique ». C’est ainsi que la Commission, par la voix de son commissaire aux Affaires sociales, Vladimir Spidla, a appelé les Européens et les Etats membres à réagir face au vieillissement de la population.

Quel est le problème ? Plusieurs phénomènes se conjuguent. Le renouvellement des générations n’est pas assuré, une femme a 1,5 enfants en moyenne, là où il en faudrait 2,1. La génération « Baby-boom » franchit, en masse, la barre des 60-65 ans. L’espérance de vie s’est accrue : 8 années de plus déjà et 5 années supplémentaires d’ici 2050. L’apport des migrants ne suffit plus  : de 1.8 millions d’immigrés en 2004, l’Europe devrait accueillir (seulement) 900 000 immigrants par an en moyenne. A l’horizon 2050, Il n’y aura plus alors que deux actifs pour un senior (4 pour 1 aujourd’hui).

Pourquoi maintenant ? « L’arrivée plus nombreuse des femmes et le maintien des travailleurs âgés sur le marché du travail peut compenser l’impact du vieillissement d’ici 2017». Il y a donc une « fenêtre d’opportunité » pour les réformes.

1ère piste : la natalité. « Il faut offrir aux gens d’avoir autant d’enfants qu’ils désirent » explique Bruxelles. Il faut multiplier les services de garde des jeunes enfants, aménager les temps de travail, développer la formation permanente. Les partenaires sociaux ont été invités à se pencher sur les moyens de concilier travail et vie familiale. S’ils aboutissent à un accord, celui-ci aura force de directive européenne.

2e piste : l’emploi des seniors. Les Etats doivent « prendre les mesures nécessaires », pour permettre aux travailleurs de plus de 55 ans de travailler. Le principe de non-discrimination, notamment quant à l’âge, doit être pleinement appliqué.

3e piste : l’immigration. Il faut se diriger vers « une politique commune » et renforcer l’intégration des étrangers en Europe.

4e piste : la réforme de la sécurité sociale. Si on ne fait rien, les dépenses publiques augmenteront de 10%. La Commission préconise Au menu : recul de l’âge de départ en retraite, suppression des préretraites, pensions professionnelles et développement de l’épargne privée…)

(NGV)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).