Strasbourg en perte de vitesse

La capitale strasbourgeoise est-elle condamnée à terme comme siège du Parlement européen ?

(Archives B2) Si elle n’a pas encore perdu la guerre, Strasbourg a, en tout cas, perdu bien des batailles. Faute de réel soutien politique et économique, de développement de liaisons rapides, la désaffectation paraît gagner les esprits.

Déjà se déroulent à Bruxelles la plupart des réunions de commissions parlementaires et certaines sessions plénières. Et les secrétariats des groupes politiques et de l’administration logent en bonne partie dans la capitale belge. Et cependant… Inauguré en 1999, le nouveau bâtiment strasbourgeois se voulait une marque d’attention. On n’avait pas lésiné sur la dépense. 460 millions d’euros pour 200 000 mètres carrés. Peine perdue ! Les vices de construction, vices de jeunesse, ont marqué les esprits et avivé la mauvaise humeur des députés contraints d’effectuer une fois par mois cette transhumance.

Migration coûteuse puisqu’il occasionne, selon le député néerlandais Michiel van Hulten, près de 200 millions d’euros de dépenses chaque année. Le tout pour un bâtiment déserté 25 jours par an, cela fait beaucoup. Quant aux « liaisons ferroviaires et aériennes avec Strasbourg, loin de s’améliorer, [elles] ont empiré » observe-t-il. Et, effectivement, l’aéroport avec seulement 10 villes européennes desservies, dont aucune dans les nouveaux Etats membres, fait pâle figure par rapport à l’aéroport de Bruxelles-National qui dessert tous les pays mis à part l’Estonie !

Certes Strasbourg détient une rente de situation. Les chefs de gouvernement ayant décidé que le Parlement y tiendrait 11 sessions plénières par an. Mais la durée des sessions n’a pas été fixée. Du coup, chaque année, la fixation du calendrier donne des sueurs froides aux Français. L’arrivée d’une centaine de députés d’Europe centrale risque de faire définitivement basculer le vote. Trois puis deux jours… la France devrait alors jeter le gant. Signe supplémentaire de cette désertion ? Pour la première fois, une vraie soirée électorale est organisée au Parlement européen… à Bruxelles. Quel péché d’orgueil ! Car, en fait, la capitale alsacienne profiterait davantage d’un vrai établissement européen par exemple dans un secteur en pleine expansion comme la défense commune, la justice et les affaires intérieures, voire une université européenne, un Harvard européen. Quel sera le dirigeant français qui osera dire chiche !

N.G.-V.

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).