Une volonté de politique différente (John Palmer)

(archives B2) 3 questions à John Palmer. Chercheur à l’European Policy center (centre d’études sur la politique européenne)

Quelles leçons tirez-vous des résultats ?

Premièrement, le taux d’abstention est mauvais. Mais ce n’est pas une véritable surprise. Aucun homme politique n’a vraiment donné de contenu à cette campagne. Le débat n’a pas porté sur une certaine vision de l’Europe ou un autre mais s’est cantonnées sur questions domestiques. Devant cette absence de choix, l’électeur a tout bonnement choisi de rester chez lui et d’attendre de vraies élections locales pour se prononcer. Deuxièmement, si on examine l’ensemble des votes, il est surtout défavorable aux gouvernements en place qui ont soutenu la politique américaine en Irak (Grande-Bretagne, Pays-Bas, Italie, Danemark…). Une importante partie de la population a, sans doute, voulu signifier une volonté de politique différente.

Ce (non)vote aura-t-il des conséquences pour la Constitution et au niveau européen ?

Je ne pense pas que cela puisse en avoir. La Constitution devrait être adoptée par les chefs d’Etat et de gouvernement avant ce week-end. Sinon il y aura, alors, une réelle démoralisation. Mais c’est au moment des ratifications que vont surgir les difficultés. Je pense particulièrement au Royaume-Uni. Et au Parlement, il n’y a pas grand changement. Le parti populaire européen (Ndlr : regroupant les conservateurs et chrétiens-démocrates) restera le premier parti, même s’il va perdre quelques membres dans les prochaines semaines (UDF de Bayrou, pari de Prodi…).

Comment changer cet état d’esprit d’absence d’intérêt ?

Les députés européens ont cinq années pour prouver, c’est un véritable challenge, qu’ils ne font pas simplement partie d’un groupe parlementaire mais doivent transformer celui-ci en un véritable parti transnational. Alors tout un chacun pourra décider de voter pour ou contre les socialistes, les libéraux, les écologistes, pour une politique pro-américain ou anti-américain, fédéraliste ou souverainiste…

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde –

(Article paru dans France-Soir, juin 2004)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).