Les élus français au Parlement comptent pour des prunes

Peu présents, pas très compétents, peu studieux … les qualificatifs à l’égard de nos compatriotes au Parlement européen ne sont guère élogieux. A juste titre semble-t-il

(B2) Quelle que soit la nationalité de l’interlocuteur ou sa fonction, le constat est le même. « Les Français au Parlement européen comptent pour des prunes ». L’explication ? Simple ! La plupart des élus tricolores répugnent « à se plonger les mains dans le cambouis communautaire ». Une caricature. Pas tellement !Trois indicateurs suffisent à corroborer ce commentaire.

Premier indice : la présence. Les Français se classent avant-derniers pour leur assiduité aux plénières ; seuls les Italiens dépassent notre absentéisme. Sans suivre l’exemple des meilleurs — Gérard Caudron (socialiste dissident), Christine de Veyrac (Ump), Gérard Onesta (Verts) ou Françoise Grossetête (Ump) — qui se font un point d’honneur à assister à toutes les séances, la plupart des députés sont cependant assez sérieux. Mais quelques très mauvais élèves — Charles Pasqua, Thierry Jean-Pierre ou Marie-France Stirbois par exemple — font chuter la moyenne.

Deuxième indice : les rapports. La présence physique n’est pas, en effet, un critère essentiel. Là où le député a la meilleure capacité d’influence, et peut montrer son savoir-faire, c’est le rapport. Or, selon une étude du Medef, il n’y a pas photo. Quand un Français rédige un rapport, ses homologues britanniques ou germaniques en rédigent trois, les Espagnols deux. Même les Italiens font mieux avec un ratio d’1,5 par député. Simple ! 38 députés n’ont rien écrit, durant cette législature, sur les quelque 1300 textes publiés par le Parlement. Cerise sur le gâteau, les rapports qui comptent, ceux qui ont un impact, se comptent sur les doigts d’une main : Joseph Daul en agriculture, Gilles Savary sur la libéralisation ferroviaire ou Bernard Poignant sur la sécurité maritime. Quelques autres députés ont certes turbiné — Catherine Lalumière sur la défense, Fodé Sylla sur les droits fondamentaux, Philippe Herzog sur les services publics. Mais emprunts de beaux principes, leurs travaux sont demeurés poste restante.

Troisième indice : les postes clés. Les Français ne détiennent la présidence que de deux des 17 commissions parlementaires — Rocard à la Culture et Daul à l’Agriculture —. Et ce ne sont pas les plus importantes. Ils n‘occupent que deux postes de coordinateurs chez les Socialistes, un demi ( !) au Parti populaire européen. Or le coordinateur remplit un rôle charnière : il choisit les rapporteurs, concilie les positions… Une conséquence logique quand on examine la répartition des Français au Parlement. Atomisés dans tous les groupes politiques — ils détiennent le record de dispersion —, ils sont importants dans des partis faibles et peu dotés (souverainistes, communistes et non-inscrits), et minoritaires dans ceux qui comptent (socialistes, libéraux, conservateurs), qui font les majorités. De plus, ils sont moins présents que leurs homologues anglo-saxons dans les commissions économiques, sociales ou industrielles.

Enfin, ils restent les champions du cumul. Là où il n’y a que 10 députés cumulards allemands et 4 anglais, les Français alignent 29 députés qui ont un autre mandat électif. Ceci explique peut-être cela…

Nicolas Gros-Verheyde

En savoir plus : Lire « le Parlement européen : un défi pour l’influence française », une étude de la fondation Robert Schuman, de Yves Bertoncini et Thierry Chopin.

Consulter le site non officiel mais utile, Europarliament, pour observer la présence des députés.

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).