Laetitia veut connaître la vérité (Georges Henri Beauthier)

Trois questions à Georges Henri Beauthier. L’avocat de Laetitia Delhez, qui est avec Sabine Dardenne, une des rescapées ». Portrait …

(B2) Georges-Henri Beauthier est un avocat comme on peut les aimer. Précis, clair, décidé, il ne passe pas son temps à parader avec de belles formules, mais ne mâche pas non plus ces mots. Ancien président de la Ligue des droits de l’homme, ce n’est pas vraiment un débutant. Et il aime les causes qui lui sont justes. Il a ainsi été le défenseur des parties civiles dans maintes affaires internationales engagées en Belgique contre les génocidaires rwandais et dictateurs de tous poils (Pinochet, Yerodia, Saddam Hussein…). Tandis que son collègue Jan Fermon défendait les parties civiles dans un procès intenté contre le général Franks. Une fine équipe qui a réussi – un tour de force – à amener Michel Nihoul devant la Cour d’assises, alors que l’instruction se dirigeait et certains juges inclinaient vers une relaxe.

• Pourquoi avoir réintroduit Nihoul dans ce procès, vous ne croyez pas au pervers isolé ?

L’instruction a été menée de telle manière que l’on se retrouvait avec un pervers isolé, un larbin et une sainte nitouche. Or il y a bel et bien quatre personnes en cause, une bande criminelle… Martin (la femme de Dutroux) était déjà impliquée dans le viol de 1985. Lelièvre n’est pas le petit drogué aux ordres de Nihoul. Quand il viole, ce n’est pas le petit larbin. Quant à Dutroux, avec 4 filles, en vie, dans sa maison, où il faut organiser la vie en commun sans qu’elle se rencontrent, les repas, etc. c’est un travail à part entière. Ce n’est pas un pédophile seul dans sa cage qui viole. Non !

• Ce procès permettra-t-il de connaître ce qui s’est vraiment passé ?

Il y aura des pans de vérité certainement. Sans doute pas toute la vérité. Mais il faudra bien que eux (les quatre accusés) disent la vérité ultime, il ne sera plus temps après. C’est ce que veut ma cliente. Laetitia ne veut surtout pas être plainte. Elle me dit « J’ai besoin de savoir quelle vérité ils vont dire. Pourquoi moi, qu’est ce qu’ils allaient faire de moi ? Qui voulait faire quoi ? » Nous avons eu au moins 8 x 4 versions sur la période dans laquelle Laetitia et Sabine étaient enlevées, un jour c’était pour agrandir la famille de Dutroux, l’autre jour pour tenir compagnie à Sabine ou les mettre dans un réseau. Il faudrait enfin qu’on nous dise laquelle de ces versions est la bonne.

• Sabine Dardenne viendra au procès témoigner, Laetitia le fera-t-elle aussi ?

Laetitia est dans un tout autre angle. Elle veut qu’on lui fiche la paix, et en même temps, elle espère être une victime qui soit à la hauteur. Est-ce que je vais un bon témoin ? Cette question, cette espèce de culpabilité qui plane… c’est terrible.  » On retrouve là toute la perversité du crime de Dutroux, qui aidait ces filles à jouer au Nintendo, ou leur donnait du choco après le viol. Nous avons un contact maintenant tous les jours avec Laetitia. Elle n’est pas la même tous les jours. Il y a des jours où c’est le calme, d’autres l’effervescence, parfois les pleurs. Laetitia admire beaucoup Sabine et son courage d’affronter Dutroux. Elle ne sait pas si elle aura cette volonté. Mener une vie normale, c’est sa façon, à elle, de régler ce problème. Cette question de viol que l’on met devant tout le monde, c’est pénible…

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde, à Bruxelles

Paru dans France-Soir