Théâtre. Le père des anges : Quand Israël se créait dans la douleur

(B2) Le Père des anges, la pièce, que vient de monter à Bruxelles, Tuvia Tenenbom, le directeur du Jewish Theatre of New York, ne laisse pas insensible.

Inspirée d’une histoire vraie, la scène se déroule à Jérusalem, en 1944. Au pied du mur des lamentations, deux mondes se heurtent en violentes discussions. Avigdor, le sioniste ardent zélateur d’un Etat indépendant d’Israël (joué par Georges Lini) et Reb Yankev (Patrick Messe), s’oppose au rabbin orthodoxe que cette idée même hérisse ; seule l’arrivée du Messie peut favoriser le relèvement du Temple pour ces religieux. La question surgit : Qu’est-ce qu’être juif aujourd’hui : La terre ou les hommes ? Le tout sous le regard narquois du délégué britannique en Palestine (excellent John Dobrynine) et sous la surveillance pesante et constante d’Adolf Eichman (Didier Colfs). Logé à gauche de … Dieu, dans une petite alcôve, qui s’éclaire au gré des événements, le nazi manie tour à tour l’ironie, la narration apparemment objective du conflit qui se déroule devant ses yeux et l’éructation propre à ses idéaux. Et à leur instar, on peut s’interroger. Jusqu’où les juifs ont-ils collaboré avec le régime nazi pour sauver certains des leurs d’une mort certaine ? Quid de la lâcheté des Alliés préférant quelques cadavres de plus dans les camps à des réfugiés dans la terre de Palestine ? etc. L’histoire pourrait se cantonner là, sonnant comme une provocation. Bien que le metteur en scène, Tuvia Tenenbom s’en défende : ” Tout comme celle d’autres États, la création de l’État d’Israël n’a pas été belle. Pourquoi s’en cacher. “. S’y s’entremêle un autre récit, plus personnel celui-là, les tourments de Reb Yankev, confronté à son désir pédophile des jeunes garçons, arabes de surcroît. ” Qui a planté ces désirs dans mon coeur ” s’écrie-t-il à son Dieu. Chez d’autres le propos serait lourd, gêné. Le talent de Tenenbom est justement de se saisir de cette confusion des sens et de la politique, pour entraîner le spectateur à la recherche de l’esprit, sans jamais l’ennuyer, grâce à un humour toujours présent, même aux instants les plus tragiques.

* Bruxelles, Théâtre de Poche

NGV © Article publié dans La Tribune février 2002

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).