14e Dour festival : plus pop, plus rock, plus techno.

Dour (Belgique) – Durant ces 4 jours de la mi-juillet, la plaine de Dour (Belgique) a résonné d’une ambiance pour le moins festive. Entre cuivres reggae, beat techno, guitares rock et voix célestes ou rappeuses, plus de 200 groupes étaient offerts aux oreilles des jeunes belges et français attirés non seulement par l’affiche mais aussi par l’ambiance simili-Woodstock.

(B2) Situé en Belgique, à quelques encablures de la frontière française près de Valenciennes, le festival de Dour, 14e du nom aura pour une fois fait mentir sa légende de festival de la boue. Certes il plut un peu. Juste assez pour donner aux chaussures et bas de pantalons la nécessaire touche de crotté que tout vrai festivalier se doit d’avoir pour mériter cette appellation. Mais point trop pour gâcher la fête. Juste aussi pour ne pas désorienter davantage les baladeurs d’écoute, dans ce festival dont la marque de fabrique est certainement la joyeuse pagaille. Pas moins de sept lieux offrent en effet leurs décibels aux quelque 25 000 personnes qui y passent chaque jour. La plupart sont non marqués. Pour savoir ce qui passe au moment, il faut un peu de chance, jouer à la devinette ou un(e) voisin(e) renseigné(e) – ce qui est rare. Qu’importe, la diversité est au rendez-vous. Du Bastard Mix club davantage dédié aux rythmes techno à la petite maison dans la Prairie, plus pop, à la red frequency stage davantage hip hop ou ska, en passant par la Magic Tent pour de jeunes pousses belges ou la Marmite pour leurs équivalents du nord de la France, il serait cependant bien vaniteux celui qui n’y trouverait pas son compte.

La preuve de cet éclectisme se trouve, jeudi, sur la Last Arena (la grande scène en patois local), le premier jour de ce festival on peut trouver Rémy Bricka. Eh non… vous ne rêvez pas. Il s’agit bien de l’homme orchestre, et ses 35 instruments dont sa grosse caisse qu’il agite comme un grelot. Seul sur scène, tout de blanc vêtu, celui qui a réalisé son premier album en 1977, participé en 1992 au final d’un défilé de Jean-Paul Gaultier, puis fait un petit tour seul dans le Pacifique affiche toujours son sourire et incarne le monde heureux. “ Je ne veux pas proclamer la paix mais la trouver au fond de mon coeur ” nous confie-t-il. Avec ses colombes, les pétards, et les pouet pouet, il réussit cependant à enflammer les quelques milliers de personnes, présentes, qui tout heureux reprennent à tue tête son tube « La vie en couleurs » ou découvrent « L’ami chlorophylle », une nouvelle chanson. Ce qui suit est une autre histoire.

Près de 60 printemps, le père du funk est là sur scène. George Clinton en personne. Arborant un tee shirt avec son slogan « Free your mind », pendant plusieurs bonnes dizaines de minutes, il arpente la scène, apostrophant la foule, battant des mains, stimulant ses musiciens, et poussant de temps en temps un petit coup de voix. Alors que l’heure prévue pour la fin de son concert est déjà sonnée depuis quelques minutes, George, stimulé par son adorable choriste, se décide enfin à entrer vraiment dans la danse. Et c’est l’apothéose. Durant une bonne heure, il tiendra le public en haleine. Et il faudra toute la verve sympathique de son vieux complice Garry Shider, en langes, pour le “débrancher”.

Après cela, un petit tour dans la tente techno s’impose pour dérouiller les oreilles. Fabrice Lig (a.k.a. Soul Designer) officie. Ce transfuge de la techno de Détroit made in Belgium – qui a sorti chez F Com de Laurent Garnier – produit un hip plus léger.

Ce vendredi, les deux tentes type cirque de « la marmite » voient se succéder des groupes festifs mêlant musique de l’est, plus ou moins tziganes, et ritournelles plus populaires. Avec des noms aussi imagés que “Au coin de la rue”, “Les Tontons zingueurs” ou “les Ogres de Barback”, la gaieté est au programme.

Samedi. La grande scène se remplit à vue d’oeil. Il y a ceux qui aiment vraiment. Et ceux dont “c’est pas le style mais je viens voir”. L’espace de la grande scène est plein dès qu’apparaît en pointillé au laser la célèbre croix mythique du groupe. Indochine est là. Sur l’air de “La lune”, Nicola Sirkis entame son concert. Au légendaire Bob Morane, la gigue démarre. Il n’y a pas besoin des “saute saute” du chanteur pour que le public entame un vaste jeu de jambes et de bouches. Le meneur du groupe adore d’ailleurs varier les rythmes, démarrant en douceur tel morceau pour le finir plus rock, faisant sonner les guitares, presque à saturation, selon une pratique que ne renieraient pas certains groupes plus métal. Un “j’ai demandé à la lune “ mi-parlé, mi-chanté, chantonné. Le public, très composite, de plus vieux fidèles jusqu’aux adolescentes en goguette répond en coeur. Incroyable d’ailleurs est la popularité, sans cesse redécouverte de ce groupe, aux accents plus que jamais actuels. Même si le renouvellement ne figure guère au gré des acquis d’Indochine, il faut saluer ce panache, cette efficacité et le respect du public que tous n’ont pas…

Des découvertes

Au rayon des découvertes belges, comment ne pas citer la jolie prestation scénique de My Little Cheap Dictaphone, un groupe originaire de Liège. L’ambiance, sur les planches, est magique. Le rouge domine, bougies allumées, signes cabalistiques ostensibles. Assis, guitare sèche en bandoulière Red Boy, alias Michaël, chemise rouge et pantalon noir tisse un indie rock talentueux. Son ambition « Je veux faire plus qu’un simple concert mais inviter les gens à rentrer dans mon monde, dans mes émotions aussi » est comblée. “Silencio” raconte ma peur de ce qu’on ne connaît pas, nous raconte-t-il, tout comme “One I touch you” conte la trahison et la séparation » ou encore Ukrainian girl – tout un programme à lui tout seul ! – son bel amour du moment.

Atmosphère moins torturée, plus calme chez les cinq de Moxie, un groupe Bruxellois. Leur alchimie, soigneusement découpée, et répartie entre la voix, les guitares et batterie, porte. Leur ambition n’est « pas de conquérir le monde” mais les personnes qui nous écoutent, qu’elles soient 7, 200 ou 5000”. Contrat rempli.

Autre style, autre genre chez Marc Huyghens. Seul au micro, le chanteur de Venus, à l’allure un peu déglinguée, est accompagné par un clavier mené de main de maître par son fidèle Jozef. Ses mélopées originales, admirablement servies par une voix sonnent clairs et justes. Et quelques reprises savoureuses comme cette Lily Marlène langoureuse. “Une chanson qui date d’une époque où il n’y avait pas la techno” ironise-t-il, alors que derrière sa voix parviennent quelques monstrueux beat échappés d’une tente quelconque voisine. Difficile de ne pas ressentir un petit picotement salé au bout l’oeil.

Un Dionysos de Dieu pour un Noir désir peu désirable

Pour le quatrième et dernier jour du festival, la fatigue se ressent. Les dernières notes des jembés et concerts improvisés du camping à peine éteintes que les scènes rallument une à une leurs feux. Il n’est que … 11h25 du matin, que déjà, ponctuels comme une turbine SNCF, les groupes reprennent leur ronde infernale. The Silk, King Prawn ou le groupe de métal allemand Liquido donnent ainsi le signal qu’il faut se lever. Mais le réel réveil se produira quelques heures plus tard, dans la “petite tente dans la prairie”, pleine à craquer. Le groupe français de Valence, Dionysos ravit tout son monde avec un pop-rock claquant sous la toile. Doté d’une voix pouvant se percher dans aiguës a faire sauter une anse de cristal, le chanteur Mathias finit après plusieurs minutes de rappel, par monter sur un des pylônes de la tente et de là rebondit sur la foule. Hurlements. Après un très théâtral salut des cinq musiciens qui se plient en multiples contorsions, on pourrait croire à la fin. Erreur. Mathias revient pour quelques petites notes égrenées à l’harmonica, en solo, sans sono, sans micro. Rassasié. On en redemande…

Atmosphère musicale différente mais tout aussi énergique au “Peuple de l’herbe”. En concert, ces quatre lyonnais amènent indéniablement un déménagement des hanches, du cou et des pieds. Le duo de DJ est largement renforcé par la batterie et la trompette qui amènent une dimension plus swing et reggae aux machines. Leur tube éponyme, chanté en woolof a toujours droit de cité. Pour autant le groupe renie son appellation de ska festif. “Nous ne sommes pas bloqués sur un seul style. Nous sommes plus proches du dub et de la drum & bass”. La formation évolue, s’étoffe, au gré des concerts. Rien de moins qu’une trentaine de dates cet été, avant la … tournée officielle, en septembre-octobre. Gageons que ce groupe a encore quelques évolutions devant lui.

Après cette mise en tympan bien trempée, la forme est donc maximum pour ce qui doit être… le clou du festival, Noir Désir. Déception est bien le mot. Car si le public était au rendez-vous nombreux au début, il s’en est vite allé. Après une longue introduction de 8 minutes, un peu surfaite, – n’est pas Léo Ferré qui veut -, Bertrand Cantat a ensuite confondu la scène d’un festival avec le café du commerce. Un brin démago, il a réglé ses comptes s’en prenant à l’organisateur du festival. “Je suis venu pour vous pas pour cet organisateur aux méthodes bizarres” lâche-t-il. Quand au bout de trois quarts d’heure de concert, à peine, sans conviction et mal servi par un son mal réglé, Bernard Cantat jette sa serviette d’un geste rageur et s’en va, accompagné de ses musiciens, tous croient donc le concert terminé. Erreur ! Au bout de 5 longues minutes, la “star” revient. Quelques petites exécutions. Et nouveau retour en coulisse. Nouveau rappel de la foule, moins enthousiaste il est vrai. Noir Désir reprend alors sa longue remontée dans un rock rageur et un chanteur plus souriant et serein. Trop tard ! La moitié du public a déserté ne comprenant pas ses errements divers. Seuls sont restés les fans du groupe. Quelques milliers tout de même. Dommage ! Un concert à vite effacer de nos mémoires…

Nicolas Gros-Verheyde pour RFi Musique

Site du festival (avec quelques vidéos)