Le « syndrome des Balkans » a atteint Bruxelles.

(B2) Le « syndrome des Balkans » a atteint Bruxelles. Cet ensemble de symptômes inexplicables et de cancers inexpliqués dont souffrent certains soldats revenus des missions de paix dans les Balkans a occupé la journée des trois institutions principales de la capitale européenne. A la Commission, au conseil des ministres et à l’Otan, les réunions se sont donc succédées. Comme si tout d’un coup, les États européens et américains prenaient conscience que les armes modernes, même « propres », peuvent aussi faire des victimes dans le propre rang des.. militaires. Mais les principaux responsables politiques et militaires ont surtout convenu qu’il était urgent de… continuer à se réunir.

Des réunions à la pelle. Convoqué à la demande de l’Italie, le comité politique de l’Otan n’a pu ainsi se résoudre à décréter un moratoire sur l’usage des armes à l’uranium appauvri. Des études relatives à cette matière et à ses effets sur la santé pourraient cependant être engagées sous la responsabilité des États membres et d’organisations extérieures. Le principal organe décisionnel de  l’OTAN, le Conseil de l’Atlantique-Nord, se réunit mercredi pour en discuter. Lundi suivant, ce sera au tour des chefs des services de  santé des forces armées d’aborder la question. La seconde réunion de ce mardi, conduite sous l’égide des Suédois, réunissait les ambassadeurs des quinze États membres. Dire qu’elle n’a débouché sur rien serait un euphémisme.

La Commission européenne dans le jeu. De fait, dans la guerre de communication, c’est la Commission européenne qui semble avoir pris l’avantage. En demandant à un groupe d’experts indépendants de rendre d’ici février un avis scientifique sur l’éventualité  d’un lien entre l’utilisation de ces munitions et l’apparition de cancers chez des militaires ayant servi dans la région, l’institution communautaire entend prendre ses responsabilités. Son porte-parole Gunnar Wiegand estime en effet que  »plusieurs centaines voire plusieurs milliers’‘ de membres de son personnel et de personnes sous contrat se trouvaient dans les Balkans lorsque ces munitions ont été utilisées au cours de la décennie passée. Dans cette réunionnite aiguë, peu d’experts ont cependant mentionné les travaux déjà menés sur la question, par les Pays-Bas depuis 1997, et plus récemment par les Belges. Ils prouvent sinon un lien direct avec des armes à uranium enrichi, du moins un ensemble de symptômes inexplicables lié à l’envoi de troupes dans les Balkans qui atteindraient environ 5 % des militaires revenus de la région. Un homme aurait pu, peut être expliquer cette situation, Javier Solana. Mais le « Haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune » plus connu comme secrétaire général de l’Otan jusqu’à 1999, durant les frappes sur la Yougoslavie, a choisi de se taire. C’est çà la transparence vous dit-on !

(NGV)
(article paru dans France-Soir 2001)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).