La France et l’Europe : la quille

(Archives B2) C’est terminé ! La France a quitté la présidence européenne qu’elle avait entamé en juillet dernier.

Nul ne sait quand elle la retrouvera ; pas avant 2008 si l’on se fie aux prédictions des mages européens. Les différents responsables de la PFUE, la présidence française de l’Union européenne, à Paris et à Bruxelles en profitent donc pour souffler. Pour autant, l’ambiance dans les lambris diplomatiques n’est pas à l’optimisme.

Certes la France n’a pas à rougir du travail effectué. Le bilan est plus qu’honorable. La directive sur l’exposition à des vibrations mécaniques ou « l’agenda social » ne laisseront certainement pas un souvenir impérissable. Mais le renforcement des règles sur la sécurité maritime, l’interdiction des farines animales, l’harmonisation fiscale, la création de la société anonyme européenne ne sont pas quantité négligeable. Ils ont nécessité, de la part des ministres et diplomates français, un certain savoir faire et un brio que tous s’accordent à reconnaître. Même les Britanniques ! « Les conseils [des ministres] commençaient à l’heure » observe, non sans humour, un diplomate en poste à Bruxelles.

Au final, cependant, la présidence française laisse dans les esprits comme un goût amer, d’inachevé. Lors des discussions sur la réforme des institutions, qui s’est terminé à Nice en décembre, les Français ont perdu une occasion en or de lancer un réel débat sur le futur de l’Europe. Les propositions du ministre allemand des affaires étrangères, Joschka Fischer, en mai dernier n’ont pas permis d’engager ce dialogue. Toutes les contributions qui ont suivi — de Tony Blair, pour le Royaume-Uni, de Guy Verhofstadt, pour la Belgique, de Romano Prodi, pour la Commission européenne,…— ont été traitées avec mépris.

Cette morgue française, largement dérivé du moule « ENA », explique sans doute les commentaires peu amènes de plusieurs partenaires européens à l’encontre de la présidence française. La véritable raison, de ce qu’il faut bien qualifier un échec, est donc à rechercher au plus haut niveau. « La France a des dirigeants qui se foutent de l’Europe » remarque un observateur avisé de la politique européenne. Elle « est davantage préoccupé ses préoccupations intérieures » complète un autre. « Entre les affaires de la mairie de Paris, le référendum et l’inversion du calendrier électoral, » le duo Jacques Chirac et Lionel Jospin a ainsi rivalisé dans le nombrilisme et l’impuissance. « Au delà des quotas laitiers, du décrochage franco-allemand ou de la position sur l’OMC, il n’y a aucune vision européenne, aucune stratégie, aucune volonté de mener une diplomatie subtile. »

Bref ! l’encéphalogramme européen de la France est resté désespérément plat.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(Paru dans France-Soir, janvier 2001)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).