Zagreb, les retrouvailles yougoslaves

(archives B2) A Zagreb avec l’Union européenne, les ex-Yougoslaves et l’Albanie se sont engagés à devenir de bons voisins. Un marché commun balkanique va être créé. Mais le Kosovo est resté à la porte de la conférence… tout comme il persiste à rester aux confins de la paix.

L’événement est « historique »

Près de dix ans après le début des guerres yougoslaves, les différents protagonistes du conflit se sont retrouvés à Zagreb, la capitale croate, autour d’une table commune avec les Quinze pays membres de l’Union européenne. Initiative personnelle de Jacques Chirac, ce sommet prévu depuis le printemps dernier était promis à n’être qu’une réunion bien ordinaire de dirigeants internationaux et se cantonner à un message pâlichon « aux Serbes et à la démocratie ».

L’élection de Vladimir Kostunica en septembre à la tête de la Yougoslavie a changé la donne et permis à la présidence française de l’Union européenne d’engranger son premier succès diplomatique. Le seul peut-être ! Pour une fois, en effet, la rencontre entre frères ennemis serbes, macédoniens, croates et bosniaques n’avait pour objet de mettre fin à une guerre mais de décider de leur avenir. Un défi comme l’a commenté le jeune ministre serbe des affaires étrangères, Goran Svilanovic. « Il est facile d’entraîner des générations entières dans la guerre, il est plus difficile de faire face à ce que la paix apporte ».

Les Quinze ont donc voulu tracer à chaque pays de la zone une perspective – l’adhésion à l’Union européenne – et un préalable – la signature d’un accord de stabilisation et d’association. Mais ils y ont mis un prix : le « bon voisinage ».

Les Balkans doivent ainsi s’habituer à régler pacifiquement leurs différends, à protéger leurs minorités et à solutionner la question des réfugiés. Au passage, la compétence du tribunal pénal international a été rappelée. Les États concernés (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Serbie et Monténégro, Macédoine) se sont engagés à créer un marché commun balkanique sur trois priorités : politique, économique – une zone de libre-échange va être créée – et policière, notamment pour lutter contre les mafias locales qui prolifèrent. La fête paraissait donc parfaite. Mais le Kosovo, dont les autorités politiques n’avaient pas été conviées, a occupé tous les esprits. L’ancienne province serbe, actuellement sous mandat des Nations-Unies, connaît en effet depuis plusieurs jours un regain de violences. C’est « le problème majeur en Europe » a tenu à souligner le président serbe Vladimir Kostunica, « qui pourrait provoquer de nombreux autres conflits ».

Mercredi, un attentat a visé à Pristina le siège du représentant yougoslave au Kosovo, son chauffeur a été tué. Jeudi, c’était au tour de la Ligue démocratique du Kosovo de pleurer un des siens, Xhemajl Mustafa, un proche de Rugova. A la frontière administrative du Kosovo, dans le sud-est de la Serbie, trois policiers serbes sont morts et cinq blessés après un accrochage avec des hommes de l’ex-UCK. Resté aux portes de la conférence, le Kosovo ne paraît pas prêt de briser la spirale du sang…

Nicolas Gros-Verheyde
(article paru dans France-Soir, novembre 2000)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).