Un coup de diam’ sur Bruxelles. 90 secondes et quelques millions de francs plus tard

Le casse survenu la semaine dernière sur l’aéroport de Bruxelles n’a pas encore livré toutes ses informations. Des hypothèses s’échafaudent sur le montant du butin et les complicités des malfrats.

C’était mardi dernier. La nuit est déjà tombée sur l’aéroport de Bruxelles depuis bientôt deux heures. Il est 20 heures passées de quelques minutes. Et les 46 passagers du vol de la Lufthansa Bruxelles-Francfort sont prêts d’embarquer. Autour de l’Airbus A 319 stationné à l’emplacement 302, ce sont en effet les derniers préparatifs. Tout à fait ordinaires. Une cinquantaine de personnes s’affairent à ce moment là : préposés aux bagages, ravitailleurs, personnels d’assistance… Un fourgon blindé de la Brink’s-Ziegler est également stationné, là, prêt à décharger quelques valeurs. Personne ne prête vraiment attention à une camionnette Ford blanche qui se faufile entre les avions immobilisés sur le tarmac.

Erreur fatale ! D’un coup, trois hommes cagoulés jaillissent. Sous la menace de pistolets-mitrailleurs, mais sans user de leur arme, ils immobilisent les hommes de la Brink’s, et sans hésiter, s’emparent de cinq des sept caisses placées là. Pas une de plus, pas une de moins. En 90 secondes, tout est bouclé. La camionnette blanche repart tranquillement comme elle est venue, franchissant sans encombre la barrière de sortie de l’aéroport, avec son précieux contenu : « des diamants de différents types » apprendra-t-on par la suite.

Quel montant a été volé ? Là commencent les supputations. Sur la base d’un poids de 10 à 15 kilos, le butin est estimé entre 30 à 50 millions de francs. Que nenni, surenchérit le journal flamand, Het Laatste Nieuws, repris en France par le Journal du dimanche, le butin s’élève à plus d’un milliard de francs (7,5 milliards de francs belges). Montant que la gendarmerie de l’aéroport se refuse à confirmer. Mais une certitude s’affine. Pour avoir réussi un tel coup, les malfaiteurs étaient bien renseignés. La complicité ne peut venir que des autorités de l’aéroport, de la police ou de la compagnie de transports de fonds.

En un an, en effet, c’est la quatrième fois sur le secteur qu’une attaque a pour objet la Brink’s-Ziegler. En février 1999, à Bruxelles déjà, des malfaiteurs déguisés en employés de la Sabena avaient « emprunté » 12 millions de francs lors d’un transfert d’argent dans un avion de la compagnie britannique Virgin. Le 9 octobre dernier sur l’aéroport de Findel-Luxembourg, 66 kilos de billets belges prenaient le même chemin… Sans oublier un casse-éclair au siège de cette société en avril, à Kehlen-Luxembourg . Troublantes coïncidences !

Nicolas Gros-Verheyde
Paru dans France-Soir, novembre 2000

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).