L’enjeu de la conférence intergouvernementale : l’avenir de l’Europe et des Etats

(archives B2) L’enjeu de la conférence intergouvernementale qui s’est ouvert sous présidence portugaise en février paraît simple à première vue. Il s’articule autour de trois sujets, les “reliquats” comme les nomment les diplomates, pour ne pas dire les échecs de la précédente conférence intergouvernementale qui s’était tenue à Amsterdam en 1997.

  • Premièrement, la Commission européenne doit-elle compter un commissaire au moins par pays ?
  • Deuxièmement, au Conseil des ministres, chaque pays a-t-il un nombre de voix en fonction de sa population ou de son poids politique ou des deux ? En clair, l’Allemagne compte-t-elle autant que la France.
  • Troisièmement, sur quels sujets, les gouvernements ont la possibilité d’exercer leur droit de veto ?
  • Enfin, peut-on autoriser certains pays à aller de l’avant, tout seuls, la fameuse “avant garde” prônée par certains.

De fait, derrière ces enjeux se profile déjà une autre bataille, initiée par le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer et relancée par Jacques Chirac lors de son discours au Bundestag, sur l’avenir de l’Europe. Faut-il évoluer vers une fédération ? Ou alors conserver le système communautaire actuel en le modernisant quelque peu ? Ou encore redonner davantage de poids, comme le veulent les souverainistes, aux Etats-nations ?

Inutile de préciser que les vues des Quinze sont fort diverses. Et, s’il est possible de dégager des tendances de fond, classer les pays européens sur une carte du tendre, politique, relève d’une certaine gageure (lire : La carte du tendre européen). Les positions peuvent en effet varier entre un gouvernement et ses collectivités locales (Allemagne), entre une opposition et sa majorité (Espagne) ou au sein de la coalition au pouvoir (Italie, France). Quand ce n’est pas au fil du temps.

Car comme le commente un fin observateur du paysage européen, « généralement un pays qui assure la présidence devient plus euro-enthousiaste ». Dernier exemple en date, la Finlande. De même, une même catégorie de pays peut cacher des motivations profondément différentes. Exemple, entre le Royaume-Uni ardent défenseur du libre-échange et la Suède souhaitant préserver son modèle social, il y a davantage qu’un fossé. Un fossé qui pourrait se creuser prochainement, la Suède ayant la présidence après la France.

Nicolas Gros-Verheyde, paru dans France-Soir, juin 2000

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).