La Commission européenne déclenche une aide d’urgence à la Roumanie

(Archives B2) Face aux évènements en Roumanie, à Timisoara, à Iasi, à Bucarest, la Commission européenne a déclenché une aide d’urgence pour venir en aide aux blessés de la « révolution »

  • Gérard Molinier, chef de division DG8 chargé de l’aide d’urgence, à la Commission des Communautés Européennes, explique comment s’est déclenchée cette aide, sur quels critères, à qui est-elle destinée, le rythme de versement de l’aide.

Comment se déclenche l’aide d’urgence européenne ?

Nous avons une structure spéciale au sein de la Commission, véritable cellule de crise, chargée de suivre l’évolution en situation de catastrophe et de prendre toute décision que les circonstances imposent. Sur la base des informations que nous transmettent nos partenaires habituels — organisations non gouvernementales ou de la Croix-Rouge —, nous prenons des mesures d’urgence qui sont des aides en cash, moyens financiers que nous mettons à disposition de ces partenaires pour se procurer les biens essentiels, nécessaires dans des situations urgentes (médicaments, couvertures, tentes, envois d’équipes médicales, ponts aériens…).

Quel est votre budget ?

Nous avons pour à la fois les pays ACP et les pays tiers, un budget annuel de l’ordre de 60 millions d’Ecus (soit 0,13%). Ce montant n’est qu’incitatif : en cas de crise grave, nous pouvons avoir des budgets plus importants. L’aide d’urgence communautaire provient de différents chapitres du budget de la communauté ou dans le cadre des conventions de Lomé, mais nous intervenons dans le monde entier.

Dégager des fonds, c’est lent ?

Non, car les décisions sont prises d’une façon extrêmement rapide, grâce à un système d’habilitations qui existe au niveau de la Commission. Celle-ci délègue à un Commissaire européen la responsabilité de prendre toute décision jusqu’à des montants de 500.000 Ecus. Pour les décisions d’un montant supérieur, nous adoptons alors des procédures ad hoc. Par exemple, pour la Roumanie, dès que les organisations partenaires nous ont adressé leurs demandes chiffrées, nous avons pris un premier train de mesures. Le 22 décembre, une première tranche d’un million d’Ecus était débloquée pour l’envoi, par avion et camion, de médicaments, matériel médical et équipes de secours. Une nouvelle tranche d’aide de 5,5 millions d’Ecus a été décidée avant-hier (dimanche 24 décembre à 17h). 2,4 millions d’Ecus confiés aux Caritas d’Europe serviront à expédier de l’aide alimentaire par camion, véritable pont roulant de 60 camions par mois, durant 3 mois. Le deuxième volet médical (médicaments, matériel médical équipes médico-chirurgicales…) est confié à Médecins sans frontière (1,5 Millions Ecus), Médecins du Monde (500.000 Ecus), et les Croix-Rouge allemande et italienne (600.000 Ecus). Une réserve de 500.000 Ecus reste disponible pour les prochains jours.

Comment sélectionnez-vous vos partenaires ?

Les organisations partenaires sont sélectionnées selon deux critères: les besoins sur place, et les partenaires qui ont un programme précis à mettre en oeuvre et qui forme ainsi un réseau d’organisations que nous connaissons bien. Nous leur demandons simplement de faire savoir que leurs interventions sont financées par la Communauté. Seulement pour des raisons diverses, parfois l’urgence ou d’autres raisons, le financement communautaire n’est pas connu du grand public, … il faut bien dire les choses comme elles sont.

D’autres aides seront-elles déclenchées ?

Ces deux aides de la CEE représentent déjà un montant tout à faire considérable. Il faut éviter dans une telle situation dramatique, un surplus d’aide ou l’aide inadaptée qui peut être nuisible. Il faut donner l’aide qu’il faut, là où il faut… Nous devons donc coordonner cette opération, voir ce que les autres donateurs envoient et faire une évaluation plus précise des besoins avant de revoir la situation dans quelques jours.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).