1989. Tchécolovaquie. La préoccupation écologique

(archives) La protection de l’environnement occupe une bonne place dans les revendications de l’opposition. D’une part, parce que les spécialistes de l’environnement ont été parmi les initateurs du mouvement, d’autre part car la situation est réellement critique. La Tchécoslovaquie est aujourd’hui un des pays les plus pollués d’Europe, avec près de 30% du territoire atteint, dont 8% à un taux supérieur à celui existant en Europe. Tout le nord-ouest du pays a un air saturé en pollution, et la plupart des résineux y ont été détruits.

A Prague, lundi, la radio lançait des appels à la population pour réduire les déplacements en voiture, le seuil de pollution étant dépassé. Mais le problème réel est ailleurs… En Slovaquie, région à tradition agricole, l’enfouissement de déchets chimiques et de de phosphates à même le sous-sol, le plus souvent sans aucune précaution. Peu, pour ainsi dire pas, d’usines se sont équipées en dispositifs anti-pollution. C’est le résultat de l’absence de toute volonté politique du gouvernement d’agir. Car comme le souligne, amèrement, un universitaire de Bratislava « dans les pays socialistes, personne n’est responsable… la terre est à tous. J’aimerais voir le jour, où comme à l’ouest, on pourra mettre en cause la responsabilité d’un chef d’entreprise qui mettrait en danger la vie de nos enfants ».

Dernièrement, la RFA a bien offert de fournir gratuitement des filtres pour les usines… Mais le pouvoir tchécoslovaque n’a pas donné de réponse, sinon de façon indirecte, dans la revue de l’officiel mouvement de la nature… « Les pays occidentaux ont réussi à se développer en polluant leur territoire, et maintenant ils voudraient nous empêcher de nous développer économiquement en nous imposant des normes minimales de pollution » !  C’est cette même stratégie qui a motivé la continuité des travaux de construction d’un barrage géant sur le Danube, à Gabcikovo, à la lisière de la frontière hongroise, malgré l’opposition du gouvernement de Budapest et des scientifiques. Le canal, détournant le cours du Danube, est aujourd’hui terminé, atteignant par endroits une hauteur de 18 mètres. Mais il est encore vide, l’ouverture des vannes dépendant du changement de pouvoir en cours à Prague.

Nicolas Gros-Verheyde

(article paru dans le Quotidien de Paris, 3 décembre 1989)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).