Atmosphère praguoise. Les étudiants en grève, la population derrière

(archives) Quand je suis arrivé ce matin à Prague, j’ai ressenti que la journée était extraordinaire. Déjà en passant la frontière en voiture, on pouvait ressentir une singulière différence. Les douaniers qui avaient abandonné leur morgue dévastatrice et se contentaient d’un contrôle purement formel me laissait imaginer la suite.

Le rythme dans la capitale est un peu plus actif dès le matin qu’à Paris. A 4 heures, les rues s’animent, A cinq heures, tout le monde est dans les trams et le métro. A six, la rue retrouve un semblant de calme.

Place Wencelas, ce sont les derniers grands préparatifs. Les étudiants du jour ont relevé ceux de la nuit. Boissons chaudes et vivres circulent. Des gens de la « ville » apportent, qui des couvertures, qui de la nourriture.

Dans tous les lieux où l’on peut faire une projection, on se reprojette les images des dernières manifestations, surtout celle de vendredi, la plus dure. Ici, c’est une salle de théâtre qui fait office, là un café, ailleurs, on a carrément branché les hauts parleurs d’un magasin d’articles ménagers dehors.

Chacun lit sur les murs avec avidité, les commentaires de chacun sur l’actualité. Si il y a queue devant les magasins, ce n’est pas pour la nourriture. Mais plutôt pour écouter un orateur ou lire ces dizzabao modernes.

On rencontre partout les couleurs tchécoslovaques, devenues le signe de ralliement de l’opposition : sur les voitures, sur les métros, sur les monuments officiels. Tous participent. Et on ne compte plus les boutiques qui affichent Stavk (grève)

Le Forum civique s’organise dans une fébrilité hâtive : trois comités ont été créés, un comité Information, un comité Organisation et un groupe de travail.

Fait nouveau, partout on discute. Ce qui donne une atmosphère étrange. Dans les sous-sols du métro, on pourrait presque entendre crisser une poussière sous la semelle des gens, alors que plus haut, en surface ou à l’entresol se mêlent conversations, harangues, cris de joie… Inlassablement, toujours et encore, les gens se regardent, discutent… et repartent plus déterminés que jamais.

Le peuple tchécoslovaque semble déterminé, déterminé à en finir : « Nous voulons davantage de libertés, nous voulons que le gouvernement communiste s’en aille, nous voulons une vraie démocratie » sont les trois principales de leurs revendications. Face à cela, le gouvernement reste indécis et se marquent de plus en plus de nombreuses divergences. En fait, l’ouverture à la tchécoslovaque est condamnée… à réussir.

On ne peut plus dire aujourd’hui que le mouvement de protestation est un mouvement de jeunes. Certes, les jeunes en forment l’ossature, l’aspect apparent. Mais c’est bien l’ensemble de la population qui s’est décidé, sont là derrière eux. Les anciens de 1968 donnant des conseils aux nouveaux de 1989.

Nicolas Gros-Verheyde

(premier papier d’atmosphère, réalisé pour Kiss Fm Paris)

 

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).