1989. Tchécolovaquie. Le “miracle étudiant”

(archives) Fer de lance de l’opposition, les étudiants sont avec les acteurs, “sur la brèche” depuis le 17 (novembre), date de leur dispersion brutale par la police à Prague. La grève déclenchée le lundi 20, continue cependant toujours aujourd’hui. Car à coté des revendications pour la démocratie et les libertés politiques, leur avenir n’est pas assuré. Dans les universités occupées, débats ouverts à tous, conférences et activités de grève… se succèdent de façon ininterrompue du matin au soir.

L’emprise du Parti sur le contenu des études, la carrière des professeurs, les cours d’idéologie
obligatoires, et le monopole de l’organisation des jeunesses socialistes… sont au centre des critiques, de même que les conditions d’études. La part de budget consacrée à l’éducation est un des plus faibles d’Europe. L’équipement des universités est pauvre, peu de photocopieurs ou d’informatique. Les étudiants ne peuvent vivre qu’avec l’aide financière des parents…etc. Si la majorité des enseignants soutient ces revendications ; certains se souviennent, et préfèrent s’abstenir de toute publicité… la peur.

Dans chaque faculté, un comité de grève, constitué des éléments les plus dynamiques, règle les problèmes quotidiens d’organisation. Un centre de coordination siège 22h/24 dans les deux capitales : Prague et Bratislava (l’éducation étant depuis 1968 décidée au niveau régional), le tout coordonné par un comité fédéral à Prague. Une structure interne de soins est assurée par les étudiants en médecine.

Sage “révolution” tout de même, qui invite à dénoncer les incitations à la violence à … la police ! Police qui collabore parfois à la discipline instaurée, avec succès, puisque aucun incident grave n’est à déplorer – la criminalité ayant même baissé en Slovaquie de 75% !

Le nerf de la “guerre” reste pourtant l’information. Machines à écrire, ordinateurs et ronéos tournent quasiment jour et nuit pour imprimer journaux et tracts, diffusés ensuite dans tous les lieux stratégiques. Signant la faillite du système d’éducation communiste, « ce mouvement – déclare le doyen Tichy, exclu de l’enseignement depuis 1969 – est un vrai miracle; ce que nous, les vieux, n’avons pu réalisé, nos enfants l’ont fait. Ils ont eu assez de courage pour sortir dans la rue exprimer leurs idées »…

(Nicolas Gros-Verheyde)

  • article paru dans le Quotidien de Paris, 1er décembre 1989

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).