L’esprit de Sibiu ou le blabla de Sibiu ?

(B2) Les 27 Chefs d’État et de gouvernement devraient adopter à Sibiu (Roumanie) le 9 mai prochain un texte solennel affirmant dix engagements pour l’avenir, l’esprit de Sibiu. Un texte assez ronronnant largement au-dessous des ambitions annoncées

Une Europe unie et responsable

Les 27 affirment ainsi en termes très généraux la volonté de défendre « une Europe unie, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud » comme de protéger le mode de vie européen, d’être solidaires ou de devenir un « leader mondial responsable ».

Le Soft et le Hard

« Les défis auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui nous concernent tous » est-il indiqué. Les leaders européens veulent ainsi affirmer vouloir investir dans le « soft et hard power » et « collaborer avec nos partenaires internationaux » pour assurer la sécurité des citoyens.

Un blabla utile ?

Ces mots sont très utiles pour se convaincre de l’existence européenne, mais sans doute insuffisants pour relancer l’Europe. On a ainsi une accumulation de beaux principes, de belles intentions, mais rien de concret, rien pour convaincre les citoyens d’aller voter, et tracer concrètement la route pour l’avenir. En un mot, un espèce de gros « copier-coller » de phrases types qui tournent en boucle dès qu’on parle d’Europe, comme si les dirigeants européens étaient à la fois en panne d’esprit commun, de projets enthousiasmants, ou même tout simplement d’inspiration…

(NGV)

Sommet à Quatre sur la Défense. Un état-major européen avant la fin 2004 ?

(B2) Réunis en mini sommet sur la défense européenne à Bruxelles, les dirigeants français, allemands, belges et luxembourgeois tendent la main à leur alter ego britannique et se sont fixés une date butoir, fin 2004 pour aboutir à une avancée européenne.

Quatre pages dactylographiées, en caractères serrés pour donner un nouvel élan à cette défense dont l’Europe (lire les conclusions)

Le clan de la paix n’est pas un quarteron de putschistes

C’est dans une salle de conférence du Hilton de Bruxelles, transformé pour l’occasion en salle de presse, que les quatre leaders du « clan de la paix » (opposés à la guerre d’Irak) avaient choisi d’affirmer devant la presse leur volonté de donner « un nouvel élan » à cette politique de défense qui manque tant à l’Europe. Avec un leitmotiv : « n‘exclure personne« . « Toutes les avancées européennes ont eu pour origine l’initiative de quelques États » a expliqué Chirac, citant sans retenue le précédent franco-britannique de Saint Malo ! « Cette initiative est ouverte à tous les autres » a complété, le premier ministre belge, Guy Verhofstadt. « Nicht allein » (pas seuls) a renchéri Gerhard Schröder. « Nous ne sommes pas un quarteron de putschistes » a plaisanté Jean-Claude Juncker pour le Luxembourg. Coté propositions concrètes, même si les ‘Quatre’ se gardent bien de prononcer le mot, il s’agit de (re)créer un état-major européen permanent capable d’assurer la liaison des différentes forces de l’UE engagées sur le terrain, notamment pour les missions de maintien de la paix,… et avec l’Otan.

L’idée n’est pas neuve…

Pour éviter les mots qui fâchent, les Quatre ont d’ailleurs  trouvé un mot nouveau pour une proposition ancienne : créer un « noyau de capacité collective de planification et de conduite d’opérations ». L’idée, à défaut d’être neuve, est bien avancée. Le lieu est déjà trouvé, à Tervuren, le Versailles bruxellois. Et ce « noyau » devrait regrouper quelques dizaines d’officiers venus des pays volontaires. Ceux-ci ne seront pas vraiment dépaysés. Certains sont déjà à Bruxelles, de façon régulière ou semi-permanente, qui pour les besoins des réunions de l’Union européenne qui a (déjà) un état-major européen embryonnaire, qui pour les réunions de l’Otan et de son quartier général, le Shape, à Mons. Dans la même lignée, un commandement commun serait créé pour le transport aérien stratégique appuyé sur le programme A400M. Cette proposition, avec quelques autres, doit être présentée aux ministres des Affaires étrangères des ’25’ réuni en « gymnich » en Grèce ce vendredi. « Nous verrons alors comment cette idée sera reçue » estime un proche collaborateur du président Chirac. Qui aime l’Europe suive… pourrait-on dire !

(Nicolas Gros-Verheyde)


L’escapade chez les antiquaires

Pour joindre l’utile à l’agréable, Jacques Chirac et Guy Verhofstadt ont, en marge du sommet européen sur la défense, fait un petit croc-en-jambe au programme officiel en s’octroyant 20 bonnes minutes de chinoiseries chez une spécialiste du genre, Gisèle Croes, qui tient une galerie d’art chinois de la haute époque. En sortant, Jacques Chirac n’a pu s’empêcher de serrer quelques mains. « Il fait campagne » a proclamé, tout sourire Guy Verhofstadt, le Premier ministre belge qui parle en connaissance de cause, les élections législatives sont dans quelques jours… en Belgique.


Version complétée de l’article paru dans France-Soir avril 2003