Sociétés privées

Les Britanniques passent au privé

(BRUXELLES2) Les navires marchands arborant le drapeau britannique pourront embarquer des gardes privés armés. C’est ce que le Premier ministre, David Cameron, a annoncé dimanche à la BBC dans l’émission One’s Andrew Marr Show. Les gardes bénéficieront d’une licence délivrée par le ministère de l’Intérieur. Environ 200 navires arborant le red ensign – le pavillon britannique réservé aux navires civils (l’Union Jack est réservé aux navires de la Royal Navy) – croisent régulièrement au large de la Somalie. Et la moitié d’entre eux – environ une centaine – pourraient bénéficier cette mesure rapidement, selon des sources officielles. Un tournant dans la politique britannique qui, jusqu’ici, était réticente à cet emploi. La mesure a été concertée avec d’autres pays du Commonwealth, qui se réunissait en Australie, a expliqué D. Cameron. Raison de ce changement. « Il y a une évidence. Les navires avec des gardes armés ne sont pas attaqués, ne sont pas pris pour otage ou rançon » selon Cameron.

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GFT, Erythrée, Al-Shabaab et autres milices… les fauteurs de trouble en Somalie

(BRUXELLES2) Voici un rapport épais, documenté que toute personne qui s’intéresse un tant soit peu à la Somalie et la Corne de l’Afrique se doit de lire attentivement. Rédigé par un comité d’experts des Nations-Unies, chargé de suivre les résolutions sur la Somalie et l’Erythrée, il apparaît loin de la langue de bois, avatar des rapports officiels, et met bille en tête le doigt sur les fauteurs de trouble. Le rapport pointe en effet plusieurs causes d’instabilité. Bien sûr celle des Shabab (les milices islamiques) mais pas seulement. Le gouvernement fédéral de transition somalien (GFT) en prend pour son grade. Et sans détour. Une mention particulière est faite de l’Erythrée également dont sa responsabilité sur l’instabilité courante en Somalie.

Le GFT principal responsable de la situation

Les principaux obstacles à la sécurité et la stabilisation dans la Somalie du sud résident dans le manque de leadership du GFT – le gouvernement transitoire somalien -, son manque de vision et de cohésion, sa corruption endémique et l’échec dans les avancées du processus politique. Les « tentatives du gouvernement de monopoliser le pouvoir et les ressources ont aggravé les frictions à l’intérieur des institutions transitoires, empêché le processus de transition et miner la guerre guerre contre Al-Shabaab. »

Le trésor de guerre des islamistes : environ 100 millions $

Des groupes qui gardent leur capacité de nuisance grâce à des ressources importantes. Le groupe d’experts estime qu’ils disposent d’un revenu de 70 à 100 millions $ par an « venant de la taxation et de l’extorsion dans les zones sous leur contrôle, notamment par l’export de charbon et la contrebande frontalière avec le Kenya. » Mieux ! « Nombre d’entrepreneurs somaliens préfèrent traiter avec les Shabaab, vu la corruption et les pratiques prédatrices en cours au GFT »

Les sociétés privées

L’engagement de sociétés privées de sécurité, pour dissuader les pirates ou assurer la sécurité à terre est une « préoccupation grandissante » indique le rapport. Cet engagement s’effectue sans un cadre réglementaire solide et les pratiques opératoires de beaucoup de sociétés privées de sécurité sont « opaques  ». Le rapport estime qu’au moins deux d’entre elles ont commis des « violations significatives de l’embargo sur les armes, en équipant et entraînant de manière non autorisée les milices somalienne, l’une étant impliquée dans le trafic d’armes et de drogues ».

Le rôle de l’Erythrée

L’implication du pays voisin représente une « petite part de l’équation globale mais perturbante » avec à la clé « d’importantes activités d’opérations spéciales ou de renseignement, incluant entraînement, soutien logistique et financier à des groupes d’opposition armés à Djibouti, en Ethiopie (Nb : le frère ennemi), au Soudan et sans doute en Ouganda ». Cette implication de l’Erythrée ne peut être comprise que dans le contexte de son litige de frontières toujours non résolu avec l’Ethiopie. Parmi les évènements sgnificatifs, le rapport retient la planification et l’exécution d’un attentat raté contre le sommet de l’Union africaine à Addis Abeba. Une guerre larvée continue entre Ethiopie et Erythrée ; et c’est la Somalie qui en fait les frais.

Une situation sécuritaire variant suivant les régions

La moitié environ du territoire somalien est contrôlée par des autorités plutôt stables et responsables qui ont démontré à des degrés différents une certaine capacité à procurer la paix et la sécurité à leurs populations » souligne le rapport. C’est le cas au Somaliland – où les autorités maintiennent sécurité et stabilité, préservant leur côte des attaques pirates – mais aussi dans une certaine mesure au Puntland, où l’administration a « maintenu une paix et stabilité relative, bien que des assassinats ciblés aient atteint un sommet dans les principales villes, et ont fait quelques progrès contre la piraterie » ; le risque provient du sud où les milices de Mohamed Sa’iid Atom ont fusionné avec celles de Al-Shabaab. En Somalie centrale, les autorités embryonnaires comme l’Etat du Gaalmudug, de Himan iyo Heeb ou Ahlu Sunna wal Jama’a dans la région ont également un semblant de sécurité.

Commentaire : cette analyse conforte certains entretiens avec des responsables européens sur la Somalie qui semblent las de la position du GFT et plus enclins à entretenir des relations directes avec les régions autonomes ou semi-autonomes, même si le langage officiel reste le soutien au GFT.

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Télécharger le rapport des experts des Nations-Unies : voir docs de B2

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Les pêcheurs basques dégagent un navire marchand de l’attaque pirates

Le Erroxape (crédit photo : Deia)

Dans un Océan indien où les pirates s’en donnent à coeur joie, la solidarité marine joue. Nous sommes le 18 novembre dans la soirée. Le MV Northern Valour, un gros cargo transportant habituellement des matières dangereuses et battant pavillon d’Antigua et Barbade, se trouve attaqué par un groupe de deux skiffs pirates au nord de Mahé, l’île principale des Seychelles. Il est à environ 400 milles au sud est de Mogadiscio (selon le QG anti-piraterie d’EUNAVFOR), 500 milles des côtes somaliennes et 240 milles de Mahé (selon d’autres sources). Les pirates sont tout proches, à 200 mètres seulement du bateau et ses occupants prêts à l’abordage. Le capitaine commence des manoeuvres de diversion, montant la puissance des machines jusqu’à 21 noeuds. L’équipage, non nécessaire aux manoeuvres, a l’ordre d’aller se mettre à l’abri dans la chambre sécurisée. Mais ce qui est intéressant – et ne figure pas dans les annales officielles d’EUNAVFOR – est l’intervention des marins pêcheurs basques du Erroxape.

Selon notre confrère basque, Deia, quand les marins du Erroxape entendent l’appel d’urgence du cargo sur le canal 16, ils se dirigent à grande vitesse vers le lieu de l’attaque. Quant il arrive en vue, il est moins une. Les pirates s’apprêtent à partir à l’assaut du cargo. Les agents de sécurité embarqués à bord du thonier ouvrent le feu. Après un rapide échange de tirs, les assaillants rompent le front et repartent d’où ils sont venus, à la recherche d’autres proies. C’est peut-être d’ailleurs le même groupe qui a attaqué ensuite le bateau de pêche seychellois, le Faith (1).

La solidarité marine a joué. Il faut dire que le capitaine du Erroxape sait ce qu’est une attaque pirates. Il y a quelques jours à peine (le 9 novembre), il en a été victime, à 360 milles des Seychelles. Et ce n’est pas le seul, les pêcheurs de Bermeo en voient de toutes les couleurs ces jours-ci : le Demiku le 6 novembre (2), l’Elai Alai le 31 octobre (3), les thoniers sont sous pression actuellement aux alentours des Seychelles.

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Afghanistan: fermer EUPOL et revoir la stratégie. Un eurodéputé met les pieds dans le plat.

Pino Arlacchi (crédit : NGV / Bruxelles2)

Le rapport sur l’Afghanistan que prépare Pino Arlacchi, l’eurodéputé de la Lista Di Pietro, mérite qu’on s’y arrête un peu (1).

L’Italien est réputé pour son franc parler. Ami du juge anti-mafia Giovanni Falcone, il s’est taillé une réputation dans la lutte anti-criminalité. Secrétaire général adjoint de l’ONU, il est un des initiateurs de la convention de Palerme contre le crime organisé signé en 2000. Il prône en 1998 une stratégie visant à éradiquer (ou au moins à limiter) le poids de la production de pavot en Afghanistan. Stratégie qui n’ira pas jusqu’au bout – faute de financement et du début de la guerre.

Quand Arlacchi prône donc « une nouvelle stratégie en Afghanistan« , cela mérite donc une attention. Et même si certains de ses arguments peuvent prêter à discussion (politique ou/et technique), force est de reconnaître que, pour la première fois, le Parlement européen a là matière à débat sur un sujet qui « consomme » vies humaines, finances et énergie politique. Je dirai même que depuis plusieurs années j’ai rarement vu un rapport du parlement qui délaisse la langue de bois et attaque bille en tête.

Une situation dans l’impasse

Les premières lignes sont éloquentes. « Neuf années de guerre et d’engagement international n’ont pas réussi à éliminer l’insurrection des talibans et à asseoir la paix et la stabilité dans le pays. (…) La situation en Afghanistan est dans l’impasse. Une coalition de forces occupantes en place mais incapable de défaire les talibans et un mouvement d’insurrection incapable de prendre le dessus sur ces forces militaires. (…) Les conditions de sécurité se sont détériorées, parallèlement à l’effritement du consensus populaire qui entourait la présence de la coalition par le passé ».

Comme il me l’a expliqué, lors d’un court entretien que nous avons eu le 28 septembre, en marge de l’audition de Usackas (l’ambassadeur de l’UE en Afghanistan) et de Rasmussen (le secrétaire général de l’OTAN), mon « rapport c’est une tentative pour que l’Europe se dote enfin d’une stratégie. Car, pour l’instant, nous n’en avons pas. Nous avons juste une ‘shopping list ‘d’objectifs qui pourraient très bien aller à d’autres pays. Et on se contente de suivre ce que décident les Etats-Unis. Il faut une vraie orientation politique et non pas seulement un cadre d’action pour les ONG, un peu de logistique, du développement et du blablabla… »

Arlacchi prône notamment de fondre toutes les missions de police, y compris celle d’EUPOL, en une seule, placée sous l’ordre de l’OTAN ; d’interdire les sociétés privées ; de mieux tracer l’aide internationale, notamment en recourant aux fonds fiduciaires internationaux plus efficaces.

Formation de la police, tâche impossible

L’ancien secrétaire général adjoint de l’ONU souligne le coté vain des efforts internationaux dans la formation de la police afghane. Il critique notamment les objectifs fixés à la conférence de Londres de porter la force de police de 94.000 agents à 134.000 d’ici fin 2011 (et 160.000 d’ici cinq ans). Le fait de « simplement revoir les paramètres existants à la hausse sans entreprendre de changements dans la formation, l’organisation et les relations de la police avec les institutions judiciaires connexes ne contribuera que très peu à l’amélioration de la sécurité en Afghanistan ».

Selon les chiffres même de la FIAS de l’OTAN, sur les 94 000 hommes engagés dans la police nationale afghane, « presque 90 % sont analphabètes, 20 % sont des consommateurs de drogue et plus de 30 % disparaissent après un an, sans mentionner les quelque 1 000 agents tués en service chaque année » !

Interdire les sociétés privées…

Un des principaux facteurs responsables, selon lui, de « l’inefficacité globale de la formation » est la pratique américaine des contractants privés, à l’approche ultra-rapide (enquêtes de sécurité insuffisantes lors du recrutement, six semaines de formation sans support écrit du fait de l’analphabétisme des participants, entraînement minimum sur le terrain,…). Il recommande ainsi « sans équivoque que la responsabilité de la formation de la police ne soit plus aux mains de contractants privés ».

… et fermer la mission EUPOL, mission utopique,…

Le rapporteur souligne la présence sur le terrain de « trop de missions différentes de formation de la police (…) avec un faible résultat visible« . Il n’est pas très tendre sur la mission européenne EUPOL Afghanistan. Une mission « utopique« .  « L’imprécision du mandat de la mission EUPOL et l’incertitude quant aux résultats qu’elle a atteint à ce jour, l’empêchent d’acquérir la légitimité qu’elle mérite ».

Il estime donc que l’UE devrait agir pour qu’un « programme de formation à grande échelle soit lancé et placé, en premier lieu, sous le commandement de l’OTAN« . Le personnel de la mission EUPOL et de la police nationale doit être « intégré dans cette nouvelle mission de formation, ce qui permettrait d’éliminer les doublons, le gaspillage et la fragmentation« .

Un programme sur les stupéfiants

Arlacchi propose également « un plan en cinq ans pour l’élimination de la culture illicite de l’opium, grâce à des solutions de substitution« . La seule manière d’éliminer la culture illicite de l’opium est, selon lui, « d’offrir aux cultivateurs en question un moyen réaliste de subsistance de substitution« , avec des « des productions agricoles de niche dans chaque province ». Cet objectif peut être atteint même en Afghanistan pour un coût d’environ 100 millions EUR par an en y consacrant spécifiquement 10 % de l’aide civile européenne versée au pays.

Revoir de fond en comble l’aide occidentale en Afghanistan

« Une part non négligeable de l’aide européenne et internationale se perd le long de la chaîne de distribution » à cause de quatre phénomènes, selon l’eurodéputé : « gaspillage, coûts intermédiaires et de sécurité trop élevés, surfacturation et corruption« . Carl Bildt, rappelle-t-il, le reconnaissait lui-même devant la commission des affaires étrangères du Parlement européen, en décembre 2009 : « Nous n’avons aucune idée de ce que l’Union, en tant que collectivité, fait en Afghanistan… Nous dépensons plus d’un milliard d’euros par an… et cela quasiment sans la moindre coordination ».

Arlacchi prône donc de « créer une base de données complète sur l’ensemble de l’aide de l’Union apportée à l’Afghanistan et de procéder à une analyse de cette aide ». Il estime également nécessaire de revoir la chaîne du financement en confiant davantage d’argent au système afghan qu’au système privé américain.

Il pointe ainsi du doigt un phénomène mal connu : « seuls 15 % de l’aide internationale passent entre les mains du gouvernement central afghan: la corruption locale ne concerne au plus que 7,5 à 9 % de l’aide civile totale apportée à l’Afghanistan. » Alors que la « décision de mettre la chaîne d’approvisionnement de l’armée américaine entre les mains du secteur privé alimente les extorsions et la corruption. (…) en bout de course, les commandants talibans finissent par profiter d’une bonne part des 2,2 à 3 milliards USD que représente le secteur de la logistique militaire en Afghanistan » (somme supérieure aux revenus tirés de la « taxation » de l’industrie des stupéfiants = 15 % du budget militaire des Talibans selon les calculs des Nations unies).

Enfin l’Union européenne devrait soutenir le processus de paix, souligne le rapport, mais en laissant « une large autonomie au gouvernement Karzaï dans le choix de ses interlocuteurs mais en insistant sur les trois conditions préalables principales: un engagement afghan à bannir Al-Qaïda du pays, l’élimination de la culture du pavot et la volonté d’établir un respect basique des droits de l’homme fondamentaux. Toutes les autres questions devraient être laissées à l’autodétermination des Afghans« .

(1) Ce rapport devrait être adopté en commission en novembre et éventuellement en plénière en décembre.

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