Rapide, efficace, bien coordonnée… Un satisfecit pour la protection civile européenne. Rare !

Un avion cargo en partance d’Espagne chargé de matériel médicaux pour faire face à la crise d’Ebola en Guinée Conakry – octobre 2014 (© ECHO/UNICEF / Archives B2)

(B2) Dans un rapport publié ce mercredi (18 janvier), la Cour des comptes européenne donne un satisfecit, quasi total, au mécanisme européen de Protection civile.

« La réaction d’urgence de l’UE aux catastrophes naturelles et aux épidémies majeures est généralement bien coordonnée » indiquent-ils, « déclenchée rapidement » et « efficace ». Elle présente une « réelle valeur ajoutée ».

C’est suffisamment rare pour être signalé … et souligné ! D’ordinaire, les rapports de cette instance sont plutôt critiques, voire très critiques.

Bosnie, Ebola, Népal… une bonne coordination des efforts

Examinant de près trois interventions — les inondations en Bosnie-Herzégovine (2014), l’épidémie du virus Ebola en Afrique de l’Ouest (2014 à 2016) et le tremblement de terre au Népal (2015) — les auditeurs concluent que la gestion assurée par la Commission via son centre de coordination de la réaction d’urgence « a été globalement efficace ». Le mécanisme de protection civile de l’Union a, « de manière générale, été activé rapidement ». Et les équipes de protection civile de l’UE ont « contribué à coordonner les équipes des États participants sur le terrain » jugent-ils. La bonne coordination, précoce, entre les « humanitaires » et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et ses délégations dans le monde, est également soulignée.

Une vraie valeur ajoutée

La coordination entre les services de la Commission, ainsi qu’avec d’autres organes de l’UE ou extérieurs à l’UE, a été « ouverte ». La Commission a bien « respecté le rôle de chef de file des Nations unies et pris des mesures pour assurer une transition sans heurts vers la phase de rétablissement post-catastrophe ». Pour Hans Gustaf  Wessberg, le principal auteur du rapport, ce satisfecit — peu banal dans les documents de la Cour des comptes —, permet de dresser un constat plus politique. « Le rôle de coordination joué par la Commission et son centre de crise opérant 24 heures sur 24 sont de bons exemples de la valeur ajoutée apportée par la coopération européenne. »

Quelques points à améliorer

Le rapport relève cependant cinq points qui mériteraient d’être améliorés :

  1. • Voir comment gagner davantage de temps durant les premières phases des catastrophes, ainsi qu’au cours de la sélection et du déploiement des équipes de protection civile de l’UE.
  2. • Renforcer la plateforme de communication et d’information sur les catastrophes afin d’obtenir une meilleure vue d’ensemble de l’aide fournie et demandée.
  3. • Renforcer la coordination sur le terrain en améliorant les rapports, (…) en associant davantage les délégations de l’UE.
  4. • Améliorer les rapports et renforcer l’obligation de rendre compte en automatisant l’établissement des statistiques et des indicateurs.
  5. • Développer des relations avec le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies pour voir comment déployer des experts médicaux en dehors de l’UE en cas d’urgence sur la santé publique.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Télécharger le rapport français / anglais

Lire notre fiche sur le mécanisme européen de protection civile

Ioannis Mouzalas et Nikos Toskas, ministres grecs délégués l'un à la Migration, l'autre à la protection civile, à Amsterdam (© NGV / B2)

Crise des réfugiés. Arrêtez de taper sur la Grèce, aidez-nous ! (Mouzalas)

Ioannis Mouzalas et Nikos Toskas, ministres grecs délégués l'un à la Migration, l'autre à la protection civile, à Amsterdam (© NGV / B2)

Ioannis Mouzalas et Nikos Toskas, ministres grecs délégués l’un à la Migration, l’autre à la protection civile, à Amsterdam (© NGV / B2)

(B2) C’est une violente charge à laquelle s’est livrée à Amsterdam, le Ministre grec délégué à la politique migratoire, Ioannis Mouzalas, et son collègue chargé de la protection civile Nikos Toskas (un ancien général à la retraite). « Beaucoup de mensonges sont dits » dénonce Ioannis Mouzalas, mettant en cause de façon quasi-directe plusieurs Etats membres qui « blâment la Grèce ». Chacun en prend cependant pour son grade : les autres Etats membres notamment qui accusent la Grèce de ne rien faire mais ne sont pas vraiment solidaires, voire mettent des bâtons dans les roues de la relocalisation, l’agence Frontex qui ne joue pas son rôle… Mais « pas les institutions européennes. Elles font leur travail ».

Un retard… mea culpa

C’est vrai que la Grèce est « en retard » sur certaines questions. « Nous sommes en retard sur les hotspots ». Ils auraient dû être en place en février. Ce « ne sera pas le cas. Nous avons du retard pour construire les bâtiments de réception, de la police. C’est vrai ». Mais « il n’y a pas de problème d’identification – contrairement à ce qu’on dit —. La prise des empreintes digitales et l’inscription dans la base Eurodac fonctionnent dans les autres places en Grèce. »

Pour prendre les empreintes digitales, encore faut-il avoir des machines

« C’est vrai que l’on a eu des problèmes au début avec la prise des empreintes ». Mais c’est simple, cela est dû au manque de moyens plaide le ministre. « Dans les 7 premiers mois, nous n’avions que 12 machines seulement pour prendre les empreintes digitales alors que nous avions un flot continu de 6-1200 migrants par jour dans de petites iles. On a réussi à atteindre ensuite un chiffre de 50% de prises d’empreintes digitales. Avec les 68 machines acquises derniers mois, on atteint les 80%-90%. La semaine dernière, nous avons reçu de l’argent et pu acheter une centaine de machines, le problème est en passe d’être résolu. » C’est vraiment trop facile de blâmer la Grèce de ne pas prendre les empreintes digitales et de ne pas voir pourquoi nous ne les avons pas pris.

La relocalisation a du retard… Les Etats inventent d’autres critères

« Il y a du retard sur les camps de relocalisation. Nous assumons ce retard. Nous avons créé 20.000 places dans des appartements loués et 5000 dans d’autres structures (sur les 45.000 prévues) » Mais on ne peut rendre les Grecs responsables de l’échec de la relocalisation. « La relocalisation ne fonctionne pas parce que nous n’avons pas les 45.000 places. Mais parce que l’on a placé d’autres critères, accuse-t-il. Et d’énoncer les critères posés par certains pays : « certains ne veulent pas des Noirs, d’autres pas des familles nombreuses, d’autres veulent que tous soient safe ». Et « seuls 15 des 28 pays ont donné des places pour la relocalisation ».

La solidarité en mer : limitée !

Il est « faux de dire que la Grèce ne veut pas d’aide de Frontex. Au contraire. Nous avons demandé 1500 personnes, on a obtenu 800 personnes. » Certains Etats préfèrent envoyer leurs effectifs en ex république yougoslave de Macédoine (Fyrom). « Ils préfèrent aider un Etat non membre qu’un Etat membre » regrette-t-il. Athènes a également demandé des garde-côtes et des navires. « On a demandé 28 navires, ils en ont envoyé 6 ». « Si cela fonctionnait, on n’aurait pas eu ces noyades comme celle de la semaine dernière où 48 personnes sont mortes. » NB : vendredi dernier 22 janvier, suite à plusieurs naufrages en mer Egée.

Peu d’aide en matière de protection civile

« Nous avons fait des demandes au niveau européen en matière de protection civile » soulignent les ministres grecs. « Nous avons demandé 26 ambulance, on nous en a envoyé 0 ; 47 véhicules, on nous en a envoyé 0 ; 900 containers, on nous en a envoyé 0 ; nous avons demandé 4000 lits, on nous en a envoyé 500 lits ! Alors, avant de jouer au « blame game », vérifiez … »

Le système de réadmission ne marche pas : le Pakistan en accusation

Et les débatteurs mettent un doigt sur un problème majeur : les retours ne fonctionnent pas. « Le Pakistan, le Maroc n’accepte pas les réadmissions. Nous avons envoyé un avion au Pakistan et ils nous l’ont renvoyé. Même chose pour (un avion de) Frontex. Est-ce la responsabilité de la Grèce ? — s’interroge-t-il — ou la responsabilité de l’Europe qui n’exerce pas de pressions sur le Pakistan d’œuvrer sur la réadmission ? »

La Turquie n’en fait pas assez non plus

Avec la Turquie, il y a « de très petits progrès. On a obtenu 130 réadmissions depuis début janvier. Durant ce temps (25 jours), 60.000 nouvelles personnes sont arrivées en Grèce. Vous croyez que c’est fair play. » Il faut « aider la Turquie à stopper le flot » ajoute-t-il. Mais il faut que celle-ci « joue le jeu ».

Que voulez-vous que l’on fasse : couler les bateaux ?

« Nous essayons de sécuriser nos frontières » argumente le ministre. Mais il faut bien comprendre notre situation. La côte turque n’est pas à des centaines de miles. « Nous sommes à peine à quelques miles (nautiques) » intervient Toskas. Et la Grèce se doit de respecter les normes : « Il  y a la loi internationale, la loi en mer, convention réfugiés, la loi européenne, la loi grecque » qui oblige à porter secours aux réfugiés en mer. Et d’ajouter « Si un Etat a des propositions à nous faire, qu’il l’exprime clairement. Car je ne peux pas m’imaginer qu’ils nous demandent de couler les navires ou de les repousser. »

L’Europe doit faire davantage

Et le ministre de conclure en dénonçant un certain irréalisme de la position européenne. A force de fermer les portes de voies légales, les migrants et réfugiés passeront pas d’autres voies illégales. Quant à la possible exclusion de la Grèce de Schengen, il dénonce toute tentative pour ce faire. « Plus que jamais nous sommes en Europe et les actes unilatéraux font moins d’Europe. Nous n’avons aucune possibilité et aucune capacité de prendre tous ces réfugiés en Grèce. Pensez-vous que c’est un problème uniquement grec ou un problème européen ? » Et d’appeler l’Europe à se ressaisir faire plus « pour la relocalisation » des réfugiés arrivés en Italie et Grèce, « pour la réinstallation » de ceux arrivés en « Turquie, Jordanie, Liban ».

(Nicolas Gros-Verheyde, à Amsterdam)

Déploiement d'officiers de Frontex en 2012 à la frontière grèco-turque (crédit : Frontex / Archives B2)

La Grèce appelle l’Europe au secours. Il était temps !

Déploiement d'officiers de Frontex en 2012 à la frontière grèco-turque (crédit : Frontex / Archives B2)

Déploiement d’officiers de Frontex en 2012 à la frontière grèco-turque (crédit : Frontex / Archives B2)

(B2) Il aura fallu un peu de temps et quelques articles de presse, toute comme la menace d’une sortie de Schengen (agité en sous-main par la Commission européenne par le biais de quelques fuites savamment organisées dans plusieurs quotidiens nationaux). Finalement Athènes a décidé de demander l’aide de l’Europe.

Le mécanisme de protection civile déclenché

La Grèce a activé aujourd’hui le mécanisme de protection civile de l’UE demandant un soutien matériel pour faire face à l’afflux des réfugiés et des demandeurs d’asile dans le pays. La grèce a besoin en toute urgence de tentes, de générateurs, de lits, d’équipements sanitaires et des trousses de premiers soins d’urgence. Cette aide est coordonnée par le Centre des interventions d’urgence de la Commission (CESU), en étroite liaison avec les autorités grecques et les autres Etats.

Une nouvelle opération à la frontière de la Macédoine

Athènes a également approuvé aujourd’hui le plan opérationnel (OpPlan) d’une nouvelle opération de l’agence Frontex, qui sera déployée à la frontière entre la Grèce et l’ancienne République yougoslave de Macédoine (FYROM), où l’agence aidera avec l’enregistrement des migrants. Le déploiement d’agents supplémentaires débutera la semaine prochaine.

Un renfort de gardes-frontières en mer Egée

Enfin, la Grèce a déposé aujourd’hui une demande formelle de déploiement d’une équipe d’intervention rapide aux frontières (RABIT) pour fournir un renfort immédiat de garde-frontières dans les îles de la mer Égée. Frontex va maintenant traiter la demande comme une question de priorité.

Plus de 50.000 personnes passent en Grèce

Plus de 50.000 personnes ont cherché refuge en Grèce depuis le 1er novembre (en provenance essentiellement de la Turquie). Soit un rythme moyen de 1600 personnes par jour. Ce rythme – selon nos informations – a décru de façon notable depuis le sommet tenu avec la Turquie et l’octroi d’une facilité de 3 milliards d’euros. Ankara semble ainsi avoir décidé de contrôler un peu plus sa frontière et de mettre fin au laissez-aller des derniers mois. Une pratique assez régulière de la Turquie, semble-t-il si on en croit les diplomates européens.

L’article 222 du Traité déclenchable

On peut se demander vraiment dans les conditions auxquelles fait face la Grèce s’il n’y avait pas matière à déclencher la clause de solidarité de l’article 222 du Traité (1). Selon le texte, un État membre — affecté par une catastrophe, d’origine humaine, peut invoquer cette clause « s’il estime, après avoir exploité les possibilités offertes par les moyens et les instruments existants, tant au niveau national qu’à celui de l’Union, que la situation dépasse manifestement les capacités de réaction dont il dispose ». On se trouve manifestement dans cette hypothèse. La seule question est de savoir si la Grèce a « exploité » tous les instruments existants au niveau de l’Union européenne. Force est de reconnaître que non. La demande de déclenchement du mécanisme de protection civile, faite seulement aujourd’hui par Athènes, le prouve…

(NGV)

(1) Lire aussi : Déclencher la clause de solidarité. Une clause envisagée par Paris après les attentats du 13 novembre, la France ayant finalement tranché pour une approche plus intergouvernementale et militaire avec l’article 42.7 (lire :  La France peut-elle déclencher une clause de solidarité de ses alliés ? Quel intérêt ?)

Le Mistral est parfaitement outillé pour des missions humanitaires, ici en Tunisie en 2001 (crédit : Min.Fr Défense /DICOD)

Vendre le « Mistral » russe à l’Union européenne. Heu… Ca coute combien ?

Le Mistral est parfaitement outillé pour des missions humanitaires, ici en Tunisie en 2001 (crédit : Min.Fr Défense /DICOD)

Le Mistral est parfaitement outillé pour des missions humanitaires, ici en Tunisie en 2001 (crédit : Min.Fr Défense /DICOD)

(BRUXELLES2) L’idée est souvent évoquée dans certains milieux et remise en selle par la décision de François Hollande de ne pas livrer le premier navire construit à St Nazaire. Puisqu’il est moralement impossible de vendre deux navires BPC de type Mistral (le Vladivostok et le Sébastopol) à la Russie, pourquoi ne pas les faire acheter par l’Union européenne ? C’est ce qu’ont proposé notamment plusieurs eurodéputés dans une lettre publiée début septembre. L’idée est séduisante. Et la proposition mérite d’être formulée. L’Europe disposerait avec ces deux navires d’une force de frappe estimable en matière de protection civile, d’aide humanitaire, etc. Mais cette proposition se heurte à quelques (petites) difficultés…

Première difficulté : budgétaire. Il faut l’avouer. L’Europe n’a pas 1 ou 2 milliard d’euros, disponible à dépenser sur un claquement de doigts, à supposer même qu’on le veuille. Il faudrait racler dans certains budgets pour trouver cet argent. Le budget de la Politique extérieure et de sécurité commune (PESC) est déjà employé à près de 90%. Et le restant disponible se chiffre à quelques millions d’euros ! Et les Etats membres ne semblent pas vraiment disposés à faire plus. L’échec sur le budget général 2015 de l’Union en atteste. La très difficile discussion en cours au niveau des experts financiers du mécanisme Athena le prouve. La seule possible prise en compte collective de certaines dépenses menées dans un cadre européen, avec des moyens dédiés des Etats membres pour les tâches européennes, suscite des bagarres de chiffonniers (le clan des radins – emmené par l’Allemagne – s’alliant en l’occurrence avec les Britanniques hostiles à tout ce qui pourrait de loin ou de près ressembler à une solidarité quelconque en matière de défense).

Seconde difficulté : politique. Il y avait un projet pour que l’Europe se dote d’équipements, même à des fins civiles. La question a été débattue au plus haut niveau l’année dernière. Il était question d’insérer dans les conclusions du Sommet européen la possibilité d’étudier un « mécanisme d’acquisition » en commun afin que l’Union européenne se dote de capacités européennes, notamment pour la protection civile (Canadairs pour les feux de forêt, aide humanitaire, etc.). Cette proposition figurait noir sur blanc dans la communication de la Communication présentée l’année dernière. Et elle était inscrite dans le projet de conclusions du Conseil européen en décembre 2013. Elle a suscité la fureur britannique, d’un David Cameron remonté comme un coucou, dénonçant une « armée européenne » en création (lire : David Cameron sonne la charge (héroïque) …). Résultat, elle a été retirée (Lire sur le Club : La tracklist des conclusions. Mécanisme d’acquisition et autonomie stratégique à la trappe). Bien entendu, rien n’empêche de revenir sur cette « interdiction politique ». Mais c’est un très sérieux obstacle.

Troisième difficulté : institutionnelle. Qui achètera ? Et par quel dispositif, cet achat pourrait se faire ? C’est un mystère. L’Agence européenne de Défense, souvent citée, n’a normalement pas vocation à acheter du matériel. Et n’a pas un kopeck sauf à demander une contribution spéciale des Etats membres. Même la simple prise en compte de l’inflation (moins de 1 million d’euros) pour son budget annuel lui a été refusée lors de la dernière réunion !

Quatrième difficulté : opérationnelle. Comment ce navire sera géré ? Qui l’entretiendra et assurera le maintien en condition opérationnelle ? Qui paiera l’équipage ? Qui assurera le risque et la responsabilité en cas de problème ?  Etc. Il y a un grand nombre de questions pratiques, techniques qui ne trouvent aucune réponse parmi ceux qui défendent l’idée. Il faut ajouter à cela le temps nécessaire à un projet multinational. Un projet comme l’achat en commun d’avions C-17 sur la base de Papa en Hongrie, menée au niveau de l’OTAN, a nécessité plusieurs longues années de travail.

Cinquième difficulté : les principes. Ce n’est pas la moindre. Pourquoi l’Union européenne couvrirait les frais d’achat à la France, et pas les autres contrats qui ont dû être interrompus ou remplacés du fait de la mise en place de divers embargos en Syrie par exemple ou en Libye ? L’achat du Mistral aurait valeur de précédent qui devrait être répété. Pourquoi acheter un navire « humanitaire » à la France et ne pas faire un appel à la concurrence (*) qui est normalement la règle en cas d’achat public ?

Au final, il y a une réalité, la politique de défense européenne n’est pas (encore) « commune » ainsi que l’indiquaient les traités européens conclus il y a 10 ans. Et chaque Etat membre se débrouille avec ses contrats comme il l’entend…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi sur l’affaire Mistral :

 

 

Pour aller plus loin (club) : Le Vladivostok (alias le Mistral russe) ne rejoindra pas son client. Varsovie satisfait ?

(*) D’autres chantiers navals européens seraient intéressés… Par exemple les chantiers espagnols et néerlandais (qui étaient les concurrents des chantiers de St Nazaire) pour fabriquer les navires russes seront peut-être intéressés) 😉
Un hélicoptère autrichien d'EUFOR Althea en intervention de secours à Zenica (crédit : EUFOR Althea)

Inondations dans les Balkans. EUFOR Althea et l’armée slovène prêtent main forte (Maj)

 

Un hélicoptère autrichien d'EUFOR Althea en intervention de secours à Zenica (crédit : EUFOR Althea)

Un hélicoptère autrichien d’EUFOR Althea en intervention de secours à Zenica (crédit : EUFOR Althea)

(BRUXELLES2) C’est l’état d’urgence pour EUFOR Althea. La mission européenne militaire en Bosnie Herzégovine a lancé vendredi (16 mai) des opérations de sauvetage en soutien à l’armée bosniaque, après les inondations que connaît le pays. La Bosnie-Herzégovine, comme la Serbie (également touchée), ont demandé une assistance européenne, avec des renforts en « bateaux moteurs » et « en hélicoptères ». Le mécanisme européen de protection civile a été déclenchée.

Des conditions de sauvetages retardées par le mauvais temps

Les opérations aériennes de sauvetage n’ont pu commencé qu’à midi, ce vendredi, du fait de la faible visibilité, précise-t-on cependant à EUFOR Althea. Les « nuages bas n’offraient pas une visibilité suffisante pour des opérations aériennes. (…) Deux hélicoptères ont décollé à midi. Et, 20.000 litres de carburant ont été prêtés par la mission aux hélicoptères des forces armées bosniaques. » A 17h, a-t-il complété dans un autre communiqué reçu par B2, en fin d’après-midi « quatre hélicoptères (autrichiens) étaient mobilisés, en opération dans les zones de Zenica, Maglaj, Tuzla et Samac. Ils sont venus au secours de patients en dialyse, d’une femme enceinte et d’autres personnes en situation d’urgence grave ». Les opérations vont « continuer, selon la demande du ministère de la Sécurité » assure-t-il. Le plus « important pour nous est de sauver les vies et de soutenir la population dans les situations d’urgence ». 130 militaires et leurs véhicules se tiennent « prêts en standbye au camp Butmir pour pouvoir intervenir et prêter assistance si cela nécessite ».

Une situation de catastrophe naturelle grave

Les pluies diluviennes, commencées le 13 mai, continuaient vendredi sur le terrain. L’état des dommages est important, précise-t-on à Sarajevo. Des routes sont bloquées. Des zones entières sont privées d’électricité et d’approvisionnement en eau et les réseaux mobiles sont coupés. « Plusieurs glissements de terrain » ont eu lieu et des ponts sont détruits dans le pays. La mission a également été touchée par les conditions météorologiques : la maison des équipes de liaison et d’observation à Doboj a été inondée. 

L’armée bosniaque mobilisée

Six hélicoptères des Forces armées sont en intervention, principalement entre Maglaj – Doboj – Doboj Jug, précise le ministère de la Défense à Sarajevo. Plus de 650 soldats, 80 véhicules, 36 bateaux, deux bus, des engins de génie, des camions et des ambulances sont également mobilisés.

L’armée et la protection civile slovènes en soutien

Les Slovènes ont, de leur côté, envoyé ce vendredi (16 mai) deux équipes de secours, l’une vers la Serbie, avec deux pompes et 19 membres de la protection civile, l’autre en Bosnie-Herzégovine av deux unités avec les bateaux de sauvetage et 12 membres de la Protection civile, un hélicoptère des Forces armées slovènes et un hélicoptère de police. En Serbie, selon les informations de la protection civile serbe, trois personnes sont décédées. Et les précipitations, en cours depuis le 12 mai , devraient continuer avec une forte intensité jusqu’à la nuit de samedi précise la météo slovène.

(Mis à jour sam. 17 mai) Les 4 hélicoptères d’EUFOR ont mené 72 vols, évacuant 291 personnes signale la mission samedi matin. 3 camions ont durant la nuit transporter nourriture et eau pour la Croix-Rouge dans la région de Maglaj.

(Mis à jour dim. 18 mai) 11 camions de la mission ont été prêtés à l’équipe de renfort du Royaume Uni pour assurer le transport du matériel de l’aéroport de Tuzla aux zones affectées de Bijeljina. Au coucher du soleil le 17 mai, on comptait 782 personnes évacuées au cours de 155 vols aériens.

(Mis à jour lundi.19 mai) Le bilan des victimes pourrait s’alourdir. Certains médias parlent de 30 morts en Serbie, chiffre non vérifié. Un hélicoptère de la mission européenne d’Etat de droit EULEX a également été mis à disposition des forces de police serbe. Et un convoi de camions et de véhicules de la mission, transportant repas de rationnement, litres d’eau, lits et sacs de couchage est arrivé à Belgrade le 18 mai, affirme un communiqué de la mission.

(Loreline Merelle avec Nicolas Gros-Verheyde)

le salut aux bataillons à Koulikouro, le camp de formation de l'armée malienne (Crédit : EUTM Mali)

PSDC, Europe de la défense et défense européenne… comment s’y retrouver

(BRUXELLES2) Il y a souvent une confusion entre la défense européenne, l’Europe de la défense et la politique (européenne) de sécurité et défense commune (PSDC).

le salut aux bataillons à Koulikouro, le camp de formation de l'armée malienne (Crédit : EUTM Mali)

Le salut aux bataillons à Koulikoro, le camp de formation de l’armée malienne (Crédit : EUTM Mali)

 

De quoi parle-t-on ?

La défense européenne correspond généralement à la façon dont les pays s’organisent pour assurer leur défense, au sens territorial du terme, soit au sein d’une organisation (OTAN, Union européenne), soit par concertation multilatérale.

Par « Europe de la défense », on entend généralement l’organisation d’une défense commune au niveau de l’Union européenne. Ce terme a été très employé. Et chacun y met ses espoirs et fantasmes. Certains allant jusqu’à évoquer une armée européenne (ce qui est, pour l’instant, au mieux une lubie). D’autres n’y voyant qu’un motto politique, voire théorique.

La politique (européenne) de sécurité et défense commune (PeSDC) est une notion précise. Aujourd’hui, telle qu’elle est définie par les Traités, la PSDC n’est pas une politique de défense européenne, au sens territorial du terme. Elle n’a d’ailleurs vocation qu’à s’exercer hors de l’Union européenne et non sur le territoire de l’UE. Elle repose, avant tout, sur une politique de gestion de crises, avec la mise en place de missions (civiles) ou d’opérations (militaires) visant au maintien de la stabilité et de la paix dans différents pays du monde, des missions dont la philosophie se rapproche de celles mises en place au niveau international par le département des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Ces missions sont différentes des missions classiques de maintien de la paix, même si elles peuvent parfois se superposer. Elles recouvrent le renforcement de l’État de droit, l’observation, l’assistance aux forces de sécurité. Elles prennent place dans des pays du voisinage dont la stabilité est vitale pour les pays de l’Union européenne soit parce qu’ils ont vocation à intégrer l’Union européenne (Balkans), soit parce qu’ils jouxtent les frontières, où une crise a un impact économique, humain (immigration, par exemple) sur les pays européens proches. Mais elles peuvent aussi se dérouler dans des pays lointains où l’Europe estime néanmoins avoir des intérêts (Congo, Mali, Océan indien…).

Une politique capacitaire et industrielle à ses débuts

La politique, opérationnelle, de la PSDC se double de concepts capacitaires, afin d’avoir les moyens de mener à bien ces missions. En soi, cela peut contribuer ainsi à renforcer l’industrie européenne. Mais aucun lien automatique n’est fait entre les deux objectifs : la mise en place de capacités nécessaires pour mener les missions de la PSDC peut se faire sans nécessairement développer une capacité industrielle mais simplement en ayant recours aux équipements disponibles sur le marché mondial (américain notamment).

Parallèlement à cette politique s’est développée peu à peu dans un cadre soit intergouvernemental, soit communautaire, une politique visant à structurer les marchés de la défense. Il ne s’agit pas (ou du moins pas encore) d’une politique industrielle mais d’une politique de régulation à double visée. D’un côté, il faut s’assurer que les structures de défense nationale puissent s’adapter à de nouvelles donnes réglementaires civiles (Ciel unique, protection des données,…) et/ou s’assurer que leur spécificité soit conservée. De l’autre, il s’agit d’harmoniser différentes règles (marchés publics, exportations de biens …) existantes au sein de l’Union européenne, en ayant à l’esprit justement la spécificité de ce marché. Un travail mené essentiellement par la Commission européenne avec l’Agence européenne de défense.

Des politiques voisines

A cela, il faut ajouter d’autres politiques, qui se mettent en place au plan communautaire, et qui concernent la sécurité :

  1. la création d’une compétence de « protection civile » pour faire face aux catastrophes naturelles ou technologiques ou de protection des « infrastructures critiques » ;
  2. une concertation en matière de politique de terrorisme ;
  3. le développement d’une politique de lutte contre l’immigration, avec l’agence Frontex, qui est dans une phase embryonnaire ;
  4. certains projets industriels-capacitaires, comme le système de géolocalisation Galileo et d’exploitation satellite GMES, qui sont prioritairement civils mais peuvent concourir à ces politiques de « défense civile » voire militaires.

Si on cumule tous ces instruments, on arrive bel et bien à une politique de défense européenne qui n’a pas encore trouvé toute sa cohérence et toute sa traduction politique mais présente des possibilités de développement non négligeables.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Cyclone Haiyan. Les experts européens sur place

(BRUXELLES2) Le mécanisme européen de protection civile a été activé pour le cyclone Haiyan lundi (11 novembre). Et « des experts de l’aide humanitaire ont été déployés à Leyte, Samar et Bohle, et ceux déployés par le mécanisme de protection civile européen sont en route pour Cebu. Ils sont deux pour l’instant et devront être 6, voire 8 déployés au courant de la semaine » affirme-t-on du côté de la Commissaire européenne à l’Aide humanitaire, Kristalina Georgieva. Ils sont prévus pour une durée limitée. « Les experts devraient rester aux Philippines entre 10 et 14 jours, selon les besoins. (…) Ces experts ont pour principale priorité l’évaluation des besoins et la coordination avec les autorités nationales, les partenaires des organisations internationales (Nations-Unies, ONGs, Croix rouge…) afin de répondre aux besoins urgents des populations les plus vulnérables » ajoute la Commission européenne. La mission des experts est avant tout la coordination de l’aide humanitaire. « Les deux experts faciliteront la délivrance d’assistance en provenance de Belgique et le support fourni par les autres Etats membres dans les jours à venir. »

Lire :

L'A330 sur le tarmac de l'aéroport de Melsbroek/Zaventem avant son décollage vers les Philippines (crédit : EATC / Armée belge)

L’A330 belge vers les Philippines, avec une European touch

L'A330 sur le tarmac de l'aéroport de Melsbroek/Zaventem avant son décollage vers les Philippines (crédit : EATC / Armée belge)

L’A330 sur le tarmac de l’aéroport de Melsbroek/Zaventem avant son décollage vers les Philippines (crédit : EATC / Armée belge)

(BRUXELLES2) C’est un aspect méconnu de l’assistance européenne vers les Philippines après le passage du cyclone Haiyan.

L’A330 de la composante air de l’armée belge qui devait atterrir cette nuit sur l’aéroport de Lapu aux Philippines, via Bakou en Azerbaïdjan et Kolkatta en Inde, avait une petite touche européenne. Parti de l’aéroport de Melsbroek/Zaventem dimanche, il avait non seulement dans ses soutes 40 tonnes de matériel et nourriture et, à bord, les 70 membres de l’équipe de soutien. Mais il avait aussi 12 pompiers français et 2 assistants luxembourgeois. L’avion devrait revenir en Belgique mercredi vers 17h.

Commentaire : Sans tambour ni trompettes les gars d’EATC à Eindhoven (le commandement européen de l’aviation de transport) mènent ainsi leur barque… aérienne. Ils représentent ainsi l’excellence européenne par nature : amener les Européens à travailler ensemble concrètement, en préservant leur autonomie nationale, en économisant des moyens (et de l’argent). Du pooling and sharing avant l’heure, rarement mis en avant par les autorités européennes qui préfèrent parfois se gargariser de concepts fumeux (approche globale, recherche de synergies…) ou d’autorités nationales qui préfèrent faire semblant qu’elles ont toujours une totale autonomie d’action.

Lire : Cyclone Haiyan, l’aide européenne se met en place (maj2).

(crédit : Ministère croate de la Défense)

Feux en Bosnie : les canadairs croates en renfort

(crédit : Ministère croate de la Défense)

(crédit : Ministère croate de la Défense)

(BRUXELLES2) Face aux incendies de forêt en Bosnie-Herzégovine, le centre de réponse d’urgence de l’UE a décidé d’intervenir à nouveau. Deux bombardiers d’eau croates de type Canadair CL 415 de la 93e escadrille anti-feu ont été dépêchés sur place vendredi (23 août), l’un sous le commandement du capitaine Davor Turković, l’autre du capitaine Darko Kučaj. Ceci dans le cadre du mécanisme de la protection civile (*) qui permet de financer l’aide d’urgence. Un premier déploiement d’avions avait eu lieu début août. L’aggravation de la situation a nécessité de réitérer l’opération.

Habitations menacées

Les feux font rage depuis début août en Bosnie-Herzégovine, comme plus généralement dans les Balkans (et au Portugal également). La région de Donja Jablanica est particulièrement la proie des flammes, depuis l’été. L’incendie menaçant des habitations. Malgré l’intervention d’hélicoptères bombardiers d’eaux, menées les 21 et 22 août, le feu dans la zone de Slatina s’est rapidement étendu dévalant les pentes de Okorusa vers les habitations d’un côté et de l’autre, vers la route régionale M-16-2, menaçant l’usine de production hydroélectrique de Jablanica. La Bosnie-Herzégovine ne dispose que des hélicoptères bombardier d’eau, qui ne suffisent pas à venir à bout des flammes.

Escadrille anti-incendie du ministère de la Défense

Le gouvernement de Sarajevo a donc sollicité l’aide européenne et celle de son voisin, la Croatie. La décision de principe sur la participation d’équipages croates de lutte contre les incendies avait été prise par le gouvernement croate, lors d’une réunion téléphonique le 7 Août, avec l’approbation préalable du président croate et du commandant suprême des Forces armées, avec déploiement immédiat. Les effectifs aériens anti-incendies de la Croatie dépendent, en effet, du ministère de la Défense qui dispose notamment de 6 Canadairs CL 415 et d’hélicoptères Mi-8 et 177-S aménagés en bombardiers d’eau.

(*) le mécanisme concerne 32 pays (les « 28 » Etats membres + Islande, Liechtenstein, Norvège et Fyrom/Macédoine.

La salle de danse devient … un PC 24/24 pour la protection civile européenne

(BRUXELLES2) La salle est flambant neuve. Et Claus Sorensen, le directeur général de la DG Echo (Aide humanitaire) et Protection civile, n’est pas peu fier. Dans quelques jours, la trentaine de permanenciers et experts de la MIC – la cellule de protection civile de la Commission européenne – prendront leurs fonctions ici. Dans ce qui était un espace inutilisé au 1er étage dans l’immeuble de la DG Pêche et Taxud et était même à l’origine… une salle de danse tombée en désuétude, cela deviendra le centre européen de réponse d’urgence (CERU).

L’endroit est spacieux, fonctionnel. Ecrans au mur – pouvant afficher cartes, schémas, timing… – ordinateurs, téléphones… tout ce qui est nécessaire pour une salle de crise s’y trouve. Il est prévu pour fonctionner 24 heures / 24, 7 jours / 7. L’astreinte de nuit et de week-end étant assurée sur place par 2 personnes. Il est effectivement le loin le temps où dans un petit bureau de la DG Environnement, quelques personnes géraient le dispositif MIC voire l’ancienne salle de crise à Beaulieu qui était vraiment un peu à l’étroit. Pour pouvoir observer et suivre la situation, les spécialistes disposent des données satellites des dispositifs européens de veille sur les catastrophes naturelles Copernicus et GMES.

Salle principale, backup et salle « secret »

Outre la grande salle, deux autres petites salles – backup – permettent soit de suivre la « crise principale », soit de gérer deux mini-crises. Une hypothèse qui n’est pas d’école comme le précise, Peter Billing, le chef d’unité adjoint à la réponse urgente de crises de la DG ECHO. « En 2011, nous avons dû gérer simultanément une grande crise en Libye, et deux autres le séisme-tsunami au Japon et le séisme à Van en Turquie ».

A l’arrière se trouvent d’autres salles, plus calmes, prévues pour les réunions, pour la gestion logistique – transport, les formations. Une salle de réunion a été prévue pour pouvoir accueillir les experts des Etats membres au besoin ainsi qu’une grande salle de briefing pouvant accueillir médias et télévisions. Enfin, une cuisine et même un divan pour pouvoir se reposer…

Au fond du dispositif, une salle apparemment anodine… Des murs à peine peints, bruts, comme une salle de stockage. C’est en fait une salle type cage faraday, répondant aux normes « top secret », avec porte blindée, permettant à des personnels de pouvoir entrer en communication avec les dispositifs « protégés ». Utile en cas d’alerte terroriste.

Coordination avec les salles spécialisées

Le dispositif sera servi en temps ordinaire par le personnel de la MIC auxquels pourront s’adjoindre au besoin des personnels spécialisés de la DG Sanco (en cas d’épidémie ou de risque particulier d’épidémie), de la DG Energie (en cas de risque radiologique ou sur les réseaux électriques), de la DG Move (en cas de problème de transport routier, ferroviaire ou aérien), voire des personnels du SEAE comme les personnels de l’Etat-Major de l’UE pour la partie « transport ». Des accords ont été passés en ce sens avec à peu près toutes les DG (Sanco, Home, Move, Recherche…) ou sont en passe de l’être.

Avec le SEAE, « des pourparlers sont en cours » explique fort diplomatiquement Sorensen. D’après nos informations, le « cours » est lent… Et le fait que la cellule de crise de la Protection civile soit « le réceptacle de toutes les crises » comme l’ambitionnent ses promoteurs et ce qui est inscrit dans le projet de décision sur la « clause de la solidarité »

Un exercice aujourd’hui

Aujourd’hui, un exercice grandeur nature a lieu, mettant en oeuvre une inondation en Moldavie, aux frontières de la Roumanie. 2400 personnes évacués, 1 mort, environ 5000 personnes affectées, 778 maisons inondées dont 106 détruites. 2 ponts sous l’eau comme certaines routes Un village et la moitié d’un autre entièrement dévastés et qui seront à reconstruire…

Un test grandeur réelle demain ?

Mais demain (16 mai), ce pourrait être une catastrophe naturelle, concrète qui sera à gérer. Les spécialistes de la Protection civile suivent avec attention ainsi le cyclone tropical Mahasen 13 qui se rapproche du Golfe de Bengale à une vitesse d’environ 100 km/h et pourrait causer de gros dégâts. 7,2 millions de personnes pourraient être concernées dont certaines en Birmanie, sont très vulnérables, car vivant déjà sous des abris précaires, ayant déjà été « déplacés », des réfugiés de l’intérieur. Le gouvernement de Rangoon a conseillé à chacun de fuir la région et même utilisé la menace d’utiliser la force pour les récalcitrants. 160.000 personnes sont ainsi concernées particulièrement.

Le BPC un formidable « couteau suisse »

(BRUXELLES2 à Toulon) J’ai pu découvrir aujourd’hui le Dixmude, le troisième BPC (bâtiment de projection et de commandement) mis en service par la Marine nationale. Un « formidable couteau suisse » comme se plaisent à le souligner les marins fiers de leur bateau tout neuf. Et effectivement, il y a de quoi être séduit.

Imposant

Long de presque 200 mètres, large de 32 mètres, un BPC reste imposant à quai avec ses ponts superposés. Et son autonomie – 11.000 miles (20.000 km) – lui permet de parcourir différentes missions. La vitesse maximum 18 noeuds est plus que convenable.

Dans ses entrailles, peuvent se loger 16 hélicoptères. Et sur le pont, 6 emplacements sont réservés pour permettre l’atterrissage d’hélicoptères, d’attaque (Caracal, Tigre…) ou de transport (Puma, NH90…) et de 2 autres hélicoptères plus légers (type Gazelle). Un Etat-major de 150 personnes – voire plus – peut prendre place avec les différents standards de connectique en usage au niveau national comme de l’OTAN. Durant l’opération Harmattan en Libye, il a pouvait ainsi parcourir en une nuit une bonne partie de la côte libyenne.

Un hôpital de bord, avec 2 salles de chirurgie, radio de bord, voire scanner, et une soixantaine de lits. Au besoin il peut être complété par l’arrivée d’éléments chirurgicaux ou de modules médicaux supplémentaires. Un radier permettant l’accueil de plusieurs chalands de débarquement : — 4 s’il s’agit des anciens CTM (chalands de transport de matériel) ou 2 pour les plus modernes EDA-R (Engins de débarquement amphibies rapide) — qui assurent la capacité amphibie du navire. Cela peut paraître facile, a priori. Mais l’arrivée de ces navires dans le navire requiert un certain savoir-faire. Pour « garer » l’EDA-R il n’y a que 40 cms de chaque coté. Avec un peu de houle, et l’effet spécifique des vagues dans le radier, la dextérité et le sang-froid sont requis…

L’EDA-R a l’entrée dans le radier du Dixmude. Un système de balasts permet de vider l’eau ou de le remplir

Son principal atout reste cependant dans son hangar qui peut se prêter à différents emplois. Au gré des missions, il sert de parking pour le transport de véhicules (80 en tout) ; peut se transformer en hall d’accueil pour l’évacuation de ressortissants (1500 sur une courte durée, 500 si la traversée est plus longue qu’une ou deux journées) avec l’installation de lits picots au besoin ; voire permettre l’extension des salles d’Etat-Major ou de l’hopital de bord, etc. Les salles elles-mêmes sont reconfigurables au besoin à l’aide de cloisons amovibles. Bref le navire s’adapte au gré des circonstances et des missions. Ce qui le rend particulièrement adapté à toutes sortes de missions : évacuation de ressortissants (Liban 2006), secours en cas de catastrophes (Haiti), commandement d’une opération maritime, base d’hélicoptères (Harmattan), transport de troupes et moyens de débarquement, formation (mission Jeanne D’arc) etc.

Ses couloirs assez larges permettent à de nombreuses personnes de se croiser sans se gêner comme aux brancards de passer. Sa structure de vie est plutôt confortable, pour un navire de guerre. Il n’est pas trop étonnant que les Russes aient été séduits. La raison du succès de cette tient aussi à son mode de conception. Au niveau opérationnel, « il a été conçu par une équipe mixte de marins et de terriens » ; certains détails ont ainsi été étudiés pour permettre l’accueil des troupes, comme ces tiroirs sous les lits permettant d’accueillir les armes personnelles (type Famas).

Au niveau industriel, sa conception et sa construction ont été empruntées aux navires civils : notamment la construction par zones et l’assemblage. Ce qui a permis d’avoir un coût relativement modique pour ce type de navires : 400 millions d’euros environ pour les premiers (Mistral entré en service en 2006 et Tonnerre mis en service en 2007), 550 millions d’euros environ pour le Dixmude (entré en service en 2012, doté d’une autre motorisation et de différents aménagements supplémentaires). Revers de la médaille, il n’est pas autoprotégé. Et en zone de crise, a besoin d’être accompagné par des frégates (anti-aériennes ou/et anti-sous-marines…). Seuls deux canons de bord permettent de lutter contre des menaces asymétriques, pas de faire de la guerre navale. Ce n’est d’ailleurs pas son rôle.

Commentaire : Ce type d’équipements très modulaire, adapté à toute une série de conflits actuels ou de menaces futures paraît très bien adapté à la nouvelle donne stratégique. Sans doute mieux que certains autres équipements. On peut même se dire qu’à terme, ce type de bateau pourrait remplacer un porte-avions, si l’utilisation des drones continue à se développer et se perfectionner (nb : certains experts diront sans doute, à plus ou moins juste titre. Mais ce n’est pas du tout la même chose. Simplement, projetons-nous dans 10 ou 20 ans,… ).