L’incurie libyenne, la passivité européenne. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres dénonce

(B2) Dans son dernier rapport sur la situation en Libye et au large des côtes libyennes, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, ne mâche pas ses mots

António Guterres (crédit : ONU)

Les termes employés dans ce rapport de 17 pages publié le 5 septembre dernier sont particulièrement sévères à la fois pour les autorités libyennes, mais également pour les pays de la région, un peu trop laxistes avec les passeurs, et pour les autorités européennes par leurs entraves aux secours. Le propos se suffit à lui-même…

La Libye au banc des accusés

La protection des réfugiés déficiente

La Libye n’est toujours pas partie à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés. « Il est inquiétant de constater que toutes les entrées et tous les séjours ou départs irréguliers constituent toujours des infractions au regard du droit libyen et que les autorités ne reconnaissent pas pleinement le mandat du HCR en matière de protection internationale et de surveillance de l’application de celle-ci. »

La détention systématique en Libye est préoccupante

« Je demeure profondément préoccupé par les conditions dans lesquelles les personnes secourues et interceptées sont débarquées et systématiquement détenues. On peut se demander si ces faits respectent le droit international. Cette situation est intolérable. J’exhorte les autorités libyennes à s’acquitter des obligations qui leur incombent au regard du droit international et, ce faisant, à étudier en priorité les mesures susceptibles de remplacer les centres de détention. »

Le sort des migrants non enregistrés : des viols quasi systématiques

« Je suis très inquiet du sort des milliers de réfugiés et de migrants qui n’ont pas été placés dans des centres de détention officiels ; les informations les concernant sont peu nombreuses et l’accès est limité. L’intensité de la violence sexuelle […] durant la traversée de la Libye et notamment en détention, est intolérable. Il est urgent de s’attaquer à ce problème. »

La Libye n’est pas un pays sûr pour débarquer des rescapés

« Compte tenu de l’instabilité des conditions de sécurité et des risques particuliers en matière de protection dans le pays, liés notamment à la détention, la Libye ne remplit pas les conditions qui lui permettraient d’être considérée comme un lieu sûr ou comme un pays tiers sûr aux fins du débarquement après un sauvetage en mer. »

Les pays européens, aussi, mis en cause

L’obligation de faciliter les sauvetages

« J’exhorte tous les États Membres à conduire des opérations de recherche et sauvetage en Méditerranée ainsi qu’à les appuyer et à les faciliter, y compris lorsqu’elles sont menées par des navires non gouvernementaux ou marchands. »

Le travail des ONG contrecarré

« Les activités de recherche et de sauvetage menées par des navires d’ONG ont été fortement réduites, notamment en raison des contraintes d’ordre administratif et juridique imposées à ces navires concernant le débarquement des réfugiés et des migrants en Europe.  […] Personne ne devrait être contrecarré, poursuivi ou stigmatisé pour le fait de sauver des vies en mer. »

Le principe de non refoulement non respecté

« Je rappelle à tous les États Membres l’obligation qui leur est faite d’assurer le sauvetage de personnes en mer et leur transfert en lieu sûr dans le respect des droits de la personne, notamment pour ce qui est du principe du non-refoulement. »

Les pays voisins aussi responsables par un certain laxisme

« Les trafiquants d’êtres humains et les passeurs de migrants traversant la Libye dépendent de réseaux de personnes qui facilitent la logistique et l’organisation des déplacements dans les pays voisins et l’ensemble de la région. »

Des moyens aériens de Sophia complices des débarquements en Libye

Le secrétaire général dans son rapport met objectivement en cause la complicité des moyens aériens de l’opération Sophia. « Le HCR constate que nombre d’embarcations en détresse repérées par l’opération ont été débarquées en Libye, ce qui est en désaccord avec son avis consultatif sur la question. » NB : Quand on sait ce qui est mentionné plus haut, totalement connu des autorités européennes, on peut s’interroger sur la poursuite d’une telle politique, en contradiction flagrante avec les standards internationaux.

(NGV)


Des violations des droits humains en cascade

La Mission de l’ONU d’assistance à la Libye (MANUL) fait également état d’allégations crédibles et persistantes :

Des réfugiés et des migrants « seraient détenus à proximité d’installations militaires, d’armes et de munitions stockées dans des centres de détention. Certains d’entre eux étant contraints de fournir un soutien logistique aux groupes armés qui contrôlent ces centres ».

Les centres de détention, dont ceux de Khoms, Souk el-Khamis et Zaouiya, seraient devenus « des lieux propices à la traite des personnes, au trafic de migrants et potentiellement aux disparitions forcées ».

D’autres personnes ont « disparu après leur débarquement, dont certaines avaient été placées dans un centre de détention non officiel à Khoms ».

Depuis le début de l’offensive en Libye le 4 avril, « des centaines de personnes interceptées par les garde-côtes libyens auraient été envoyées dans des centres de détention administrés par le Service de la lutte contre l’immigration illégale, ainsi que dans des centres non officiels gérés par des milices ».

Quelque « 3500 réfugiés et migrants vivent dans des centres situés dans des zones d’affrontements ou dans lesquelles des affrontements sont imminents ».

Les demandes de recherche qui ont été adressées au Gouvernement d’entente nationale sont demeurées lettre morte.

Des violences sexuelles régulières, commises par des gardes libyens

Le risque de violence sexuelle est « extrêmement élevé dans les centres de détention libyens » pour les migrants et les réfugiés, les femmes et les filles aussi bien que les hommes et les garçons.

Près de la moitié des femmes et des enfants migrants « déclarent avoir subi des violences sexuelles durant leur transit ou leur séjour en Libye », selon l’UNICEF.

Les actes de violence sexuelle tels que le viol, qui est utilisé comme une forme de torture et entraîne parfois la mort, auxquels se livrent notamment les gardes du Service de la lutte contre l’immigration illégale et les groupes armés, comptent parmi les méthodes couramment utilisées pour soumettre et humilier les migrants dans ces centres, « et cela toujours en toute impunité ».

En général, « les femmes sont détenues dans des établissements où tous les gardiens sont des hommes, sont soumises à des fouilles à nu, parfois sous le regard d’autres gardiens, et n’ont jamais accès à des installations sanitaires préservant leur intimité ni à des services de santé sexuelle et procréative, notamment à des produits d’hygiène menstruelle et à des services destinés aux femmes enceintes ou allaitantes ».

Il s’est aussi « avéré que des femmes détenues se sont trouvées enceintes pendant leur captivité ».

Des violences qui s’étalent tout au long du voyage vers la Libye et à travers la Libye

Sur l’itinéraire qu’ils empruntent pour parvenir aux côtes libyennes, les réfugiés et les migrants disent avoir été « systématiquement retenus captifs dans des conditions abusives. Ils ont été affamés, violemment battus, brûlés avec des objets métalliques chauffés, électrocutés.

Les réfugiés et les migrants sont « fréquemment vendus d’un groupe criminel à un autre et tenus de payer plusieurs rançons avant d’être libérés ou emmenés dans des zones côtières pour attendre la traversée de la mer Méditerranée ».

Au cours de leur voyage depuis leur pays d’origine à travers le Sahel, « d’innombrables réfugiés et migrants ont perdu la vie en captivité après avoir été blessés par balle, torturés, affamés ou privés de soins médicaux ».

Migrants en Méditerrannée : le rappel à l’ordre de la commissaire aux droits de l’Homme

(B2) La commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe critique les États européens sur leur traitement des migrants en mer Méditerranée. Elle épingle leur approche plutôt sécuritaire qu’humanitaire 

Dans ses recommandations rendues publiques il y a quelques jours (le 18 juin), Dunja Mijatović enjoint les pays européens à suspendre leurs activités et coopérations avec la Libye tant que des garanties ne sont pas apportées sur le respect des droits de l’Homme. Pour la commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, « l’approche des États européens » se concentre « bien trop sur les moyens d’empêcher les réfugiés et les migrants d’atteindre les côtes européennes ». Ce « au détriment des droits de l’Homme et de la dimension humanitaire ».

Lois, politiques et pratiques en cause

Plus précisément, cette experte, native de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine), dénonce les « lois », « politiques » et « pratiques », adoptées par plusieurs États membres et « qui vont à l’encontre de leurs obligations légales de mener des opérations de recherche et de sauvetage effectives, d’assurer le débarquement rapide et en lieu sûr des personnes secourues ainsi que leur prise en charge, et de veiller à la prévention de la torture et des traitements inhumains ou dégradants ».

Le cas des droits de l’Homme dans les pays tiers

« L’Union européenne et les pays européens continuent à déléguer le contrôle des frontières à des pays tiers dans lesquels la situation des droits de l’homme est manifestement préoccupante » souligne-t-elle. Comme en Libye (cf encadré).

Criminalisation des ONG

Elle dénonce aussi le fait que les ONG soient « sans cesse victimes de procédures judiciaires ou administratives » alors qu’elles « comblent le vide laissé par le désengagement des États en matière d’aide humanitaire ».

Rappel au droit

Elle rappelle que « bien qu’ils aient le droit de contrôler leurs frontières et d’assurer la sécurité de leur territoire, les États ont également l’obligation de veiller au respect des droits consacrés par le droit maritime et la législation relative aux droits de l’Homme et des réfugiés ».

Retrouver un juste équilibre

La commissaire énonce 35 recommandations pour « aider tous les États membres du Conseil de l’Europe à trouver le juste équilibre entre ces impératifs ». Ces recommandations sont classées en cinq chapitres : la coordination des opérations de recherche et de sauvetage (ex. Assurer une capacité de sauvetage adéquate et suffisante en Méditerranée), le débarquement des personnes secourues (ex. Renforcer la coordination des débarquements pour éviter les retards), la coopération avec les ONG (ex. Leur permettre d’accéder aux ports), la question des droits de l’Homme avec les pays tiers (ex. Suspendre toute coopération mettant en danger les droits de l’Homme), et les voies d’accès sûres et légales vers l’Europe (ex. Élargir les possibilités de visas humanitaires, ou faciliter les regroupements familiaux).

(Emmanuelle Stroesser)


Le cas de la Libye

Le cas de la Libye fait l’objet d’un chapitre spécifique. La commissaire évoque les risques de  « détention, torture, violence sexuelle, extorsion de fonds et autres violations graves des droits de l’homme » subies par les migrants embarqués par les garde-côtes libyens et renvoyés en Libye. Des risques « encore accrus avec la recrudescence d’un conflit violent ». Ce, « en violation flagrante de l’obligation de débarquer uniquement dans les lieux de sécurité des personnes secourues ».

Elle critique l’inertie des États membres malgré les précédentes alertes de la Commissaire ou d’autres instances et leur demande de « (revoir) de toute urgence toutes leurs activités et pratiques de coopération avec les garde-côtes libyens et les autres entités concernées ». Que ces activités soient « suspendues jusqu’à la mise en place de garanties claires de respect des droits de l’Homme ». Elle demande également que soit « différé » toute « aide supplémentaire, en particulier la livraison de navires et d’autres équipements aux garde-côtes libyens », tant que ces garanties ne sont pas apportées.


A télécharger : Rapport « Des vie sauvées, des droits protégés. Combler le fossé en matière de protection des réfugiés et migrants en Méditerranée » (ENG)

Méditerranée. 140 jours de blocage

(B2) C’est le calcul fait par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, lors d’un point presse, mercredi (12 juin), un an après l’arrêt de l’Aquarius, navire affrété par SOS pour des sauvetages de migrants en Méditerranée.

Les ONG dénoncent les « blocages de navires » en Méditerranée centrale qui « sont devenus la nouvelle ‘norme’, avec plus de 18 incidents publiquement documentés (absence d’autorisation de débarquement dans un port sûr durant plusieurs heures voire plusieurs jours) ».

(Emmanuelle Stroesser)

Opération de sauvetage au large de Mytilène en mer d’Egée

(B2) Une opération de recherche et de sauvetage importante a été menée ce mardi (11 juin) au large de l’île de Lesbos en Grèce pour venir au secours d’un bateau de migrants et réfugiés parti de Ayvalik en Turquie

Au petit matin

C’est un navire de patrouille de la maréchaussée néerlandaise, participant à l’opération Poséidon (1), qui a repéré au petit matin vers 6h45, un bateau pneumatique chaviré au nord-est au large de Mytilène, en mer d’Égée, alors qu’il patrouillait sur la mer entre la Turquie et la Grèce, selon l’agence Frontex. L’alerte a immédiatement été lancée. Le centre grec de coordination des opérations de recherche et de sauvetage (EL-AKT) a demandé à tous les navires présents sur zone de participer.

Six navires mobilisés et un hélico

Six navires au total — deux patrouilleurs grecs, un bateau de sauvetage grec, le patrouilleur néerlandais et un patrouilleur italien de la Guardia di Finanza ainsi qu’un navire privé — ont été mobilisés pour participer aux opérations de secours, ainsi qu’un hélicoptère Super Puma de l’armée de l’air grecque. Au final, 57 personnes ont pu être récupérées, mais sept corps ont été retrouvés (quatre femmes, un homme et deux filles) dont le décès a été constaté à l’hôpital général de Mytilène, où ils avaient été transportés, d’après les Grecs.

(NGV)

(1) 13 navires, deux hélicoptères, 43 voitures et 618 officiers sont déployés dans le cadre de l’opération Poséidon en Grèce, coordonnée par l’agence Frontex.

Naufrages en Méditerranée. Une plainte déposée contre l’UE à la Cour pénale internationale

(B2) Deux avocats internationaux ont saisi lundi (3 juin) la Cour pénale internationale (CPI) accusant l’Union européenne et ses États membres de crimes contre l’humanité en lien avec la mort de plus de 12.000 migrants en Méditerranée depuis 2014

Bateau pneumatique de migrants et réfugiés vu du Colibri en train de couler (crédit : Sea Watch)

La plainte, de 245 pages, a été déposée au bureau de la procureure Fatou Bensouda. Les avocats, Omer Shatz et Juan Branco, affirment prouver que « les dirigeants de l’UE se sont montrés prêts à sacrifier des individus volontairement, pour provoquer un effet de dissuasion qui servirait leurs objectifs politiques ».

Parmi les arguments, des notes internes, notamment d’un responsable allemand qui « a envoyé un câble confidentiel » à la Chancelière allemande Angela Merkel, « décrivant les prisons privées libyennes comme des conditions analogues à celles des camps de concentration, trois jours avant que le Conseil des ministres de l’UE décide d’équiper et de former les garde-côtes libyens (Déclaration de Malte) », affirme Omer Shatz. « C’est le fruit de deux ans d’enquête, qui nous ont amené à considérer que des crimes contre l’humanité avaient été planifiés et exécutés de façon consciente par nos dirigeants européens » complète Juan Branco.

Du côté de la Commission européenne, on réfute toute implication de l’Union européenne dans les naufrages. « Sauver des vies est notre priorité » affirme ainsi Natasha Bertaud, porte-parole coordinateur de la Commission européenne pour les questions de migrations et sécurité intérieure. « Le bilan de l’Union européenne parle de lui-même. […] Quatre opérations de l’UE en Méditerranée ont contribué à sauver près de 730 000 personnes depuis 2015 (1). » Si elle rappelle que le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait reconnu en 2015 que « terminer Mare Nostrum était une erreur », elle ajoute que « cela a été corrigé » et met surtout en cause les ‘vrais responsables’ : « C‘est le ‘business model’ cruel et dangereux des passeurs et trafiquants d’êtres humains » qui est la cause de ces morts en mer.

(LH avec NGV et HCF)

  1. Les opérations Poséidon (Méditerranée Est), Triton et Thémis (Méditerranée centrale) de l’agence Frontex et l’opération EUNAVFOR Med menée sous l’égide de la PSDC.

Télécharger la plainte

Lire aussi : Opération Thémis. L’agence Frontex agit-elle sans contrôle démocratique ?

Des migrants déroutent un pétrolier vers Malte, refusant d’être débarqués en Libye

(B2) De peur d’être ramenés en Libye, les migrants et/ou demandeurs d’asile qui tentent la traversée vers l’Europe ont inauguré mercredi (27 mars) un nouveau mode d’action : le déroutage d’un navire

Le pétrolier, son équipage et tous les migrants, escortés devaient arriver ce matin à Boiler Wharf à Malte.

Selon des informations confirmées par les autorités maltaises, le capitaine du pétrolier El Hiblu 1 (ou El Hibru), , battant pavillon de Palau, qui avait recueilli une centaine de migrants, en difficulté en mer, a été obligé de se diriger vers Malte, et non vers la Libye, où il avait prévu de débarquer ces 108 hommes et femmes. « Le commandant de bord a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne contrôlait pas le navire et qu’un certain nombre de migrants le forçaient ainsi que son équipage à se rendre à Malte » indique les forces maltaises (AFM) dans un communiqué parvenu à B2 ce matin. Les AFM « ont réussi à établir des communications avec le navire, alors qu’il se trouvait à environ 30 miles nautiques » et se dirigeait toujours vers Malte.

Escorte par un navire de patrouille

Un navire de patrouille, le P21, a alors « empêché le pétrolier de pénétrer dans les eaux territoriales maltaises ». Une équipe de l’unité d’opérations spéciales de l’AFM a été déployée « pour embarquer et sécuriser le navire » et reprendre « le contrôle du navire ». L’équipe était épaulée par un second navire de patrouille, le P51, deux engins Fast Interceptor et un des hélicoptères AW 139 des forces maltaises. « Le P21 a continué d’escorter et de surveiller le pétrolier tout au long de l’opération. »

Une enquête en cours

A leur arrivée, ce matin (vers 8h30), les passagers (migrants) devaient être « remis à la police aux fins d’enquêtes plus approfondies ». Il s’agit notamment de déterminer s’il s’agit d’un acte de piraterie. C’est-à-dire — selon la définition internationale — si un « acte illicite de violence ou de détention ou toute déprédation » a été commis par les ‘passagers’ , « agissant à des fins privées », dirigé contre « un autre navire ou aéronef, ou contre des personnes ou des biens à leur bord, en haute mer » (1).

Un acte de légitime défense

Pour l’ONG Sea-Watch, active en Méditerranée, il faut examiner leur cas « avec un œil d’humanité. Nous comprenons qu’il ne s’agit pas d’un cas de piraterie, mais d’une légitime défense contre une politique meurtrière aux frontières européennes ».

(NGV)

(1) Article 101 de la convention du droit de la mer du 10 décembre 1982.

Naufrage au large de Tripoli : plusieurs dizaines de morts

(B2) Un canot venu de Libye a fait naufrage vendredi. Plus d’une centaine de morts. Seuls trois survivants ont pu être récupérés par la marine italienne

(ctédit : Marine italienne)

Un canot avec 20 personnes à bord

Un avion de patrouille maritime P72 de la 41e escadrille de l’Aeronautica Militare de Sigonella a repéré, vendredi (18 janvier) après-midi, un canot pneumatique en train de couler à 50 miles au nord de Tripoli avec environ 20 personnes de bord. Avant de quitter la zone, à la limite de carburant, l’avion a pu larguer 2 canots pneumatiques de survie qui se « sont régulièrement ouverts » indique la marine italienne.

Un hélicoptère du Caio Duilio à la rescousse

Le destroyer Caio Duilio (1) qui était à « plus de 110 milles de la zone » (environ 200 kilomètres a fait décoller son hélicoptère de bord SH 90 (2) pour l’envoyer sur place. Une fois sur zone, l’hélicoptère a récupéré, dans deux missions différentes, trois naufragés en hypothermie, un dans l’eau et deux dans l’un des canots de sauvetage déjà lancés. L’autre canot était vide. Les rescapés ont été ramenés sur le navire, stabilisés et évacués sur l’île de Lampedusa (Italie).

Coordination par le centre de secours de Tripoli

Aucune nouvelle des autres personnes sur le canot. Les « recherches se poursuivent sous la coordination du centre de coordination des secours libyens, qui a assumé la responsabilité du sauvetage, avec le soutien du P72 et de l’hélicoptère du navire Duilio revenu sur les lieux » a précisé la marine italienne vendredi. Le centre de Tripoli a notamment redirigé sur la zone un navire marchand battant pavillon libérien.

117 disparus ?

Selon l’OIM, qui a recueilli les témoignages des rescapés, quand il a quitté la Libye, le canot pneumatique avait 120 personnes à bord. Soit 117 disparus dont dix femmes et un enfant de 2 mois. Par ailleurs, l’organisation internationale indique que les garde-côtes italiens ont recueilli 68 migrants, partis de Zwara (Libye), mercredi soir (16 janvier), et arrivés sur l’île de Lampedusa vendredi (18 janvier)

(NGV)

  1. Navire dédié à la défense aérienne (D-554) de la classe horizon construit en franco-italien.
  2. Version marine de l’hélicoptère NH90 (dénommé Caiman dans la marine française).

Une solution en vue pour les rescapés du Sea Watch 3

(B2) Une solution semble en vue pour les 49 rescapés à bord du Sea Watch 3 et du Professeur Albrecht Penck (Sea Eye). Les ambassadeurs du Coreper en ont discuté mardi (8 janvier).

L’arrivée des migrants récupérées en mer par les navires des garde-côtes maltais fin décembre (crédit : UNHCR/Paolo Biondi)

Malte pose ses conditions

Selon nos informations, une petite dizaine de pays seraient désormais prêts à prendre en charge les personnes à bord, permettant de débloquer le problème. Le gouvernement maltais a, en effet, posé deux conditions pour accueillir les navires : 1° les personnes débarquées doivent repartir immédiatement vers les pays concernés ; 2° les autres pays européens doivent aussi prendre en charge une partie des quelques 250 migrants déjà recueillis par les navires maltais fin décembre 2018 (1).

Huit pays volontaires + Malte

L’Allemagne (60), la France (60), le Portugal (20), l’Italie (environ une vingtaine), les Pays-Bas (6), l’Irlande (6), le Luxembourg (6), et même la Roumanie (5) — présidence de l’Union européenne oblige —, se seraient portés volontaires. Ce qui porte le total des personnes réparties à environ 180. A cela s’ajoutent 44 personnes d’origine bangali qui devraient être reconduites dans leur pays (conformément aux accords avec Dacca). Resteraient ainsi environ 80 personnes, à charge de Malte de leur trouver un pays de destination ou de les retourner dans leur pays d’origine (s’ils n’ont pas droit à l’asile)

Plusieurs pays hors courses

On remarque que plusieurs pays sont aux abonnés absents de cette solidarité : la Belgique et la Suède car gérés par un gouvernement en affaires courantes, les pays de l’Est par position idéologique (une habitude de refus de mécanisme de répartition qu’il soit obligatoire ou volontaire), le Royaume-Uni concentré sur son Brexit. L’Espagne et la Grèce, qui supportent déjà une bonne part des migrants arrivés par voie de mer, ont également ‘passé leur tour’.

Commentaire : cette situation est intenable à la fois pour les réfugiés en mer mais aussi pour les Européens au niveau politique. On ne pourra pas, à chaque navire, attendre que les ambassadeurs trouvent une solution, en laissant les personnes secourues ballottées au gré des flots. Un mécanisme permanent de concertation peut et doit être mis en place, afin de les répartir entre les pays volontaires. Il serait tout à l’honneur de l’Europe.

(Nicolas Gros-Verheyde)

  1. Les patrouilleurs des garde-côtes de l’île avaient recueilli lors de trois opérations distinctes de secours : 28 migrants à bord d’un dinghi à 71 miles au sud-ouest de Malte puis 152 autres à bord d’un navire en bois ; 69 autres personnes avaient été secourues dimanche (30 décembre).

Lire aussi :  49 migrants dans l’attente de la bonne volonté européenne

Mis à jour 9.1.2019 14h avec les chiffres précis, pays par pays

49 migrants dans l’attente de la bonne volonté européenne

(B2) 49 migrants recueillis en mer au large de la Libye attendent toujours une décision des pays européens pour être accueillis

(crédit: Sea-Eye)

Deux secours

32 des rescapés ont été secourus le 22 décembre par le Sea Watch 3, un navire de l’ONG allemande Sea Watch, et 17 personnes ont été recueillies à 43 km de la côte libyenne, le 29 décembre, par le ‘Professor Albrecht Penck‘, le navire de l’ONG allemande Sea Eye. Les 17 proviennent de sept pays africains : Mali, Nigeria, Cameroun, Soudan, Sierra Leone, Côte d’Ivoire et Guinée. Le premier navire bat pavillon néerlandais, le second pavillon allemand.

Une coordination pour chercher une solution

« La Commission européenne est en contact avec plusieurs Etats membres, pour trouver une solution pour un débarquement rapide » a indiqué la porte-parole adjointe de la Commission européenne, Mina Andreeva, jeudi (3 janvier). « Nous avons besoin de plus de solidarité (…), et un besoin urgent de solutions prévisibles et durables pour le débarquement et la relocalisation en Méditerranée » a-t-elle ajouté, citant le commissaire chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos.

Une répartition des naufragés

L’Allemagne, les Pays-Bas et la France ont finalement annoncé être prêts à accueillir une partie des migrants recueillis. Il manque cependant encore un port de débarquement. L’Italie et Malte se renvoient la balle pour savoir quel pays doit accueillir le navire, dans un jeu de ping pong malsain (lire la réponse du gouvernement de Malte au vice Premier ministre italien Luigi di Maio). L’Italie a proposé, en dernier lieu, d’accueillir les six femmes et enfants des deux navires.

(NGV et Capucine Allais, st.)

SOS Med sauveteur 2018

L’Aquarius jette l’ancre définitivement, pas SOS Méditerranée

(B2) SOS Méditerranée et Médecins Sans Frontières (MSF) annoncent, ce jeudi soir (6 décembre), dans un communiqué, mettre un terme aux sauvetages en mer à bord de l’Aquarius.

SOS Méditerranée ne renonce pas pour autant à affréter de nouveaux navires à l’avenir, donnant rendez-vous « début 2019 ».

Un nouveau bateau, un nouveau pavillon

SOS Méditerranée « explore déjà activement les options pour un nouveau navire et un nouveau pavillon, et étudie sérieusement toutes les propositions d’armateurs qui lui permettraient de poursuivre sa mission de sauvetage » précise l’association. L’ONG est en contact avec plusieurs pays pour trouver un pavillon « durable et solide » pour rester en Méditerranée centrale.

Devoir moral contre cynisme des Etats

Lors de la conférence de presse, ce vendredi (7 décembre) matin, Sophie Beau, co fondatrice de l’association, l’a réaffirmé : « Nous allons, nous devons, repartir en mer, c’est un devoir moral et légal », face au « cynisme politique qui consiste à assister à des morts prévisibles »

Un symbole résistant

L’Aquarius, le navire « symbole », reste immobilisé, depuis deux mois bientôt, au port de Marseille, menacé de saisie dans le cadre d’une procédure lancée en Sicile sur l’accusation de mauvais traitements de déchets. L’un des derniers exemples de la campagne « d’acharnement » dénoncée par l’association.

(ES)

15 morts en mer au large de la Libye. Et personne ne bouge ? L’OIM lance l’alerte

(B2) Quinze migrants sont morts dans un bateau au large des côtes libyennes rapporte l’OIM. Les dix survivants ont été recueillis, fortement déshydratés, après avoir passé environ 12 jours en mer sans nourriture ni eau. L’organisation internationale dénonce le manque de moyens en mer pour le sauvetage

Un des rescapés conduit à l’hôpital (crédit : OIM)

Un chavirage au large de Misrata

Au moins une douzaine de personnes sont mortes après qu’un bateau en caoutchouc qui a passé plus de 10 jours en mer ait chaviré lundi au large de Misrata, en Libye, rapporte l’Organisation internationale des migrations. Trois autres passagers sont portés disparus (et présumés morts). Dix survivants ont été secourus et sont retournés en Libye où ils ont été soignés par le personnel médical de l’OIM.

Des survivants en état de déshydratation et d’épuisement complets

« Les survivants souffraient tous d’une déshydratation et d’un épuisement complets après avoir été bloqués en mer pendant des jours », a déclaré le médecin de l’OIM, le Dr Mohamed Abugalia. Ils « souffraient de traumatismes, de malnutrition sévère et de brûlures causées par le carburant du bateau. » Quatre cas nécessitant des soins médicaux d’urgence ont été transférés dans un hôpital privé à Tripoli. Six autres ont été transférés dans des centres de détention par les autorités libyennes.

Un bateau qui a dévié de son cap

Les récits médiatiques des épreuves subies par les migrants diffèrent, mais il semble que le bateau, qui tentait de se rendre en Italie, ait été dévié de son cap de plusieurs centaines de kilomètres. Le porte-parole du Croissant-Rouge, Baha al-Kawash, a déclaré à l’AFP que les migrants avaient quitté la ville de Sabratha, à l’ouest de Tripoli, pour l’Italie, mais que leur navire a chaviré à 270 km à l’Est puis s’est renversé.

Une situation inacceptable

Le porte-parole de l’OIM pour la Méditerranée Flavio Di Giacomo a lancé un appel à l’aide. « Il est nécessaire de renforcer la présence des canots de secours en Méditerranée. Sauver des vies en mer est une priorité. » Il relaie ainsi les inquiétudes des responsables sur place. « Ce qui est alarmant, c’est que nous ne voyons toujours pas de mesures concrètes pour faire face aux mouvements […] à travers la mer Méditerranée » indique le chef de l’OIM en Libye, Othman Belbeisi. Avec l’hiver, le temps allant s’aggravant, les conditions de traversée vont être plus dures, et les naufrages s’accentuer.

Sauver des vies devrait être la priorité numéro 1

« L’absence de mécanismes permettant de mieux gérer les retours et la réduction des capacités de recherche et de sauvetage en mer rendent la traversée de la frontière de plus en plus dangereuse pour les migrants. Il y a plus de possibilités de mourir en mer maintenant qu’il y a un an. Ce n’est pas acceptable. Sauver des vies en mer devrait être la priorité numéro un, et les opérations de recherche et de sauvetage doivent clairement être renforcées » a ajouté Othman Belbeisi. « Nous continuons à plaider pour des alternatives à la détention pour les migrants renvoyés sur les côtes libyennes, en particulier pour les plus vulnérables ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


La saisine de la Cour pénale internationale ?

C’est la volonté annoncée par l’ONG allemande Lifeline : « 12 jours et personne n’a rien remarqué ? Dans une zone couverte par Frontex et EUNAVFOR MED. Nous devons supposer que ces personnes n’ont pas été consciemment et délibérément sauvées. » dénonce son capitaine Claus-Peter Reisch qui s’interroge : « Faut-il saisir la cour pénale internationale ? »