SEAE

Le monde change vite, l’Europe risque de perdre de l’influence, avertit le Mae danois

(BRUXELLES2 à Copenhague) Le Service diplomatique européen (SEAE) a « fait des progrès. Il est plus fort hier qu’aujourd’hui. » a tenu à expliquer devant la presse mercredi (13 janvier), le ministre danois des Affaires étrangères Villy Soevndal, interrogé par plusieurs journalistes sur l'évolution du SEAE. Certes, il y a des critiques a-t-il reconnu. « Rome ne s’est pas fait en un jour ». Il a tenu ainsi à relativiser la lettre de douze collègues ministres des Affaires étrangères (Une lettre que le Danemark n'a pas signée, présidence oblige). Cette « lettre est une bonne occasion pour permettre d'avoir plus».

Attention à la perte d'influence

Le ministre lance un avertissement aux Européens de prendre garde à ne pas perdre trop de temps. « Le monde change rapidement. Il y a eu peu de périodes dans l’histoire de l'Union européenne où nous avons eu autant de crises en même temps. » « Le risque est réel pour l’Europe de perdre du pouvoir, de l'influence, que d’autres prennent sa place. » a-t-il ajouté. « Nous voyons émerger de nouveaux pouvoirs en Asie. C'est très important que l’Europe soit présente dans plusieurs pays, parle d’une seule voix, et gagne de l’influence. »

Une seule voix plus forte, l'intérêt du Danemark

« Le Danemark est un petit pays, nous avons un très fort intérêt à ce que l’UE parle d’une seule voix, plus forte » a-t-il ajouté. Mais il remarque aussi les réticences de certains Etats. « Le SEAE ne peut pas être plus fort si les Etats membres ne veulent pas qu’il soit fort. » « Nous soutenons le travail de la Haute représentante » a-t-il précisé.

Le Danemark en soutien "avisé" de la Haute représentante

La Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères était d'ailleurs arrivée mardi soir pour une série d'entretien, notamment avec le ministre danois. C'était la première visite au Danemark de Catherine Ashton en tant que Haut représentant. L'occasion pour la présidence danoise de voir comment le travail pouvait se dérouler durant son semestre de présidence. « J'ai expliqué à C. Ashton, que la présidence danoise serait une présidence soutien au service de la politique étrangère commune pour contribuer au renforcement de la voix de l'UE » a détaillé Villy Soevndal après la réunion. Diverses questions de politique étrangère ont ainsi été abordées notamment la position européenne en Iran, en Syrie ; sujets délicats sur lesquels il peut être nécessaire d'accorder les violons. L'Afrique du nord, la question des droits de l'homme et de la démocratie figurent, en effet, parmi les priorités de la politique danoise, comme me l'a expliqué un diplomate danois. 

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Des diplomates européens fidèles au poste

(BRUXELLES2, exclusif) C’est un aspect méconnu du nouveau service diplomatique européen. Mais il y a aujourd’hui dans les “ambassades” de l’Union européenne, la création d’une mentalité de gestion de crises, plutôt inédite dans l’organisation européenne jusqu’ici (exceptée chez les experts d’ECHO – l’office d’aide humanitaire). En cas de crise, catastrophe naturelle, industrielle, de troubles ou de guerre, l’objectif est dorénavant que l’ambassade européenne reste ouverte un minimum. Un vrai changement “de mentalités” comme l’a expliqué à Bruxelles2 un haut responsable du SEAE. « En cas de crise, on demande maintenant à nos ambassadeurs de rester au maximum sur le terrain, comme on peut le demander dans un Etat membre avec un diplomate national. Ils acceptent la plupart du temps sans problème. »

Un règlement hérité du passé

Seul hic : le règlement du personnel ne le prévoit pas. Mieux, il prévoit le contraire. Hérité de la Commission, il oblige l’institution à assurer la protection de ses agents et préconise davantage la mise à l’abri au moindre évènement. Auparavant, « la consigne était “quand il y avait des troubles ou un conflit, de partir” » relate notre interlocuteur. « La période de troubles n’est jamais bonne pour faire du commerce ou mener des projets de développement. Aujourd’hui, nous disons, et demandons, le contraire. »

Le volontarisme des ambassadeurs de l’UE

Cela s’est ainsi passé en Côte d’Ivoire, où l’ambassadeur est resté au maximum, ou, plus récemment au Yemen, non sans vrais risques d’ailleurs. Il y a eu « des moments très difficiles » raconte un diplomate à B2, avec des « tirs durant plusieurs jours autour de la mission ». Au Japon, après la catastrophe de Fukushima, et alors que l’on ne savait pas vraiment ce qui se passait en matière de radiation, il y a eu un « vent de panique » dans les représentations diplomatiques. « Beaucoup d’ambassades tergiversaient pour rester dans la capitale et certains envisageaient ou avaient même déjà plié bagage pour aller à Kyoto. L’ambassadeur européen est resté sur place et a fédéré les ambassadeurs européens pour rester sur place ». Une présence ressentie très positivement par les autorités du pays : l’UE a marqué un point à ce moment au Japon.

Quelques difficultés

Cette attitude ne va pas susciter quelque critiques et difficultés. A la Commission, quelques uns ont exigé que les responsables du SEAE « s’engagent personnellement s’il y avait le moindre problème sur le terrain. » Et même au service diplomatique européen, on veut rester assez discrets sur les conditions parfois dangereuses dans lesquelles évoluent les diplomates européens new look “pour éviter tout problème” avec ceux d’en face… :-)

NB : Il faut préciser également que le SEAE n’avait jusqu’ici pas la possibilité d’avoir ses propres règles internes… Car il n’avait tout simplement pas d’instance de négociation pour cela. comité du personnel. Après moults discussions internes, un comité du personnel a été élu (des discussions avaient eu lieu pour savoir s’il fallait deux comités – un pour le siège et un pour les délégations – ou un seul, c’est cette dernière solution qui a finalement prévalu). Les élections ont eu lieu à la fin de l’année dernière. Et la première réunion est prévue ces jours-ci. Ainsi que le précise un spécialiste de ses questions au SEAE, « nous allons maintenant pouvoir commencer à mettre en place notre propre règlement du personnel. Ce qui devrait nous faciliter la tâche ».

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Le service diplomatique se défend et avance ses success story

Le général Van Osh commandant l'Etat-Major de l'UE, Hakan Syren, le président du comité militaire de l'UE et Agostino Miozzo, le directeur du département Réponse de crises entourant Catherine Ashton, la Haute représentante de l'UE(crédit

(BRUXELLES2) Immanquablement le service diplomatique européen (SEAE) reste sur la défensive. C’est l’impression qu’on peut avoir en discutant avec divers responsables européens ces derniers temps. Le bilan tiré, à l’occasion de sa première année d’activité, par un haut responsable du SEAE n’a pas manqué de satisfaire à cet exercice de style, qui est, convenons-en, difficile. Comment ne pas nier, en effet, les difficultés auxquels se heurte le Service dans son quotidien. C‘est « un véritable tour de force que nous devons accomplir. Il faudra plusieurs années avant de créer un service unifié, original, il faut trouver de nouvelles pratiques, de nouvelles voies d’approches… Cela prendra du temps. » explique un haut responsable du SEAE lors d’une discussion informelle avec plusieurs journalistes. Dans ce contexte, la lettre des 12 ministres des Affaires étrangères a « davantage été perçue une contribution, un soutien à notre position qu’à une critique. Les observations des 12 sont des observations que nous avons déjà pris en compte, dans notre démarche », a-t-il précisé.

Des relations complexes avec la Commission

Quant aux relations avec la Commission européenne, détaille notre interlocuteur « je ne crois pas qu’on puisse parler d’hostilité. Sur plusieurs aspects du dossier, nous sommes dans une période de transition où chacun doit trouver une manière de travailler ensemble ». « Il y a des problèmes certes, notamment en matière de gestion des ressources humaines, de circuit budgétaire. C’est un circuit compliqué notamment pour nos chefs de délégation. Mais nous essayons d’y remédier. » Il a cependant reconnu que le bilan variait selon les directions. « Il y a toute une série de DG (directions générales) avec qui nous travaillons très bien. Avec d’autres, c’est plus difficile. » Il faut bien voir – explique-t-il – que pour la Commission européenne, c’est un traumatisme. « Voir partir une DG entière (la DG Relex) et une bonne partie d’une autre (DG Devco), ce n’est jamais très facile. Quand on fait le même type de réforme dans les Etats membres, çà s’est toujours fait non sans difficultés et cela a toujours nécessité une période d’adaptation. Ça ne se fait pas trait de plume. Il faut du temps et trouver les bonnes méthodes de coordination ».

Le besoin d’une vision plus stratégique

Un des points sur lequel on doit bouger - a reconnu le haut diplomate européen est notre « vision stratégique, une vision qui dépasse le conseil des Affaires étrangères suivant. Les ministres ont besoin de cela. Nous devons avancer là dessus ; Ce n’est pas une tâche facile. Comment avoir une vision stratégique sur le printemps arabe, quand il y a une évolution jour par jour. (…) Mais nous relevons ce défi. » a-t-il ajouté.

La gestion de crises, une success story

Pour notre interlocuteur, la gestion de crises est une « success story » du nouveau service diplomatique. Un point souvent passé inaperçu et qui « mérite d’être relevé » selon lui. « Ce n’était pas dans la tradition de la Commission européenne de gérer la crise. Quand il y avait une crise, la délégation gérait les projets de développement attendait que la crise se passe. (…) Nous avons invité les différentes DG (home…). Cela n’allait pas de soi. Mais au bout de 8-9 mois, nous avons trouvé le rythme. Il y a de nouvelles méthodes de travail et d’habitudes qui se prennent ». Ce n’était pas « évident » ainsi que l’a confié à B2, un haut responsable du SEAE. Il y un vrai « changement de mentalités » à accomplir. Et également des règlements qu’il faut changer… (lire: Des diplomates européens fidèles au poste).

Lire également :

 

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Il n’y a pas de fuite des cerveaux au service diplomatique

(BRUXELLES2) En dressant le bilan d’un an de fonctionnement du service diplomatique européen, un responsable européen a démenti certaines informations parues dans la presse faisant état d’une “fuite des cerveaux” au service européen d’action extérieure (SEAE). « Nous avons plutôt un surplus de candidatures de personnes qui veulent venir travailler au SEAE que de départs ».

Une rotation de 5% du personnel

Concernant les départs, « nous avons actuellement une rotation d’environ 5% de personnes par an. Ce qui est dans la norme habituelle de ce que nous pouvions observer au sein de la DG Relex dans la Commission. C’est un phénomène normal. » a-t-il expliqué à B2. Parmi ces mouvements (hors départs normaux en retraite faut-il préciser), il y a d’ailleurs davantage « de postes d’assistants que d’administrateurs d’ailleurs ». Au SEAE, on encourage plutôt un état d’esprit d’ouverture. « Le pire pour nous nous serait d’avoir un phénomène en vase clos. Il faut différents mouvements entre les institutions. » Il existe aussi des logiques personnelles de carrière. Le SEAE n’offre pas, en effet, pour certains postes techniques (audit, juriste…) toute la palette et la gamme hiérarchique qui peut exister au Conseil ou à la Commission européenne.

Le droit au retour

On peut préciser que les personnels venus de la Commission ou du Conseil disposent aussi du droit de postuler dans leur institution d’origine, comme un candidat interne, un simili “droit de retour” qui cessera en 2013. Ce qui incite certains personnels à profiter de cette opportunité tant qu’elle existe. Mais il y a aussi des logiques personnelles qui jouent. Le responsable du service audit du SEAE a ainsi préféré poursuivre sa carrière au Parlement européen car il avait, là, des possibilités de carrière “plus vastes. « C’est tout à fait compréhensible et normal » ajoute notre interlocuteur. Celui-ci confirme cependant qu’il peut y avoir certaines frustrations ou certaines inquiétudes. Le fait de devoir réserver un certain nombre de postes à des diplomates des Etats membres participe de cet état d’esprit. Car il peut bloquer certaines perspectives de carrière. « Mais ceci est temporaire. Nous sommes dans un effet “rattrapage”, identique à celui qui existait lors des élargissements quand il fallait réserver certains postes à des ressortissants des nouveaux adhérents ». Mais si tout va bien, une fois cet effort réalisé, les personnels communautaires retrouveront toutes leurs chances. « Nous avons aussi l’obligation de respecter la proportion de 60% de personnel » des institutions communautaires.

(*) Durant la période de transition, 2/3 des postes doivent être ouverts à des diplomates des Etats membres, ce afin de rééquilibrer la composition du corps des diplomates et de respecter l’engagement pris d’avoir d’ici 2013, 1/3 des diplomates de l’UE provenant du corps diplomatique d’un Etat membre. 
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Qui représentera l’UE dans le monde en 2012

Qui représentera l’UE dans le monde en 2012

(BRUXELLES2) Les délégations de l’UE continuent petit à petit leur montée en puissance. Mais dans une petite quarantaine de pays, c’est cependant toujours un Etat membre qui continue d’assurer la représentation de l’Union européenne, selon un principe de rotation (*). C’est le cas soit parce que la délégation de l’UE n’est pas prête ou qu’il n’y a pas.

Cette année, l’UE pourrait prendre le relais dans quelques pays : le Népal (au 2e semestre), l’Ouzbékistan (l’UE attend l’accréditation de sa délégation par le gouvernement ouzbek, en attendant c’est la Pologne qui assure la représentation européenne), la Libye (C’est la Hongrie qui assure l’intérim et non Chypre comme prévu à l’origine).

Certains pays n’en sont pas moins importants “chauds”. Ainsi en Iran, c’est le Danemark puis Chypre qui assurent la permanence européenne ; à Bahrein, ce sera l’Allemagne puis la France ; en Birmanie, l’Allemagne puis le Royaume-Uni ; en Corée du Nord, c’est l’Allemagne puis la république Tchèque qui assureront la permanence ; à Cuba c’est Chypre (pour les 2 semestres) ; idem à Oman ou au Qatar ; aux Seychelles (une des bases de l’opération anti-piraterie), ce sera la France puis le Royaume-Uni. Partout ailleurs (Syrie, Egypte, Congo, Côte d’ivoire, Nigeria, Somalie, Belarus, Afghanistan, Pakistan …) c’est une délégation de l’UE qui est en première ligne.

(*)  présidence tournante de l’UE. Si celle-ci n’est pas présente dans le pays, c’est la présidence tournante suivante. Sinon c’est une des présidences suivantes selon un principe de rotation tous les six mois.

Télécharger la liste des ambassades dans les Docs de B2

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Un an de SEAE, le rapport de la Haute représentante

Un an de SEAE, le rapport de la Haute représentante

(BRUXELLES2, exclusif) C’est un peu la réponse à la lettre des Douze. La Haute représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité de l’UE vient de terminer le premier rapport d’activité du Service européen d’action extérieure, un an après sa création. Un rapport dont B2 a eu connaissance. Il est destiné – ainsi que précise son introduction – à « donner un aperçu des progrès à ce jour (alors) qu’il est trop tôt pour porter un jugement définitif sur la forme émergente de ce nouveau service. » « La création du SEAE est un défi de long terme qui prendra plusieurs années avant d’atteindre sa maturité. » Ce rapport, officiel, édulcore les différentes difficultés. Mais elles apparaissent en creux : difficulté de créer une culture commune, changement de fonctions et limitation du nombre de personnes, relations difficiles avec la Commission européenne.

Quatre priorités pour le futur

Les quatre priorités dégagées pour le futur sont d’ailleurs assez claires sur ce point : 1) Consolider la capacité de fournir le contenu politique sur les zones prioritaires établies par le Haut représentant. Cela nécessite des efforts soutenus pour construire « une appropriation collective dans l’agenda externe entre les Etats membres, le Parlement européen, la Commission et les autres parties ». 2) Faire un « effort substantiel » sur le travail des délégations de l’UE qui assurent la présence de l’action extérieure en première ligne. 3) Développer une « culture partagée » au service ; ce qui nécessite une coopération plus étroite entre les différents services, pour faire travailler ensemble les structures de gestion de crises avec les services géographiques ou thématiques. 4) Résoudre les questions en discussion avec la Commission, comme les dossiers politiques, la gestion du personnel dans les délégations, les responsabilités financières et les rapports hiérarchiques.

La gestion de crises… dans une année particulière

Le rapport fait le point sur cette année riche en évènements, le printemps arabe qui a vu la création d’une plate-forme de gestion de crises, créée entre la Commission et le SEAE, pour apporter une « réponse immédiate » en Tunisie et Libye, et l’important travail, souvent souterrain, de coordination au plan international ; le processus de paix au Moyen-Orient, où « la voix de l’UE est devenue plus forte » ; le dossier nucléaire iranien, où l’UE agit sur mandat de l’ONU ; la Corne de l’Afrique où le SEAE conduit des opérations PSDC et coordonne l’assistance humanitaire (700 millions d’euros) ; les Balkans où l’UE maintient un engagement décisif dans un contexte de « tension politique complexe »… Mais ce qui semble important est l’augmentation significative de la capacité de réponse de crises du SEAE qui, peu à peu, trouve sa vitesse de croisière. Au niveau supérieur, un conseil de gestion de crises est dirigé par la Haute représentante ou le Secrétaire général du Service. Si nécessaire, une plateforme de crise réunit ensemble les unités concernées du SEAE, comme de la Commission ou du Conseil. Et une “Situation Room” a créée pour assurer une permanence 24h/24, 7 jours sur 7.

Le job de la présidence tournante

La plus grande innovation du Traité de Lisbonne a été de transférer les responsabilités de la présidence tournante dans le domaine de la politique extérieure. Concrètement, cela a signifié que des responsables du Service ont pris la présidence du COPS, le comité politique et de sécurité, et de 16 groupes de travail. Cela suppose également de produire des déclarations : 78 au nom de l’Union européenne (le plus haut niveau), 279 déclarations de la Haute représentante (NB : quand l’urgence ne permet pas d’avoir l’accord des 27 ou que les 27 ne sont pas tous parfaitement d’accord), 102 du porte-parole de la Haute représentante et 45 déclarations de la délégation locale. NB : un travail qui peut paraître parfois anodin ou inutile vu du coté des capitales européennes mais qui a une importance plus fondamentale pour les populations ou les gouvernements des pays concernés.

Les  briefings aux responsables européens

Le travail du SEAE a aussi consisté à préparer des briefings pour les différentes autorités européennes : 937 en tout ont été recensés jusqu’au 30 septembre. 243 pour la Haute représentante, 125 pour le président de la Commission J.M. Barroso, 67 pour le président du Conseil H. Van Rompuy, et 235 pour le commissaire à l’Elargissement S. Füle. « Le succès de la cette coordination est plus claire dans la préparation des Sommets et les autres réunions de haut niveau où le SEAE a un rôle central. »

Les délégations en première ligne

Peu à peu, le réseau de 140 délégations de la Commission s’est transformé en délégations de l’UE « assumant les tâches de coordination auparavant dévolues à la présidence tournante ». Si un renfort en personnel a été fait dans plusieurs délégations, ce n’est pas le cas dans toutes. « Plus de 20 délégations de l’UE n’ont toujours pas de section politique et le chef de délégation est le seul administrateur du SEAE. » En dépit de ces contraintes, « le transfert des responsabilités de la présidence s’est accomplie de manière remarquable en douceur (…) et a été saluée par les pays tiers, grâce à un haut degré de pragmatisme et de flexibilité, démontrée par le personnel des délégations et les diplomates des Etats membres ».

La question consulaire en débat

Le SEAE a pris conscience de certains problèmes soulevés par les Etats membres (voir la lettre des 12) notamment en matière de partage d’analyses politiques, de réunions de coordination plus intensives… « Un projet pilote pour l’échange d’informations classifiées est en développement en coopération avec les Etats membres. » Sur la question consulaire, c’est plus complexe. Si « plusieurs Etats ont exprimé un fort intérêt de voir les délégations de l’UE développer des capacités pour un soutien consulaire pour les citoyens membres » (Pays du Benelux, Baltes et nordiques notamment), « d’autres Etats sont clairement opposés également à voir l’UE prendre un plus grand rôle dans ce domaine qui est vue comme une compétence nationale ». Une phrase qui vise notamment le Royaume-Uni mais pas uniquement, la république Tchèque également. Et d’autres pays, comme la France, ont une position pour le moins… complexe.

Une augmentation de budget pour 2012

Dans le budget 2012, le SEAE a été obligé de demander une augmentation de 26,9 millions d’euros, la majorité consacrée à combler les lacunes constatées lors du transfert au SEAE en 2011, notamment en matière de salaire des contractuels et des agents locaux. Ce budget doit aussi couvrir les 20 postes d’administrateurs additionnels pour ouvrir de nouvelles délégations en Libye et au Sud Soudan, répondre aux besoins générées par la crise en Afrique du Nord et de nouvelles activités générées par le traité de Lisbonne.

Les problèmes de gestion du personnel et informatique

La création du SEAE avec les règles héritées de la Commission européenne ne va pas sans problème. Le « service a ainsi une autonomie limitée pour mettre en place des politiques du personnel spécifiques, adaptées, différentes du service standard offert par la DG ressources humaines dans la Commission. (…) Le système informatique notamment hérité de la Commission n’est pas adapté à l’usage du Service » (NB : c’est dit diplomatiquement. Mais c’est un réel problème. De source interne, ce système, dit Tsar 2, est une “vraie merde” ; il est “lourd”, “lent”, voire perd certaines informations… à tel point que les diplomates préfèrent souvent doubler leur communication interne par un bon vieux mail, non sécurisé, mais plus rapide).

On peut remarquer la place relativement limitée des questions de défense et de sécurité dans ce rapport. Ce n’est pas une illusion, c’est le cadet des soucis de la Haute représentante. Les questions de communication et d’information du SEAE sont aussi absentes. Il vaut mieux. Elle est toujours aussi déficiente et déficitaire au bout de deux ans de mandat de la Haute représentante.

Pour regarder le document, voir Docs de B2

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Le Luxembourg plaide pour des consulats européens

(BRUXELLES2) Comme plusieurs pays (*), le Luxembourg milite pour renforcer le  Service européen d’action extérieure (SEAE), particulièrement en lui donnant un rôle en matière de protection consulaire. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, l’a expliqué en détails à la conférence diplomatique en Lettonie, fin décembre. C’est une question à la fois de principe et pratique. “Au moment où monte l’euroscepticisme, il est important que le public voit de façon concrète ce que l’Union européenne peut offrir à nos citoyens. Quand une catastrophe surgit dans un pays ou et que nos citoyens ont besoin d’aide ou d’information, la délégation de l’UE sur place devrait être capable d’offrir un soutien à nos soutiens“.

Les citoyens doivent pouvoir demander l’assistance de la délégation de l’UE

En pratique, le réseau européen est très étendu et dispose de davantage de représentations que ne peuvent en offrir des pays qui n’ont qu’une représentation plus limitée dans le monde. Le Luxembourg a déjà certains arrangements consulaires avec d’autres pays comme la Belgique. Mais cela pourrait être développé. “Nos citoyens peuvent être alors assistés par les ambassades et consulats de Belgique si besoin. Pourquoi les délégations de l’UE ne pourraient pas avoir des arrangements similaires et offrir ce type de soutien à tous les citoyens de l’UE ?” se demande-t-il. Plusieurs pays (*) ont ainsi commencé à travailler sur les tâches consulaires spécifiques que pourraient remplir les ambassades de l’UE. “J’ai l’intention de pousser cette initiative avec tous les moyens possibles, parce que c’est non seulement bon pour les petits pays qui ne sont pas présents partout dans le monde mais parce que c’est bon aussi pour l’Union européenne en général et la perception qu’a la population de l’UE.”

Prendre des initiatives

Le Luxembourg est un des pays signataires de la” lettre des 12″ (**) et plaide pour un renforcement des méthodes du SEAE, un meilleur partage de l’information sur place dans les pays tiers mais aussi une plus étroite association des Etats aux procédures de recrutement. “Les représentants des Etats membres doivent pleinement participer aux jurys qui sélectionnent les candidats. Sans cela, comme être sûr que les compétences traditionnelles des diplomates des Etats seront appréciées justement“, explique Asselborn. De façon plus générale, il estime qu’il faut croire au service diplomatique européen, et que son renforcement est nécessaire. “Sa mission première est d’assister la Haute représentante.” Mais pas seulement. “Il ne doit pas permettre seulement à Lady Ashton de représenter l’UE mais aussi, et c’est capital, de développer une politique, de prendre des initiatives et de construire activement des consensus autour d’elles“. Un message à peine déguisé à la Haute représentante elle-même…

La méthode communautaire, for ever

Le ministre luxembourgeois a aussi placé son intervention sous le signe d’un vigoureux plaidoyer en faveur de la méthode communautaire, la “seule méthode de prise de décision réellement démocratique et durable, même dans des temps troublés“. Cette méthode “assure que les droits et intérêts de n’importe quel Etat ou partie privée sont protégés sur la base d’un système démocratique et équitable” explique-t-il, avant de lâcher : “La règle du plus fort n’a pas de légitimité dans l’Union européenne, elle n’en a jamais eu, et n’en aura jamais.” Une allusion très claire à l’initiative de l’Allemagne et la France sur le compact fiscal prise avant le dernier sommet de décembre. “Il y a une tendance rampante à vers l’intergouvernementalisme à se propager dans l’UE”. Mais celui-ci ne paraît pas la bonne méthode se plait-il à illustrer avec un exemple. Le dernier sommet à Bruxelles n’a-t-il pas décidé au moins sur quelques points (sanctions automatiques, participation du secteur privé), le contraire de ce qu’avaient convenu l’Allemagne et la France, tous seuls, à Deauville.

(*) pays du Benelux, pays Baltes, Suède et Finlande.

(**) Lire : La lettre des Douze sur le service diplomatique européen. Que des « suggestions » !

Texte du discours dans les docs de B2

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Le service diplomatique : un an mais pas encore toutes ses dents

(Bruxelles2, Bilan 2011) Le service diplomatique européen fête le 1er janvier sa première année d’existence. La naissance au forceps a laissé des traces. Mais le chemin vers une diplomatie européenne semble encore long.

NB : cet article est une version un peu plus longue que celle parue dans la Lettre de l’Expansion en primeur – lundi 19 décembre – © et citations de la Lettre  de l’expansion, obligatoire, même pour une courte citation

Une des principales innovations du Traité de Lisbonne, le service européen d’action extérieure (SEAE) est en place. Un petit miracle en soi. Mais il faudra plus que quelques mois pour arriver à un plein résultat. « C’est un travail de cinq à dix ans minimum » n’hésite pas à confier Pierre Vimont, le chef du SEAE et ancien chef de cabinet de Dominique de Villepin au Quai d’Orsay. « 30 ans même ». Les divergences restent grandes entre les Etats membres, la Commission européenne ou le Parlement européen sur ce que doit être la diplomatie européenne. Du côté de la Commission, on ressent le nouvel arrivant comme une « inflexion intergouvernementale » visant à limiter son pouvoir. Les Etats membres craignent, eux, un abandon de souveraineté. Crainte aiguisée par la diminution des moyens dans chaque pays. Les coupes budgétaires en cours conduisent, en effet, nombre de chancelleries à fermer consulats ou ambassades un peu partout dans le monde.

Une année de mise en place

La restructuration, la fusion de différentes administrations (Commission et Conseil), de différents corps (diplomates, techniciens, militaires et États membres), de différentes cultures en un seul… ne va pas aussi de soi. Une bonne partie de 2011 a été consacrée à des tâches administratives : mise au point de procédures, recrutement, organisation des bureaux, etc. Le recrutement de nouveaux collaborateurs a ainsi occupé pas mal de temps, sans oublier les départs et démissions… Le service a reçu « près de 9000 candidatures pour un total de 181 postes disponibles » témoigne David O’Sullivan, le directeur administratif du SEAE.

Un réseau sans égal

La grande force du service diplomatique européen repose cependant sur ses délégations. Il est présent dans 137 pays, en comptant les deux petits derniers (Libye, Sud-Soudan). Ce qui fait de l’Union européenne un des premiers réseaux diplomatiques dans le monde. Mais, entre gérer et contrôler l’attribution des fonds par la Commission – ce que faisaient les délégations de l’UE jusqu’à là – et produire une analyse politique et des rencontres de haut niveau, le propre d’une ambassade, il y a un pas. Pour renforcer ce volet politique, il faut recruter, mettre au point des procédures d’alerte, avoir des systèmes de transmission cryptés, concevoir des télégrammes diplomatiques types. Et, surtout, changer la culture et l’état d’esprit au quotidien. « Certaines délégations ont bien compris. Et nous recevons des télégrammes de haute qualité, chaque jour voire plusieurs fois par jour, dans d’autres, il y a encore… du travail » reconnaît un conseiller de la Haute représentante.

Un organigramme touffu

Le SEAE pêche toujours dans son organisation. Conçu de manière empirique, l’organigramme est devenu illisible. A côté de la structure hiérarchique classique (départements géographiques ou thématique), se sont greffés plusieurs services autonomes (audit, juridique, planification cellule politique…), sans compter les nombreux électrons libres (cf. encadré, ci-dessous). Un « board » est sensé coordonner l’ensemble. Quand tout le monde est là, « on peut arriver à 140 personnes, assistantes compris », commente un agent. Une véritable coopérative ouvrière autogérée. Un « joli foutoir » plutôt persifle un diplomate. D’autant que les courts-circuits sont nombreux. On perd « beaucoup de temps en interne », précise un autre. La circulation d’information entre le SEAE et les Etats membres et à l’intérieur du service reste encore un point faible. Les Etats du Benelux s’étaient plaint formellement à la Haute représentante de ne pas recevoir assez d’informations ; ce point a de nouveau été mis sur la table par la lettre des Douze ministres des Affaires étrangères.

Des relations délicates avec les autres acteurs

Le problème pour le service est de gérer ses relations avec les autres institutions. Le point le plus critique est avec la DG développement, placée sous l’autorité d’un autre commissaire, Andris Piebalgs, et en pleine réorganisation interne également. Selon l’accord signé au Parlement européen, le SEAE élabore les lignes générales des actions ; et c’est à la DG développement de les développer et de les appliquer. Dans les faits, les spécialistes du Développement ne veulent pas entendre parler d’une tutelle du SEAE et font à leur habitude. « Nous avons fait pendant des années sans le SEAE. Ce n’est pas aujourd’hui que l’on va changer. » est le sentiment généralement partagé chez les “DevCo” qui redoutent une mise sous tutelle des projets de développement dans des objectifs politiques plus flous. Une situation effectivement compliquée. Comme le résume un officiel : « On ne peut pas demander à la DevCo de n’être que les comptables des opérations que le SEAE engage. »

Les relations avec le service de Herman Van Rompuy ne sont pas toujours aisés également. Alors que le SEAE est sensé préparer les positions du président du Conseil européen, celui-ci dispose de son propre cabinet qui rédige leurs propres analyses. Et Van Rompuy est parfois ravi de damner le pion à la Haute représentante, notamment pour recevoir les personnalités étrangères, comme récemment avec Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, ou Medvedev, le président russe. Le principe de “partage” est, en effet, que la Haute représentante reçoive les ministres des Affaires étrangères et le président du Conseil européen ou/et le président de la Commission européenne, les chefs d’Etat ou de gouvernement. Un principe beau sur le papier mais qui donne des effets négatifs ensuite sur le rôle du Haut représentant. Dans les zones de crise, en effet, il y a des discussions à mener directement avec le chef de l’exécutif et non seulement avec un ministre.

Un premier succès

Le nouveau SEAE compte cependant un premier succès à son actif : les Balkans. En réussissant à engager sous l’égide d’un diplomate britannique du service, Robert Cooper, des négociations directes entre la Serbie et le Kosovo, les Européens ont joué plutôt finement. « L’intégration des services a marché » commente un expert du dossier. Et le déploiement d’une mission de 2000 policiers, juges et douaniers dépendant directement du service diplomatique, a permis de disposer d’un relais sur le terrain. « Avoir une ligne directe entre le chef de mission et l’autorité politique est un atout » reconnaît un militaire.

Le big bang du déménagement

Le SEAE devrait emménager, dans les prochains mois dans un nouveau bâtiment, The Capitals, qui permettra de regrouper la plupart des services dans un seul lieu, alors qu’ils sont aujourd’hui dispersés sur plusieurs sites. Un « big bang » redouté mais aussi espéré. Le succès du service diplomatique dépend aujourd’hui de sa « capacité à faire travailler ensemble des personnels issus de cultures nationales et institutionnelles différentes » souligne un diplomate français. Ce qui constitue son handicap aujourd’hui – l’absence de culture commune – pourrait bien constituer sa force demain – en mixant différentes cultures.

Nicolas Gros-Verheyde

Les électrons libres. Le SEAE compte un certain nombre d’électrons « libres » recrutés intuitu personae. On trouve ainsi l’Espagnol Bernardino Leon, ancien proche conseiller de Zapatero, chargé de la démocratie dans le monde arabe, ou le Grec Alex Rondos, proche de G. Papandréou, qui vient d’être nommé pour la Corne de l’Afrique. La Haute représentante, Catherine Ashton, s’est ainsi fait la spécialité de récupérer, ou repêcher, des proches conseillers de dirigeants européens mis sur la touche. Elle dispose aussi du Britannique Robert Cooper, qui est son conseiller spécial, un des plus anciens du service extérieur européen puisqu’il est entré en 2002. Ou d’Agostino Miozzo, vieux routier de la protection civile italienne, chargé de coordonner la « réponse de crise ». Pour éviter la répétition du vide après le séisme d’Haïti.

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