Russie

La présence des troupes russes aux frontières de la Géorgie : « ça calme »

« Il faut le reconnaître. A partir du moment où ces « frontières » ont été assurées par les soldats russes et non plus par la police ossète, c’est devenu calme. Il n’y a plus d’incident, ni de fusillade. Tout cela est maintenant terminé. » a expliqué Krzysztof Lisek, eurodéputé polonais (Plateforme civique / PPE) qui faisait rapport à la dernière réunion de la sous-commission défense au Parlement européen de sa visite en Géorgie en juillet. Et celui qui parle, le reconnait lui-même : « je ne suis pas fan de la présence des soldats russes dans la région ». D’ailleurs ce « constat est corroboré tant par les ambassadeurs lituaniens ou polonais qu’américain ». Pour autant le député ne satisfait pas de la situation actuelle qui rend impossible aux observateurs européens de pénétrer dans les deux anciennes provinces géorgiennes qui ont déclaré leur “indépendance”.

« La situation dans la région est stable mais elle reste très fragile. Les contacts avec l’Abkhazie et l’Ossétie du sud sont très pauvres. Les autorités géorgiennes l’ont elles-mêmes confirmé : il n’y a pas de relations avec l’Ossétie du sud et seulement des contacts officieux et occasionnels avec l’Abkhazie. » Et l’eurodéputé de conclure : « Il faut élargir les missions EUMM à l’Abkhazie et l’Ossétie du sud. » Mais – reconnait-il « il s’agit plutôt d’un travail diplomatique ». Un travail à poursuivre. Car « EUMM est la seule force internationale présente en Géorgie et de ce fait elle joue un rôle primordial pour la sécurité de la Géorgie en fournissant la seule présence d’observateurs internationaux dans le pays ».

PrintFriendlyFacebookShare

L’approche « totale » selon Rasmussen. Et la coopération OTAN-UE…

© NGV / Bruxelles2

On ne peut dénier au secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, un certain sens politique et le goût de la persévérance. Mardi, devant les députés européens et nationaux, il a réitéré sa volonté de trouver de nouveaux modes de coopération avec l’UE mais aussi sa nouvelle approche, “total approach” qui se diffère donc de la “comprehensive approach” jusqu’à l’apanage de l’Union européenne. Inévitablement, en écoutant Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’OTAN, on ne peut qu’être frappé par la force politique de son discours, son lent travail de labour, notamment sur la coopération avec l’UE qu’il entend arrimer à l’OTAN, à moins que ce ne soit l’inverse… (NB : Sur la création d’une unité civile au sein de l’OTAN, lire ici).

Mieux coopérer entre l’OTAN et l’UE

« Je suis venu ici pour vous demander de soutenir la coopération entre l’UE et l’OTAN de façon significative » a expliqué Rasmussen. « Nos deux organisations ont connu des changements profonds depuis 15 ans. L’Union européenne est un acteur multidisciplinaire aujourd’hui y compris sur les questions de défense, car elle conduit des missions civiles et opérations militaires. Une interaction plus étroite entre UE et Alliance est devenue une nécessité stratégique. »

Et le secrétaire général de l’OTAN de proposer, dans la ligne droite de ce qu’il avait déjà mentionné à Palma de Majorque une démarche en trois temps (1). Avec des actions concrètes.
« 1° Nous devons nous réunir régulièrement à tous les niveaux, dans les domaines communs. Aujourd’hui malheureusement, nous ne pouvons pas discuter entre nos deux organisations de sujets de sécurité, autres que la Bosnie-Herzégovine.
2° Nous devons travailler de façon plus étroite sur les opérations. De plus en plus souvent, on se trouve sur le terrain ensemble comme au Kosovo, en Afghanistan, ou sur la côte somalienne. Il faut donc trouver un nouveau niveau de coopération.
3° Eviter certaines dépenses. Par exemple, nous devons nous préparer à faire face aux IED (engins explosifs improvisés). L’exemple de l’Afghanistan en montre la nécessité. On peut éviter le double emploi de nos personnels. »

“Se parler, agir ensemble

« L’approche totale », c’est cela, selon Rasmussen : « nous devons parler, agir ensemble quand c’est nécessaire ». « L’OTAN respecte l’autonomie de prise de décision de l’UE. Comme l’OTAN veut garder son autonomie de décision. Il faut trouver une coopération sur un pied d’égalité. C’est une condition d’un partenariat de confiance. »

Le secrétaire général est revenu à plusieurs reprises sur la Turquie, proposant « une solution pratique sans toucher aux deux questions (de fond) comme la reconnaissance de Chypre par la Turquie ou l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Je propose que tous les Etats membres pourraient participer aux échanges à l’OTAN (donc y compris Chypre). Mais en échange de cela, l’Union européenne doit bouger ses pions ». C’est-à-dire notamment par un accord de sécurité UE-Turquie et la participation de la Turquie à l’Agence européenne de défense. « La Turquie est le deuxième Etat contributeur à Althea mais elle ne participe pas aux décisions » a-t-il cité mettant en avant l’opération de l’ISAF et les Etats non membres de l’Alliance « qui prennent part aux décisions » (2).

Un nouveau concept stratégique basé sur “l’approche totale” et “préventive”

© NGV / Bruxelles2

Rasmussen a ensuite abordé la réforme du concept stratégique de l’OTAN, détaillant les quatre principes qui vont guider la discussion avec les Chefs d’Etat et de gouvernement à Lisbonne début novembre. Les nouvelles menaces, l’approche préventive, des relations plus soutenues avec l’UE comme avec d’autres partenaires, et les restructurations des armées de l’Alliance, constituent le fer de lance du nouveau concept.

Elargissement aux nouvelles menaces. L’engagement de la défense collective, selon l’article 5 du Traité, « reste solide comme un roc. Nous le soutenons par des activités militaires. (Mais) Nous devons nous préparer à faire face à nouvelles menaces : les cyberattaques, les armes de destruction massive, l’arrêt de l’approvisionnement énergétique. »

L’approche préventive. « Plutôt que de réagir à une crise quand elle est l’est, nous devons agir en amont, agir en prévention une crise. C’est ce que nous appelons l’approche totale. Pour cela, il nous faut des capacités, des relations avec d’autres organisations. »

OTAN acteur international. Troisièmement, la façon dont l’OTAN peut promouvoir la stabilité internationale. « Les partenariats avec l’UE est nécessaire. Il faut élargir le nombre de sujets qu’on peut discuter avec nos partenaires. »

La réforme des armées : mieux pour moins cher. Nous devons avoir plus de forces déployables à l’extérieur a souligné Rasmussen. « Une trop grande partie de nos forces reste dans les casernes. Cela coûte cher et n’est pas adapté aux besoins. Il faut changer tout cela. »

Russie, Afghanistan, Moyen-Orient, Iran, Bouclier anti-missiles

Répondant aux questions des députés ou de sa propre initiative, le secrétaire général de l’OTAN a également abordé certains sujets clés : un partenariat approfondi avec la Russie, une présence de long terme en Afghanistan (y compris après le retrait), offre d’une participation à une force internationale au Moyen-Orient.

L’OTAN Cyber-contre-attaque

« Les cyber-attaques ne sont pas de la théorie. Cela représente une réelle menace pour nos capacités militaires. Elles pèsent sur toute la société. L’OTAN dispose des structures de planification et commandement qui représentent une façon efficace de réagir. Mais nous devons développer nos capacités. »

Un bouclier anti-missile ? “De Vancouver à Vladivostok”

« Il faut mieux nous protéger : avec un dispositif anti-missiles, en élargissant nos capacités au-delà des forces déployées, en couvrant les territoires de nos Alliés. C’est un système de défense territorial. » Ce n’est pas de la théorie pour le secrétaire général. « L’Iran peut, avec ses missiles, atteindre nos territoires. » Mais ce bouclier anti-missiles devrait avoir une dimension plus large que le territoire actuel de l’OTAN. « Il faudrait que l’OTAN et la Russie coopèrent. C’est nécessaire en matière opérationnelle mais aussi politique. Cela permettrait une architecture de sécurité de Vancouver à Vladivostok. » Pour Rasmussen, « plutôt que de parler de traité, d’autre document, nous parlons ainsi de sécurité concrète. »

La Russie dans l’OTAN ? “des gisements de coopération”

« Je ne crois pas que ce soit très réaliste. Ils ne nous ont pas présenté une demande formelle. Et l’ambassadeur de Russie à l’OTAN a dit que “jamais il ne demanderait pas l’adhésion”. En revanche, on peut lancer un partenariat stratégique. On peut ne pas être d’accord sur la Géorgie mais il y a des domaines où on peut agir en commun : l’Afghanistan, le terrorisme, la lutte contre la drogue, la piraterie, la défense anti-missiles sont des “gisements de coopération”. »

Quitter l’Afghanistan ? “sur place après 2014″

« Oui nous quitterons Afghanistan. Il n’y a pas de doute. La question c’est quand. L’OTAN quittera l’Afghanistan dès que les conditions le permettront. Notre objectif est de transmettre les responsabilités au gouvernement afghan, l’année prochaine je l’espère. Le président afghan espère qu’il aura la responsabilité sur tout le territoire d’ici 2014. Des forces internationales resteront sans doute sur place au-delà de cette date, mais pour former. »

L’OTAN au Moyen-Orient ? “Nous pouvons l’envisager

« Soyons optimistes, ayons pour hypothèse un accord de paix, la présence de forces internationales sera requise alors ne serait-ce que pour vérifier l’application d’un accord de paix. Si il y a un accord de paix, si les parties prenantes demandent notre participation, si l’ONU donne mandat, voilà les trois conditions, alors nous pouvons envisager une telle mission. Mais il faut d’abord un accord de paix, et ce n’est pas une mince affaire. »

(1) Lire également :

(2) Point de vue légèrement faussé à mon sens car l’ensemble de la stratégie de l’ISAF est surtout guidé par les Américains. Lire :

PrintFriendlyFacebookShare

Le BPC Mistral proche d’emporter la mise russe

C’est fait ! C’est du moins ce qu’affirment les agences de presse russe Interfax et française AFP. Le choix du navire français de type Mistral est “pratiquement acquis“, et l’appel d’offres international lancé en septembre sera une “formalité“, selon un responsable de l’état-major de la marine russe, citée par l’agence Interfax. Selon un procédé, plutôt classique en matière militaire, “l’appel d’offres va être formulé de telle manière que la victoire du navire français soit pratiquement acquise”. Les Russes achèteraient 2 navires et en produiraient 2 autres, avec transfert de certaines technologies, à la clé.

Apparemment aucun des industriels français, si prompts à dénoncer l’ouverture des marchés militaires à tous les vents (lire ici) n’a dénoncé cette OPA française sur la fourniture de navires de guerre à la Russie…

PrintFriendlyFacebookShare

La piraterie : “une véritable industrie”. Atalanta étend sa zone d’action à l’est

«Les attaques des pirates s’accroissent. Et dans des zones qu’ils n’atteignaient pas jusqu’ici, loin des côtes somaliennes”. Les termes utilisés par le major-général Buster Howes, hier, devant les ambassadeurs du Comité politique et de sécurité (COPS) ne laissent planer aucun doute. «La piraterie est devenue une véritable industrie”, explique le commandant la mission européenne anti-piraterie dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien (EUNAVFOR Atalanta).

Zone étendue à l’est d’Oman

Les pirates ont, en effet, commencé à opérer, de manière régulière, dans des zones auparavant pas utilisées pour contourner les mesures prises tant par EUNAVFOR que les autres forces de contre-piraterie. “Ils prennent de plus en plus de risques” précise Buster Howes. Conformément au mandat avalisé par les ministres en mai dernier (1), le commandant de l’opération Atalanta a donc présenté aux ambassadeurs le nouveau cadre opérationnel qui permet d’étendre la mission des navires européens dans la partie orientale de l’Océan indien. La nouvelle zone d’action se situe près de 300 milles nautiques à l’est d’Oman et englobe totalement tout l’archipel des Seychelles. On est ainsi plus près de l’Inde et du Pakistan… que de la Somalie (2). «Cela va permettre aux unités d’EUNAVFOR de fonctionner plus efficacement plus à l’est de l’océan Indien, en leur donnant une plus grande capacité pour perturber et dissuader les pirates dans cette région” a expliqué Buster. Une nécessité !

Les pirates prennent plus de risques

Avec la fin de la période de mousson, le risque de piraterie va redoubler. Depuis le début de l’année, les forces multinationales présentes dans la région ont ainsi «démantelé 90 groupes pirates, la moitié de ces actions étant effectuées par les navires d’EUNAVFOR”. Ce qui a un effet dissuasif. L’utilisation des VPD, les équipes de protection embarquées, a également prouvé son utilité. Et Buster Howes entend “les développer“. La question du cadre légal de poursuite des pirates reste cependant une préoccupation pour le chef de la mission Atalanta comme pour la plupart des Etats membres. Les ambassadeurs ont d’ailleurs discuté de différentes options possibles sur la base d’un papier préparé par la CMPD (3).

Rester mobiliser, accroître les synergies…

Le général a aussi exprimé ses craintes face à la pression sur les budgets de défense. “Il faut continuer à rester mobilisés” pour préserver nos “capacités” de réponse. Une des solutions consiste à “renforcer les synergies avec les différents partenaires” opérant sur la région. Ainsi les Russes, puis les Chinois, ont commencé à “escorter les bateaux du PAM ou de l’AMISOM” comme le font déjà les navires d’EUNAVFOR ou de l’OTAN. Ce qui constitue une extension de leurs missions, puisque jusqu’ici ils se concentraient surtout sur les escortes de navires marchands dans le Golfe d’Aden. Depuis janvier 2010, les forces multinationales ont ainsi escorté 60 navires du Programme alimentaire mondial ainsi que 35 navires de l’Amisom, la force africaine de paix en Somalie (4).

Lire également:
(1) L’opération Atalanta autorisée à étendre sa zone d’action. Le droit rejoint la réalité
(2) Atalanta III va voir sa zone de mission étendue un peu plus à l’est
(3) Piraterie : un tribunal somalien « off shore » serait la meilleure option selon l’UE
(4) Sur le bilan précédent : 18 mois après le début d’Atalanta (3). Un dernier bilan

PrintFriendlyFacebookShare

L’UE et la Russie créent un groupe de travail sur la sécurité. Détails.

La Russie et l’Union européenne se rapprochent lentement en matière de sécurité. Mais pas aussi rapidement ni de façon aussi novatrice que le voudraient et l’affirment publiquement les autorités russes. La visite de travail qu’a rendu le général Hakan Syren, président du comité militaire de l’UE, et conseiller militaire de la Haute représentante, à son homologue russe, le général Nikolaï Makarov, à Moscou en fin de semaine dernière, en est la parfaite illustration. Des discussions “satisfaisantes“, “intéressantes” déclarent chacun des interlocuteurs, même si les Russes ont davantage communiqué sur la question que les Européens.

Volontarisme russe, discrétion européenne

Pour la Russie, c’est en effet une idée fixe (re)développée depuis plusieurs années. Entre la proposition d’un nouvel accord de sécurité européenne présentée par Lavrov à l’assemblée générale de l’ONU en septembre 2008 (1), repris par Medvedev et développé par Poutine à l’OSCE (2), formalisé en novembre 2009 (3), on ne peut pas dire que les Russes aient manqué de constance. Cependant ce projet est, pour l’instant, resté lettre morte malgré de brillantes déclarations française (4), franco-allemande (5), franco-allemande et polonaise (6). Autant dire que les Russes se saisissent de chaque occasion pour reprendre toute avancée du dialogue comme un acquiescement à leur stratégie. Aussi quand le général Makarov comment à l’issue de discussions avec son homologue européen, Syren : “Nous avons discuté des mesures à prendre en matière de sécurité européenne, notamment de la création d’un groupe de travail chargé de planifier nos actions communes” et qui permettrait “de passer de la théorie à la pratique” dans les relations UE-Russie, tout le monde (en Russie) pense à l’étape suivante : la mise en place du fameux comité de sécurité UE-Russie (6). Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Du coté européen, on se veut donc très prudent. Nous sommes “dans le domaine de l’établissement de relations à un plan purement technique” explique-t-on ainsi à l’Etat-Major européen. La création d’un tel groupe de travail n’est “pas de l’ordre politique“. Il s’agit ainsi à un niveau de colonels ou lieutenant-colonel, d’explorer, de défricher ce qui pourrait être fait ensemble de manière plus approfondie, par exemple en matière de formation, d’exercice, ou d’échange de vues. Au besoin, si des aspects civils sont également envisagés, “les experts de la CMPD (la direction civilo-militaire de la planification et de la gestion de crises du Service diplomatique de l’UE)  pourraient être associés à ces travaux“.

Ainsi les Russes sont actuellement invités aux cours du collège européen de Défense et de Sécurité. Mais les Européens ne le sont pas pour les sessions équivalentes en Russie. Même chose pour les exercices européens, où les Russes sont briefés. “Un peu plus de réciprocité serait nécessaire” estime-t-on à Bruxelles. Le groupe de travail aura donc avant tout, “un travail d’exploration, de voies de coopération à proposer ensuite à l’Etat-Major de chaque coté”.

La reprise d’un travail interrompue par la guerre en Géorgie

Cette coopération n’est non plus une totale nouveauté. Il y a déjà des réunions au niveau des experts entre l’UE et la Russie. Mais la guerre Russo-Géorgienne en 2008 a gelé ce processus. Ce qui n’a pas empêché les interlocuteurs de se parler. Ainsi la Russie a participé à l’opération Eufor Tchad RCA, en envoyant ses hélicoptères ; ce qui a nécessité force réunions “ad hoc” (7). D’autres discussions ont eu lieu également de façon préliminaire à l’opération de formation des soldats somaliens, EUTM Somalia (8). Et des réunions “de coordination” se déroulent, régulièrement, dans le cadre des opérations maritimes anti-piraterie dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien.

Les deux chefs d’Etat-Major militaires s’étaient d’ailleurs déjà rencontrés en janvier pour tenter de mettre au point des procédures plus approfondies de coopération.

Autres accords en vue

On n’est pas encore au stade du comité de sécurité UE-Russie souhaité par certains partenaires (6). Mais on ne peut nier que ce travail “technique” participe d’une approche plus générale et plus politique visant à rapprocher les deux sphères de sécurité. Ainsi un accord-cadre de transmission des informations sécurisées a été signé en juillet dernier entre l’UE et la Russie au terme de longues négociations (9) ; il entre en vigueur en septembre. Quant à l’accord-cadre de participation aux opérations de l’UE avec la Russie, il est toujours en discussion. Plusieurs problèmes restent sur la table, notamment celui de la chaîne de commandement. Les Russes avaient accepté – non sans difficultés – d’être placés sous le commandement européen au Tchad (8). Mais au niveau européen, la réciproque n’est apparemment souhaité, ni possible “traité de Lisbonne oblige” explique-t-on.

Lire également :
(1) Lavrov prône Helsinki 2, un nouveau traité de sécurité
(2) Les trois principes de Poutine en matière de sécurité européenne
(3) Projet de Traité sur la sécurité européenne (proposition russe)
(4) Sarkozy répond oui à la proposition de Medvedev d’un pacte de sécurité
(5) Le couple Merkel-Sarkozy se réapproprie la sécurité européenne
(6) Un comité de sécurité UE-Russie plaide le triangle de Weimar
(7) L’accord Russie-UE pour les hélicoptères au Tchad
(8) Les Russes dans Eusec Somalia, ce n’est pas, encore, tout à fait conclu…
(9)  L’accord d’échange d’informations « secret défense » avec la Russie finalisé

PrintFriendlyFacebookShare

Opération déminage en Baltique

Seiz navires venus de dix pays d’Europe (Allemagne, Belgique, Finlande, France, Norvège, Pologne, Estonie, Lituanie, Lettonie, Russie), membres de l’OTAN ou du partenariat pour la paix, participent jusqu’au 8 septembre, à une action de déminage dans le nord de la Baltique au large des eaux de la Lituanie, dans le cadre de l’exercice “Open Spirit”.

Ce genre d’exercice est régulier et se tient, depuis 1997, chaque année. Les rivages des pays baltes ont été l’objet de dépôt de mines, durant les première et seconde guerres mondiales. Et on estime à environ 800.000 mines, principalement de fabrication allemande et russe, qui ont été “mouillées” en mer Baltique. Depuis 1995, rien que dans les eaux estonniennes, environ 500 mines ont été découvertes et neutralisées. Un millier en tout dans la Baltique. Ce qui laisse imaginer le reste du travail à faire… Cette carte donnant une répartition des mines l’illustre bien. Un travail d’autant plus nécessaire pour la construction du gazoduc “nord stream”.

crédit : ministère estonien de la Défense

Parmi les navires qui participent à l’opération citons le BNS Aster (Belgique), le chasseur de mines basé à Brest, L’Aigle (France) et trois navires lituaniens le chasseur de mines M52 “Sūduvis” et deux patrouilleurs P11 “Žemaitis” et P14 “Aukštaitis” (voir liste complète ci-dessous).

PrintFriendlyFacebookShare

Le président du comité militaire de l’UE en visite à Moscou pour parler sécurité européenne

Le président du Comité militaire de l’UE, le général suédois Hakan Syren, qui est aussi le conseiller militaire de la Haute représentante Cathy Ashton, est actuellement à Moscou pour une visite de travail et discuter de sujets de la sécurité européenne avec son homologue russe, le général Nikolaï Makarov, chef de l’Etat-major général russe.

“Le général Syren discutera avec le chef de l’Etat-major général russe des problèmes de la coopération militaire entre la Russie et les pays de l’Union européenne visant à maintenir la paix et assurer la sécurité sur le continent européen”, selon le communiqué du service de presse du ministère russe de la Défense, relaté par nos confrères de Ria Novosti.
On est assez ravis d’apprendre que les Russes communiquent sur une question européenne là où les Européens sont toujours muets…

PrintFriendlyFacebookShare

L’Europe doit être plus ambitieuse, dit Sarkozy. La France à l’avant-garde de la lutte anti-terroriste

(Analyse) Le discours aux ambassadeurs de Nicolas Sarkozy, cru 2010, était un discours d’offensive à l’international. Sarkozy s’est voulu largement ambitieux pour l’Europe, estimant qu’elle devait cesser d’être “naïve” et devenir une “puissance économique globale”, appelant même à ce qu’elle utilise au besoin ses armes économiques. Il s’est voulu explicatif sur l’Afghanistan (nous y resterons “aussi longtemps qu’il faudra”), offensif sur l’Iran, décrit comme un ennemi. Mais, surtout, il a voulu placer dans la France à l’avant-garde de la lutte anti-terroriste mondiale, dans une posture très Georges Bush 2001.

Une ambition pour une Europe, puissance globale

L’Europe doit cesser d’être naïve …

Pour Nicolas Sarkozy, l’Europe est encore trop gentille et fluette dans ses relations internationales. «Avec 500 millions de citoyens et une puissance économique qui représente 30 % du PIB mondial, plus de 35 % du total mondial des investissements directs à l’étranger et même près de 60 % du total de l’aide publique au développement, l’Union européenne a en mains les cartes nécessaires pour s’imposer comme une puissance économique globale. (…) Nous n’avons aucun complexe à avoir. Mais n’hésitons pas à jouer de cela, avec exigence et avec fermeté pour nous ouvrir des marchés jusqu’à présent trop fermés ! » Et le président de ne pas hésiter à « dénonce(r) une certaine naïveté européenne dans les relations commerciales ».

… et utiliser les armes économiques

«N’hésitons pas à nous battre pour imposer le respect des règles d’une concurrence loyale ! Ce n’est pas du protectionnisme. » plaide-t-il. « N’hésitons pas à combattre le dumping fiscal, le dumping social et le dumping environnemental ! On ne peut pas continuer à imposer à nos industriels et à nos agriculteurs des règles, qui s’imposent à ceux qui produisent en Europe, et dont l’on exonèrerait à ceux qui produisent hors d’Europe, puisque l’on continuerait à importer des produits fabriqués sans respecter aucune règle sociale et aucune règle environnementale. Dire cela ce n’est pas porter atteinte à la liberté du commerce, c’est simplement demander à l’Europe d’engager ses négociations commerciales avec moins de naïveté. »

Une Europe de la défense calibrée sur les défis nouveaux

« L’Europe ne peut pas en rester aux seules questions économiques, quelle que soit leur importance» tempête-t-il. « Il y a toutes les questions de sécurité et de défense. On ne défendra pas l’Europe avec des murailles de procédures et des bataillons en papier ». Et de presser les Européens à prendre la mesure des défis nouveaux : la sécurité des mers, de l’espace et du cyber-espace. « Face aux menaces contre nos intérêts vitaux, nous avons la dissuasion nucléaire. Mais face aux défis nouveaux, les Européens prennent du retard, alors qu’il leur faut aussi participer à la sécurité des mers, essentielle pour notre commerce, à la sécurité de l’espace et, désormais, du cyber-espace. »

Des projets-franco-britanniques à venir

On peut remarquer qu’aucun projet concret n’est esquissé. « La France est prête à s’engager sur des projets concrets » note le président simplement. Et si propositions il y a c’est tout autant en bilatéral qu’au niveau de l’UE. « J’ai entendu les déclarations de nos alliés britanniques sur la coopération bilatérale avec la France. Nous en discuterons avec eux sans tabou et nous prendrons des décisions importantes en novembre lors du prochain Sommet franco-britannique. »

Un accord avec la Russie

Avec la Russie, précise Sarkozy, il y a des « intérêts communs (à) développer ». Là encore, la France entend être motrice. Elle « fera dès le mois prochain (NB: septembre) des propositions précises concernant les rapports de la Russie avec l’Union européenne et avec l’OTAN, ou dans le cadre de l’OSCE qui tiendra son sommet début décembre à Astana. »

Dégraisser l’OTAN

Sur l’OTAN, le dégraissage du mammouth (comme aurait dit Allègre quand il parlait de l’Education nationale) s’avère une tâche prioritaire : « Il faudra réformer nos structures, les dégraisser, les adapter à la nouvelle donne internationale ». Mais le président ne précise pas outre-mesure les relations avec l’UE : « Les nouvelles menaces appellent une relation renouvelée et plus étroite de l’OTAN avec l’Union européenne. »

La France reprend le flambeau de la lutte anti-terroriste

Un arc de crise du Pakistan au Sahel

Le président français décrit ainsi un « arc de crise qui s’étend des frontières du Pakistan aux confins du Sahel, en passant naturellement par l’Iran et le Proche-Orient ». Un arc qui ressemble furieusement à la théorie américaine de l’arc de crises évoqué par Zbigniew Brzezinski en 1978 (lire le Times de 1979), repris par Georges Bush dans son “axe du mal” puis un axe du terrorisme et dans le plan développé par le Pentagone en 2004 visant à disposer de bases autour d’un « arc de crises ».  Les mêmes mots, les mêmes pays sont ainsi décrits.

«La lutte contre le terrorisme demeure une priorité absolument majeure – explique le président. Toutes les analyses confirment que, depuis 2001, la capacité d’Al Qaïda de lancer des attaques dévastatrices contre les pays occidentaux a été fortement réduite. En revanche, Al Qaïda et ceux qui s’en réclament ont accru leur emprise dans certains Etats, dans un arc qui va du Pakistan au Mali. Chaque pays fait face à une situation spécifique. Il n’y a pas aujourd’hui de coordination opérationnelle entre les groupes qui agissent d’un bout à l’autre de cet arc de crise. Mais si la situation devait se dégrader, le risque serait immense de voir apparaître une chaîne continue liant les bases terroristes de Quetta et du Sud-afghan à celles du Yémen, à celles de la Somalie et à celles du Sahel. Il y a là une véritable préoccupation d’un arc de crise du terrorisme. »

La France prend le relais de la lutte anti-terroriste

Voilà pour l’analyse. Coté action, Nicolas Sarkozy promet toute son  aide « sans réserve » aux «gouvernements qui lui en font la demande à former, équiper, renseigner les forces mobiles dont ils ont besoin pour éliminer des groupes qui menacent de déstabilisation tout le Sahel». Evoquant l’Algérie, le Maroc,  la Tunisie et la Libye, il ajoute : « leur combat contre le terrorisme est le nôtre, car leur sécurité ne peut être séparée de la nôtre ».

Nicolas Sarkozy a aussi promis « accentuer son effort en Somalie, en réponse aux demandes de l’Union africaine ». Car « La victoire (des milices islamistes des Shebab) à Mogadiscio transformait la Somalie en base de départ d’Al Qaïda, ce serait une catastrophe. Cela achèverait de déstabiliser toute une région déjà fragilisée par les déchirements du Soudan. »

Un ennemi : l’Iran

Mais l’ennemi, “au cœur de cet arc de crise”, est connu, c’est “l’Iran”. Un Iran (qui) « alimente la violence et l’extrémisme dans la région et représente aujourd’hui la principale menace à la sécurité internationale dans un domaine majeur qui est celui de la prolifération ». Et Sarkozy de prévenir. « Si un accord crédible ne pouvait être conclu (sur le nucléaire), alors l’isolement de l’Iran s’accroîtrait inexorablement et face à une menace qui se préciserait, il faudrait aussi nous organiser pour protéger et défendre les Etats qui se sentiraient menacés. »

Au passage, Sarkozy endosse le cas Sakineh comme celui de la France, “la France considère qu’elle en a la responsabilité“.

En Afghanistan, chacun doit assumer ses responsabilités

Foin de “catastrophisme” en Afghanistan, le président veut remettre les choses à leur place : les Talibans « forts dans le Sud et dans l’Est », le « reste du pays (sans) violences majeures ». Cela semble un tantinet optimiste… En tout cas, le chef des Armées réaffirme : « La France restera engagée en Afghanistan, avec ses alliés, aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan. » Mais il dresse aussi un avertissement : chacun doit « assumer pleinement ses responsabilités ».

Il dresse ainsi la feuille de route des “alliés” : 1) « défendre les Afghans dans les régions où les Talibans menacent, 2) « former des forces de sécurité afghanes aptes à combattre par elles-mêmes, 3) « apporter à la population une aide civile adaptée à ses véritables besoins ». « Ce que la France fait dans sa zone de responsabilité, Kapisa et Surobi » ajoute-t-il. Autrement dit, à chacun de faire pareil.

Le gouvernement afghan, de son coté, « doit améliorer la gouvernance du pays, combattre la corruption, combattre la drogue et sans doute proposer la réconciliation à ceux qui renoncent à la violence et coupent tout lien avec Al Qaïda en respectant les institutions afghanes, (enfin) se préparer sérieusement à prendre en charge la sécurité des provinces et districts (…) jugés assez stables ».

Quant au Pakistan, il doit « vaincre le terrorisme chez lui » et avoir « moins (…) d’ambigüité sur l’engagement des forces pakistanaises contre le terrorisme ».

Une 2e conférence sur l’aide à la Palestine

Souhaitant se réinsérer dans le jeu du Moyen-Orient, dont pour l’instant la France est exclue, et où l’Europe joue un rôle mineur, Sarkozy estime que « Un accord de paix, dont tout le monde connaît les paramètres, peut être signé dans le délai d’un an » et propose d’accueillir la 2e conférence d’aide au peuple palestinien à Paris « pour financer l’achèvement de la construction de l’économie et des structures du futur Etat » et d’organiser le deuxième sommet de l’Union pour la Méditerranée à Barcelone fin novembre.

Voir le discours

(crédit photo : Elysée)

PrintFriendlyFacebookShare