Russie

Les Américains appuient sur le champignon de la crise

(BRUXELLES2) Dans le noble combat entre la liberté d’un côté, les Euromaidan, et les obscurs prorusses de l’autre côté, il devrait y avoir un choix facile en faveur des premiers contre les seconds. Or, si le jeu de la Russie semble assez clair — neutraliser l’Ukraine pour éviter qu’elle ne bascule trop du côté occidental —, celui des Etats-Unis a été assez peu commenté. Il y a aura sans doute un avant-Ukraine ou un après-Ukraine. S’il est encore trop tôt pour tracer l’ensemble des changements dus à la crise ukraino-russe, il semble un fait certain. Coincée entre USA et Russie, Otan et Ukraine, ballotée au gré des déclarations des uns et des autres, l’Europe a perdu une première bataille.

L’OTAN retrouve une nouvelle virginité…

On voit des Américains – ainsi que la direction de l’OTAN – appuyer ainsi sur le champignon de la crise, ne pas jouer la désescalade mais plutôt l’escalade, dans un objectif qui semble plus la défense de certains intérêts que de celui de la défense de l’Ukraine ou de l’Europe. L’OTAN retrouve ainsi sa virginité et sa première vertu : assurer la sécurité en Europe, être le rempart contre la Russie (Urss hier). Elle trouve dans la crise ukrainienne l’occasion de démontrer son utilité, de justifier une augmentation immédiate des budgets de la défense, malmenés ces derniers temps.

… Les Américains de nouveaux marchés

Acheter vite, nécessite d’acheter sur étagère, donc généralement … aux Américains qui retrouvent ainsi, à moindres frais, une prime politique à l’export sans difficulté. Toutes les déclarations passées sur la nécessité du  partage du fardeau, la prise en charge par les Européens de leur propre défense (une antienne américaine, justifiée en partie) sont passées par pertes et profits, selon un nouvel adage : les Européens paient, les Américains fournissent.

Une Europe ramenée dans la position du foetus

La gravité de la crise n’est plus à démontrer. Et la nécessité de montrer les muscles peut être sans doute nécessaire. Mais de là à utiliser cette crise pour justifier une politique dans une posture de « pure propagande » de la meilleure époque (type Irak 2003), il y a un pas que n’hésitent pourtant à franchir A.F Rasmussen comme le général Breedlove, le commandant suprême de l’OTAN, qui est aussi le commandant des forces US en Europe. Leurs déclarations  se succèdent, on ne peut plus martiales. Les chiffres valsent. Ils semblent tellement peu crédibles que les déclarations, même fallacieuses de Moscou, ne paraissent pas plus fausses. Qu’importe… Au milieu, silencieuse, l’Europe, est ramenée dans une position mineure, infantilisante. Elle sera la première victime politique de ce conflit…

Lire aussi :  Le commandant en chef de l’OTAN change d’avis comme de tee-shirt

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Le commandant en chef de l’OTAN change d’avis comme de tee-shirt

Le commandant en chef de l’OTAN change d’avis comme de tee-shirt

Gén. Breedlove en 2012 (Crédit : US Air Force in Europe / Africa)

Gén. Breedlove en 2012 (Crédit : US Air Force in Europe / Africa)

(BRUXELLES2) L’impréparation au sommet semble la règle au commandement en chef de l’OTAN si on en croit les dernières déclarations du général Phil Breedlove, commandant des forces US en Europe et commandant en chef de l’OTAN (SACEUR pour les intimes).

Zut ! les « Rouges » * ne viennent plus

Après avoir seriné, durant des semaines, que les forces russes se préparaient à envahir l’Ukraine, multipliant les déclarations les plus alarmistes les unes que les autres sur les manoeuvres en cours de l’armée russe aux frontières de l’Ukraine, en détaillant même au nombre de chars et d’hôpitaux de campagne près ce qui s’y trouvait… le SACEUR vient de se raviser. A-t-il soudainement découvert que cette concentration massive de troupes, pas très discrète d’ailleurs, n’était qu’un leurre ? En tout cas, la nouvelle analyse de notre commandant en chef est que la Russie n’aura pas à mettre un seul soldat sur le territoire ukrainien, les forces de déstabilisation étant déjà à l’oeuvre.

Sans franchir de frontière… la pire des hypothèses

« Aujourd’hui,  je ne pense pas que c’est la solution la plus probable de l’action Je pense maintenant que Poutine peut être en mesure d’accomplir ses objectifs dans l’est de l’Ukraine sans jamais (franchir) la frontière avec ses forces » a-t-il ainsi déclaré lors de son passage à Ottawa (Canada) devant un aréopage de personnalités politiques et militaires, comme le rapporte la chaîne CBC. « Je pense que (son) action la plus probable, c’est qu’il continuera à faire ce qu’il fait : discréditer le gouvernement, provoquer le chaos et essayer de préparer le terrain pour un mouvement séparatiste. » Rien de plus facile ensuite pour la Russie de tisser des liens solides militaires et économiques avec ces mouvements, énonce-t-il.

Tout çà est très « gênant »

Au passage, le général Breedlove avoue aussi un peu son impuissance à répondre à ce type de menaces. On sent comme un regret d’une bonne vieille confrontation, à l’ancienne, un duel en bonne et due forme, que lui refusent en quelque sorte ses alter ego russes… « C‘est le plus gênant pour l’OTAN. Parce que si les forces ne sont pas à la frontière, je suppose que beaucoup voudront essayer de revenir rapidement à la normale. (Mais) pour ma part, je ne veux pas croire que annexer la Crimée est « business as usual ». 

Une analyse toute en finesse !

Plus de deux mois pour découvrir ce qu’un observateur moyen peut constater en lisant la presse, on reste frappé par une, analyse toute en finesse et en rapidité. Encore un petit effort, général, et vous apercevrez que mener une manoeuvre à partir de la Transnistrie pour conquérir le reste de l’Ukraine est peut-être une vue de l’esprit (lire : L’armée russe massée à l’Est de l’Ukraine pour aller en Transnistrie, Heu…).

Et si vous poursuivez l’analyse – d’ici quelques semaines – peut-être qu’il sera temps de s’apercevoir que la gesticulation militaire, côté de l’OTAN, n’a servi en fin de compte que les desseins de Poutine, grouper autour de sa personne et de son dessein, la fibre patriotique lui permettant d’exécuter tranquillement la mise sous tutelle de l’Ukraine en donnant à son entreprise à visée éco-stratégique… un ennemi politique. Il sera peut-être alors trop tard…

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) Le rouge dans la terminologie d’exercices de l’OTAN désigne les forces hostiles (lire notre Glossaire toujours utile…)

Quand les Ukrainiens perdent confiance en l’avenir

Quand les Ukrainiens perdent confiance en l’avenir

Hôtel Odessa au port d'Odessa, Ukraine (Loreline Merelle@B2)

Hôtel Odessa au port d’Odessa, Ukraine (Loreline Merelle © B2)

(BRUXELLES2 – à Odessa) « Au moins quand il y avait Viktor Iaounokovitch [NDLR : ancien Président ukrainien, déchu fin février], les prix étaient bas. Aujourd’hui, tout augmente ! » affirme Vladimir, un boxeur de 24 ans devenu chauffeur de taxi.

Il n’est pas le seul à faire ce constat. La ville d’Odessa avec son architecture opulente et ses belles statues, pourrait être riche. Mais la grandeur des monuments de la Saint Petersbourg du sud, rêvée par Catherine II de Russie, fait face à la réalité d’une population en déprime. La situation économique est catastrophique, le marché noir ne s’est jamais aussi bien porté, les tensions politiques de l’Est de l’Ukraine ont gagné la région et les Ukrainiens affirment leur exaspération face « au nouveau gouvernement de Kiev », accusé d’immobilisme et de corruption. Une perte de confiance qui s’exprime partout. Autant dire que la venue des élections présidentielles, prévues le 25 mai, ne soulève pas les foules..

La perte de confiance dans les banques

Le 7 avril, un euro équivaut à 13 grivnas (monnaie ukrainienne). Cinq jours plus tard, un euro valait 19 avant de redescendre un peu ensuite. La monnaie est très volatile. Au 30 avril, ce cours était revenu à 1 pour 16 comparé au taux, plus ou moins stabilisé, de 1 pour 11, qui était en cours de novembre à fin janvier. Conséquence, les bureaux de changes doivent modifier chaque jour les cours à mesure que l’inflation augmente ou que le taux change. Les prix flambent. Comment fait la population pour vivre ? « La plupart ont déjà enlevé tout leur argent des banques » me confie une source bien informée. Et il vaut mieux. « Toutes les semaines, il y a des problèmes de retraits d’argent. Car il n’y a plus de liquidité ». Conséquence, l’économie souterraine et le marché noir, déjà fréquents auparavant, prospèrent dans la ville. « Mon voisin gagne au maximum (400 euros) par mois. Et pourtant, il a une voiture qui en vaut cent fois plus. Personne ne déclare ce qu’il gagne » s’indigne Vladimir, qui conduit lui-même un taxi « non officiel » et se paye au « black ».

Dans le gouvernement 

« Comment avoir confiance dans le nouveau gouvernement? » me dit Pavel, un jeune activiste d’EuroMaidan, pro-Ukrainien, alors que l’on marche en direction de la statue de Catherine La Grande.  Il regarde au loin les voitures. Avec le nouveau gouvernement, « il y a une seule tête qui a changé. Mais tout le reste de la classe politique est complètement corrompue ». Et la candidature aux élections présidentielles de l’ancienne Première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko, libérée de prison fin février, n’engage pas au changement. « Elle et son “clan Timochenko” était à la tête de la corruption dans les années 80-90. Personne ne veut la voir revenir ».  Quant au Premier ministre actuel, Arseni Yatseniouk, il a toujours vécu dans « ce monde politique corrompu  et personne ne se fait d’illusion sur la manière dont il est arrivé à son poste ». Conséquence : le nouveau gouvernement élu le 25 mai « ne pourra rien changer ».

Dans les forces de l’ordre

Forces de l'ordre dans la ville d'Odessa (Loreline Merelle@B2)

Forces de l’ordre dans la ville d’Odessa (Loreline Merelle@B2)

Dans les rues d’Odessa, les forces de l’ordre se font très discrètes. On croise rarement des uniformes bleus marines, et quand c’est le cas, ils se déplacent en groupes de cinq ou dix. Lors des manifestations pro-Russes, deux ou trois bac de sables – dont l’utilité pose question – sont posés à l’entrée des passages piétons souterrains. Les policiers barrent l’accès à la place Koulikovo, bastion des manifestants pro-Russes (Lire : À Odessa, nationalistes, soviétiques et fédéralistes se font face), mais n’empêchent pas les voitures BMW aux vitres teintées d’y accéder. Même après la dissolution des forces de l’ordre Berkout, accusées d’avoir tiré sur la population lors des manifestations de Kiev de février (Lire : Assassinats en Ukraine (MAJ)), la méfiance reste grande vis-à-vis des forces de l’ordre. Personne n’empêche d’ailleurs aux manifestants de s’armer, en toute impunité, de battes et de boucliers.

Dans le futur

« Je ne peux pas prendre position pour l’un ou l’autre des camps, il y a des extrémistes dans les deux » déclare Viktor, un jeune Ukrainien, rencontré à proximité de la place Kulikovo. Pour ce lecteur de l’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenitsyne, voir certains habitants d’Odessa « admirer le drapeau de Staline, ça fait mal. Je ne comprends pas ». Jeune diplômé en informatique, Viktor n’a toujours pas trouvé de travail après des mois de recherche. L’accès au marché est bouché. Il espère que « cela s’arrangera dans deux ou trois ans ». Quand on lui parle d’accord d’association avec l’Union européenne et d’avantages économiques, il répond incertain : « est-ce que cela nous aidera vraiment ? ».

(Loreline Merelle)

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4 Rafale français présents à Malbork. Plus qu’un symbole …

4 Rafale français présents à Malbork. Plus qu’un symbole …

Les Mig 29 polonais en démonstration "poursuivis" par les Rafale français - exercice (crédit : Ministère polonais de la Défense)

Les Mig 29 polonais en démonstration « poursuivis » par les Rafale français – exercice (crédit : Ministère polonais de la Défense)

(BRUXELLES2 à Malbork) C’est à une double cérémonie de départ et d’arrivée qui s’est déroulée en plein soleil sur la base aérienne tactique 22 de l’armée polonaise, mardi (29 avril). D’un côté, le détachement Orlik 5 – formé de 4 appareils polonais Mig 29 – s’apprête à partir pour Siauliai afin d’assurer la surveillance aérienne des pays baltes. De l’autre, 4 Rafale français arrivent en Pologne pour renforcer cette surveillance des pays baltiques. Ils seront chacun opérationnels dès demain (1er mai).

Réassurance

Cette arrivée fait partie d’une série de renforts décidés au sein de l’OTAN dans un objectif de « réassurance ». Un terme, traduit de l’anglais mais emprunté au vocabulaire économique, qui comprend plusieurs volets. D’un côté, la sécurisation de la zone (l’assurance). De l’autre, la nécessité  de rassurer les pays concernés, en première ligne, et leur population, dans ce qu’il faut bien appeler un conflit, le conflit russo-ukrainien. Leurs alliés sont bien présents à leurs côtés. C’est aussi incontestablement un signe de dissuasion envers les avions militaires russes, qui tendent régulièrement à s’égarer, quelque peu, en dehors de leur route traditionnelle, surtout quand ils survolent les pays baltes. Il n’est pas inutile de rappeler que la Pologne comme la Lituanie ont une frontière commune avec la Russie, via l’enclave de Kaliningrad, tandis que les deux autres pays baltes (Lettonie et Estonie) ont également un frontière avec la Russie. Quant à l’Ukraine, Pologne, Slovaquie, Hongrie et Roumanie ont une frontière commune. Et la Bulgarie a une façade commune (avec la Mer noire).

  • Du monde sur le pont face à la Russie : 22 avions de chasse, 2 avions de surveillance. Il y a désormais du monde sur le pont entre Baltique et Mer noire face à la Russie. On se bousculerait presque même. Sur le ciel baltique, il y a aujourd’hui 16 avions d’astreinte qui peuvent assurer la surveillance du ciel ainsi que l’interpellation tactique des avions russes : les 4 Mig 29 polonais – qui assurent l’astreinte normale – + 4  Typhoon britanniques – basés à Siauliai (Lituanie), 4 F-16 danois basés à Amari (Estonie) + 4 Rafale français basés à Malbork (Pologne). Tous devraient être opérationnels à partir du 1er mai. Au-dessus du ciel roumain, on retrouve 6 avions CF-18 canadiens. A cela, il faut ajouter une surveillance aérienne plus stratégique avec notamment un Sentry E-3D britannique et un Awacs E-3A appartenant à la flotte combinée de l’OTAN et basée à Geilenkirchen (Allemagne), complétés au besoin par des appareils français ou américains.

Rassurer la Pologne… Dissuader la Russie

Ce triple objectif n’a pas été dénié par le ministre français Le Drian venu saluer sur le tarmac de Malbork les pilotes français et polonais. Cette initiative vise « à dissuader et à réassurer. Dissuader pour éviter toute intervention néfaste de la Russie. Et réassurer pour montrer à la Pologne que nous sommes un allié. »

Une relation de solidarité entre alliés

Le sens de notre relation, a-t-il ajouté, c’est « d’être présent lorsque les intérêts de sécurité de l’autre partenaire sont en jeu. Vous avez été là face aux menaces du flanc sud qui menacent l’Europe, au Mali et en République centrafricaine. Nous avons été réactifs quand le flanc Est est dans l’inquiétude. (…) La France est au rendez-vous » a déclaré le ministre Le Drian à son homologue polonais. Avant d’ajouter : « La France et la Pologne partagent une même ambition : celle de considérer que l’effort de défense est un enjeu essentiel pour nos démocraties. Les crises qui se déroulent aux portes de l’Europe nous rappellent avec force, l’impératif de la sécurité, la nécessité de l’effort, et l’urgence de la solidarité. » 

L’objectif : la désescalade

« Dans cette affaire, il faut allier fermeté et responsabilité. La fermeté, ce sont les sanctions et la présence militaire que nous manifestons ici. La responsabilité, c’est le souhait de la désescalade et de faire en sorte que les accords de Genève soient respectés et que les élections présidentielles puissent se dérouler normalement en Ukraine. Ce qui veut dire aujourd’hui la libération des observateurs de l’OSCE. » Une prise d’otages « totalement inacceptable » a ajouté le ministre (en réponse à une question de B2). « Au sens plein du terme, inacceptable » a-t-il répété. Quant aux sanctions, l’objectif est très clair selon lui. « Le but des sanctions est de pénaliser la Russie afin que l’accord de Genève puisse être mis en oeuvre. C’est évidemment la désescalade » qui est visée.

La crise la plus grave depuis les actes d’Helsinki

C’est la « crise la plus grave survenue des années, depuis la fin de la guerre froide et même plus en amont depuis les accords d’Helsinki (1975) » a souligné le ministre français « Nous sommes dans un moment grave. Nos fondamentaux sont remis en cause. » Un propos que ne renie pas le président polonais Bronisław Komorowski. Au contraire. « Nous devons faire face à l’escalade de la crise entre la Russie et l’Ukraine. Une crise « touch touch ». Pour nous, cette (présence) n’est pas seulement symbolique, c’est aussi un partage du fardeau, de la tâche. »

Soyez vigilants !

Briefant rapidement les équipages, le général Mercier, chef d’Etat major de l’armée de l’air française, leur a d’ailleurs rappelé combien cette « mission est importante vu le contexte de sécurité », rappelant au passage la longue « tradition de collaboration entre les armées de l’air française et polonaise qui remonte à la 1ère guerre mondiale », quand des conseillers français aident à reconstruire l’armée polonaise (NB : l’armée bleue de Haller notamment). « Soyez vigilants » leur a-t-il lancé avant de reprendre l’avion avec le Ministre à destination de Paris pour un sujet moins enthousiasmant (le pacte de stabilité et les restrictions budgétaires).

  • L’Europe a produit une période de stabilité. Auparavant, avec les journalistes, le chef d’Etat major de l’armée de l’air avait évoqué un autre souvenir, celui du posé d’avions Mirage 2000, en république Tchèque, juste après la chute du mur de Berlin. « J’ai vécu le passage de la guerre froide à l’après guerre froide. On a retrouvé alors des aviateurs qui avaient les mêmes motivations que nous de l’autre côté. Notre amitié s’est construire très rapidement. (…) On parle beaucoup de choses qui ne marchent pas en Europe. Moi je vois une chose qui marche, une Europe qui a permis d’avancer avec beaucoup plus d’amitié entre tous les peuples et une période de stabilité qu’on n’a jamais connue depuis longtemps. Et c’est une très bonne chose. »

Sous les ordres de l’OTAN

Concrètement, les Rafale – venus de la BA 113 (Saint Dizier) et BA 118 (Mont de Marsan) – seront placés sous commandement de l’OTAN comme leurs homologues polonais, britanniques. Les avions français auront normalement pour seule mission la surveillance des pays baltes et non celle de la Pologne – qui reste assurée par les avions polonais. Ils pourront aussi assurer toute autre mission que pourraient lui conférer l’OTAN. C’est le CAOC (centre opérationnelle de contrôle aérien) de Uedem aux Pays-Bas qui assurera ce contrôle. C’est lui qui donnera les ordres de mission. Et éventuellement précisera la conduite à tenir. Mais, dans tous les cas, les Français garderont une certaine autonomie opérationnelle notamment en cas de mesures de niveau 2 – c’est-à-dire de mesures contraignantes vis-à-vis de l’avion « suspect ».

2 sorties par jour

Le contrat, c’est que les avions soient en l’air dans les 10-15 minutes. Ils seront « armés » a précisé le général Mercier et pourront « opérer comme ils le font au-dessus du territoire national français avec toutes les mesures (nécessaires) : « des mesures de reconnaissance ou d’identification, des mesures de contrainte ». « En moyenne, il est prévu de faire 2 sorties par jour » a expliqué un officier français à B2, soit une patrouille de deux avions. Chacune de ces sorties ne sera donc pas opérationnelle. Entretemps, les pilotes feront des « vols de familiarisation avec le terrain, d’exercices, en national, ou en multinational avec les Polonais ». Notamment des exercices de combat ou de poursuite entre Rafale et Mig 29, cela peut être très intéressant, pas seulement pour le fun… « Etre ici sur un terrain non connu de tous est intéressant. »

  • Des considérations industrielles également. Il ne faut pas le nier la présence des Rafale sur le territoire polonais est aussi un moyen de promouvoir concrètement cet appareil. La conversation entre les deux pilotes français et polonais, en marge de l’évènement, saisie sur le vif (voir photo) l’a montré. L’un démontrant à l’autre les possibilités et facilités de l’avion français. Le comparer au Mig 29, est difficile, comme l’a confié, un brin envieux, un autre pilote au damier rouge et blanc (le sigle de l’aviation de chasse polonaise) Le Mig 29 « est un appareil qui demande beaucoup d’attention. » Et même rénovée (rétrofitée), l’avionique de cet avion reste encore ancienne, un peu dépassée…

Saisi sur le vif - Explication pratique des possibilités du Rafale entre pilotes français et polonais (© NGV / B2)

 

(Nicolas Gros-Verheyde)

Les observateurs de l’OSCE en otage. Choquant ! Un tournant dans le conflit. Sans doute

(BRUXELLES2) L’arrestation, la séquestration et plus encore exhibition des observateurs de l’OSCE, faits prisonniers par les forces pro-russes à Slaviansk, est choquante à plus d’un titre. Elle est aussi révélatrice non seulement d’une crispation du conflit ukrainien. Mais d’un tournant certain…

Interpellation…

Interpeller des observateurs pour leur demander de vérifier les papiers d’identité est une chose, les garder quelques heures le temps d’être sûr de leur qualité éventuellement ; les retenir – contre leur gré – en est une autre. C’est une violation des règles internationales très claire. On ne peut pas prétendre que ces hommes sont des espions. Ils sont envoyés, assermentés par une organisation internationale, l’OSCE, dont la Russie comme l’Ukraine sont membres, et qui ont tous les deux donné leur aval et leur quitus à cette mission.

… et humiliation

Elle s’accompagne d’une humiliation contraire au droit international humanitaire. S’il s’agit (réellement) de prisonniers de guerre ainsi que le prétendent les ravisseurs, ils devraient respecter les règles minimales prévues le droit international. Exhiber devant la télévision des « otages », montrer les agents de sécurité ukrainiens, yeux bandés, à moitié dénudés – comme on a pu le voir sur des photos – diffusées notamment par la BBC – relève d’une position, plus que dégradante, qui semble contraire aux conventions de Genève. Ceux qui ont enlevé les « observateurs » emploient, là, les moyens identiques à ceux utilisés par les ravisseurs d’otages de bas étage, à des fins lucratives (les pirates par exemple) ou à des fins terroristes (Al Qaida).

Une interpellation qui vient du haut

Arguer que ce sont des rebelles autonomes, locaux est une vue de l’esprit. On ne peut pas douter plus de 3 secondes que cette interpellation – ou au moins leur « garde à vue » durant de longues heures – ait eu lieu sans un quelconque accord des services russes. Comme dans les années 1990, les autonomistes serbes de Bosnie étaient inféodés à Belgrade, au moins dans la ligne stratégique (gardant une certaine liberté tactique), ceux de l’Est de l’Ukraine n’obéissent sans doute pas au doigt et à l’oeil de Moscou. Mais si le Kremlin le décide, ils seront libérés dans la minute.

Des forces bien identifiables : un drôle de ruban orange

Le « leurre » du « non uniforme ne tient que quelques secondes. Pour ceux qui observent certaines images de Slaviansk, comme de Donesk ou d’autres points de l’est de l’Ukraine, ils auront certainement remarqué le ruban ou brassard orange et noir porté par certains miliciens – ceux que j’appellerai des « territoriaux » – qui se prêtent volontiers aux photos. Les « bonshommes verts », hommes plus aguerris, plus entraînés, sont eux sans signes distinctifs, généralement. Ce ruban – orange et noir – n’est pas anodin. Il représente l’ordre de St Georges, une des plus importantes et renommées distinctions russes. L’équivalent de (notre) légion d’honneur française. On ne peut donc dire que ces miliciens sont non identifiés. Ils s’identifient et se reconnaissent dans une nation et un drapeau : celui de la Russie.

Un tournant dans le conflit

Cette arrestation des observateurs de l’OSCE semble une évolution nette du conflit en Ukraine. Il y a un point imperceptible qu’ont franchi les Pro-Russes de l’Est de l’Ukraine et la Russie. Revendiquer l’autonomie d’une terre ou feindre d’être l’ardent défenseur d’une population qui y habite est un acte politique. Violer au passage certains traités internationaux – comme le mémorandum de Budapest – pourrait être considéré comme inhérent à un combat post-colonial. Ne pas respecter les règles fondamentales du droit international humanitaire, ou de la liberté de la presse est une autre. Cette prise d’otages est une « escalade » très claire. Les « insurgés » de l’Est et leur soutien officiel – la Russie – semble vouloir « internationaliser » le conflit ukrainien qui est resté aujourd’hui – somme toute – sous un certain contrôle.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Le G7 excédé anime le gourdin des sanctions. Dernier appel à la Russie

Le G7 excédé anime le gourdin des sanctions. Dernier appel à la Russie

Les Occidentaux s'alarment des manoeuvres russes. Blindés Rus. lors de la répétition du défilé du 9 mai (crédit : Ria Novosti)

Les Occidentaux s’alarment des manoeuvres russes. Blindés Rus. lors de la répétition du défilé du 9 mai (crédit : Ria Novosti)

(BRUXELLES2) Face à l’aggravation des tensions à l’est de l’Ukraine, les sept pays occidentaux du G7 -  USA, Japon, Canada, Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni – après des consultations expresses – ont décidé d’agiter le gourdin envers la Russie.

Moscou est clairement désigné comme l’agresseur que ce soit en dénonçant les « tentatives incessantes des séparatistes soutenus par la Russie » — ou dans le fait de ne pas appliquer les accords de Genève — « La Russie n’a pris aucune mesure concrète pour appliquer l’accord de Genève ». Les 7 détaillent : Elle n’a pas soutenu publiquement l’accord, ni condamné les agissements des séparatistes cherchant à déstabiliser l’Ukraine, ni appel(é) les militants armés à quitter dans le calme les bâtiments officiels qu’ils occupent et à baisser leurs armes. Au contraire, elle a continué à faire monter les tensions par une rhétorique de plus en plus préoccupante et des manœuvres militaires en cours à la frontière ukrainienne. »

La réaction est de plusieurs ordres :

Des sanctions nouvelles vont être imposées « rapidement ». « Nous nous sommes engagés à travailler de toute urgence pour renforcer des sanctions et des mesures ciblées pour accroître le coût pour la Russie de ses actions », indique le communiqué. Pour autant il ne s’agit encore que de sanctions de « niveau 2 + » : des personnalités ou des organisations dont les avoirs pourraient être gelés. Les diplomates des 28 (en format Coreper) se rencontrent ce lundi pour en décider. B2 en a eu confirmation auprès de sources de l’UE. Les mesures seront prises ensuite « par procédure écrite » pour entrer en vigueur très rapidement (dès publication au journal officiel).

Le passage à des mesures sectorielles (visant un secteur économique) semble être pour plus tard. « Nous nous apprêtons à prendre des sanctions coordonnées et plus étendues, y compris des mesures sectorielles si les circonstances le justifient ».

Faire pression de manière économique. Il ne s’agit d’une interdiction ou d’un gel des avoirs à titre préventif ou pour lutter contre de l’appropriation de biens mal acquis (comme dans le cas tunisien, égyptien, voire en partie ukrainien), il s’agit bel et bien de faire pression, de frapper au coeur du système politico-économique de l’Etat russe. L’objectif est d’ailleurs indiqué : faire payer à la Russie le prix de son action. « Les actions de la Russie en Ukraine et la réponse de la communauté internationale ont déjà eu un coût significatif pour son économie. »

Un dernier appel à la raison : la forme de la réunion – le G8, qui s’est réuni sans la Russie, G7 est déjà un signe, le ton du communiqué en est un autre. Il sonne comme un ultimatum, un « last call » à la Russie. « Nous soulignons que la voie reste ouverte pour une résolution diplomatique de cette crise, sur la base de l’accord de Genève. Nous pressons la Russie de nous rejoindre en s’engageant dans cette voie. »

Un contexte vif de tension militaire. Il ne faut pas oublier la tension croissante sur le terrain. En quelques jours, on est passé d’une stratégie de blocage ou contre blocage des lieux publics, somme toute assez pacifique, même si quelques horions avaient été décrochés et quelques blessés relevés, à un degré supplémentaire. L’armée ukrainienne se déploie pour reconquérir les villes de l’Est. Les premiers morts ont eu lieu. Le fait qu’un hélicoptère ait été visé au lance-roquette sur une base aérienne à Kramatorsk vendredi n’est pas anodin. Sans oublier les manoeuvres russes aux frontières ukrainiennes ou les mesures de soutien militaire de l’Alliance atlantique en Pologne et dans les pays Baltes avec envoi d’avions français, britanniques, danois supplémentaires en renfort et de quelques centaines d’Américains dans la zone. On est bien dans une stratégie bloc contre bloc.

Commentaire : Sera-ce suffisant pour faire entendre raison à la Russie ?

Rien n’est moins sûr car les « Occidentaux » présument que la Russie, isolée, finira par céder. Un véritable pari car il repose sur deux postulats incertains.

1° L’isolement russe n’est pas aussi automatique qu’il en a l’air, vu de Washington, de Londres ou de Bruxelles.

Moscou peut compter sur certains alliés ou certaines neutralités, et non des moindres (Chine, Inde, Israel…). On a vu ainsi récemment la position du ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, très très prudent sur le dossier, refusant de prendre parti et préférant appeler à un accord Kiev-Moscou. L’homme est né en Moldavie soviétique. Et nombre de ses compatriotes sont d’origine russes.

Sur certains dossiers internationaux, si la situation devenait intenable, la Russie pourrait « renverser la table » : se décider, par exemple, à livrer des armes S300 à l’Iran, reconnaitre la Transnistrie, etc. Toutes choses auxquelles elle s’est refusée jusqu’ici et qui pourraient considérablement changer la donne.

2° Croire que la Russie va céder est de l’ordre chimérique.

Vu de Moscou, perdre Kiev ou toute l’Ukraine, c’est comme perdre Stalingrad durant la 2e Guerre mondiale. Peu importe le prix, économique, humain, le temps et l’énergie passés, il faut garder dans son giron cette ville (hier), ce pays (aujourd’hui). Il n’est pas évident que les Occidentaux aient la même volonté ni la même résilience.

La Russie a une économie fragile. Mais l’économie européenne n’est pas vraiment en meilleur état. Du moins l’économie de certains pays. Chypre et la Grèce, comme la Hongrie, la Bulgarie ou la Roumanie, ne sont pas encore tout à fait relevés d’une grave crise financière et économique. Toute nouvelle secousse et relance de cette crise ne seraient pas de meilleur aloi. Et c’est bien le problème de passer aux sanctions économiques. Elles menacent par retour les pays encore convalescents.

Un élément manquant : le négociateur

Dans ce conflit, en train de naitre, il manque un intermédiaire neutre, assez puissant pour être écouté, mais assez crédible pour être accepté par les deux parties. En général, c’est l’Europe qui jouait ce rôle là, du « moderato ». Elle l’a fait notamment dans l’affaire nucléaire iranien.

Ce n’est pas le cas dans l’affaire ukrainienne. L’Europe a plutôt joué le rôle du fumeur qui allume sa cigarette, dans une atmosphère explosive. Si Moscou comme Washington soufflent aujourd’hui sur les braises, et par là-même ne contribuent pas vraiment à la baisse des tensions.

C’est un des facteurs aggravants de la crise : ne pas avoir un modéré qui fasse pression sur les deux bélligérants pour les empêcher d’en venir aux mains. Et si on arrivait à le trouver – et le faire accepter – ce serait une sacrée gifle pour chacun des protagonistes (UE, USA, Russie). Imaginez si la Chine ou l’Union africaine s’improvise pour proposer ses bons offices ? :-)

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