Russie

Qui sera sur la black list de Moscou ?

(BRUXELLES2 – fiction) Moscou avait promis de répliquer coup pour coup aux sanctions mises en place par les occidentaux (USA et Union européenne). On peut s’attendre donc à voir une liste d’interdiction : avoirs gelés et interdiction de visas pour la Russie pour certaines personnalités américaines ou européennes. Si on considère cette possible réplique, on pourrait estimer que le Vice-président américain, Joe Biden ; le général Breedlove, commandant en chef de l’Alliance atlantique et commandant pour l’Europe des forces américaines ainsi que le chef d’Etat-major polonais pourraient être sur cette liste. De même certains parlementaires particulièrement engagés, tels J. Saryusz Wolski, Elmar Brok ou Guy Verhofstadt pourraient figurer sur cette liste, voire la présidente lituanienne, D. Grybauskaite. Et histoire de corser l’histoire, on pourrait ajouter Stefan Füle, le commissaire à l’Elargissement, ou l’ambassadeur de l’UE à Moscou, le Lituanien Osackas. Avis aux amateurs de désescalade…

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La Crimée dans la Russie. C’est fait. Suivant !

PoutineDouma@RUS140318(BRUXELLES2) Se moquant comme de sa première chemise des premières mesures européennes et des sanctions, le président russe Vladimir Poutine a signé ce midi (13 h Moscou) le décret « On Executing the Agreement between the Russian Federation and the Republic of Crimea on the Admission of the Republic of Crimea into the Russian Federation and the Creation of New Constituent Entities within the Russian Federation« . Ce document a pour objectif :

« 1. To approve the draft Agreement between the Russian Federation and the Republic of Crimea on the Admission of the Republic of Crimea into the Russian Federation and the Creation of New Constituent Entities within the Russian Federation.

« 2. To consider it expedient to sign the Agreement envisaged hereunder at the highest level. »

Un raisonnement faussé

La Russie ne se comporte pas ainsi que les Européens l’auraient espéré. A chaque fois que les Européens escomptent un apaisement, le Kremlin en rajoute une louche. Tous les arguments entendus — les sanctions vont l’obliger à céder, la Russie va être isolée sur la place internationale, c’est mauvais pour l’image de la Russie, il n’ira pas plus loin, la Russie va souffrir, etc.— semblent davantage destinés à se rassurer qu’à tenir du constat objectif. Tout simplement car le raisonnement est faussé. Il se base sur un fonctionnement « à l’occidental » que ne suit pas le dirigeant russe, non pas qu’il soit tout à fait irrationnel. Mais il obéit à une autre rationalité.

Tout le pouvoir engagé dans une même cause

Pour Moscou, à tort (ou à raison), l’Ukraine est une cause nationale. Et pour défendre cette cause, elle engage ses forces, toutes ses forces : économique, militaire, politique, diplomatique. Elle joue ainsi sur tous les tableaux : d’un côté, la force (occupation sur le terrain, provocations, révélations d’écoutes, etc.) ; de l’autre, la discussion, le dialogue, la diplomatie. Non pas dans un jeu de dupes (les dupes sont ceux qui y croient) mais avec un seul objectif : récupérer l’Ukraine ou, du moins, tout ce qui peut en être retiré. Là où les Européens croient, ou espèrent, qu’il y aura un dialogue, un répit dans les avancées russes, ils se trompent. Maintenant que la Crimée a intégré (ou plutôt réintégré, vu de Moscou) le giron russe, d’autres manœuvres peuvent commencer dans la bordure sud du pays (vers Odessa) ou à l’est de l’Ukraine, voire au sud-ouest (Transnistrie).

Un combat inégal

Le pouvoir russe a une capacité de résilience supérieure à celle des Etats européens. Les Européens ne sont pas prêts à souffrir pour l’Ukraine. Leur résilience est faible. Et leurs intérêts dispersés. Le combat est donc inégal… Poutine cherche le rapport de force, la confrontation. Là où les Européens cherchent à l’éviter. Résultat : plus les Européens menacent, plus le Kremlin exécute les conditions obligeant les Européens à exécuter leurs menaces ou à se dédire. Il est ainsi symptomatique qu’à chaque fois que les Occidentaux se sont fixés une échéance : Poutine a joué une pièce avant cette échéance, obligeant ainsi les Européens à réajuster leur réponse, en catastrophe. Au besoin, il envoie un de ses diplomates, S. Lavrov par exemple, passer un peu de pommade, histoire de mieux surprendre encore à l’étape suivante. L’escalade continuera jusqu’à un des « joueurs » dise banco ou se dédise. On n’est pas très loin du point de rupture aujourd’hui.

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Le commandant de la flotte de la Mer noire … sur liste noire !

(crédit : ministère russe de la Défense)

(crédit : ministère russe de la Défense)

(BRUXELLES2) Les 28 ministres des Affaires étrangères ont décidé, aujourd’hui, de mettre 21 personnalités russes et ukrainiennes (de Crimée essentiellement) à l’index. Ces mesures restrictives (Gel des avoirs à la clé et interdiction de visas dans l’Union européenne) sont prises « à l’encontre des personnes responsables d’actions qui compromettent ou menacent l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, ainsi que des personnes et entités qui leur sont associées » indique le communiqué de l’Union européenne. « 21 personnes ont été identifiées et sont visées par (cette) interdiction ».

Les sanctions entreront « en vigueur aujourd’hui, une fois que les actes législatifs comprenant la liste des personnes concernées auront été publiés au Journal officiel de l’UE ». Ce qui devrait être fait très rapidement, « dans le courant de cet après-midi » a précisé à B2 un diplomate européen. Lire notre analyse détaillée dans le Club : Crimée : 21 personnalités russes et ukrainiennes sur liste noire de l’UE

Parmi ces noms, selon nos informations, pourrait se retrouver le commandant de la flotte de la mer noire, le vice-amiral Aleksandr Vitko, bien connu des lecteurs de ce blog pour avoir étéun des artisans du blocage des navires ukrainiens à la fois à Sébastopol mais aussi plus au nord sur le lac de Donuszlav (lire : Touché, coulé, bloqué. Le génie naval russe frappe). NB : ce nom a été confirmé sur la liste parue au JO. ainsi que celui de l’amiral Deniz Berezovskiy qui avait été nommé chef de la marine ukrainienne par le nouveau pouvoir à Kiev avant de quitter ses fonctions et prêter allégeance aux autorités de Crimée.

On attend maintenant les mesures de rétorsion russes qui ne sauraient tarder, selon les indications du Kremlin, qui a touours promis de « répondre de façon symétrique » aux possibles mesures européennes.

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L’effet boomerang des sanctions économiques sur la Russie

L’effet boomerang des sanctions économiques sur la Russie

Une enseigne de la banque italienne Unicredit à Odessa - Ukraine (© NGV /B2)

Une enseigne de la banque italienne Unicredit à Odessa – Ukraine (© NGV /B2)

(BRUXELLES2) L’instauration de sanctions par les Européens contre la Russie – prévues à l’ordre du jour du prochain Conseil des ministres des Affaires étrangères – pourrait avoir très vite un effet boomerang notamment dans certains pays européens. Un effet direct… ou indirect. Même si sur la table ne figurent, pour l’instant, que des projets de gel des avoirs de personnalités russes accusées « de menacer l’intégrité territoriale de l’Ukraine », cette mesure pourrait, en effet, ne pas rester sans réaction… de la part de Moscou ! Entre l’Europe et la Russie, il n’y a pas en effet que des mots et de la politique, il y a aussi du business, des relations économiques, qui sont beaucoup plus importantes qu’hier. Les économies sont davantage imbriquées que durant la guerre froide. C’est la grosse différence entre cette crise et les crises précédentes.

Le troisième partenaire commercial pour l’Europe

La Russie est ainsi le troisième partenaire commercial des Européens, derrière les États-Unis et la Chine. Elle représente environ 7% des exportations et 12% des importations de biens des 28 pays de l’Union européenne. Les flux d’échange sont assez structurés : les Européens importent essentiellement des produits énergétiques (gaz, pétrole…) et exportent essentiellement des produits manufacturés (machines outils, automobiles, produits chimiques…). La Russie représente ainsi un débouché de choix pour les produits industriels de plusieurs pays (Allemagne, mais aussi Pologne, Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni…)… y compris en matière militaire. Pour la Russie, l’Europe est aussi un partenaire de choix, et même le premier d’entre eux, puisqu’elle représente environ la moitié de ses débouchés.

Augmentation constante

Et ces échanges augmentent rapidement. Si on en croit les statistiques européennes, en dix ans, de 2002 à 2012, les exportations européennes vers la Russie ont plus que triplé, passant de 34 milliards d’euros à 123 milliards d’euros, alors que les importations suivaient la même progression à la hausse passant de 65 milliards d’euros en 2002 à 215 milliards en 2012. Ils restent cependant marqués par un déficit qui tend, lui aussi, à gonfler, passant de 31 milliards d’euros en 2002 à 92 milliards en 2012.

Qui exporte ? Qui importe ? L’Allemagne et l’Italie en tête

Parmi les États européens, c’est l’Allemagne qui est de loin le premier pays exportateur vers la Russie (30% des exportations de l’Union européenne, soit 27,4 milliards d’euros). Elle est suivie de l’Italie (8 milliards d’euros, soit 9%), des Pays-Bas et de la Pologne (6,1 milliards d’euros chacun, soit 7%). La France occupe le cinquième rang (6 milliards, soit 7%). Si on prend les produits importés – essentiellement gaz ou pétrole -, c’est encore l’Allemagne qui est le principal client de la Russie (28,8 milliards, soit 19% des importations de l’Union européenne), suivie des Pays-Bas (22,4 milliards, soit 14%), de l’Italie (14,9 milliards, soit 10%) et de la Pologne (13,9 milliards, soit 9%). La France importe relativement peu et est égalité avec la Belgique à la 5e place (7,9 milliards).

Craintes en Finlande

Le pays nordique craint particulièrement l’effet des sanctions. A la sortie d’une réunion du Comité interministériel de politique étrangère et de sécurité, mardi, le président Niinistö s’est fait officiellement l’écho de ces craintes : si des sanctions sont décidées au niveau européen contre la Russie, elles se feraient sentir en Finlande aussi. Les exportations finlandaises en Russie sont déjà victimes de la chute du rouble, selon le quotidien Kauppalehti. La chute du rouble est particulièrement difficile pour les entreprises du secteur agro-alimentaire. Tandis que le gel des visas pourrait diminuer de moitié les recettes du tourisme en Finlande.  Les exportations finlandaises en Russie, s’étaient déjà rétractées de 6% en 2013.

Aux Pays-Bas

La multinationale néerlando-britannique Shell a des intérêts importants en Russie sur le projet Sakhaline-2, mené avec le géant gazier Gazprom, qui lui-même est engagé dans la province de Groningue. Quant à Lukoil, il a acquis aux Pays-Bas une raffinerie avec 46 stations-service. Sans oublier les ports néerlandais permettent d’assurer le transit vers le marché mondial d’une grande quantité de pétrole russe… On comprend la prudence du Premier ministre Mark Rutte appelant récemment à envisager les sanctions avec « beaucoup de prudence ».

…Et en Allemagne

Les entreprises allemandes sont celles qui sont le plus engagées en Russie comme en Ukraine. Et ce sont elles qui pourraient le plus vite touchées par des mesures de sanctions économiques (ou des mesures de rétorsion). Ces derniers jours, les valeurs allemandes ont joué au « yoyo » boursier, enregistrant des baisses notables, alors que les résultats, par ailleurs sont plutôt bons. Les industriels automobiles — Volkswagen (- 3% en 5 jours alors que parallèlement des bons résultats étaient annoncés pour Audi), Continental —, le conglomérat industriel Siemens (-6% en quelques jours), les groupes énergétiques EON et RWE, et même le téléphoniste Deutsche Telekom sont secoués. De façon générale, la bourse sensible aux moindres secousses a enregistré des baisses sensibles la semaine dernière des principales sociétés engagées en Russie : les Français Société Générale et Renault ont dégusté mais aussi le fabricant de bières danois Carslberg, la banque autrichienne Raiffesen et son homologue italienne Unicredit, le fabricant de pneus finlandais Nokian Tyres.

Des investissements tous azimuts

Plus généralement, d’éventuelles sanctions contre la Russie toucheraient presque toutes les grandes sociétés d’énergie. Le britannique BP pourrait être atteint (d’autant plus qu’il détient 20 % du géant russe Rosneft), mais aussi l’Américaine Exxon Mobil ou l’Italienne Eni, qui sont engagés dans l’exploitation de poches d’hydrocarbure off shore au large de la Crimée. On comprend ainsi les réticences de plusieurs pays à envisager franchement des sanctions économiques. D’autant que Moscou dispose de plusieurs leviers qu’il peut actionner. La présence d’oligarques russes dans plusieurs banques ou entreprises, notamment dans le sud-est de l’Europe (Bulgarie, Chypre, Grèce, …) mais aussi en Italie est un facteur. Sa promesse de fournir un gaz à un prix attractif à des pays comme la Grèce qui sont en phase de redémarrage économique en est un autre.

L’économique … une arme nucléaire ?

De fait, la crise ukraino-russe pourrait coûter cher à l’Europe, et menacer la croissance en 2014, année conçue par tous comme « l’année de la reprise ». La Russie ne peut jouer non plus totalement avec le feu car c’est une partie de son pouvoir financier et économique qu’elle joue ainsi sur un tapis vert, avec le risque de devenir une « terre à risques » pour les investisseurs. Ainsi les liens économiques pourraient jouer dans cette crise politique le rôle apaisant de bornes-limites que le « nucléaire » jouait hier, à l’époque de la guerre froide.

(Nicolas Gros-Verheyde)

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En Crimée, les forces Russes à l’oeuvre, dénonce le SACEUR de l’OTAN

(BRUXELLES2) C’est une prise de paroles dont on a peu l’habitude. Le commandant en chef de l’OTAN, Phil Breelove, a pris la plume et sur son blog, dans un papier intitulé « de l’importance de l’identité« . Celui qui est aussi le commandant des forces US en Europe, n’y va pas par quatre chemins. Des soldats « lourdement armés ont encerclé les bases militaires de l’Ukraine en Crimée et ont pris le contrôle de 11 postes frontaliers de la région ». « De toute évidence, la situation est grave ».

Milices locales ou forces d’auto-défense ? un leurre

Le général veut tordre le coup aux idées que ces troupes seraient des  » milices locales  » qui ne porteraient des équipements de style russe parce que cette tenue est disponible dans les magasins de l’armée à travers l’ex-Union soviétique ou qu’ils seraient tout simplement  » forces d’auto-défense  ». « Ici, au quartier général militaire de l’OTAN, nous avons étroitement suivi et analysé la situation en Ukraine ». « Après un examen approfondi de plusieurs sources d’information, nous croyons que ce sont les forces militaires russes agissant sur des ordres clairs pour saper les forces d’Ukraine en Crimée. » Une analyse « fondée sur un examen minutieux et délibéré des données disponibles par nos analystes militaires professionnels »

Trois preuves

Sa démonstration, photos à l’appui, établit que : 1° les véhicules utilisés portent des plaques militaires russes, 2° le témoignage d’un soldat qui reconnait faire partie de l’armée russe, expliquant qu’on lui a demandé de ne pas porter de signes de reconnaissance, 3° les armements utilisés ne sont pas vraiment des équipements « classiques » des forces d’autodéfense). Nb : on peut reconnaitre ainsi (d’après ce que j’ai pu comprendre) d’une part, une mitrailleuse légère Petcheneg, d’autre part, un fusil AK74 avec lunette de visée et lance-grenades (pas tout à fait le modèle de base !), enfin un lance grenades.

Commentaire : cette prise de parole est plutôt rare et témoigne d’une volonté américaine de monter en puissance au moins dans les échanges verbaux et de contrer la propagande, pour l’instant, assez efficace, mise en place par la Russie. Le SACEUR a la double casquette — commandant suprême de l’OTAN et commandant en chef des forces US en Europe — et on ne peut pas imaginer que ce haut-gradé s’exprime ainsi, aussi précisément et aussi directement, sans avoir l’aval au moins tacite des autorités de Washington.

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : ces exemples sont ceux diffusés par le Saceur – seuls les intertitres sont de la rédaction

Exemple # 1 (les plaques d’immatriculation)


http://thelede.blogs.nytimes.com/author/robert-mackey/


http://www.salon.com/2014/03/01/russian_troops_take_over_ukraines_crimea_region_partner/


https://sobchak.wordpress.com/2014/03/05/non-intendersene-di-felidi-e-di-altro/

Exemple # 2 (un témoignage – extrait de You Tube)


http://www.youtube.com/watch?v=HPZbYlcAgvY

Exemple # 3 (les armes)


http://www.ibtimes.co.uk/ukraine-crisis-china-back-russia-cold-war-over-crimea-1438650


http://www.thestar.com/news/world/2014/03/03/russians_seize_ukraine_ferry_terminal_raising_fears_of_wider_invasion.html


http://www.globalpost.com/dispatch/news/regions/europe/russia/140305/interview-russian-ukraine-putin-war-Andrei-Illarionov

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Avions US en renfort dans les pays baltes et en Pologne

F 15 à son arrivée à la base aérienne de Siauliai (crédit : ministère lituanien de la Défense)

F 15 à son arrivée à la base aérienne de Siauliai (crédit : ministère lituanien de la Défense)

(BRUXELLES2) A la demande des pays baltes et de la Pologne, l’US Air Force a commencé à déployer dans la zone des avions de chasse. Une décision prise par Chuck Hagel, le secrétaire d’Etat à la Défense, mercredi.

12 avions F-16 en Pologne arrivent la semaine prochaine

12 avions F-16 doivent ainsi arriver en Pologne la semaine prochaine a annoncé ce matin le ministre polonais de la Défense, Tomasz Siemoniak, invité dans l’émission politique de la radio polonaise, ce matin. « A notre demande, les Américains ont accéléré » le déploiement de ces avions qui « devaient participer à un exercice et l’ont considérablement augmenté ». Les détails ne sont pas encore connus, mais « nous y travaillons » a ajouté le ministre. L’ambassadeur américain en Pologne Stephen Mull a confirmé, sur Radio 3, que ces avions seront présents « aussi longtemps que nécessaires ».

Six avions F-15 viennent d’arriver dans les pays baltes…

Six avions US F-15 C Eagle venant de la base de Lakenheath (Royaume-Uni) avaient déjà atterri sur la base aérienne de Šiauliai (Lituanie), hier, jeudi (6 mars), ainsi que l’ont annoncé les ministres estonien et lituanien de la Défense. Des avions, accompagnés de deux avions KC-135 (*), qui ont acheminé le personnel. Ils viennent ainsi renforcer les 4 avions déjà présents sur place (qui proviennent de la même base de Lakenheath) et assurent la police de l’air du ciel balte. Une mission classique, assurée à tour de rôle par les pays de l’OTAN tous les 3 ou 4 mois. Les Belges étaient ainsi de permanence auparavant et les Français à l’été 2013. Les F-15 participeront à l’exercice régional de l’OTAN « BRTE » (Baltic Regional Training Event qui se déroulera début avril associant tous les pays de la région, y compris la Suède et la Finlande (qui ne sont pas membres de l’OTAN).

Lire aussi :

Une présence liée à la crise ukrano-russe

En soi, cette présence aérienne américaine n’est donc pas une totale nouveauté (outre la mission de surveillance aérienne dans les pays baltes, les Etats-Unis ont un accord avec la Pologne). Mais c’est surtout la situation dans la région, avec les propos belliqueux des Russes sur l’Ukraine comme les manoeuvres militaires dans la région (Kaliningrad notamment), qui provoquent cette réaction. Ce qu’a confirmé le ministère lituanien de la Défense. C’est une « réponse aux développement dans la région et une démonstration de l’engagement à long-terme des Américains pour l’OTAN et la sécurité européenne« .

Commentaire. En clair, ce déploiement de 18 avions au total rassure les pays de l’Est, particulièrement inquiets, que le « pivot » américain vers l’Asie ne signifie un complet désengagement d’Europe. Cette présence est la marque que Washington ne se désintéresse pas (totalement) du continent européen. On peut remarquer aussi que les Européens en soi sont absents de cette manoeuvre, non seulement les pays ouverts au dialogue (Français, Italiens, Allemands…) mais aussi les Suédois ou Britanniques, pourtant adeptes d’une position vis-à-vis de Moscou. On peut noter aussi que cette manoeuvre ne participe pas vraiment à une « désescalade » de la tension dans la région – comme souhaité par les Européens – mais plutôt à un message de « fermeté » par rapport au pouvoir russe. Un point que l’on ne souhaite pas vraiment « commenter » au Service diplomatique européen. « Notre message est celui fixé par le Conseil européen hier » a ainsi précisé la porte-parole de Catherine Ashton à une question de B2.

(*) NB : Il faudra vérifier si ces avions KC135 – qui sont surtout des ravitailleurs – resteront sur place. Ce qui permettrait de doter les F-15 d’une capacité de durée en vol ou d’une élongation (distance d’action), supérieure…

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Touché, coulé, bloqué. Le génie naval russe frappe

L'Ochakov sur le lac de Donuszlav (crédit : ministère ukrainien de la Défense

L’Ochakov sur le lac de Donuszlav (crédit : ministère ukrainien de la Défense

(BRUXELLES2) Après une explosion, un navire russe Ochakov a coulé cette nuit en Crimée près d’une base navale ukrainienne située au nord de Sebastopol… A lire les premiers éléments de l’information, on pourrait croire à une aggravation brusque de la situation à une bataille navale qui a mal tourné… Erreur !

C’est un véritable coup de génie naval qu’a réussi dans la nuit de mercredi à jeudi l’Etat-Major de la marine russe. Récit … Hier soir, les navires russes qui bloquaient les navires ukrainiens sur le lac de Donuszlav depuis plusieurs jours remettent leurs moteurs en route et quittent la rade. Il était 23h30, selon le ministère ukrainien de la Défense. On pouvait alors croire à une levée de l’état de siège. De quelque manière oui, Mais aussitôt arrive un remorqueur qui traîne derrière lui un autre navire russe, le Ochakov. Il est mis « en travers du chenal de navigation, rempli avec de l’eau. Puis, il y a eu une explosion » raconte la marine ukrainienne. Le bateau coule… et bloque la rade.

Longtemps et cher pour débloquer la rade

Il faut savoir que la profondeur d’eau dans cette zone est de 9 à 11 mètres. Autant dire, qu’en coulant ce  vieux rafiot (*), les Russes ont réussi un coup de maitre : bloquer tous les navires ukrainiens présents qui se trouvent autour de Novoozerne, au fond du lac Donuzlav. Il faudra « beaucoup de temps et cela coutera cher pour renflouer le navire » confirme-t-on au QG du ministère de la Défense à Kiev. Tout cela sans tirer un coup de feu sauf sur son propre navire !

Lire aussi : Tension en mer noire. A l’abordage !

(*) L’Ochakov, navire de la classe Kara, construit au début des années 1970 et entré en service en 1975 a été désarmé en 2008.

CarteLac crimee

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Pour les Européens, des leçons à tirer de la crise ukrano-russe. Merci Poutine ?

Pour les Européens, des leçons à tirer de la crise ukrano-russe. Merci Poutine ?

Les ambassadeurs de l'Union européenne et de l'OTAN, en réunion de "crise", mercredi, à Bruxelles (Crédit : Conseil de l'UE)

Les ambassadeurs de l’Union européenne et de l’OTAN, en réunion de « crise », mercredi, à Bruxelles (Crédit : Conseil de l’UE)

(BRUXELLES2) Dire merci à Poutine pourrait être provocateur effectivement aujourd’hui au moment où le président russe a lancé des forces armées « non badgées » occuper à pied le terrain en Crimée. Mais l’Europe peut dire merci d’une certaine façon à la Russie. Car l’intervention russe en Crimée, pour être condamnable et condamnée, sonne comme un singulier rappel à la réalité.

Un message à l’Union européenne

Via la Crimée, Moscou envoie aujourd’hui à l’Union européenne le même message qu’elle avait envoyé à l’OTAN via l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie (Lire : Attention frontière ! La Géorgie gagne l’Europe, l’Ossétie s’en détache). Les pays qui bordent la Russie ne sont pas destinés à devenir membres de l’OTAN (message 2008) ni de l’UE (message 2014).

Les Européens ont joué avec le feu en croyant pouvoir signer un accord d’association et un accord de libre circulation, en toute quiétude, sans susciter aucune réaction. Un accord perçu à Moscou comme étant un premier pas vers l’adhésion à l’Union européenne (ce qu’avaient d’ailleurs dit clairement les dirigeants lituaniens et polonais) et le signal d’un nouveau rétrécissement de son influence, et de son espace qu’elle estime vital. Les Européens n’ont cependant pas tenu compte de ceux-ci, soit volontairement, soit involontairement, leurrés qu’ils pouvaient être par des signes, apparemment conciliants des responsables de la diplomatie russe.

Un certain dédain

Les Russes ne sont pas fait faute cependant d’envoyer plusieurs avertissements ou propositions aux Européens, directes ou indirectes. Ils avaient notamment proposé un partenariat de sécurité. UNe proposition Medvedev, faite à Berlin en 2008. L’idée a été reprise mais très mollement (lire aussi : L’UE et la Russie créent un groupe de travail sur la sécurité. Détails et Un comité de sécurité UE-Russie plaide le triangle de Weimar). Plus récemment, Moscou a demandé, sur tous les tons, d’organiser un trilogue sur l’Ukraine avec l’Union européenne. Cette main tendue était certes pleine de… sous-entendus. Mais le refus des Européens, assez dédaigneux, qui n’ont même pas envisagé d’en discuter, a été remarquable et provocateur. Ajouté à cela la proclamation de l’indépendance au Kosovo en 2008 — soutenue à bout de bras par les Etats-Unis et le Royaume-Uni — et surtout l’intervention en Libye en 2011 sur la base d’une résolution des Nations-Unies, arrachée plutôt que négociée, la coupe semblait pleine au Kremlin. Le positionnement très dur du gouvernement russe sur la crise syrienne a été révélateur. Comme la publication toute récente des conversations des diplomates européens et américains, qui a sonné aux yeux de certains observateurs (dont B2), comme un autre avertissement. Un retour à des pratiques qui semblaient oubliées, car datant de la guerre froide, mais ont toujours persisté de façon plus ou moins discrète. Et aujourd’hui dans la crise ukrano-russe, on retrouve des fondamentaux de la guerre froide : présence militaire, discours autistes (de part et d’autre), propagande, révélations d’écoutes, etc.

Une réflexion sur la politique russe

Paradoxalement, même s’il ne faut pas se réjouir de la situation très tendue en Crimée et à l’est de l’Ukraine, ce raidissement du pouvoir russe a des vertus que les Européens ne devraient pas renier. D’une part, il oblige l’Europe à un aggiornamento sur sa politique à l’égard de la Russie. Un sujet qui a toujours suscité des divisions au sein des pays européens et devrait encore en susciter quelque temps, tant les histoires et les parcours sont différents. Entre ceux qui tiennent la Russie pour un ennemi juré, un allié stratégique, un voisin encombrant ou un partenaire utile, il y a des divergences. Les Européens vont aussi devoir revoir, rapidement, leur politique sur le voisinage oriental, et définir également, de façon indirecte, leurs frontières.

Autonomie énergétique

Enfin certaines notions — évoquées au dernier sommet européen de décembre (consacré à la défense), — comme l’autonomie stratégique qui paraissaient alors plutôt théoriques devraient recouper très vite des enjeux pratiques. Cela commence par l’autonomie énergétique – qu’il va falloir accélérer. Le développement des énergies renouvelables n’étant pas seulement un « luxe » environnemental mais aussi une nécessité stratégique.

Et autonomie stratégique

Cela pourrait être suivi d’une réflexion à tous les niveaux de cette autonomie : sur les matières premières notamment mais aussi les relations financières, sur la présence en mer également (la stratégie maritime). Il faut réfléchir au degré d’interdépendance que l’on peut accepter d’un Etat – comme la Russie – qui ne rechigne plus à utiliser la force quand cela le sert. Mais il faut aussi avoir à l’esprit une notion. Les économies sont, en effet, davantage imbriquées que durant la guerre froide. C’est une des grosses différences entre aujourd’hui et les années 1980. Et il parait difficile aux uns comme aux autres de revenir en arrière, totalement.

La double face des sanctions

Représentant environ 7% des exportations et 12% des importations de biens de l’UE28, la Russie est le troisième partenaire commercial de l’UE28, derrière les États-Unis et la Chine. Et elle représente un débouché pour les produits manufacturés de plusieurs pays (Allemagne, mais aussi Pologne, Pays-Bas, Italie, Royaume-Uni…). Y compris en matière militaire (lire : Le Russe achète, les Baltes râlent, la France philosophe). Hasard du moment : le Vladivostok, navire construit par les chantiers de St Nazaire, sur le modèle du BPC Mistral, vient de faire sa première sortie en mer… hier. La notion de sanctions économiques devient ainsi une arme à double tranchant. Il ne faudrait pas en abuser au risque de provoquer, en retour, une nouvelle crise financière ou économique, face aux banques engagées en Russie ou en Ukraine, par exemple. La Russie n’est plus une superpuissance. Mais croire pouvoir prendre des sanctions sans en susciter des mesures de rétorsion, c’est s’illusionner aussi sur sa propre force.

La défense européenne

Enfin, il va falloir accélérer la réflexion sur la défense européenne. Dépenser davantage parait difficile en ces temps de restriction budgétaire. Il va donc falloir abandonner certains leurres internes, comme l’autonomie stratégique et militaire de chaque pays européen. Les armées d’opérette sont terminées. Il va falloir coopérer davantage en rendant les forces militaires un peu plus efficaces, et opérationnelles, notamment dans certains domaines moins matériels : le 2.0, le cyber, le PsyOps, le renseignement, etc. Ce qui suppose aussi d’avoir quelques moyens notables (drones, satellites, communications, …). Cela risque d’être douloureux dans plusieurs pays : il va falloir réduire le personnel pour investir dans un peu plus de technologie. Il va falloir aussi revoir nos politiques. La « petite course à la culotte » entre l’OTAN et l’UE va devoir trouver une porte de sortie. Cette crise le montre, les deux organisations sont d’une certaine façon, nécessaires. Et réserver le hard à l’une et le soft à l’autre n’est pas automatiquement une saine répartition.

Bref, encore un petit effort, M. Poutine… Et vous allez forcer les Européens à accomplir sur l’Europe politique les quelques pas qu’ils rechignaient encore à accomplir auparavant.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Quelques leçons de la crise ukrainienne

A relire : Conception russe du droit à l’autodétermination, selon Gorbatchev (lecture)

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Tension en mer noire. A l’abordage !

NavireSlavutych@UKR140304(BRUXELLES2) L’équipage du navire ukrainien Slavutych a empêché la tentative de capture « par des personnes armées » a indiqué le ministère ukrainien de la Défense. « Des personnes armées étaient à bord d’un bateau se sont rapprochés du navire. Ils ont même tenté de monter à bord du navire, de le capturer, ainsi que les armes et les marins. Mais (nos) militaires les ont repoussés » a précisé le captain Vitaliy Zvyahintsev, commandant de la brigade ukrainienne des navires de surface. Les navires de la flotte de la mer Noire de Russie maintiennent un blocus autour des deux navires de la Marine ukrainienne de Crimée.

La tension pourrait se maintenir avec l’arrivée de la frégate Hetman Sahaydachny (U-130) de retour de mission anti-piraterie avec l’OTAN (Ocean Shield) et l’Union européenne (EUNAVFOR Atalanta). Elle a passé le détroit des Dardanelles ce matin « sous pavillon ukrainien » précise le ministère ukrainien de la Défense, « accompagné du navire turc Ruşen Bey dans le détroit » et devrait passer le Bosphore ce soir et entrer dans la mer noire. (Lire aussi : Dernières nouvelles de la piraterie (1er février))

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