Méditerranée : combien de personnes ont été sauvées par les navires de Sophia ? par les garde-côtes libyens ?

(B2) Autrefois, jusqu’en 2017, le chiffre de personnes secourues figurait dans tous les communiqués, dossiers de presse et autres documents publics. Il était l’un des marqueurs de l’activité de l’opération européenne maritime en Méditerranée. Il est désormais effacé. Le sauvetage en mer des migrants et réfugiés n’a plus vraiment la côte en Italie, ni en Europe. L’opération Sophia, elle même, est plutôt mal vue du côté du nouveau pouvoir à Rome, les marins italiens étant réputés trop respectueux d’une certaine tradition maritime et peut-être tout simplement de certaines valeurs.

Combien de personnes ont été sauvées en mer ces derniers mois par les navires d’EUNAVFOR ?

Selon un dernier bilan dressé par l’opération de l’UE en Méditerranée centrale, que B2 a pu consulter, les navires de l’opération Sophia (EUNAVFOR MED) ont été impliqués dans 21 opérations de sauvetage (évènements SOLAS) permettant de secourir 2.292 personnes. Ce qui représente un rythme d’un peu plus de 300 personnes par mois et 9,6% du total des personnes sauvées en mer Méditerranée centrale, par les navires internationaux ou libyens.

Au total, 46.165 personnes ont été récupérées par les navires de l’opération EUNAVFOR Med / Sophia.

Sur la période d’octobre 2017 à juillet 2018, 4665 personnes ont été sauvées par les navires de l’opération sur un total de 29.785 personnes sauvées en mer par différents navires. Ce qui représente un taux de 15% de sauvetage assuré par les navires de l’opération militaire européenne et un rythme de 400 personnes par mois.

Entre juin 2015 et octobre 2017, environ 41.500 vies avaient été sauvées en mer, lors de 278 opérations de sauvetage. Ce qui représentait alors une moyenne de 1 500 personnes par mois.

L’activité des navires des ONG continue malgré tout

Selon l’opération, les navires des ONG mènent encore des opérations de recherche et de sauvetage en haute mer au large des côtes de l’Ouest de la Libye. Les sauvetages par des ONG représentent encore un tiers (34%) de toutes les personnes sauvées et emmenées en Italie au cours du premier semestre 2018. Mais la proportion se réduit par rapport aux périodes de référence précédentes. Et depuis le milieu de l’été, elle s’est raréfiée.

Quelle est l’activité des navires marchands ?

Le nombre de navires marchands participant à des opérations de sauvetage se maintient à un niveau relativement constant depuis 2015, selon l’Organisation Internationale des Migrations (OIM). En 2017, 119 navires ont participé au sauvetage de 11.350 migrants ou réfugiés. Dans les six premiers mois de 2018, ce nombre est tombé à 1329 personnes secourues.

Un taux de mortalité en nette augmentation

Si le nombre des arrivées en Italie a chuté de 80 % pendant les huit premiers mois de 2018, le taux de mortalité continue d’augmenter. Au total, entre le 1er janvier et le 27 août, 1103 personnes sont mortes sur la route de la Méditerranée centrale, essentiellement en provenance de Libye vers l’Italie. Soit un taux de mortalité de un mort pour 29 arrivants, contre un pour 41 personnes au cours de la même période en 2017, selon Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

La tendance observée en juin se confirme donc, et même s’aggrave, puisque depuis le dernier bilan (lire : Les flux migratoires baissent-ils ? Combien de personnes sont arrivées en Italie ou en Espagne ?) près de 500 personnes sont mortes. Soit une moyenne de 230 personnes par mois (sur les deux mois de l’été) à comparer à une moyenne de 105 morts par mois (sur les six premiers mois de l’année).

Les garde-côtes libyens sont-ils plus actifs ?

Oui. Durant les huit premiers mois de l’année 2018, les garde-côtes libyens, agents de la sécurité côtière, comme les pêcheurs, ont secouru ou intercepté près de 12.945 personnes, soit presque la moitié des personnes arrivées en Italie (source OIM et HCR).

Les conditions d’appréhension par les garde-côtes libyens sont-elles conformes ?

Les garde-côtes libyens « utilisent des armes à feu, recourent à la violence physique et profèrent des menaces pendant les opérations de recherche et de sauvetage dans les eaux libyennes et internationales », selon les témoignages recueillis par la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (HCDH). Une fois arrivés à terre, ce n’est pas mieux. Les personnes interceptées et ramenées en Libye sont « automatiquement mis aux arrêts, sans les garanties de procédure et font l’objet de graves atteintes à leurs droits fondamentaux ».

Combien de personnes sont dans les centres de détention libyens ?

Environ 8000 personnes sont détenues dans les centres gérés par la direction libyenne de lutte contre l’immigration illégale. Ces centres de détention ne sont pas gérés conformément au droit libyen ou aux normes internationales. Les conditions de détention y « sont déplorables » que ce soit pour l’hébergement, la nourriture et l’hygiène, selon le HCR. Et elles « risquent de se dégrader encore du fait de la forte surpopulation liée à l’augmentation du nombre de personnes interceptées, secourues et débarquées en Libye ». Il est « souvent fait état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, de violence sexuelle et sexiste, de travail forcé et d’exploitation » attribués aux gardes. Les femmes ne sont pas surveillées par des gardiennes et les enfants non accompagnés sont détenus avec les adultes. Ce qui autorise tous les dérapages. « Les organisations internationales n’ont véritablement accès à ces centres que de manière ponctuelle et souvent difficilement. » Avec l’interception croissante par les garde-côtes libyens, la pression sur ces centres pourrait augmenter.

Combien de personnes sont prêtes au départ ?

Le chiffre est difficile à évaluer. Il existe des évaluations. Selon l’ONU, on estime à plus de 680.000 personnes migrants, déplacés ou réfugiés, qui résident dans le pays sans être, officiellement, en détention. L’OIM décompte elle 180.000 déplacés internes et 372.000 personnes retournées en Libye. Et le HCR a enregistré 53.000 réfugiés et demandeurs d’asile.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Les flux migratoires baissent-ils ? Combien de personnes sont arrivées en Italie ou en Espagne ?

L’Aquarius accueilli à Malte

(B2) Malte a fini par accepter d’accueillir l’Aquarius, qui avait recueilli au large de la Libye 141 personnes naufragées d’un bateau en bois, au terme de cinq jours de tergiversation.

Le navire de l’ONG SOS Méditerranée a reçu mercredi (15 août) la permission formelle d’entrer dans les eaux territoriales maltaises. Il doit accoster à La Valette incessamment. A son bord, les 141 personnes secourues en mer au cours de deux opérations de recherche et sauvetage coordonnées par le JRCC libyen.

Deux opérations de sauvetage

L’Aquarius s’est porté au secours de deux bateaux en bois, l’un de petite taille, l’autre de taille moyenne, vendredi (10 août). Les opérations de secours ont eu lieu au large des côtes libyennes, par un vent de force 2, le premier à 33°29 nord et 012°03 Est, le second à 33°30 Nord et 011°51.

Un sauvetage accompli par l’Aquarius au large de l’ouest de la Libye (crédit : B2 / source carte : Google map)

Dans le premier bateau, les sauveteurs ont récupéré six femmes et 19 hommes originaires pour la plupart d’Afrique de l’Ouest (Cameroun, Ghana, Côte d’Ivoire, Nigéria, Sénégal, Togo et Bangladesh). Dans l’autre, 38 femmes et 78 hommes ont été pris en charge, dont 67 mineurs non accompagnés et 2 enfants de moins de 5 ans. Des personnes originaires de Somalie et d’Erythrée (qui peuvent avoir droit à l’asile), ainsi que des Marocains et Egyptiens (plutôt des migrants économiques).

NB : Ce qui est un signe que les passeurs ont eu des complicités à terre, de pêcheurs ou d’habitants, qui ont ‘prêté’ ou plutôt loué les bateaux aux trafiquants. L’usage de bateaux en bois était courant au début de la crise migratoire. Il s’est beaucoup estompé ensuite, les trafiquants ayant du mal à se fournir sur le marché local et utilisant davantage des bateaux pneumatiques beaucoup plus fragiles.

Cinq jours d’attente

Le navire était resté « coincé entre deux potentiels lieux sûrs », à équidistance de Malte et de l’Italie, attendant une réponse positive. « Nous étions dans une situation similaire à il y a deux mois » explique Frédéric Penard, de l’ONG, sur twitter. Le JRCC libyen a conseillé de « contacter un autre MRCC et demander un lieu de sécurité » selon SOS Méditerranée. Les deux centres de coordination contactés, maltais et italien, ont refusé samedi (11 août) d’accueillir le bateau. L’ONG a alors élargi ses demandes mardi (14 août) à trois autres centres les plus proches : le français, l’espagnol et le grec. Finalement, une solution a été trouvée permettant une répartition des personnes recueillies avant de toucher terre : Malte accueille le bateau, mais ses passagers seront répartis dans plusieurs pays européens.

NB : une solution qui va dans le sens des demandes exprimées, à plusieurs reprises, par les gouvernements maltais et italien, d’une plus nette solidarité.

Une répartition dans plusieurs pays européens

Cinq pays européens ont ainsi accepté de prendre en charge une bonne partie des 255 personnes arrivées à Malte ces derniers jours : les 141 personnes de l’Aquarius ainsi que 60 des 114 autres secourues par les forces maltaises lundi (13 août) dans une autre opération de secours. La France et l’Espagne accueilleront ainsi chacune 60 personnes, le Portugal une trentaine de personnes, l’Allemagne 50 personnes et le Luxembourg 5 personnes. C’est la deuxième fois qu’un tel mécanisme volontaire se met en place, suite à celui concernant le MV Lifeline. C’est « un exemple concret de leadership et de solidarité européens » se réjouit le gouvernement maltais dans un communiqué. Malte a fait « une concession permettant au navire d’entrer dans ses ports, alors qu’il n’a aucune obligation légale de le faire » rappelle son Premier ministre, Joseph Muscat.

Oui à la solidarité si elle n’est pas solitaire

Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofer, a bien précisé « accepté pour des raisons humanitaires de soutenir Malte à condition que d’autres pays aident aussi ». « Le traitement des migrants sauvés de la détresse dans le futur nécessite une solution européenne imminente et la solidarité de tous les Etats membres. »

Une base ad hoc et volontaire

« Cette solution a été trouvée sur une base ad hoc et volontaire, dans un esprit de responsabilité et de solidarité, selon l’approche européenne coopérative que nous avons prônée de façon constante » se réjouit Emmanuel Macron dans un communiqué diffusé par l’Elysée. Cela « démontre l’importante d’un mécanisme pérenne et soutenable pour éviter les crises à répétition, dans un contexte de baisse des flux irréguliers en Méditerranée centrale ». Et d’annoncer que la France, « avec ses partenaires, fera des propositions dans les prochaines semaines pour la mise en place d’une réponse efficace afin que chacun prenne ses responsabilités en matière de sauvetage, de débarquement et de solidarité ».

A la recherche de solutions durables

Une décision saluée également par le commissaire européen chargé des Migrations, Dimitris Avramopoulos, qui a « remercié » tous les pays engagés pour « leur solidarité ». Il a cependant estimé qu’il fallait des « solutions durables. C’est la responsabilité de l’UE en entier ».

(Nicolas Gros-Verheyde)


Le retrait du pavillon de Gibraltar

L’Aquarius qui arbore aujourd’hui le drapeau de Gibraltar pourrait devoir changer de pavillon. Ce territoire britannique d’outre-mer a décidé de retirer son pavillon au navire de l’ONG estimant qu’il dépassait le cadre de son agrément en faisant non pas de la recherche uniquement mais du sauvetage. L’Aquarius devra alors trouver un nouveau pavillon.

NB : une procédure plutôt rare pour ce pavillon de complaisance. Elle est perçue comme un moyen de pression de Londres vis-à-vis de l’ONG. Mais elle pourrait être aussi liée à la crainte que les personnes recueillies à bord puissent demander asile à Gibraltar voire au Royaume-Uni.


D’autres opérations de secours

Durant l’attente, l’Aquarius a mené diverses opérations. Dimanche (12 août), alors qu’il se dirige vers le nord, il a été été chargé par le JRCC libyen d’effectuer un sauvetage de dix personnes en détresse, qu’il a fini par repérer un bateau en fibre de verre dans la zone de secours (SAR) de Malte.

Les marins ont fourni des gilets de sauvetage, de la nourriture et de l’eau aux personnes à bord du bateau. Mais ceux-ci ont informé qu’ils aimeraient poursuivre leur route vers le nord (= Italie). Aquarius a alors escorté. Une fois arrivé dans la zone italienne, les personnes à bord ont été pris en charge par un navire des garde-côtes italiens.

Une autre alerte de détresse a été émise, à plusieurs reprises, dimanche (12 août) et lundi (13 août), par le centre de coordination (MRCC) italien pour un bateau en caoutchouc parti d’Al Khoms (Libye) à 22h le 11 août avec environ 150 personnes à bord.

De la Libye au Niger, jusque l’Europe. Où en est le mécanisme de transit d’évacuation d’urgence ?

(B2) Piloté par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), financé par l’Union européenne, le mécanisme de transit d’évacuation d’urgence a repris ses évacuations de demandeurs d’asile et réfugiés vulnérables hors des prisons libyennes. La réinstallation reste cependant compliquée

Le Niger avait stoppé sa collaboration pendant quasiment deux mois, entre mars et mai. B2 fait le point avec le bureau du HCR de Niamey, au Niger.

Femmes évacuées de Tripoli vers le Niger, mai 2018 © UNHCR/Tarik Argaz

Quand ce programme a-t-il commencé ?

Le programme a débuté en novembre 2017, date à laquelle le premier vol de migrants évacués de Libye atterrit au Niger. Il transporte alors 25 personnes. Mercredi (20 juin), le treizième vol atterrissait, avec 122 réfugiés. A son bord, le Haut commissaire aux réfugiés (UNHCR), Filippo Grandi, pour marquer la journée internationale des réfugiés (1).

Qui et combien de personnes ont été évacuées depuis ?

1287 personnes ont suivi le même parcours — de la Libye au Niger —, indique le bureau du HCR à Niamey. Un petit nombre de migrants ont été évacués en Italie (312 personnes) et dans un centre de transit en Roumanie (10 personnes). Au total, le nombre de demandeurs d’asile ou réfugiés évacués de Libye atteint 1609. Tous ont été repérés par le HCR dans les centres de détention libyens. Le HCR a choisi les plus vulnérables parmi les personnes ayant besoin d’une protection internationale.

Où sont-elles réinstallées ?

La très grande majorité des ‘évacués’ passe par le Niger, où l’attente d’un pays tiers où être réinstallé se prolonge, faute de transfert possible. Sur les 1287 personnes évacuées au Niger, seules 174 ont été réinstallées (bilan à la mi juin 2018) dans un autre pays.

Combien de demandeurs d’asile ont pris la direction de l’Europe ?

Très peu ! A peine 170 (en comptant les réfugiés libyens réinstallés depuis le mois de septembre, sans forcément passer par le Niger). Onze pays, dont huit de l’UE (France, Suède, Finlande, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Malte et Royaume-Uni + Norvège, Suisse, Canada), ont pris l’engagement d’accueillir des réfugiés évacués de Libye via le Niger. Pour un total de 3781 places. Seuls cinq pays (France, Finlande, Suisse, Pays-Bas et Suède) en ont effectivement déjà réinstallés.

Quelles sont les limites du dispositif ?

Le HCR bénéficie d’un droit d’accès aux centres de détention officiels en Libye, gérés par le gouvernement. Il n’a pas accès aux autres centres, qui sont sous la mainmise de certaines milices, voire des trafiquants. D’après les témoignages des migrants, beaucoup de ceux évacués sont passés par ces centres illégaux, pendant de longues périodes, avant même de rejoindre les autres centres.

Le Niger obligé de taper du poing sur la table !

Le HCR recherche d’autres pays pour accueillir des réfugiés sur une base temporaire. Car les capacités du Niger sont vite saturées. En mars, faute de voir les migrants repartir, le pays a décidé de suspendre leur accueil. Le gouvernement n’a autorisé la reprise des vols d’évacuation qu’au début du mois de mai. Depuis, de nouveaux vols sont arrivés à Niamey depuis la Libye. Mais la capacité d’accueillir de nouveaux réfugiés dépend de la libération de nouvelles places. Aujourd’hui, le centre de transit du Niger ne peut accueillir que 68 réfugiés supplémentaires.

(Emmanuelle Stroesser)

Lire : La réinstallation des migrants venant des camps en Libye bloquée… faute de places d’accueil (HCR)

En savoir plus. Télécharger : le point du HCR sur les réinstallations (au 11 juin 2018) et le communiqué du HCR le 20 juin sur le premier vol


Le Niger, premier bénéficiaire du fonds fiduciaire

L’eurodéputée travailliste Linda McAvan, présidente de la commission Développement (DEVE) du Parlement européen, le rappelait ce mardi (19 juin), lors d’une audition sur les impacts des financements extérieurs de l’UE sur les migrations. Le Niger, « était, fin 2017, le plus grand bénéficiaire des contributions du Fonds fiduciaire UE-Afrique (projets nationaux) ».

Télécharger le rapport 2017 du fonds fiduciaire pour l’Afrique (Commission européenne).

CampDadaabGrillage5779

Au camp de Dadaab (Kenya), près de 350.000 réfugiés sous perfusion humanitaire

CampDadaabGrillage5779(BRUXELLES2) Paradis pour touristes occidentaux et asiatiques venant fouler les plages de sable blanc de Lamu, toucher la neige du Mont Kenya ou s’aventurer dans les réserves et parcs animaliers ou en partance vers Zanzibar, le Kenya est aussi, pour près d’un demi million de personnes, un pays refuge de la Corne de l’Afrique. C’est ici que le commissaire européen à l’action humanitaire, Christos Stylianides, s’est rendu il y a quelques jours. B2 y était…

Dans le comté de Garissa, à l’est du Kenya, en zone aride où la terre rouge vole au moindre pas, s’étale le plus grand camp de réfugiés du monde, Dadaab. Fin janvier, il accueillait près de 350.000 réfugiés. Le flux d’entrées s’est calmé en 2015 tandis que depuis un an un programme accompagne les retours vers la Somalie (lire : Camp de Dadaab. En partance vers le retour en Somalie).

Un complexe de 5 camps

Plutôt que de camp, il faut parler de complexe. Dadaab est composé de 5 camps. Ifo, le plus ancien, a été ouvert en 1991 par le Haut commissariat aux réfugiés, à la demande du gouvernement Kenyan pour répondre à la fuite de milliers de somaliens traversant la frontière à deux heures de route de là. C’était le début de la guerre civile somalienne. Ont suivi Dagahaley et Hagadera en 1992, puis Ifo 2 et Kambioos, plus récemment, en 2011, pour décongestionner les camps plus anciens face au nouvel afflux de réfugiés somaliens. Plus de neuf réfugiés sur dix sont Somaliens.

CampNagaderaPanneauAccueil5762Zoom sur le plus grand de ces camps : Hagadera

Le camp de Hagadera est le plus grand. 8,7 km2. 106.765 personnes y vivent, parfois depuis des générations. C’est là que le commissaire européen à l’action humanitaire et la gestion de crise s’est rendu le 20 janvier. Des écoles aux help desk (lieux d’information), en passant par la distribution alimentaire, le centre pédiatrique, la maternité, l’hôpital, le centre de traitement du choléra, un forage alimenté par des panneaux solaires, le commissaire a pu se rendre compte du « bon usage » des fonds européens. Si les infrastructures feraient pâlir d’envie des réfugiés vivant dans des conditions bien plus misérables dans les pays voisins, Dadaab reste un camp où les gens sont totalement dépendant de l’aide humanitaire de la communauté internationale. La faute à une situation qui en Somalie ne s’est pas améliorée, aux catastrophes climatiques qui ont ajouté de la misère aux violences dans la Corne de l’Afrique.

Dépendance humanitaire

Les humanitaires n’ont pas relâché leurs interventions, le commissaire a d’ailleurs confirmé que l’Union européenne continuerait d’apporter son soutien financier. Près de 17 organisations interviennent à Hagadera. L’aide alimentaire est principalement assurée par le Programme alimentaire mondial. Le International Rescue committee (IRC) assure des soins de santé, l’accès à l’eau potable. Le Haut commissariat aux réfugiés coordonne l’intervention de ces acteurs. Sans eux, « tout s’arrête ». Les réfugiés n’ont pas vraiment le droit de travailler. Ni d’autres ressources que celles que leurs familles peuvent leur envoyer.

Une durée qui met à épreuve les donateurs

La longévité de ce camp met à l’épreuve les donateurs. Les organisations des Nations Unies et les ONG doivent faire face à une réduction de leurs crédits. La répercussion est directe sur l’aide apportée aux réfugiés et les conditions de vie qui restent en dehors des standards humanitaires. Le programme alimentaire mondial a dû réduire ses portions alimentaires d’un tiers l’an dernier. Elles ont été rétablies depuis suite à un nouvel appel aux donateurs, mais avec prudence. Seuls les petits ménages ont récupéré 100% des rations. Les autres ménages (moyens et grands) doivent se contenter de rations réduites à 85 ou 70%. Les latrines ne sont pas en nombre suffisant ni les points d’eau (chaque point est partagé par 123 personnes quand le standard est de 80 personnes). Les 4 cliniques et un hôpital soignent en moyenne 454 personnes par jour selon le HCR. Le dispositif de santé est lui aussi en dessous des standards.

L’éducation : prioritaire

S’agissant de l’éducation, une priorité du commissaire européen Christos Stylianides (lire article à paraitre), Hagadera compte 7 écoles primaires, deux secondaires, un centre d’alphabétisation pour adultes, un centre de formation professionnelle et un centre de formation aux technologies de l’information et de la communication (TIC), une appellation pompeuse pour une salle de classe dotée d’ordinateurs, mais où internet n’arrive pas encore. Quand les standards sont de 40 écoliers par classe, ici, la jauge grimpe entre 100 et 120. De même, à peine un tiers des enfants sont scolarisés, le taux dégringole à 15% pour les secondaires. Comme le commissaire l’a relevé, le nombre de filles scolarisées est bien inférieur à celui des garçons. En témoignant ces trois rangées de garçon, contre une rangée de filles, réunis sous un chapiteau étouffant pour accueillir le commissaire. Certains arrivent malgré tout à poursuivre leurs études, rejoindre l’université. A peine quelques uns.

HommesEcoleCampDadaab05758

Vulnérabilité accrue aux épidémies

La progression de l’épidémie de Choléra qui a atteint Dadaab le 18 novembre 2015 témoigne de la grande précarité des conditions de vie. Le comté de Garissa où est établi le camp est le 22è comté Kenyan à avoir été touché par l’épidémie qui s’est déclarée dans le pays en décembre 2014. L’impact a été ici fulgurant. Entre novembre 2015 et janvier 2016, près de 1500 personnes ont été contaminées, 11 décédées, une majorité d’enfants. Lors de la précédente épidémie de Choléra au camp, en 2011, 1245 personnes avaient été touchées en cinq mois, le temps que l’épidémie soit stoppée.

L’insécurité latente

L’insécurité est une autre plaie de Dadaab. Plusieurs humanitaires l’ont payé de leur vie. La visite du commissaire se faisait d’ailleurs sous bonne garde. Notamment celle des policiers en charge de la sécurité du camp (75 officiers répartis dans trois postes). L’immensité du site est en cause. Dans certains endroits, personne ne se rend depuis bien longtemps. Les services sont regroupés dans des blocs, souvent protégés de portail, de barbelés. A l’extérieur, là où les ilots d’habitation s’éparpillent sur des km2, « on ne sait pas ce qu’il s’y passe ».

Banditisme et prostitution

Au-delà du terrorisme (voir article sur les réfugiés au Kenya), c’est surtout de banditisme et de criminalité ordinaire dont souffre le camp. La prostitution en échange de nourriture est une réalité. Sur une affiche, un slogan explique d’ailleurs aux jeunes femmes que leurs corps n’est pas une monnaie d’échange. « Mais quand il faut nourrir la famille, certaines n’ont pas d’autre choix », réagit une humanitaire.

Le besoin d’un nouveau modèle

Quand les premiers camps ont été créés pour porter assistance à la population réfugiée, l’approche était que : « cela ne durerait pas ». Cela dure pourtant depuis 25 ans. Tous les mécanismes mis en place l’ont été sur le principe d’un départ « demain ». Comme le résume Raouf Mazou, représentant du HCR au Kenya, l’action humanitaire « n’y est plus soutenable ». Jean-Marc Jouineau, du bureau de l’office européen d’aide humanitaire (ECHO) de Nairobi, renchérit : « être ici depuis 25 ans est une anomalie, pour autant il n’est pas question de partir, mais de trouver autre chose ».

Une interrogation

La durée de ce camp oblige les humanitaires à au moins s’interroger sur leur intervention, et à imaginer de nouvelles réponses. L’urgence est aussi financière. C’est notamment ce qui a conduit le Programme alimentaire mondial à introduire des bons d’achat virtuel  sous forme de monnaie électronique. L’enjeu est à la fois de diversifier l’alimentation des réfugiés, réduire le marché noir des rations distribuées, et de soutenir l’économie locale.

Développer l’économie informelle

« Il y a une économie informelle ici, rendons la formelle. Favorisons le développement. Cela ne veut pas dire que l’on maintiendra davantage les gens ici, au moins on perdra moins d’énergie, on laissera moins les gens s’enfermer dans la dépendance, et les inégalités se creuser avec les populations locales » conclut Raouf Mazou. Un projet est à l’étude par le HCR, il pourrait voir le jour dans l’autre camp de réfugiés de Kakuma, au nord du pays, dans la région du Turkana. Un projet suivi de près par l’Office européen d’aide humanitaire.

(Emmanuelle Stroesser)

Lire la suite du reportage :

(Crédit : EULEX Kosovo)

Un convoi humanitaire d’EULEX Kosovo pour les réfugiés et migrants en Serbie

(Crédit : EULEX Kosovo)

(Crédit : EULEX Kosovo)

(B2) La mission européenne « Etat de droit » (EULEX Kosovo) a envoyé de l’aide humanitaire pour les réfugiés et les migrants qui se trouvent actuellement en Serbie. Un convoi de cinq camions est ainsi arrivé à Belgrade lundi (21 septembre) et à Sid, près de la frontière avec la Croatie, mardi (22 septembre). La mission EULEX au Kosovo a fait don d’articles ménagers tels que les équipements de cuisine et appareils électroménagers, des fours à micro-ondes, des machines à eau chaude, des lits, des matelas, des armoires, ainsi que des générateurs, des appareils de chauffage, et un conteneur entièrement équipé avec des cabines de douche, des salles de lavage, et une toilette. Un autre transfert a lieu ce mercredi (23 septembre) vers Kanjiza.

Jean-Claude Juncker en gestionnaire de crises (archives B2 - Crédit : Commission européenne)

Le Plan Juncker pour ressouder l’Europe

Jean-Claude Juncker en gestionnaire de crises (archives B2 - Crédit : Commission européenne)

Jean-Claude Juncker en gestionnaire de crises (archives B2 – Crédit : Commission européenne)

Après la crise grecque, c’est une des plus graves crises auquel fait face le président de la Commission européenne. Le discours qu’il prononce aujourd’hui à Strasbourg devrait donner le là de la politique européenne pour les mois à venir

Ce mercredi, devant le Parlement européen réuni en session plénière, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, n’aura pas la tâche facile. L’ancien Premier ministre luxembourgeois va devoir faire le grand écart entre ses convictions humanistes et la réalité politique, entre l’obligation morale, et juridique, d’accueillir des réfugiés venant de pays en guerre, et l’égoïsme rampant d’une Europe plus que jamais divisée en deux, entre l’est et l’ouest de l’Europe, appeler chacun à taire ses querelles et à agir rapidement… « Dans l’Union européenne, face à cette crise de migrations et des réfugiés, nous n’avons pas beaucoup de raisons d’être fier » disait il y a quelques jours Federica Mogherini, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères. « Il ne faut pas simplement être choqué » par des photos comme celle du petit Aylan sur une plage turque. « Nous devons réagir, de manière cohérente et rationnelle, être responsable, et prendre des décisions ».

Jean-Claude Juncker devrait ainsi d’accueillir, de façon concertée, non pas 40.000 réfugiés comme prévu en juin mais 160.000 réfugiés sur deux ans, en provenance essentiellement de Grèce, d’Italie… et de Hongrie. Selon ce plan, l’Allemagne en prendrait à elle seule, 30.000 personnes, la France 24.000, l’Espagne 15.000, etc. Des quotas qui seraient surtout politiques et sont conformes à la volonté déjà exprimée par de nombreux pays, à commencer par l’Allemagne et la France. En pratique, en effet, la Commission européenne a peu de moyens pour forcer les Etats membres à accueillir un nombre défini de réfugiés, si ce n’est au plan des incitants financiers.

Au-delà des chiffres, Juncker pourrait faire des propositions pour accélérer les procédures d’asile et assurer l’expulsion des demandeurs d’asile déboutés. La Commission européenne veut ainsi relancer le chantier d’une liste commune de pays d’origine sûrs. Un vieux projet, proposé il y a 15 ans, qui n’a jamais pu voir le jour par une opposition conjuguée des Etats membres et du Parlement européen. Les Etats membres ne sont, en effet, jamais arrivés à se mettre d’accord sur une liste commune de pays. Tandis que le Parlement européen, qui voulait avoir son mot à dire, a fait annuler tout le dispositif législatif permettant son adoption. Du coup, chaque pays a fait comme il l’entendait. La France a ainsi mis à l’index une quinzaine de pays, comme l’Inde ou la Serbie. La générosité de l’accueil ne va cependant pas sans des mesures concrètes pour assurer le retour ceux qui n’ont plus le droit au séjour ou droit d’asile. Les empreintes digitales des migrants, ainsi que les ordonnances d’expulsion, devraient figurer dans un fichier central, consultable par tous les Etats membres afin d’éviter la libre circulation des illégaux. L’Agence européenne Frontex — dont le siège est à Varsovie — verrait ses moyens renforcer pour affréter des charters afin d’assurer le retour des déboutés. Enfin, la Commission européenne devrait demander un soutien financier accru du budget européen pour soutenir cet effort. Il est temps de mettre en place un « régime d’asile commun » à tous les Etats membres pourrait indiquer le chef de l’exécutif européen, autour de deux principes : la solidarité et la responsabilité.

Nicolas Gros-Verheyde

Article rédigé mardi soir et paru dans l’édition de Sud-Ouest du mercredi (avant le discours qu’a tenu le président de la Commission)

Un camp de toiles accueillant les réfugiés syriens en Jordanie (Crédit : HCR)

Les 5 leurres de l’Europe sur la crise des migrants, devenue crise des réfugiés

Un camp de toiles accueillant les réfugiés syriens en Jordanie (Crédit : HCR)

Un camp de toiles accueillant les réfugiés syriens en Jordanie (Crédit : HCR)

(B2) La crise actuelle des réfugiés était une crise plus que prévisible, depuis des mois, voire des années durant. Mais « les Européens » (voir encadré) se sont mis des oeillères devant les yeux, s’abritant derrière une série de leurres, pour ne pas devoir se confronter trop tôt à une crise qui leur « pète à la figure » et aboutit aujourd’hui à un réveil d’autant plus douloureux qu’il est tardif.

1° « Ce sont des migrants »

Le problème est que si pour une bonne part certains des migrants économiques, la plupart des autres fuient aussi des pays en guerre, deliquéscents ou autoritaires (Syrie, Yemen, Irak, Erythrée…) ou à l’avenir très incertain (Afghanistan, Libye, Soudan…). La crise actuelle n’est pas une crise de migrants, c’est une crise de demandeurs d’asile, c’est d’ailleurs là un des problèmes auxquels sont confrontés les Européens : on ne peut pas fixer de barrière à l’accueil des réfugiés sauf à renier les valeurs sur lesquelles s’est construite l’Europe comme la plupart des pays européens (préceptes révolutionnaires pour les uns, chrétiens pour les autres, philosophiques pour tous).

2° « Il n’y a qu’à renvoyer les migrants chez eux »

Cette formule simple, voire simpliste, n’était pas utilisée seulement à l’extrême-droite mais est totalement inapplicable. Comment renvoyer des Syriens, Erythréens, Somaliens, Yemenites dont le propre Etat est en débandade… ? Comment renvoyer des migrants qui viennent ou transitent par la Libye, Etat semi-failli et où quasiment aucun pays européen n’a plus d’ambassade ? Ce sont des questions de fond. A cela s’ajoutent des questions juridiques.

3° « Il faut une solution politique en Syrie »

Peu d’énergie a vraiment été mise pour résoudre la crise syrienne. Les uns clamaient que Bachar doit partir, les autres que la violence doit cesser, tous qu’il n’y avait qu’une solution, politique, à la crise, et non militaire. Personne n’a vraiment pris les devants et tiré les conséquences de cette maxime. Une solution « politique » devait impliquer la Russie comme l’Iran, parties prenantes dans le conflit, tout de remettre en cause certains jeux troubles de certains membres de l’OTAN (Turquie) comme de certains « amis » (Arabie Saoudite, Qatar, etc.). Encore aujourd’hui, on peut dire que l’effort est minimal. Même samedi à la réunion informelle des ministres des affaires étrangères de l’UE, ce sujet était encore un sujet très annexe…

Le flux des réfugiés syriens ne faiblit pas (source : HCR aout 2015)

Le flux des réfugiés syriens ne faiblit pas (source : HCR aout 2015)

Les chiffres d'accueil des réfugiés syriens en Europe (source : HCR, avril 2011 à 2015)

Les chiffres d’accueil des réfugiés syriens en Europe (source : HCR, avril 2011 à 2015)

4° « Aux pays voisins d’accueillir les Syriens, il faut les aider« .

Cette maxime était encore soutenable quand il ne s’agissait que de quelques centaines de milliers de réfugiés par pays (la première année de la guerre). Aujourd’hui, selon le HCR, la barre du 4 millions de réfugiés syriens « enregistrés » hors de Syrie est franchie. Sur ce nombre, la Turquie en accueille 1,8 million, le Liban 1,1 million et la Jordanie plus de 600.000. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter : on compte plus de 7 millions de personnes déplacées internes en Syrie). Cela devient insoutenable. Et il est logique que la marmite déborde… Les pays du Golfe n’étant pas très enthousiastes à accueillir des Syriens – tout comme les Syriens à aller chez eux – c’est vers l’Europe naturellement qu’ils se tournent. Et on ne peut pas dire que les Européens soient encore à la limite de leurs possibilités d’accueil. Depuis avril 2011, tous pays d’Europe confondus (UE et non UE), 348.540 (138.016 en 2014. La moitié de l’effort d’accueil repose sur 2 pays (Allemagne et Suède), un autre tiers sur 5 pays (Serbie, Hongrie, Autriche, Bulgarie, Pays-Bas), les autres n’accueillent que 20% des réfugiés… Il y a comme un problème !

5° « Ce n’est pas un problème européen, c’est aux Etats concernés d’agir »

Finalement jusqu’à encore quelques jours, chacun se retranchait derrière les pays de « première ligne ». L’Italie, la première, avec Malte, et la Grèce dans une seconde mesure ont appelé depuis des années l’Europe à ouvrir les yeux, à davantage de solidarité. La question a été évoquée officiellement en novembre et décembre 2013 … pour finir par dire qu’il fallait attendre. Les réfugiés et migrants arrivaient à Lampedusa, dans les iles grecques, en Bulgarie et dans les Balkans (*), dans un silence quasi-généralisé… sauf quand un naufrage faisait plus de 500 morts. Il a fallu que la crise déborde ces 2-3 pays, qu’elle atteigne d’autres pays – de seconde ligne – la Hongrie, l’Autriche, la France … – pour que la conscience commence à prendre. Il a fallut que Viktor Orban, érige un fil barbelé le long de la frontière hongroise avec la Serbie (**), symbolique inacceptable pour les Européens, pour que les bonnes consciences se réveillent, tout comme la photo du petit Eylan a symbolisé le martyr de ces réfugiés syriens.

Au final, une logique similaire à la crise financière : une absence de vision politique

Dans le schéma de réaction de crise, l’Europe a eu, la même (absence de) réaction, coupable et couteuse, la même volonté de s’exempter de toute prise de responsabilité que lors du début de la crise financière où on a perdu de précieux mois, voire plusieurs années, avant d’analyser que la crise financière toucherait le continent européen, puis les pays du coeur de l’Europe.

(NGV)


 Européens et Européens….

J’emploie le terme d’Européens au sens de système politique européen. Il est certain que les responsabilités ne sont pas partagées à parts égales. La Commission européenne, du moins à l’arrivée de JC Juncker, F. Mogherini, de D. Avramopoulos en particulier, a pris assez rapidement la juste mesure du problème, proposé des mesures, même si celles-ci pouvaient sembler timides. Le rôle de Donald Tusk, le président du Conseil européen, est plus difficile à cerner, non qu’il n’ait pas su prendre l’ampleur du problème mais sa crainte d’accentuer une division bien réelle entre Chefs d’Etat et de gouvernement l’a fait hésité à mettre son poids dans la balance, préférant le sujet ukrainien ou russe plus « populaire », électoralement parlant dans son pays d’origine, la Pologne. Il a ainsi préféré jouer le petit notaire de province plutôt que l’avocat de la cause européenne, à l’image de nombre de dirigeants européens. Quant au rôle des Etats membres, peu de dirigeants européens ont vraiment cherché à mettre ce sujet en haut de leurs priorités, à accélérer le processus de décision, la prise de conscience dans l’opinion publique. Seul l’Italien Matteo Renzi, souvent raillé dans les milieux européens, et le Premier ministre maltais ont joué le rôle de sonnette d’alarme, rejoints ensuite par le Hongrois Orban, l’Autrichien Fayman et finalement la chancelière Merkel qui s’est, seule, finalement montré à la hauteur de l’évènement… avec deux ans de retard !


(*) Les routes de méditerranée centrale – via la mer en Italie et Malte – et orientale sont utilisées par différentes nationalités. Mais on estime généralement que la route orientale est utilisée davantage par les Syriens, Irakiens et Afghans tandis que la route centrale est utilisée davantage par les Erythréens, Soudanais et subsahariens, ainsi que les Syriens (en moins grand nombre).

(**) Le Premier ministre hongrois ne fait que traduire en gestes ce que pensent la plupart des dirigeants de l’Est qui sont en train d’ériger une nouvelle division entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, division imperceptible car a priori uniquement politique, mais bien réelle malgré tout. Si cette division persiste, elle pourrait laisser autant de traces, voire plus, que le « schisme irakien » en 2003 avec la plupart des pays de l’Est qui avaient rejoint avec tambours et trompettes le camp interventionniste de G. Bush, T. Blair, M. Aznar et JM Barroso.

Lire aussi :

Et la rubrique Asile Immigration de B2

Un train pour la Suisse

Remember 1956 Viktor Orban ! Quand les Européens étaient un peu plus solidaires

Un train pour la Suisse

Un train pour la Suisse

(B2) Octobre 1956, la révolution de Budapest vient d’être écrasée dans le sang, les frontières sont ouvertes, le régime a laissé les frontières ouvertes, préférant voir passer à l’étranger une majorité de sa jeunesse et les fauteurs de trouble. Près de 200.000 Hongrois fuient en Autriche, d’abord, et en Yougoslavie ensuite, puis sont réinstallés dans plusieurs pays. Une certaine solidarité se met en place…

Un flux régulier et rapide

En quelques jours, entre la fin octobre et le 7 novembre, 15.000 Hongrois arrivent en Autriche, dont 10.000 Hongrois pour le seul week-end du 4 au 6 novembre, témoigne le HCR. La semaine suivante, cela s’accélère. A la mi-novembre, 36.000 réfugiés sont arrivés. « L’exode s’amplifie, atteignant 80.000 fin novembre, avec un maximum atteint de 8500 personnes atteint en une seule journée » écrit Louis Henry dans la revue Population (publié par Persée, télécharger ici). Et le flux continue les mois suivants. Nous sommes en plein hiver. Il fait froid. La neige a fait son apparition. L’Autriche ouvre des camps, des écoles. Les particuliers, les églises se mobilisent. En Yougoslavie, les hotels de la côte sont réquisitionnés pour accueillir les réfugiés. Au total, jusqu’à début mars 1957, 173.000 hongrois arrivent en Autriche, et 18.600 arrivent en Yougoslavie. Vienne et Belgrade accueillent mais demandent l’aide et la solidarité des Européens et des Occidentaux.

La réinstallation non sans difficultés

Un plan de réinstallation est mis en place, non sans difficultés… Une note interne à l’OTAN retrace les appels à l’aide de l’Autriche et de la Yougoslavie et leurs difficultés à prendre en charge cette masse de réfugiés sur une durée longue. « Les gouvernements autrichien et yougoslave ne peuvent à eux seuls prendre soin de ces réfugiés, les entretenir et leur fournir les secours immédiats dont ils ont besoin. (…) En dépit d’une aide financière considérable accordée par les gouvernements et de source privée, les gouvernements autrichien et yougoslave ont jusqu’à présent supporté une part excessive de cette charge » poursuit la note du comité politique de l’Alliance (à télécharger ici).

Des Européens un peu plus solidaires

Mais, à l’échelle de l’évènement, et de la situation d’aujourd’hui, on peut remarquer que la mobilisation et la prise en charge est rapide. « C’était le premier mouvement dans lequel les réfugiés étaient reconnus en masse » souligne António Guterres, le Haut commissaire aux réfugiés (HCR), en 2006, lors de la commémoration des 50 ans de cet exode. « Nous avions réinstallé 100 000 personnes dans les dix premières semaines ce qui, je crois, est inimaginable aujourd’hui. » Fin février 117.000 Hongrois sont ainsi repartis d’Autriche vers plusieurs pays, grâce à une politique de « quotas » d’accueil mis en place.

Mais la France et les Etats-Unis… déjà très pingres

L’accueil est très inégal cependant. En chiffres absolus, ce sont les Etats-Unis (28600), le Royaume-Uni (18700), le Canada (13600), l’Allemagne (11600), la Suisse (10300) et la France (8900) qui accueillent le plus grand nombre des réfugiés en chiffres absolus. Mais, en part relative (par rapport à la population), c’est la Suisse (2000 réfugiés par million d’habitants), Israel (910/million habitants), le Canada (850/million) et la Suède (550 par million) qui font le plus d’effort. Plusieurs pays (Australie, Allemagne, Canada, Royaume-Uni, Norvège, Suède et le Venezuela) lèvent rapidement les plafonds indiqués au préalable ou l’augmentent de façon notable. L’Allemagne (déjà !) s’engage à accueillir, à elle seule, 10% des réfugiés. C’est le seul « grand pays » à dépasser la barre de 500 réfugiés par million d’habitants accueillis. Au final, ce sont les Etats-Unis et la France qui sont les plus pingres, qui accueillent le moins de réfugiés…« Résultat conforme à leur attitude restrictive en matière d’accueil des réfugiés » écrit Louis Henry.

Commentaire : le Premier ministre Hongrois, Viktor Orban, et les dirigeants de l’Est de l’Europe, qui se réunissent en sommet ce vendredi, à Prague, devraient se rappeler la solidarité qui a marqué l’accueil de réfugiés, à commencer par l’Autriche et l’Allemagne qui ont assuré. A l’époque, l’Autriche qui se relevait à peine de la Seconde guerre mondiale aurait pu fermer ses frontières. Et l’Europe aurait pu laisser tomber l’Autriche et la Yougoslavie. Cela n’a pas été le cas… Un peu de décence, et tout simplement de mémoire historique, serait bienvenu de la part de ses dirigeants. Mais le manque de solidarité n’est pas l’apanage des pays d’Europe de l’Est. On peut remarquer la position plutôt gênée, et pour tout dire peu généreuse de la France comme du Royaume-Uni. A l’extérieur de l’Europe, les Etats-Unis tout comme la Russie, qui ont une part de responsabilité dans le drame syrien et sont également membres du Conseil de sécurité de l’ONU, devraient faire un effort notable.

Série d’été – les mails d’Hillary. Libye 2011. Le rôle notable de l’Egypte

(B2) L’Égypte s’est engagée concrètement en Libye, en 2011, beaucoup plus que la version officielle le laisse penser, à lire les différents échanges de mail qu’a reçu Hillary Clinton quand elle était en poste au secrétariat d’État US.

L’engagement des forces spéciales égyptiennes (avec les Français et Britanniques)

Une source « extrêmement sensible » détaille ainsi dans un mail de mars 2011 « que les rebelles reçoivent une assistance directe et la formation d’un petit nombre d’unités de forces spéciales égyptiennes, alors que les troupes françaises et britanniques d’opérations spéciales travaillent à partir de bases en Égypte, le long de la frontière libyenne. Ces troupes sont chargés de contrôler le transfert d’armes et de fournitures pour les rebelles. »

Les succès des rebelles début 2011, un succès égyptien aussi ?

« Depuis les premiers jours de la crise libyenne, les Égyptiens soutiennent en coulisses les forces de la rébellion » indique ainsi une source diplomatique. « Les troupes des forces spéciales égyptiennes servent aux côtés des rebelles dans l’Est de la Libye ». « Un haut gradé égyptien affirme en privé que ses troupes sont responsables de nombreux succès militaires des rebelles » confirme-t-on à Hillary Clinton.

Une volonté de discrétion

Mais la discrétion est de mise car Le Caire ne veut pas apparaitre trop lié aux forces occidentales. La diplomatie égyptienne entend souligner « la nécessité de défendre les Libyens contre le régime de Kadhafi. Mais en même temps à se distancer d’une intervention dirigée par les anciennes puissances coloniales européennes ».

Des intérêts multiples et ambigus

Les intérêts de l’Égypte sont en effet multiples : 1° géopolitique — La défection du leader libyen M. Kadhafi et « la division politique de la Libye donneraient à l’Égypte l’opportunité de combler le vide à l’Est » et lui conféreraient le statut de puissance régionale — ; 2° sécuritaire — éviter un afflux massif de réfugiés et contenir la menace djihadiste qui apparait à mesure que le conflit se poursuit — ; 3° économique« Environ 1,5 million d’Égyptiens vivent et travaillent en Libye et effectuent des versements vers l’Égypte à hauteur de 254 millions $ ».

(JB avec NGV)

Tender Werra

Le navire Werra (Eunavfor Med) à la rescousse de migrants en détresse

Tender Werra

Le Werra en mer (crédit : SEAE / Eunavfor Med)

(B2) Le navire de soutien allemand, Werra (A-514) engagé dans l’opération européenne de lutte contre les trafiquants en Méditerranée (EUNAVFOR Med) est intervenu ce mercredi au secours de deux navires en difficulté au nord de la Libye.

233 personnes récupérées

En début de matinée, le Centre italien de coordination de sauvetage maritime (IMRCC) a sonné l’alerte, demandant aux navires les plus proches d’intervenir sur deux bateaux possibles en détresse dans les eaux internationales, au nord de la côte libyenne. Le navire allemand « Werra», qui était sur la zone, « a localisé deux petits canots, chargés de migrants qui naviguent dans des conditions difficiles » précise un communiqué du Service diplomatique européen. « 233 migrants ont pu être récupérés à bord ». Le navire se dirige vers le port de Catane, défini comme port de débarquement par l’IMRCC.

Cette intervention est la première du genre pour une des unités d’EUNAVFOR Med. Même si leur mission n’est pas dédiée au secours en mer, les navires européen ont l’obligation « conformément à la loi internationale (…) de prêter assistance aux personnes en détresse en mer, sans égard à leur nationalité, le statut et les circonstances » précise le SEAE. Le Werra, comme les autres unités EUNAVFOR MED sont d’ailleurs « prêts et équipés pour effectuer les tâches connexes, secouru les migrants ».

(NGV)

Le Godetia à la rescousse d’un nouveau navire de migrants

(B2) Le navire belge, engagé dans l’opération Frontex, le Godetia a assuré le sauvetage de plusieurs navires ces derniers jours. Mardi (2 juin), c’étaient 134 migrants qui étaient récupérés. Les migrants qui « se trouvaient sur un bateau à la dérive et surchargé » précise-t-on à la Défense belge. « Certains passagers ont dû recevoir une aide médicale ». Le Godetia en ainsi à sa deuxième opération de sauvetage depuis son implication dans l’opération Triton. Vendredi dernier, le navire belge avait déjà été à la rescousse d’environ 200 migrants, à bord d’un bateau dont « le moteur était tombé en panne », selon la version officielle. Des Syriens et Soudanais essentiellement. C’était dans le cadre d’une opération plus vaste de diverses marines, italienne et européennes dans lesquels près de 5000 naufragés avaient été récupérés en 2 jours (lire : Au large des côtes libyennes, les marines européennes unies pour sauver plus de 4000 migrants des eaux)

(NGV)