Les pirates repartent à l’attaque dans le Golfe d’Aden. L’Aris 13 capturé

(B2) Les pirates somaliens ont refait parler d’eux. Ils ont attaqué et capturé, un pétrolier émirati, battant pavillon des Comores, l’Aris 13. L’information a été confirmée, mardi (14 mars) par le QG de l’opération européenne anti-piraterie (EUNAVFOR Atalanta) à Londres. Montés à bord, les pirates ont détourné le navire vers leur repère, et l’Aris 13 a été « ancré au large de la côte nord du Puntland, près d’Alula ». Selon nos dernières informations, après les premiers repérages, les pirates auraient fait bougé le navire d’une vingtaine de miles nautiques plus à l’ouest. L’Aris 13 compte huit membres d’équipage.

Un avion d’Atalanta en survol

L’information est restée en pointillé pendant quelques heures. Le capitaine du navire avait émis une alerte de détresse (mayday) disant que deux skiffs se dirigeant sur son navire dans le golfe d’Aden. À la réception de l’alerte, un P3 Orion (avion de patrouille maritime) de la Force navale de l’UE (EUNAVFOR) a immédiatement décollé de sa base à Djibouti pour repérer le pétrolier et prendre contact radio avec le capitaine du navire.

Une situation restée peu claire… jusqu’à la demande de rançon

Mais, malgré la visualisation du navire à plusieurs reprises, aucun contact n’a pu être établi. La situation à bord « est restée peu claire jusqu’à la fin de l’après-midi, lorsque le quartier général opérationnel de la Force navale de l’UE à Londres a pu établir un contact téléphonique avec le capitaine du navire ». Le capitaine a alors « confirmé que des hommes armés étaient à bord de son navire et qu’ ils réclamaient une rançon pour la libération du navire ».

Une surveillance active avec les moyens du bord

« Tous les moyens disponibles de la Force navale de l’UE continuent de surveiller la situation », précise-t-on au QG d’Atalanta. C’est-à-dire, selon nos informations, essentiellement un avion de patrouille maritime qui permet « de surveiller la situation » (NB : les forces internationales n’ont pas vocation à opérer une reprise de force, surtout aussi près des côtes). L’opération ne compte plus aujourd’hui qu’un seul navire, le navire espagnol Galicia (L51) (lire : La route de l’océan indien, le Galicia la connait) et deux avions de patrouille maritime de type P3 Orion (un Espagnol et un Allemand, basés à Djibouti). Mais elle peut aussi compter sur le renfort des différents navires des marines qui croisent dans la région régulièrement (français, britannique, américain…), notamment pour les opérations de la coalition en Iraq (1).

Le retour d’une piraterie active

C’est la première attaque ‘réussie’ depuis 2012, mais pas la première attaque (contrairement à ce qu’indique l’agence Reuters). Il y a déjà eu plusieurs tentatives (qui n’ont jamais été très loin). Mais les militaires européens qui surveillent de près la piraterie étaient encore inquiets.

La piraterie n’est pas terminée

Tout récemment (la semaine dernière), je discutais avec un haut gradé européen sur le futur de certaines opérations telle d’Atalanta et la nécessité de les reconfigurer, voire de les clore à l’issue du mandat actuel (jusqu’à fin 2018). Il avait été très clair sur les intentions : « On ne veut pas fermer Atalanta. Car elle n’a pas fini sa mission. Il faut se rappeler que la piraterie ce sont trois éléments réunis : une question d’opportunité, des capacités et l’intention de passer à l’acte. On a limité la piraterie car on leur a coupé certaines opportunités d’agir.»

… et durera tant qu’un État solide ne sera pas établie

« Mais si on supprime ce pilier, cela repart immédiatement [comme en 2007-2008], car l’intention de passer à l’attaque demeure ». La dernière attaque le prouve amplement. « Quant aux capacités, elles demeurent (ou ont été reconstituées). Pour les supprimer, il faudrait agir sur la côte. C’est-à-dire établir des États. Il faut se rappeler que la piraterie s’est arrêtée en Méditerranée quand on a établi les États tout au long des côtes. »

Autrement dit tant que l’État somalien n’aura pas rétabli son autorité sur toutes les côtes, la piraterie restera, et il y aura besoin d’une ‘béquille’ internationale pour empêcher (ou limiter plutôt) toute action des pirates somaliens, en quête d’une proie et de millions de dollars flottants.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(1) L’opération anti-piraterie de l’OTAN ‘Ocean Shield‘ a été arrêtée à la fin 2016 Dans les faits, selon nos informations, elle avait été mise en veilleuse depuis plusieurs mois, en grande partie, faute de moyens maritimes disponibles et du fait de la diminution de la piraterie.

MIchaelMoore

Les pirates somaliens se disputent la rançon d’un journaliste libéré. 3 morts

MIchaelMoore

C’est après la libération de Michael Scott Moore (ici sur la photo lors de sa détention) que les pirates se seraient entretués

(B2) Le partage d’une rançon entre pirates somaliens aurait mal tourné jeudi (25 septembre) à Galkayo (région de Mudug). Au moins cinq personnes ont été tuées lors d’échanges de coups de feux entre deux groupes de pirates dans le quartier de Barahley, au sud de Galkayo, selon le site Garowe Online. 3 pirates ont trouvé la mort et 2 civils également. Un des « piliers » de la piraterie, Ali Dhuule, figurerait parmi les morts, selon le site somalien. Les deux groupes se disputaient apparemment le partage de la rançon versée pour la libération du journaliste germano-américain (plus de 1,6 millions $).

Michael Scott Moore a été libéré mardi (23 septembre) après 2 ans et 1/2 de captivité. Possédant la double nationalité (allemande et américaine), il avait été capturé le 21 janvier 2012, à Galkayo, alors qu’il menait des recherches pour écrire un livre sur la piraterie. Vivant à Berlin, il travaille pour Der Spiegel et est le correspondant européen de Miller-McCune Magazine. Il est aussi l’auteur d’un ouvrage renommé dans le milieu du surf « Sweetness and Blood: How Surfing Spread from Hawaii and California to the Rest of the World, with Some Unexpected« .

Juste après sa libération, il a été conduit dans un petit avion vers Mogadiscio où il a été pris en charge médicalement avant d’être évacué sur le Kenya. Il est en « bonne condition étant les circonstances » a précisé un personnel des renseignements allemands, selon Der Spiegel.

Dernières nouvelles de la piraterie (26 mai 2013)

(BRUXELLES2) Un avis d’alerte a été lancé par les forces maritimes anti-piraterie signalant une « augmentation » des approches suspectes sur des navires marchands, la majorité située le long des côtes ouest du golfe d’Aden. Mais après visite de ces embarcations suspectes, les militaires ont été « incapables de confirmer (si) les skiffs ou petites embarcations avaient bien tout l’attirail des pirates », en particulier les échelles d’embarquement.

(crédit : marine Néerlandaise)

Relève néerlandaise pour Ocean Shield

La frégate de défense polyvalente néerlandaise HNLMS Van Speijk (F-828) arrive dans l’Océan indien pour participer à la mission de lutte contre la piraterie de l’OTAN (Ocean Shield). Elle avait quitté le port de Den Helder le 12 mai, avec 168 militaires à bord, dont une équipe d’infanterie de marines chargés d’inspecter les bateaux suspects ou d’arrêter d’éventuels pirates. Le HNLMS Van Speijk est la « première frégate polyvalente modifiée (M frégate) à être déployée sur les opérations » précise l’Etat-Major de la marine néerlandaise. La modernisation a permis de doter ces navires d’un tout nouveau centre de commandement et un nouveau mât avec des capteurs électro-optiques modernes, permettant d’opérer de manière plus efficace dans les eaux littorales. Des modifications identiques permettront de moderniser l’autre frégate néerlandaise, Van Amstel HNLMS, ainsi que les deux frégates M en service dans la marine belge.

Une rançon a bien été payée pour le Mv Blida

L’armateur saoudien du Mv Blida, navire battant pavillon algérien, a reconnu avoir versé 2,6 millions $ aux pirates somaliens, pour la libération du navire et de ses 27 marins, selon le quotidien algérien Ennahar cité par l’AFP. Le gouvernement algérien « refusait de négocier ou de payer une rançon », a expliqué Reith Rachad Feraoun, président du Groupe Feraoun. « L’Algérie n’a pas payé un seul dinar pour cette libération. J’ai payé la totalité » a-t-il précisé, dédouanant ainsi le gouvernement algérien qui a, maintes reprises, s’est fait le chantre du refus de versement des rançons. « Je pensais aux marins, je n’avais aucun intérêt à libérer le vraquier et le ciment qui était à bord. Tout était assuré à 100% et les compagnies d’assurances allaient rembourser ». Les négociations se sont déroulé avec un intermédiaire. « J’ai négocié via un homme qui s’appelait Abou Ali ou Abou Ahmed. Après accord avec les pirates sur la somme, je l’ai payé en une fois et en liquide. (…) J’ai retiré l’argent au Liban car c’est le seul pays où l’on peut tirer une pareille somme sans obstacles. (…) Nous avons pris un petit avion et balancé l’argent au dessus du navire ».NB : certains membres du groupe de Garaad, responsable de la négociation de la rançon du navire algérien, ont été arrêtés en février 2012 par la police du Puntland. Lire : 11 pirates arrêtés au Puntland

Les 4 marins libérés du Hansa Marburg libérés (Golfe de Guinée)

(crédit Leonhardt & Blumberg)

Quatre marins du navire allemand Hansa Marburg, enlevés au large de la Guinée équatoriale, le 22 avril, ont été libérés. Les marins avaient été attaqués par des hommes armés à 130 miles (210 km) au sud-ouest de Malabo, en Guinée équatoriale, et pris en otage. Les 2 Ukrainiens, un Russe et un ressortissant de Kiribati sont en bonne santé, a annoncé l’armateur de Hambourg, Leonhardt & Blumberg, dans un communiqué publié vendredi (24 mai). La compagnie n’a cependant pas voulu donné de « plus de détails sur leur libération pour éviter d’encourager d’autres actes criminels de ce type ».

L’équipage du MV Leopard libéré. Une rançon importante versée

Le Mv Leopard (crédit : Shipcraft)

(BRUXELLES2) Les six membres du MV Leopard — 2 Danois et 4 Philippins — détenus par les pirates somaliens depuis plus de deux ans « sont maintenant sains et saufs » vient d’annoncer le ministre danois de la Défense, Nick Hækkerup. Les hommes des forces spéciales de la marine danoise (Frømandskorpset) avec l’hélicoptère de la frégate Iver Huitfeldt ont récupéré les otages sur les côtes somaliennes dans des circonstances qui n’ont pas été détaillées par les autorités danoises. « Søren Lyngbjørn et Eddy Lopez et leurs 4 collègues philippins » ont été « mis en sécurité », à bord de la frégate et ont « reçu des soins médicaux » précise le ministère danois de la Défense.

Des « criminels cyniques »

Le ministre des Affaires étrangères, Villy Søvndal, a lancé un appel à la presse pour laisser les marins libérés en « paix » quelques temps et leur permettre « de se concentrer sur son retour à une vie dans la liberté et d’être avec leurs familles après la conclusion d’une longue période en captivité ». Il avait auparavant condamné « dans les termes les plus forts » les preneurs d’otages. « Ce sont des criminels cyniques et sans scrupules qui méritent d’être capturés et traduits en justice. Et même si les efforts internationaux de lutte contre la piraterie ont limité la capacité des pirates somaliens à prendre de nouveaux otages, de nombreux marins sont encore en captivité. »

Les otages sans le navire

Les six marins avaient été capturés en janvier 2011, au large des côtes d’Oman alors que le MV Leopard estimant être sorti de la zone dangereuse, venait de se séparer de son équipe de sécurité (lire sur Somalia Report: Mystery of Missing MV Leopard Crew Member). Le navire avait été endommagé lors de l’attaque et n’était plus utilisable. Les pirates – qui opéraient loin de leur base à l’aide d’un bateau mère qu’ils avaient également capturé – avaient alors décidé d’abandonner le navire à la dérive et de conserver uniquement les otages. Technique plutôt originale dans les modalités habituellement suivies par les pirates. Lire : Dans le Golfe, les pirates s’en donnent à coeur joie

Une rançon importante versée

« Depuis l’enlèvement, nous nous sommes battus tous les jours, aidés de nos conseillers, pour trouver une solution » a expliqué Claus Bech, le directeur de Shipcraft, l’armateur du MV Leopard, tenant à remercier « les experts externes et les autorités danoises pour leur aide et leur assistance durant cette période difficile ». Cette affaire des otages a traîné pendant plus de deux ans. (Mais) Nous sommes une très petite entreprise. Et les pirates avaient des attentes irréalistes pour obtenir une rançon » a-t-il précisé. Même s’il n’a pas voulu précisé le montant de la somme versée « par souci de toutes les situations de prise d’otages à venir », le directeur a cependant convenu qu’une rançon « plus élevée que lors des précédentes prises d’otages où des Danois avaient été impliquées » avait été versée.

NB : les rançons versées pour les navires varient de 1,5 millions $ à 13 millions $ (selon notre base de données). Pour la libération du navire danois M/V CEC Future, une rançon de 1,7 millions de $ avait été versée. Mais c’était début 2009. Pour la libération du navire allemand MV Beluga Nomination, une rançon de 5 millions $, en avril 2011, avait été versée.

Commentaire : si l’on ne peut que se réjouir de l’issue heureuse de cette prise d’otages, surtout après une aussi longue durée, on ne peut cependant qu’être inquiet du versement d’une somme d’argent importante qui va redonner aux pirates le souffle d’air qui leur manquait jusqu’ici pour mener des opérations. Gageons (espérons) cependant que des actions, discrètes, sont mises en oeuvre pour soit mettre la main sur certains des auteurs, soit sur une partie de l’argent, afin de neutraliser cet effet négatif

Lire aussi : 54 otages et 2 navires aux mains des pirates

Un équipage sino-vietnanien libéré. Taiwan et la Chine se parlent, via Bruxelles

(crédit : Eunavfor)

(BRUXELLES2) Les pirates somaliens ont libéré, mercredi (18 juillet), l’équipage du chalutier de pêche taïwanais, le FV Shiuh Fu n° 1, capturé le jour de la Noël 2010 près des côtes malgaches. 26 personnes à bord (13 Chinois, 1 Taïwanais et 12 Vietnamiens) ont été récupérées saines et sauves par un navire de guerre chinois… qui a mis le cap sur Dar-es-Salaam (Tanzanie), où des plénipotentiaires des trois pays concernés devaient recueillir leurs ressortissants.

Une rançon a bien été versée selon nos informations, « droppée » par voie des airs (comme c’est de coutume), le 17 juillet. D’un montant de 3 millions de $, son versement aurait provoqué, selon Somalia Report, un divorce entre les pirates, entre ceux qui gardaient les prisonniers (du groupe des Ilaalo commandé par Heeryo) et les autres participants à l’opération de piraterie, notamment les investisseurs.

Une opération de récupération menée de concert entre Chinois et Européens

L’opération de récupération des otages a été menée discrètement avec le soutien des Européens. L’équipage avait, en effet, été transféré du navire dans un lieu tenu secret près de Hobyo, un des principaux « ports » pirates. Et le navire avait été abandonné et rendu impropre au service (il était utilisé occasionnellement comme bateau-mère selon certaines versions). Toute la difficulté de l’opération consistait donc de pouvoir récupérer, rapidement et sans dommages, un équipage affaibli par plus de 18 mois de détention.

Dialogue via le QG d’EUNAVFOR

La délégation de Taiwan à Bruxelles avait demandé l’assistance des Européens. Seulement, le jour dit de la libération, le navire le plus proche des coalitions anti-pirates se trouvait être un navire chinois, … de Chine continentale. Le plus proche navire d’EUNAVFOR se trouvant – selon un officier européen – à environ 48 heures de là. Ce sont les structures de gestion de crise à Bruxelles qui ont servi d’intermédiaire. Des contacts furent donc pris entre l’OHQ de Northwood – commandant la flotte européenne – et l’amiral commandant la flotte chinoise. Celui-ci promis alors d’envoyer son navire sur zone. Le repérage des skiffs dans lesquels se trouvaient les otages pouvait, au besoin, être assuré un avion de patrouille et de reconnaissance P3 Orion, allemand. Mais finalement, le navire chinois a pu récupérer sans encombres tous les marins, sains et saufs…

Décidément en mer, les barrières politiques s’effacent. Et les pirates ont réussi un nouveau « miracle » : faire se dialoguer Taïwan et Chine continentale via Bruxelles !

(NGV)

Le Mv Liquid Velvet libéré

(B2) Le MV Liquid Velvet a été libéré le 5 juin dernier. Ce chimiquier grec avait été capturé le 31 octobre dernier avec 22 hommes d’équipage à bord alors qu’il transitait de Suez vers l’Inde. Les pirates avaient tenté un moment de l’utiliser comme un bateau-mère permettant d’attaquer d’autres navires. Mais les forces anti-pirates avaient réussi à bloquer cette tentative. Même si ce n’est pas officiellement confirmé, la libération a eu lieu contre une rançon. Les pirates en décembre demandaient environ 8 millions $, selon le site Somalia report.

Comment négocier avec les pirates ? Petit guide à destination des Européens

(crédit : marine nationale française / DICOD)

(BRUXELLES2) Comment l’UE pourrait-elle mieux négocier avec les pirates somaliens pour ne pas se ruiner en rançons et rendre ainsi la piraterie moins attractive ?  C’est un peu la trame du mémoire de Master de Alix Willemez que nous avons reçu (et lu). En analysant le processus de négociation du paiement des rançons, cette étudiante du Collège de Bruges émet quelques recommandations. D’ailleurs, c’est le titre du mémoire: « Petit guide de négociations avec les pirates somaliens pour les négociateurs européens ». La négociation est une partie de « l’approche globale » que l’UE semble avoir oublié, explique-t-elle. Et il serait temps que l’Union européenne s’y penche.

Première recommandation : Créer une cellule européenne de négociation

Partant du principe que les négociations pour le paiement de la rançon sont effectuées sur une base nationale (que ce soit directement par l’entreprise propriétaire du bateau capturé, par une agence gouvernementale de type GIGN, ou bien encore par un négociateur indépendant), et qu’il n’y a pas de coordination au niveau européen, la recommandation principale est de créer une une équipe européenne de négociation (EU CMT: European Union Crisis Management Team) spécialisée dans les affaires de piraterie. L’objectif est d’apporter une réponse coordonnée à chaque demande de rançon, afin de réduire au maximum celle-ci. Cela permettrait également de rassembler des informations sur les pirates afin de mieux les comprendre et faciliter ainsi les négociations.

Mieux communiquer avec les pirates: pourquoi ne pas utiliser Skype ?

Il existe un paradoxe néfaste pour les négociations souligne l’auteure du mémoire. Alors que la zone d’action est très bien couverte par les télécommunications, les négociateurs n’utilisent pas tous les moyens modernes à leur disposition. Ainsi, pourquoi ne pas utiliser Skype ? Un contact visuel renforce la relation entre le négociateur et le pirate, et permet de lire les émotions en face. Par ailleurs, il faut chercher des informations sur les pirates à qui on parle: en utilisant les réseaux sociaux, que ces derniers utilisent de plus en plus depuis que la piraterie est devenue une activité organisée avec des moyens logistiques de plus en plus considérables. A cet égard, « l’UE doit être une institution moderne, et non pas laissée à la traîne à cause d’une structure bureaucratique« .

Parler la langue des pirates: pas inutile…

L’équipe européenne devrait toujours avoir un native-speaker somalien ainsi qu’un « expert culturel » sur le pays pour aider les négociateurs. Au moins pour « dire quelques mots en Somali » et permettre ainsi d’établir une meilleure relation entre les négociateurs et les pirates…

Utiliser l’expérience d’anciens otages au niveau européen

Au lieu de faire des débriefings nationaux avec les otages libérés, il faudrait que ces débriefings soient faits sous la supervision de l’UE, avec l’équipe européenne de négociation présente pour prendre des informations sur le mode de vie des pirates à bord des bateaux. EUNAVFOR recommande déjà cela, sans pour autant fournir les moyens nécessaires à cette coordination.

Mieux gérer le paiement des  rançons et tracer les flux financiers qui en découlent

Concernant le paiement de la rançon, une possibilité consisterait à créer une agence de l’UE pour gérer cela, afin que cette activité ne devienne pas un marché pour certaines entreprises. Mais cela signifierait la reconnaissance du paiement, ce dont les Etats ne veulent pas. Ils n’admettent pas officiellement avoir payé de rançon, préférant éviter (autant que faire se peut) une publicité qui risquerait de rendre cette activité plus attractive encore. Une autre possibilité consisterait alors à dédier deux avions d’Atalanta à la livraison de la rançon. Il faut aussi enquêter pour tracer les flux financiers liés à ces rançons: ce devrait être le rôle d’Europol et d’Interpol, selon ce mémoire.

S’assurer que les pirates relâchent les otages comme prévu

Afin d’être sûr que les pirates relâchent les otages après la rançon payée, les navires d’Atalanta devraient escorter les bateaux jusqu’au port et garantir ainsi que les otages n’auront pas à entamer de nouvelles négociations (et payer une rançon supplémentaire) pour être effectivement libérés. NB : cette action d’accompagnement et de protection est déjà assurée soit à titre national, soit si le bateau n’est pas disponible par un des navires européens ou de l’OTAN.

Autoriser les VPD et attaquer les pirates quand c’est possible

Enfin, l’étudiante encourage le Parlement Européen à légiférer sur l’utilisation des équipes de protection embarquées (Vessel Protection Detachment, VPD) afin qu’elles protègent au moins les plus gros bateaux transportant les cargaisons les plus chères. De plus, elle considère qu’il faut attaquer les pirates quand ce n’est pas trop dangereux pour les otages, « sur le modèle français » (en référence à l’intervention pour la libération des otages du Ponant). De même, il ne faut pas payer trop facilement, « comme le font la Grèce et l’Italie ».

En conclusion, Alix Willemez rappelle qu’une approche globale, vraiment globale, est nécessaire. Elle appelle notamment à développer l’utilisation des VPD, ce qui devrait réduire les coûts d’Atalanta et lui permettre de continuer après 2014. Mais aussi à développer les capacités judiciaires et pénales en Somalie.

Télécharger le mémoire ici.

3500 pirates somaliens et 170 millions $ de rançon en 2011 selon l’UNODC

(BRUXELLES2) Les pirates somaliens ont réalisé en 2011 un chiffre d’affaires de 170 millions $ en rançon, soit une nette augmentation par rapport aux 110 millions $ obtenus en 2010, selon les chiffres communiqués par l’UNODC, l’agence des Nations-Unies contre la criminalité et la drogue, à la conférence sur la Somalie à Londres. Et on peut estimer à environ 3500 les personnes qui travaillent comme pirates, dans le Golfe d’Aden et l’Océan indien a déclaré Wayne Miller de l’UNODC. Ces estimations sont basées sur des discussions avec des pirates en Somalie en novembre dernier, selon l’agence Bloomberg. NB : Ce chiffre apparait réaliste quand on sait que 1000 suspects ont déjà été incarcérés (et plus de la moitié déjà condamnés à des peines de prison). Et que régulièrement les marines déployées dans l’Océan indien arrêtent des suspects puis les libèrent, faute de preuve ou de lieux de poursuite. Environ un millier ont été libérés cette année, selon des sources diplomatiques.

11 pirates arrêtés au Puntland

(BRUXELLES2) La police du Puntland (région autonome de Somalie) a arrêté 11 pirates dans le village de Gabac près Eyl. « La police est venue en patrouille de l’océan, elle a arrêté 11 pirates, avec des armes, de l’essence. » a expliqué le général Khalif Issa Mudan lors d’une conférence de presse à Garowe, relate le site Somalia Report. « Un bateau rapide des pirates a été saisi et détruit. (…) Les pirates ont essayé de fuir ». Ces suspects sont membres du groupe de Garaad, qui est responsable de la négociation de la rançon du navire algérien MV Blida. Ils vont être traduits devant le tribunal de Garowe. « D’autres arrestations pourraient suivre » a prévenu le général.

Un tanker libéré par les pirates

(B2) L’Olip G, un tanker appartenant à un armateur grec et battant pavillon maltais, a été libéré dimanche matin par les pirates. Il avait été capturé en septembre 2010. C’est une des plus vieilles prises avec le MV Iceberg (capturé en mars 2010). C’est donc la fin d’un long calvaire pour les 18 marins (15 Géorgiens et 3 Turcs). Les pirates auraient reçu une rançon de 3 millions $ en échange de cette libération, selon le site Somalia Report. Le nombre de navires marchands détenus atteint un de ses plus bas niveaux selon les statistiques d’Eunavfor observées par Bruxelles2 : seuls 7 navires restent détenus ainsi que 176 marins. Ce sans compter quelques dhows et marins-pêcheurs des pays avoisinants encore aux mains des pirates.

Dernières nouvelles de la piraterie (30 décembre 2011)

(BRUXELLES2)

Un autre cargo italien prend le chemin de la Somalie

(27 décembre) Un cargo italien a été capturé mardi, vers 5 heures du matin, par des pirates à 50 milles des côtes d’Oman (18° nord, 57° est). L’Enrico Ievoli a à son bord 18 membres d’équipage : 6 italiens, 5 ukrainiens et 7 indiens. Il transportait 16.000 tonnes de soude caustique des Emirats arabes unis vers la Turquie et a pris la direction de la Somalie. Le commandant du pétrolier, A. Musameci, a pu donné l’alerte, confirmant la prise d’otages mais se voulant « rassurant sur les conditions de l’équipage, puis le téléphone a été coupé » précise la presse italienne.

Alerte en mer d’Arabie entre Oman et Iran

(27 décembre) La zone située à 600 milles des côtes somaliennes fait l’objet d’un bulletin d’alerte des forces multinationales anti-piraterie. Une activité d’un groupe pirates a été repérée depuis plusieurs jours en mer d’Arabie, dans la zone comprise entre Oman et Iran. Le jour de Noël, un navire marchand a été la cible d’une attaque pirates, menée par 3 skiffs pirates, à environ… 30 milles au large de l’Iran (24° Nord, 60° Est).

La police du Puntland arrête 43 suspects

(24 décembre) La police du Puntland a arrêté 43 suspects de piraterie dans des opérations menées dans le village de Garacad, selon des officiels de cette république autonome de Somalie. Ils ont bénéficié notamment de l’assistance des « ainés », rapporte le journal en ligne Somalia Report. La police a annoncé qu’après avoir éjecté les pirates du district de Jariban et de Garacad, elle entend nettoyer Ceel Dhanaane, connu également comme un des principaux repères des pirates. « La police a éradiqué les pirates du district de Jariban et de Garacad, et dans les prochains jours, la police va nettoyer Ceel Dhanaane et avec l’aide de ses habitants éliminer les pirates. Nous démontrons que le Puntland a la volonté et est prêt à lutter contre les pirates dans toutes les régions » a déclaré un officier de police somalien, Abshirayto, à Somalia Report.

Le MV Savina Caylyn libéré

(21 décembre) Juste avant la Noël, l’équipage de 22 marins du navire italien Savina Caylyn (5 Italiens, 17 Indiens) a été libéré contre une rançon de 11,5 millions $ selon les informations recueillies par Reuters. La rançon a été versée en deux fois et larguée par avion – selon la pratique habituelle – mais en deux fois. A la première réception, les otages indiens ont été délivrés ; et les Italiens au second larguage. Ce tanker de 266 mètres de long, appartenant au groupe Fratelli D’Amato, avait été capturé il y a presque un an (le 8 février 2011) au large de l’Inde, à environ 360 milles des iles Lakshadweep.

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