Le papier suédois-allemand, une « excellente base de travail » (P. De Crem)

Le ministre de la Défense belge, Pieter de Crem, a salué de façon très positive, mardi, le récent papier germano-suédois (1), il l’a salué. « C’est une approche très positive. Le papier germano-suédois (1) est un excellent moyen de commencer le travail que l’on a commencé et annoncé à la réunion informelle de Gand (2). » a expliqué le Ministre qui était invité de la « controverse citoyenne » de la Fondation Madariaga, consacrée à la Coopération structurée permanente.

Peu auparavant le ministre avait explicité ce qu’il entendait par coopération entre Etats membres. « Il ne faut, en effet, exclure aucun domaine de la coopération. Et nous ne voulons exclure aucun collègue de participer à un projet. Il faut que l’expérience bénéficie à chacun. Nous aurons l’occasion au conseil formel du 9 décembre d’avoir l’occasion de discuter avec Lady Ashton (NB : qui présidera le conseil des ministres de la Défense, pour la première fois) des différents résultats de Gand.» Pour le ministre µ un propos partagé semble-t-il par la Haute représentante – « la coopération actuelle est insuffisante. Et la crise économique est une opportunité qui pourrait permettre de catalyser une volonté politique ».

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Pieter de Crem écrit à cette « Chère Cathy », une vraie feuille de route

La séance de travail à Gand (crédit : présidence belge de l'UE)

Le ministre de la Défense belge, Pieter de Crem, avait promis d’envoyer plusieurs lettres à cette « chère Cathy » (Ashton), la Haute représentante de l’UE, lors de la réunion informelle des ministres de la Défense, fin septembre, dont Bruxelles2 a déjà abondamment parlé (1). Il en a finalement envoyé une seule missive plutôt longue (6 pages) et détaillée. Sous couvert de compte-rendu des conversations de Gand, c’est en fait, et surtout, une vraie feuille de route pour les mois à venir. Et sous les mots choisis, on sent comme un léger reproche voire une petite amertume de ne pas voir certains sujets davantage pris à bras le corps par la Haute représentante. Jugez-en !

Ce que demandent les ministres de la Défense à Cathy Ashton

Le « cadre de Gand » peut être résumé ainsi, précise le Ministre belge :

  • un souhait d’une évaluation (par l’Agence européenne de défense) et d’une approche plus systématique sur l’usage des nouveaux et anciens instruments de l’UE pour le développement des capacités ;
  • un besoin et un désir d’un cadre plus politique pour la PeSDC dans lequel les différentes formes de coopération de capacité s’ajusteraient de façon significative ;
  • la crise budgétaire doit être prise comme une opportunité ;
  • les questions concernant le marché et l’industrie sont essentielles (et très difficiles) et doivent retenir plus d’attention ;
  • l’approche civile qui devrait compléter efficacement nos opérations militaires, comme devrions trouver des voies pour prendre en compte l’utilisation de moyens militaires pour les opérations civiles de réponse de crises ;
  • un soutien général en faveur de l’Agence européenne de défense qui agirait de façon plus stratégique.

La lettre mentionne également trois « idées » soumises par quelques ministres : l’idée suédoise d’organiser un échange d’information sur ce qui marche – sous forme d’un « scoreboard » de l’Agence de défense – ; l’idée britannique de faire une analyse sur « qui coupe et où » – pour éviter de couper dans les mêmes capacités – ; l’idée allemande de conduire une analyse sur les champs de coopération – ceux qui peuvent être maintenus au niveau national, ceux qui offrent un potentiel d’une coopération étroite, ceux où les Etats acceptent une certaine interdépendance.

Le pooling et sharing, nouvelle « mamelle » de l’Europe de la Défense

Le « pooling et sharing » paraît ainsi une priorité pour les Ministres de la Défense. « Il y a consensus de tous pour dire que personne n’a besoin de posséder toutes les capacités » précise Pieter de Crem. La lettre évoque la possibilité de « commencer avec les domaines moins sensibles comme la logistique, les infrastructures d’entraînement, les écoles, etc ». Certaines de ces capacités peuvent être aussi exercées au niveau « multinational tout en préservant de recourir au niveau national aux capacités mises en pool (comme pour l’EATC)« , le centre européen de transport aérien (2).

Pas de volonté politique d’avancer sur la coopération structurée permanente

Sur l’utilisation des nouveaux dispositifs du Traité de Lisbonne, la prudence semble de mise. Ils « doivent être mis en place étape par étape, de façon ad hoc, sur la base des besoins et en identifiant la valeur ajoutée attendue, en recourant au besoin au benchmarking »… On ne peut pas être plus clair. Quant à la coopération structurée permanente, elle est au point mort. « Il n’y a pas de volonté politique commune de poursuivre maintenant avec la CSP (même si) il y a des dossiers où une meilleure coordination « top-down » est nécessaire ».

Trouver des arrangements pratiques avec l’OTAN mais pas plus

Concernant les relations avec l’OTAN, le ministre propose de charger le président du comité militaire de l’UE de voir avec son homologue de l’OTAN les modalités d’améliorer l’efficacité. « Personne n’est opposé au fait que l’OTAN reste la pierre angulaire de la défense européenne collective » précise la lettre. « Mais cela ne doit pas empêcher l’UE de créer les capacités militaires et civiles nécessaires pour soutenir la crédibilité d’ambitions déclarées comme un acteur global dans tous les domaines« . C’est la question de l’Afghanistan et du Kosovo, essentiellement qui nécessitent des terrains d’accord. Il faut préciser qu’aucun des participants ne semble avoir repris les idées proposées par le secrétaire général de l’OTAN, F.A. Rasmussen (3).

Traduire les pirates en justice et crainte sur le Sahel

Coté opérations, même si ce n’était pas le sujet débattu, la lettre insiste sur deux points. En premier lieu, l’opération anti-piraterie européenne Atalanta, et surtout la nécessité de trouver une solution pour traduire les pirates en justice et les détenir après jugement. En second lieu, la situation de sécurité au Sahel qui requiert une attention plus soutenue, dans une perspective non seulement de la politique étrangère, mais aussi de l’Europe de la Défense.

(1) Sur la rencontre de Gand, lire notamment :

(2) Le commandement aérien EATC inauguré à Eindhoven

(3) Rasmussen squatte la réunion de l’UE et règle le problème turco-chypriote!

Les Tchèques renoncent au pool d’avions C-17 de l’Otan. Trop cher !…

(BRUXELLES2) La République tchèque ne participera pas à l’achat commun de trois avions C-17 Globemaster par certains des pays de l’Alliance atlantique. Le ministère de la Défense a pris sa décision après de longues discussions. La semaine prochaine, le ministre de la Défense Vlasta Parkanová devrait le confirmer officiellement, en soumettant ce rapport au conseil des Ministres du pays. Celui-ci mentionne que le pays n’a que très partiellement besoin d’avions de transport stratégiques et que ce programme lui couterait trop cher. Déjà en octobre, un porte-parole du ministère m’avait confié le peu d’enthousiasme de l’armée tchèque envers cette participation, qu’elle estimait trop chère (surtout en entretien) par rapport à d’autres matériels…

Lire aussi : La Défense, pas une « top priorité » de la future présidence tchèque

Coup dur

C’est le quatrième pays à avoir ainsi renoncé – ou repoussé – toute décision de participation au projet pour des raisons financières.  Le Danemark, dont ne peut pas soupçonner non plus (comme la république Tchèque) l’enthousiasme euro-atlantique, s’était retiré en septembre 2007. L’Italie et la Lettonie temporisent. Ce projet est né en juillet 2006 quand les Etats-Unis ont convaincu leurs alliés d’acheter en commun trois ou quatre avions C17 Globemaster III.  La lettre d’intention (LOI) lançant les négociations d’achat a été publiée le 12 septembre 2006 et les structures de gestion – NATO Airlift Management Organization (NAMO) et NATO Airlift Management Agency (NAMA) – mises en place le 19 juin 2007.

Le coût est variable selon les pays

Chaque Etat participe aux frais d’achat et de maintenance à hauteur du nombre d’heures dont il disposera. Par exemple, la Lituanie finance le programme pour 3 millions de Litas, soit environ 870 000 euros, pour 45 heures par an), les Pays-Bas entre 10 à 15 millions d’euros pour environ 500 heures de vol par an.

Douze pays ont signé, le 9 octobre 2008, à Budapest, un accord (Memorandum of Understanding) autorisant l’achat et l’exploitation en partage de trois avions gros porteurs, Boeing C-17. Mis à part la Norvège et les Etats-Unis, la plupart des Etats participants sont membres de l’UE (Bulgarie, Estonie, Finlande, Hongrie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Slovénie, Suède).

Basés en Hongrie

Les trois avions Boeing C-17 – un quadriréacteur capable de transporter près de 80 tonnes de matériel – devraient être basés sur la base aérienne de Papa (Hongrie). Ils seront certifiés et enregistrés dans ce pays d’accueil. Le premier appareil doit arriver au printemps 2009, le deuxième et le troisième sont attendus pour l’été 2009 (soit plus d’un d’un an après la date prévue au départ). Ces avions auront la même configuration et le même équipement que ceux qui équipent déjà l’Us Air Force et les autres nations équipées de C-17 (Australie, Canada et Royaume-Uni). Ce qui facilitera d’autant leur interopérabilité.

Un commandement aérien a été créé, dirigé par un officier américain, assisté d’un adjoint suédois, pour gérer la flotte. Les avions seront servis par un équipage international, désigné par les Etats participants. Ils pourront effectuer les missions qui leurs seront attribuées par les Etats participants : opérations de l’Otan ou de l’UE, missions de paix de l’Onu ou d’autres missions (humanitaires ou de secours de catastrophe par exemple).

Utilisable pour l’Otan comme pour l’UE ou des missons nationales

Comme l’a rappelé, lors de la conclusion de l’accord, Barbara Victoria Nuland, ambassadrice US à l’Otan, les C-17 « pourront servir non seulement pour les missions de l’Otan mais aussi pour celles de l’UE ou les missions nationales ». L’objectif est de réduire le déficit chronique en moyens militaires aériens des alliés occidentaux et, accessoirement, de fournir un contrat à la firme américaine Boeing.

Projet « complémentaire » à l’UE

Ce projet vient en prolongement du contrat « Salis » de partage entre pays européens d’avions transporteurs civils Antonov-124 loués à la compagnie ukrainienne Volga-Dnepr, qui arrive à terme en 2010. Il s’inscrit en complément – ou en concurrence – du projet de l’UE de flotte commune, centrée autour des futurs Airbus A400M.

(NGV)