Pooling and sharing ? Qui veut bien rénover ma cabane dans le jardin

(BRUXELLES2, réflexion) En écoutant les différents experts parler de pooling and sharing – comme c’était le cas au séminaire Weimar de juillet à Paris ou à différentes autres occasions -, on a l’impression qu’ils sont peu nombreux les Etats – et les personnes – à avoir pris conscience du changement de paradigme que nous oblige cette nouvelle crise.

Je me souviens d’une petite réunion de debriefing d’un conseil économie, où une très intelligente diplomate expliquait en long et large que la crise était passagère, qu’elle serait stabilisée en 2009 et que les indicateurs remonteraient en 2010 ou 2011. Je lui avait fait part de mon étonnement… Elle avait rigolé. J’ai l’impression que ce phénomène de confiance béate est encore présente en matière de défense. Les Etats sont prêts à coopérer, mais uniquement sur leurs projets.

En gros, c’est comme si je venais vous demander de bien vouloir retaper ma vieille cabane que j’ai dans mon jardin. Et, si possible de me prêter des outils neufs ou en bon état (car les miens sont un peu usagés). Je vous promet de vous les prêter de temps à autre. Or, si vous n’avez pas de jardin… vous n’en avez cure. En matière de pooling and sharing, on est là aujourd’hui. Au lieu de consolider la maison principale, on cherche à rénover ses « cabanes de jardin ».

Sans vouloir bâtir une armée commune (trop complexe…), il s’agit de mettre en commun les modules nécessaires à une défense commune : les satellites, les moyens de projection, le soutien médical, la formation… En anticipant les besoins nécessaires dans 5 ou 10 ans, et non pas ce qui était nécessaire aujourd’hui. En ayant une vue globale des besoins, et non pas en recherchant un ou deux « trucs » rapides à mettre en place. En cherchant les moyens d’accélérer cette mise en commun. Car même si les rapprochements sont complexes, et demandent du temps, on ne peut se permettre aujourd’hui de passer 5 ans à bâtir un projet. Les personnes et les équipes compétentes ne manquent pas dans les différents ministères de la défense. On peut, sans griller les étapes, accélérer le mouvement. C’est là une question d’impulsion politique majeure.

Au rythme des coupes budgétaires dans les ministères de défense, il ne restera bientôt que des armées de papier, juste bons à défiler dans les villes européennes en paix, à se faire les supplétifs en cas de menace terroriste ou de catastrophe naturelle… à se faire tailler en pièces en Afghanistan, le seul dernier théâtre d’opérations majeur où les armées européennes sont engagées.

Pooling and sharing : faut-il un eurogroupe des budgets de défense ?

(BRUXELLES2 à Paris) Le pooling and sharing n’est pas une option mais une obligation comme l’a rappelé l’organisateur du séminaire organisé à Paris dans le cadre des « rencontres de Weimar ».

Un défi sans alternative

« L’ère de la défense gratuite ou par délégation est terminée. L’Europe doit assurer sa propre sécurité. C’est clair. C’est un défi sans alternative. » D’autant que des menaces subsistent, voire réapparaissent. « L’illusion de l’absence de menaces à nos frontières née de l’après guerre froide s’efface et l’existence d’une menace paraît de moins en moins improbable » a constaté Michel Miraillet de la Direction des affaires stratégiques du ministère (français) de la Défense. Il faut donc inventer de nouveaux instruments, de nouveaux réflexes pour faciliter la coopération entre les Etats membres.

L’époque de la dépense à gogo, c’est fini

Les budgets de défense ont, en effet, reculé de 45 milliards d’euros ces deux dernières années. L’Allemagne est contrainte à une économie de 8,3 milliards d’euros et une diminution d’effectifs de 40% d’ici 2014. Le Royaume-Uni diminue son budget de 8% sur quatre ans et une diminution d’effectifs de 40.000 personnes. La France doit économiser 3,5 milliards pour 2010 et 54.000 personnes en moins d’ici 2014. Ce sont les budgets de recherche et technologie qui ont le plus souffert. Ils ont diminué de 200 millions d’euros et atteignent aujourd’hui 2,3 milliards d’euros au sein de l’Union européenne. Ils ont diminué de 4 fois plus que l’ensemble des budgets de défense. « On hypothèque ainsi notre avenir en matière de recherche et technologie. Bientôt, on sera condamnés à acheter du Made In China » estime un participant au séminaire. 

Objectif majeur : éviter la perte d’un savoir-faire

Le pooling and sharing, c’est donc d’abord l’occasion de sérieuses économies. Selon Nick Whitney (ex chef de l’agence européenne de défense et chercheur à l’ECFR), le coût de la non-coopération représente « entre 15% à 30% des budgets ». Contrairement aux idées reçues, c’est aussi le seul moyen d’éviter la perte d’un savoir faire. « A force de ne pas coopérer, les nations européennes ont déjà perdu des pans entiers de leur capacité (transport stratégique, ravitaillement en vol, surveillance…). » explique un des participants au séminaire. « C’est un formidable levier pour le maintien de capacités nationales » L’exemple récent souvent cité lors de ce séminaire est celui de la Royal Navy qui en envoyant ses pilotes « marine » sur le porte-avion Charles de Gaulle, en attendant la disponibilité de son porte-avions… en 2020, permet de sauvegarder toute une fonction. Mais on a pu aussi entendre le récit des expériences grecques (menées en commun avec l’Albanie, la Bulgarie, la Macédoine/Fyrom, la Croatie et la Hongrie) ou italiennes en matière de soutien médical. Enfin, au plan industriel, on sait que les seuls marchés nationaux « ne suffisent pas d’autant plus que les cloisonnements et les obstacles persistent à l’intérieur des Etats et entre eux ». Malgré tout, il reste des obstacles. Et les Etats ne coopèrent toujours pas vraiment entre eux. « Seules 20% des dépenses de défense des Etats membres sont aujourd’hui réalisées en coopération. »

La souveraineté, habile prétexte au refus de la coopération

Des blocages importants subsistent néanmoins pour partager ou mutualiser les capacités  : des obstacles normatifs – normes de maintenance, d’entrainement -, réglementaires – comme les clearances diplomatiques ou les caveats – ou culturels – certains militaires refusent de se faire soigner en opération par un médecin d’une autre nationalité ! Si les capacités d’engagement ou de combat continuent souvent d’être perçues « comme difficilement partageables ou mutualisables », au nom de la souveraineté nationale, perçue dans nombre de pays comme une « ligne rouge », c’est aussi le cas de nombreux autres domaines où l’impact de la souveraineté est relativement limité comme la formation, l’entraînement, la logistique. Dans tout cela, avouons-le. « Le prétexte de la spécificité militaire – souvent élégamment habillé derrière l’argument de la souveraineté – est trop souvent un artifice prêt pour préserver des rentes de situation ».

Vers un eurogroupe des budgets de défense et une conférence de génération de forces

Les participants au séminaire ont développé une série d’idées qu’on peut résumer ainsi :

  • Soutenir le développement de coopérations à géométrie variable sur une base géographique (groupe de Visegrad, Etats baltes) ou/et thématiques (EATC, surveillance maritime, soutien médical…) ;
  • Favoriser une concertation politique à haut niveau « méthodique et régulière » sur l’évolution des budgets de défense » afin d’éviter l’émergence de trous capacitaires européens, genre un « Eurogroupe des budgets de défense » ;
  • Lancer un appel à contribution avec organisation d’une conférence de génération de forces à l’automne ;
  • Développer la fonction « conseil » au sein de l’Agence européenne de défense et accélérer le travail sur les facilitateurs de coopération ;
  • Rédiger un code de bonne conduite permettant « d’identifier les bonnes pratiques », sans incidences financières.

Pooling and sharing : la France propose une école du futur pour pilotes

(BRUXELLES2) Joignant le geste à la parole, lors du séminaire sur le pooling and sharing, qui s’est tenu à Paris, le 13 juillet, l’armée française a fait une proposition très concrète. Pourquoi ne pas former en commun « nos pilotes de l’aviation de transport » a expliqué un haut gradé, avoir une école du futur. « Deux options existent : soit l’achat en commun d’un avion (destiné à la formation), soit via  un contrat d’externalisation à l’horizon 2016 ». Si ce projet recueille un certain nombre d’avis favorables – notamment par les pays acheteurs d’A400M – ce projet pourrait être porté par l’Agence européenne de défense. L’avantage est évident, selon nous, éviter d’aller se former aux Etats-Unis où les places sont chères à tous points de vue (elles sont limitées en nombre notamment et ne suffisent pas aux armées européennes).

Lire également :

Le pooling and sharing : ce n’est pas automatiquement facile

(BRUXELLES2 à Paris) Le séminaire organisé par la France, à la veille du 14 juillet, était le troisième de la série des séminaires de « Weimar » (le premier organisé par l’Allemagne portait sur l’OHQ, le second par a Pologne sur les battlegroups). L’assistance était nourrie et intéressée. Et certaines prises de parole « décoiffaient ». On n’est cependant pas encore entré au stade des réalisations. Mais il y au moins une certaine prise de conscience que les armées et les ministères de la Défense vont devoir, plus que jamais, travailler ensemble. « L’opération en Libye l’a démontré » explique un haut gradé. « Certains déficits européens apparaissent très clairement. » Ils étaient déjà existants depuis des années — le ravitaillement en vol, l’ISR (reconnaissance). Ils n’ont toujours pas été solutionnés.

Coopérer : une crainte partagée

Pour autant, le pooling and sharing (partage et mutualisation) n’est pas la panacée évidente. Pour les Etats et les armées, il existe certaines craintes de retombées négatives (pertes d’emploi…), de limitations en opérations (les cavets), etc. Des « choix difficiles doivent être fait sur l’engagement commun ». Cela suppose également une volonté politique qui existe au-delà des rapprochements d’ordre économique ou technique qui puisse transcender les difficultés. « Une telle démarche emporte également l’obligation d’un partage de vision politique dans une longue durée, d’une très longue durée même, qui implique une confiance entre partenaires et une vision partagée des intérêts de sécurité ».

Des domaines partageables

Si le pooling peut être mis en place rapidement, le sharing plus exigeant ne peut s’opérer que dans certaines domaines, bien limités, avec quelques partenaires En matière de partage, il y a des domaines qui sont évidents et peuvent être mis en oeuvre « assez rapidement. Par exemple : la formation, le maintien en condition opérationnelle (comme le suivi configuration matériels, des contrats de maintenance), le renseignement (partage d’informations satellitaires ou provenant des drones), les communications… Dans la deuxième catégorie, on trouve le soutien pétrolier sous toutes formes (air, terre, mer), les applications NRBC (avec la possibilité d’usage dual), le train logistique (aérien, maritime, terrestre), le soutien médical (sous diverses déclinaisons). »

En bref, comme le précise ce haut gradé : « Les perspectives existent, la marge de progression est évidente. Que chaque armée fasse une proposition. »

Les séminaristes du Triangle de Weimar

(BRUXELLES2) Après un premier séminaire, organisé à Ulm (Allemagne), sur les structures de commandement, deux autres séminaires des pays du « Triangle de Weimar »  sont organisés ces prochains jours : l’un sur les battlegroups le 5 juillet au Palais d’Egmont (Bruxelles) par la présidence polonaise de l’UE, l’autre sur la mutualisation à Paris le 13 juillet.

Les battlegroups

Organisé par le ministère polonais de la Défense avec l’institut de recherche d’Egmont, le principal objectif de ce séminaire est « d’initier une discussion directe et ouverte sur la manière d’améliorer la flexibilité et l’utilité des Battlegroups, pour permettre ainsi d’avoir une réponse plus efficace aux menaces et de répondre aux attentes de l’UE comme un partenaire mondial ». Il s’agit de voir comment améliorer les capacités militaires des Battlegroups et leur participation des activités civilo-militaires, quels sont les problèmes pratiques qui se posent (transport, logistique, financement commun…). Sont notamment invités les pays qui avaient, en 2004, proposé le concept de Battlegroups (France, Allemagne, Royaume-Uni) ainsi que la Suède qui avait fait durant sa présidence des propositions pour l’amélioration du fonctionnement des battlegroups.

Et la mutualisation

Le 13 juillet, ce sera autour de la France – et Paris – d’accueillir, à la veille du défilé du 14 juillet, auquel seront conviés certains des participants, un séminaire autour du pooling and sharing. Pardon :-), le titre du séminaire est (en français) : « mutualisation et coopération : un défi sans alternative ». L’objectif des organisateurs est de « pouvoir proposer des pistes concrètes de relance de la coopération européenne en matières de capacités de défense ». Après une entrée en matière du ministre français de la Défense, Gérard Longuet, les « séminaristes » pourront suivre trois panels : le premier sur « La nécessité de coopérer : faire plus et mieux avec moins, c’est faire ensemble », le second sur « Coopération : quels obstacles faut-il lever? » avec des cas concrets comme la coopération au sein des pays de Visegrad ou EATC. Après un déjeuner en forme d’alerte sur « Le risque de déclassement stratégique de l’Europe », le dernier panel de la journée sera consacré aux « facteurs clés du succès ? ». Notons la participation de deux représentants des gouvernements allemand et polonais, Christian Schmidt et Zbigniew Wlosowicz.

Le programme dans les docs de B2

Le dernier missile de Bob à l’Europe : finie la Dolce vita aux frais de la princesse US

(B2) Robert Gates est resté un peu plus que prévu à Bruxelles après la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN. Et certains ont pu regretter cette nuit de plus dans la capitale européenne.

Les oreilles de nombre de certains ont dû siffler quand Bob a commencé à parler au SDA, le think tank bruxellois dédié aux questions de défense et sécurité, dirigé par Giles Merritt. Quittant son poste dans quelques semaines, après une longue vie professionnelle, comme directeur de la CIA sous Bush I, secrétaire à la Défense sous George Bush junior puis Obama, Bob’ ne s’est pas embarrassé de formules de politesse et a attaqué bille en tête, les États-Unis un tout petit peu, l’OTAN ensuite et surtout les alliés européens, accusés de jouer les parasites, de dilettantisme et d’avoir la belle vie sous le parapluie sécuritaire américain. Objet essentiel de son discours : Européens réveillez-vous, le tonton prodigue américain sera moins généreux à l’avenir !

Des erreurs stratégiques en Afghanistan chez les Américains, chez les Alliés…

Robert Gates commence par reconnaître cette évidence : l’erreur magistrale des Américains dans les premières années en Afghanistan. « Ce n’est un secret pour personne depuis longtemps. L’effort militaire en Afghanistan a souffert d’un manque de focus, de ressources et d’attention, une situation exacerbée par la priorité donnée par les États-Unis à l’Irak. » Tandis que chez les alliés, la « multitude des caveats nationaux qui liaient les mains des commandants alliés, l’incapacité de certains alliés de remplir leurs contributions ou les contributions largement disparates de différents États membres » ont généré de nombreuses « frustrations » et une « diplomatie du mégaphone ».

Mais pas de retrait prématuré… : Arrivés ensemble, nous repartirons ensemble

Malgré tout, les membres de la coalition ont augmenté leurs efforts – de 20.000 ils représentant aujourd’hui 40.000 hommes. Et, le succès semble à portée de main. Robert Gates appelle donc à ne pas relâcher l’effort et se ruer vers la sortie. Alors que le retrait américain doit commencer cet été, il estime que la plupart des forces arrivées pour le « surge » resteront sur place. Et demandent aux alliés d’en fait autant. « Trop de choses ont été accomplies, à beaucoup trop de frais, pour laisser l’élan filer alors que l’ennemi est sur la défensive. Nous ne pouvons pas nous permettre de voir des pays contributeurs de troupes retirer leurs forces selon leur propre agenda d’une manière qui porte atteinte à la mission et augmente les risques vers d’autres alliés. » Et de tracer ainsi une feuille de route : nous sommes arrivés ensemble, nous repartirons ensemble. Ce qui en anglais sonne (mieux) comme un slogan : « in together, out together ».

En Libye, des alliés incapables

C’est la réalité. Et Robert Gates le développe avec force arguments. L’OTAN – ou plutôt les alliés non américains de l’OTAN- souffre aujourd’hui « de lacunes importantes en matière de capacités et de volonté politique ». L’Afghanistan l’a mis en évidence, la Libye l’a prouvé. En Afghanistan, alors que l’Europe a plus de 2 millions de soldats en uniforme, « l’OTAN a lutté, parfois désespérément, pour soutenir un déploiement de 25 – de 40.000 soldats, et pas seulement sur le terrain mais aussi dans des postes aussi cruciaux que l’aviation de transport, le renseignement, la surveillance et reconnaissance, etc ». En Libye, alors qu’il y a « un large soutien politique, qu’il n’y a pas de troupes au sol sous le feu, que cela touche un pays voisin de l’Europe, et atteint ses intérêts vitaux », c’est encore plus « clair ». « L’opération en Libye a mis à nu des lacunes capacitaires graves de l’OTAN et d’autres lacunes institutionnelles. (…) Franchement — lâche Bob — bon nombre de nos alliés se sont mis à l’écart non pas parce qu’ils ne veulent pas participer mais tout simplement parce qu’ils le ne peuvent pas. Ils n’ont pas la capacité militaire, simplement ! »

Robert Gates avec Jaap de Hoop Scheffer qui jouait le rôle de modérateur (crédit : SDA)

Un centre d’opérations qui fonctionne à moitié de sa capacité et des alliés à court de bombe

Tout le monde en prend pour son grade. « Les moyens de renseignement, de surveillance et de reconnaissance manquent. Les avions de combats les plus avancés sont peu utilisés faute de pouvoir identifier, traiter et frapper les cibles dans une campagne intégrée. Le centre aérien d’opérations de l’OTAN en Italie a besoin de spécialistes de repérage de cibles qui viennent en majorité des États-Unis » – une arrivée providentielle qui ne sera plus disponible dans les futures urgences. « Nous avons ainsi le spectacle d’un centre d’opérations qui pourrait gérer plus de 300 sorties par jour et qui ne peut en traiter qu’au maximum 150 (!). … « En outre, au bout de 11 semaines seulement d’opérations contre un régime pauvrement armé dans un pays peu peuplé , plusieurs de nos alliés commencent à être à court de munitions, demandant aux USA, une fois encore, de combler la différence. »

Vers une OTAN à deux vitesses : les bons élèves et les touristes

Robert Gates estime que son inquiétude d’une « OTAN à deux vitesses » est aujourd’hui bien là : « entre des membres qui se spécialisent dans le « soft », l’humanitaire, le développement, le maintien de la paix, et la discussion et ceux qui mènent le « hard », les missions de combat ; entre ceux qui sont volontaires et capables de payer le prix et de supporter le fardeau des engagements de l’Alliance, et ceux qui apprécient les avantages de l’adhésion à l’OTAN – garanties de sécurité et de billets d’accès au quartier-général -, mais ne veulent pas partager les risques et les coûts. »

Bien entendu, personne n’est cité. Mais Robert Gates est transparent quand il loue l’effort fait par certains pays comme le Danemark, la Norvège (qui effectuent 1/3 des frappes), la Belgique ou le Canada… ou ceux qui consacrent plus de 2% à leurs dépenses (France, Royaume-Uni, Grèce et Albanie). On peut sans coup férir que les « touristes » visent des pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas, la Pologne ou la Turquie.

Le Tonton Us va couper les vivres au « Tanguy » européen s’il ne se prend pas en charge

Robert Gates ne se fait pas faute d’avertir les Européens. Les Américains ont atteint leur maximum supportable — ils participent aujourd’hui à plus de 75% des dépenses militaires de l’OTAN contre 50 % du temps de la guerre froide —. Et ce maximum ne peut que diminuer dans l’avenir. D’autant que les Européens n’y mettent pas du leur en diminuant leurs budgets « moins 15% cette dernière décade » !

Pression fiscale, regard vers l’Asie, changement de génération…

Les Américains se tournent davantage vers l’Asie dorénavant que vers l’Europe. Ici, Robert Gates devant le TajMahal lors d’une visite en Inde (Crédit : US Defense, janvier 2010)

D’une part, la pression fiscale joue également aux États-Unis. Des choix doivent donc être opérés dans les engagements outre-mer, notamment au niveau des programmes d’aide et de soutien à l’armement, avertit le secrétaire d’État à la Défense. Et, il existe un certain « manque d’appétence et de patience au Congrès à dépenser des fonds de plus en plus précieux pour des nations qui ne sont apparemment pas disposés à consacrer les ressources nécessaires ou de faire les changements nécessaires pour être des partenaires sérieux et compétents dans leur propre défense ». D’autre part, l’attention stratégique des États-Unis est attirée vers l’Asie notamment. « Les engagements et investissements de défense vont croître dans les prochaines années » sur ce continent. Enfin, se produit un phénomène de changement de génération. « Les futurs dirigeants politiques américains – ceux pour qui la guerre froide n’a pas la même expérience que pour moi – peuvent considérer que le retour sur investissement de l’Amérique dans l’OTAN ne vaut pas le coût »… Autrement dit le bébé Europe devenu grand, doit apprendre à s’assumer et quitter le nid familial américain. Et vite !

Robert Gates sait que les Européens ne pourront pas de sitôt réinvestir massivement dans la défense. Mais il leur conseille au moins de le faire plus intelligemment qu’aujourd’hui. Les pays membres de l’OTAN (hors USA) dépensent collectivement 300 milliards $ par an. « Judicieusement et stratégiquement alloués, ils permettrait d’acquérir une quantité significative de capacité militaire utilisable. » Les pays membres doivent examiner de « nouvelles approches pour renforcer les capacités de combat – dans les marchés, la formation, la logistique, le soutien. Les États membres de l’OTAN doivent faire davantage pour partager (pooling) les actifs militaires ». Au passage, le secrétaire d’État à la Défense fusille les initiatives « Smart Defense » qui ne sont « pas la panacée » et plaide pour que « les nations soient plus responsables (et acquittent) leur juste part à la défense commune. ». Un Européen convaincu n’aurait pas dit mieux !

Le texte de l’intervention de Robert Gates (en anglais). Les extraits ont été traduits par mes soins.

Lire également : La leçon de Bob, que faut-il en retenir ?

Le « pooling and sharing », nouvelles mamelles de l’Europe de la défense

(BRUXELLES2, exclusif) Aaaah… le pooling and sharing (mutualisation et mise en commun), vous allez en entendre parler ces jours-ci. Et régulièrement. Ce sont, en effet, les deux nouvelles ‘mamelles’ de l’Europe de la Défense. Elles s’imposent aujourd’hui, dans tous les discours et toutes les capitales, crise budgétaire et restrictions obligent, mais il est encore difficile de tracer quelques conséquences concrètes. Trop tôt sans doute. Et les résistances dans les capitales, dans les Etats-Majors notamment semblent encore nombreuses. Les ministres de la Défense, en discuteront, cet après-midi. Mais le projet de conclusions, que ‘B2’ a pu lire, se veut consensuel.

Un conseil extraordinaire en septembre

Ce texte bâtit une première ambition politique. Mais rien de très concret, en effet, si ce n’est un engagement de suivre la situation de très près et d’y consacrer un conseil des ministres « extraordinaire, où les États membres pourront déclarer leurs intentions à l’égard de nouvelles initiatives de coopération ». Rendez-vous est ainsi pris, pour l’automne 2011, sous la présidence polonaise, pour cette première revue de détail. En attendant, les ministres fixent quelques lignes directrices à cette coopération.

Une approche structurée

Il faut une « approche structurée et à long terme » de ces questions vont souligner les 27. Le ‘pooling and sharing’ – que ce soit au niveau multinational ou sur une base « régionale » (autrement dit bilatérale) est une « méthode clé pour préserver et développer les capacités militaires en Europe pour soutenir et améliorer la PSDC », la politique européenne de sécurité et de défense commune.

La valeur ajoutée européenne existe

Certes les Etats membres ont la responsabilité propre de définir et conduire ces politiques, mais il y a une « valeur ajoutée à effectuer ce travail au niveau de l’UE » ajoutent les ministres. Cela permet de dresser une « carte des coopérations en cours et à venir, d’identifier les meilleures pratiques, les modèles pour la coopération et les critères de réussite, de développer d’autres outils de soutien et d’avoir une expertise dans certains domaines comme l’interopérabilité et la normalisation ».

Quelques domaines privilégiés

L’approche européenne pourrait se concentrer sur quelques domaines privilégiés est-il précisé : la recherche et la technologie, les marchés publics, la maintenance, la logistique, l’éducation et la formation.

L’agence européenne de défense au coeur du dispositif

Pour ce travail, les 27 placent l’Agence européenne de défense au coeur de cette coopération, à charge pour elle « d’identifier les cas de mutualisation et de mise en commun possibles et d’analyser le potentiel des implications industrielles ». Le pooling and sharing pourrait passer « soit par l’extension de projets déjà existants à d’autres partenaires, soit par la mise en place de nouveaux projets de coopération », en s’appuyant sur les contacts « pris au niveau multilatéral par les chefs d’Etat-Major ».

Pas de groupe des sages mais un groupe d’experts volontaires

L’idée, un temps avancée, d’avoir un « groupe de sages » ou de « pairs » allant faire la tournée des Etats membres et préparant un rapport a été abandonnée. Plusieurs pays avaient déjà présentés des candidats et d’autres avaient été restés pour faire partie de ce groupe. Mais elle s’est heurtée à la réticence de plusieurs Etats membres. L’option retenue est donc pour l’Agence européenne de défense de bénéficier d’un soutien « d’experts de haut niveau » offerts par les États sur « une base volontaire ».

Coopération OTAN – UE

L’intérêt d’un contact étroit avec l’OTAN est aussi rappelé. Une coopération qui a déjà été entamée entre l’agence européenne de défense et l’ACT (l’Allied Command Transformation), son équivalent à l’OTAN. Coopération facilitée par le fait que les deux responsables — CF Arnould d’un coté, le général Abrial de l’autre — sont tous deux… français.

Pooling & Sharing : des sages vont se mettre au travail. Calendrier serré

Le planning de travail pour le « pooling and sharing » (la mutualisation ou le partage de moyens militaires) est fixé. Et il est serré.

Chaque ministère de la Défense doit donner ses premiers éléments, les domaines où il entend pouvoir nouer des coopérations, éventuellement en interdépendance, très rapidement. Une première évaluation devre être faite par le comité militaire de l’UE début avril. Avant un examen et des premières décisions au niveau ministériel en mai. Les CHOD (chefs d’Etat major) seront assistés de sages. Cette nécessité a été reconnue par plusieurs participants, lors de la réunion informelle de Budapest, et avalisée par Cathy Ashton, qui n’était pas très enthousiaste au début.

Le nombre de Sages n’est pas encore fixé exactement. Sans doute davantage qu’un mais inférieur à 5. Et leur rôle n’a pas été clairement fixé. Mais ils devront, selon un diplomate européen, «plutôt qu’établir un rapport, faire la navette entre la capitale, être des missi dominici, à qui on peut confier sous le sceau du secret, ce que l’on entend mettre dans la « corbeille » européenne ». D’ores et déjà plusieurs pays ont présenté des candidats : les Pays-Bas, la Finlande et la Grèce, d’après mes dernières informations.

Lire également :

Le pooling & sharing des capacités de défense, vu par l’Autriche

Le ministre autrichien de la Défense, Darabos, et son homologue suédois Tolgfors (crédit : présidence hongroise de l'UE)

(A Budapest) Sur quels domaines doit-on coopérer, c’était aussi le thème (malgré la crise libyenne) de la réunion informelle des ministres de la Défense, en Hongrie, vendredi. Le ministre autrichien de la Défense a insisté, lui, sur la coopération régionale. Ce qui permet ainsi d’avoir une approche « à la carte » selon les pays pour le « pooling & sharing », les nouvelles ‘mamelles de l’Europe de la défense ». Il a cité quelques domaines qui pourraient être particulièrement intéressants : la formation ou l’aide en cas de catastrophe par exemple. Il a précisé aussi quelques domaines qui doivent évalués : le NBC, le partage des installations de formation, la conduite d’exercices communs, la recherche et développement, la formation et la coopération des forces spéciales ou les retours d’expérience opérationnelle.

Pooling and Sharing : 4 questions de Cathy pour guider la conversation

Crédit : Conseil de l'UE

(Exclusif) Même si les évènements en Libye risquent de bouleverser son agenda, les ministres de la Défense devraient essentiellement consacrer leur matinée de vendredi à parler de « pooling and sharing », autrement dit de partage des capacités ; une nécessité face à la crise financière qui étrangle nombre de pays.

La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Cathy Ashton, a envoyé une missive à chacun des ministres. Missive dont ‘B2’ a pu prendre connaissance et qui entend « aiguiller » la discussion autour de 4 questions : les principaux bénéfices qu’ils attendent, les propositions concrètes de coopération qui peuvent surgir, la manière de régler l’interdépendance qui pourrait surgir…  L’objectif est de pouvoir arriver à des « progrès concrets » en mai, lors de la réunion des chefs d’Etat-Major (le 3 mai) un nouveau Conseil des ministres de la Défense (formel) et des « réalisations tangibles » à l’automne.

Voici le contenu des questions (tel que j’ai pu l’apercevoir…)

  • Where do you think the most significant benefits can be made, taking into account two parameters : where pooling and sharing could help retain critical capabilities ; and where budgets could be used cost-efficiently (the two might not be the same) ?
  • Are there already some possible concrete proposals of cooperation identified by your Services, which could highlight the potential of this Member States’ drivent initiative ?
  • What are the challenges faced by your Services while conducting their national analysis ?
  • How far can we go down the road to interdependence ? Pooling and sharing creates interdependence – how to ensure national access to pooled and shared capabilities ?

« Votre engagement personnel reste vital. Je compte pleinement sur votre soutien continu » clôt cette missive de Cathy Ashton. On ne saurait mieux dire !

(*) Désolé pour la non traduction de l’original anglais.

Le pooling and sharing en pratique. Les projets de l’Agence de défense européenne

Outre le programme de drone naval anti-mines (lire ici), plusieurs projets d’intensité variable ont été engagés au sein de l’Agence européenne de défense pour favoriser la mutualisation ou le partage de tâches (pooling and sharing). La plupart de ces projets concernent, en fait, surtout l’interaction avec des programmes communautaires civils et leurs conséquences sur la communauté militaire et de défense.

Nouveaux projets

Recherche & Technologie. Les ministres de la Défense vont tenter d’avoir une place de choix pour les sujets « défense et sécurité » dans le 8e programme-cadre de recherche, qui doit commencer en 2014. Elaboré par la Commission européenne, et dans lequel le Parlement européen a son mot à dire, il est de prime abord à visée civile. L’objectif donné à l’Agence est de déterminer des « domaines technologiques d’intérêt commun« .

Recherche CBRN. L’Agence va démarrer un processus de construction des capacités pour un programme d’investissement conjoint (JIP) sur la protection contre les produits chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN). Ce sera le premier programme dans le « cadre de coopération européenne », qui vise une synchronisation systématique des investissements de recherche de l’Agence, de la Commission européenne et de l’Agence spatiale européenne.

SESAR. L’impact du ciel unique et sa restructuration inquiète les ministres de la Défense, qui réagissent ainsi un peu tardivement à une politique lancée il y a quelques années. Les ministres ont ainsi mandaté l’Agence pour discuter avec l’entreprise commune chargée de la gestion du Ciel unique SESAR (Single European Sky Air traffic management Research) pour dégager les conséquences financières et opérationnelles et les nouvelles possibilités pour la défense.

Spectre radio. La politique européenne du spectre radioélectrique programme politique (RSPP), mise en place au niveau de l’Union européenne depuis 2002 (lire : sur la politique européenne) inquiète également les ministres de la Défense. L’agence a donc été chargée d’étudier les conséquences opérationnelles et financières à moyen et long terme de l’utilisation du spectre par les militaires. L’Agence devra élaborer des recommandations sur l’aspect défense du spectre radio pour soutenir les intérêts des États membres.

Un projet bientôt opérationnel

Laboratoire mobile IED. le projet de laboratoire mobile de recherche médico-légale dans les engins explosifs sur les routes devrait être déployé en Afghanistan d’ici la mi-2011. C’est la France qui sert de nation-cadre. Les préparations techniques, l’approvisionnement et la planification des effectifs du laboratoire sont sur « la bonne voie » assure-t-on à l’agence.