La cellule d’achat des communications satellites, sur orbite

(BRUXELLES2) Le projet d’achat en commun de liaisons satellite militaires va pouvoir entrer en vigueur. La cinquième signature de l’accord permet à ce projet mené sous couvert de l’Agence européenne de défense (EAD) d’entrer en vigueur et de franchir le cap de la Capacité opérationnelle initiale (IOC). Les cinq pays membres du projet – l’Italie, la France, la Pologne, la Roumanie et le Royaume-Uni – vont pouvoir former une force de frappe d’achat de créneaux satellites auprès des fournisseurs de service de communication, au lieu de d’acheter de façon séparée. Les communications satellites sont aujourd’hui un élément essentiel du champ de bataille que ce soit pour le commandement et le contrôle (C2) ou le dispositif de renseignement, de surveillance, de ciblage d’objectifs et de reconnaissance (ISTAR). Et la « demande augmente avec l’utilisation croissante des drones qui requièrent des capacités de Satcom pour le contrôle et la transmission des données des capteurs » précise-t-on à l’Agence.

« Revitalisons la politique de défense commune » disent Dix ministres

(BRUXELLES2) Oubliés dans l’architecture du Traité de Lisbonne, les ministres des Affaires étrangères se sont trouvés un nouveau rôle au niveau européen : servir de boites à idée. Ainsi sous la houlette de Guido Westerwelle, le ministre allemand des Affaires étrangères, ils phosphorent sur le « futur de l’Europe ». Feuille de route de la dizaine de ministres : « tirer les leçons de la crise actuelle de la dette et voir comment l’Union européenne peut être plus efficace et  plus démocratique ».

Le compte-rendu de ces discussions est prévu pour septembre. Mais un rapport « intermédiaire » de 8 pages donne déjà, en guise de première réflexion, des premières pistes sur la gouvernance économique, l’efficacité démocratique et… la politique extérieure. Et quelles pistes ! Au menu, regroupement une seule tête pour le président du Conseil et le président de la Commission, mise en place d’une chambre des Etats (avec le Parlement européen et les parlements nationaux), … et au niveau de la politique étrangère et de défense (ce qui nous intéresse particulièrement), majorité qualifiée, revitalisation, regroupement, mise en commun voire… armée européenne !

Une réflexion « germanique »

Cette réflexion n’est pas entièrement nouvelle. De nombreuses personnalités ont réfléchi sur l’avenir de l’Europe à plusieurs reprises. Si le travail reste encore très théorique, avec de grandes idées. Mais cette fois, plutôt que d’envisager un nouveau cadre législatif, les ministres ont souhaité « concentrer leurs propositions dans le cadre des traités existants ». La troisième réunion du genre, à Berlin le 19 juin, a réuni environ une dizaine de ministres du centre (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Luxembourg, Pays-Bas, Pologne) et du sud de l’Europe (Italie, Portugal et Espagne).

La France a participé à ces travaux par le truchement de son ambassadeur. Le ministre était « retenu par d’autres obligations » m’a assuré un diplomate tricolore. Aux premières réunions, aussi, la France n’était pas représentée au rang ministériel. Il faut avouer que cette réflexion sur l’Union politique n’est pas vraiment encore ressentie comme une priorité par Paris : par l’équipe Sarkozy car ce n’était pas son logiciel de pensée, par l’équipe Hollande car elle arrive et est aussi prise en un débat délicat issu du référendum sur la Constitution entre ‘nonistes’ et ‘ouiistes’ que le Président ne souhaite pas vraiment rouvrir. Les plaies ne sont pas encore refermées. Et l’ancien secrétaire général du parti sait combien ce débat a coûté en divisions et en temps perdu. Sur les questions de politique étrangère, la France ne devrait cependant pas ressentir de difficultés à acquiescer (presque) à la plupart des points évoqués, puisqu’ils rencontrent nombre des préoccupations des « Weimar » (les cinq pays signataires de la « lettre de Weimar »).

Etre plus ambitieux sur la politique de défense

Les « Dix » veulent ainsi une « Europe plus engagée dans le monde » (le terme allemand « Globaler Spieler Europa » frappe plus fort). Certaines questions comme l’aide au développement, le contrôle des migrations, les négociations sur le climat, la sécurité énergétique et la politique commerciale doivent être reliées à la PESC et la PSDC. Le service diplomatique européen doit « continuer d’être renforcé », la prochaine étape étant la révision de la décision fondant ce service en 2013. « Pour faire des progrès, nous devons dès maintenant faire les bons choix » précisent-ils cependant. Nous devons également chercher à avoir des « sièges communs » dans les organisations internationales. Nous devons poursuivre le chemin pour pouvoir « parler toujours plus fort à l’extérieur avec une voix ». Les 10 envisagent de prendre davantage de décisions dans le domaine de la PESC à la « majorité qualifiée ». Une petite révolution…

Vers une armée européenne

Les « Dix » affirment surtout la nécessité d’une « revitalisation de la sécurité et de défense commune ». La « plupart » des ministres affichent ainsi des « objectifs ambitieux » en matière de politique de défense. Cela passe par « renforcer la planification civile et militaire et les capacités de conduite de l’Agence européenne de défense, avec davantage de partage et d’exploitation en commun des capacités ». Nous devons passer en revue – ajoutent-ils – ces « possibilités de mutualisation et partage des capacités ». Dans le long terme, nous devrions viser une « politique de défense européenne avec une articulation des efforts de l’industrie de l’armement »,  ce qui pourrait également inclure  pour « certains » États membres « une armée européenne ».

télécharger le rapport dans les Docs de B2

La Smart défense, faire ensemble c’est partager un pan de souveraineté (Général Abrial)

(crédit : OTAN)

(BRUXELLES2, exclusif) La nouvelle génération de projets de coopération de l’OTAN, la Smart Défense, a été conçue et est suivie au commandement allié de la Transformation (ACT) à Norfolk, dirigée depuis septembre 2009 par le général Stéphane Abrial. J’ai profité de mon séjour à Chicago pour rencontrer ce général français qui devrait, normalement, terminer son mandat à l’automne prochain.

Vous venez d’avoir l’aval des chefs d’Etats et de gouvernement pour une vingtaine de projets de la Smart Défense. Très modestes tout de même ?

•Les projets initiaux sont modestes, c’est vrai, reconnaissons-le. Mais c’est un début. Il ne s’agit que d’une première vague qui remplit tous les critères pour être développés. Nous avons une liste de presque 200 propositions qui sont en cours d’étude. Nous entrons donc dans un processus qui va prendre plusieurs années. Ce sont essentiellement des projets-pilotes destinés à montrer que le concept est valide. Ensuite, on pourra approfondir pour s’intéresser à des domaines de plus en plus complexes et sensibles, et changer les approches multinationales.

Lesquels par exemple ?

• On pourrait réfléchir à avoir des projets de partage de l’aviation de combat, des capacités technologiques de pointe pour le combat, des échanges de renseignement. Mais on ne peut pas arriver tout de suite à ce niveau-là de coopération. Le niveau de complexité des projets va ainsi aller croissant au fur et à mesure qu’on va atteindre le coeur de souveraineté. Car faire les choses ensemble revient à partager un pan de souveraineté. Et cela prendra du temps. Car il faut un changement d’état d’esprit, pour concilier solidarité et souveraineté.

On a déjà eu des projets de coopération multinationale dans le passé ; tous n’ont pas tous été marqués du sceau du succès, 🙂 Qu’est-ce qui ferait qu’on aura plus de succès demain ?

• Ce qui me rend optimiste, c’est le chemin parcouru en à peine un an. J’ai sillonné l’Europe et ai été étonné de la volonté des États. On évolue lentement. Les mots sont certes les mêmes qu’il y a 15 ans. Mais cette fois il y a conscience qu’on ne peut pas réaliser hors de la coopération. Les nations se sont approprié l’initiative. Nous avons réussi à concilier les intérêts de l’Alliance, avec l’intérêt individuel de chaque nation.

Qu’est-ce qui est le plus important avant de démarrer un projet en coopération ?

• Il faut aussi bien étudier les besoins. C’est pourquoi nous insistons souvent sur la proximité stratégique des Etats, leur volonté à travailler ensemble. Ainsi, ce n’est pas le nombre de pays qui participe à un projet qui est important. Au contraire, même. Il vaut mieux avoir des plus petits groupes, bien compacts, bien déterminés. C’est une question en fait de masse critique pour la meilleure efficacité d’un projet.

Derrière ces coopérations, il y a souvent des enjeux industriels importants. Cela a-t-il été évoqué dans vos discussions ? Et comment cela va être pris en compte ?

• Bien sûr. L’aspect industriel a été évoqué dans chaque capitale. Car l’impact sur l’emploi et l’économie, font partie des intérêts nationaux. Chacun a peur pour l’avenir de sa propre industrie et chacun tient à ce que ses intérêts soient pris en compte. Chacun a aussi peur du plus grand que soit. L’important est que cela se passe de façon transparente et équilibrée. Nous avons ainsi travaillé au début avec des compagnies importantes. Car c’était plus facile. Prenez l’initiative « FFCI » (Framework For Collaborative Interaction) que j’ai lancée en octobre 2009. Nous travaillons aujourd’hui et voulons travailler avec des entreprises de taille plus petite. Quelle que soit leur taille, cela permet de mettre chacun des pays sur un pied d’égalité. Notre vision est que chacun ait la possibilité de participer. Après… que le meilleur gagne.

Comment s’est passé la répartition des tâches entre la « smart défense » de l’OTAN et le « pooling and sharing » de l’Union européenne

• Très bien. On a essayé de se répartir les tâches ou d’avoir des projets se complétant. C’est le cas, par exemple, pour le projet de soutien médical : l’un travaille dans le domaine des normes (OTAN), l’autre dans celui de la réalisation (UE). Même en travaillant sur le même sujet, on peut être complémentaire. Sur le projet de ravitaillement en vol, il y a eu une réflexion. Mais il a paru naturel que ce soit l’Union européenne qui prenne en charge. Dans ce domaine, il n’y a pas de lacune de l’OTAN en tant que telle (pas des Américains) mais des Européens au sein de l’OTAN. Si les Européens comblent cette lacune, cela renforce aussi la capacité de l’OTAN.

Dernière question, la réintégration de la France est-elle positive selon vous ?

• C’est indubitable. La France pèse, énormément. Beaucoup plus qu’avant. Nous sommes impliqués dans tous les dossiers, du début jusqu’à la finalisation. Ce qui change et permet d’accompagner, d’influer sur le fonctionnement quotidien de l’Alliance. Auparavant nous étions davantage des spectateurs dans certains projets de l’Alliance, ne pouvant nous prononcer qu’une fois les projets définis.

Le vrai moment test de la mutualisation, le renouvellement des F-16 (P. De Crem)

(BRUXELLES2) Le ministre belge de la Défense, Pieter De Crem, n’est pas automatiquement enthousiaste sur cette idée de « pilier européen », développée par ses homologues des Affaires étrangères. B2 l’a interrogé sur ce sujet.

P. De Crem préfère mettre en avant la « mutualisation des moyens et le nécessaire investissement en moyens, en opérations, en financement ». « Ce que nous avons décidé à Gand – avec le pooling et sharing – a trouvé sa traduction dans la « smart défense » de l’OTAN. Il y a là un consensus psychologique. » explique-t-il.

Le vrai moment test sera, pour lui, quand il s’agit de choisir un successeur au F16. « Ce sera le premier moment de vérité, pour savoir si les partenaires de l’OTAN se mettent d’accord pour faire une trajectoire sur ce point. »

L’Otan, l’organisation la plus performante

Quant à « l’OTAN, elle reste l’organisation la plus performante pour garantir l’organisation collective. Et nous allons nous investir en tant que partenaires européens dans les projets futurs. Et ces projets futurs doivent vraiment arriver à un partage des moyens. » Et d’affirmer combien « Il faut garder son attachement à la structure de l’OTAN et à l’efficacité de l’organisation politco-militaire. »

Ravitaillement en vol : une proposition à 3

(crédit : ECPAD / Ministère français de la Défense)

(BRUXELLES2) De façon surprenante, c’est au boulevard Leopold (coté Otan) et non à Val Duchesse (à la réunion de l’UE que les ministres français, allemand et néerlandais de la Défense ont choisi d’annoncer une « déclaration d’intention » pour conduire le projet commun sur le ravitaillement en vol.

Ce projet est pourtant préparé et mené dans le cadre de l’Agence européenne de la Défense. Il a été endossé par les « 26 » (*) ministres de la Défense de l’UE, sous forme d’une déclaration politique le 22 mars dernier. Par cette déclaration, les trois pays ont entendu affirmé le lead sur ce projet, qui restera ouvert aux autres pays. Il devrait constituer une des principales contributions, très concrètes, de l’UE au sommet de l’OTAN en mai à Chicago.

« Ces efforts entendent souligner l’engagement de l’UE pour renforcer les capacités militaires européennes avec l’objectif de répondre aux lacunes capacitaires critiques et de démontrer la détermination de l’UE pour faire face à ses responsabilités face aux défis de la sécurité posés aujourd’hui » indique d’ailleurs la déclaration. Ou comme le résume, de façon plus imagée, le ministre français de la Défense, Gérard Longuet : « C’est une façon de dire aux Américains. Nous avons bien compris votre message, nous vous avons bien entendu. Nous allons résoudre ce problème. Mais tout seuls, sans vous. »

Entre l’OTAN et l’UE, du concubinage, pas un mariage !

Entre les deux organisations (UE – Otan) engagés dans un même exercice capacitaire « pooling and sharing » d’un coté, « smart défense » de l’autre, il n’y a pas de concurrence mais chacun reste indépendant. « Nous sommes en concubinage mais pas mariés » résume Gérard Longuet. C’est l’aboutissement d’une réflexion en plusieurs étapes. Le ravitaillement en vol était  une lacune constatée lors de la dernière opération en Libye. Ou pour être plus exact, elle avait été révélée, car cela fait plusieurs longues années que les Européens dépendent pour le ravitaillement en vol de leur aviation, essentiellement, de leurs alliés américains. Un choix tout autant politique et opérationnel qu’industriel ; il parait évident que l’avionneur européen, Airbus, est le vecteur industriel pour ce projet.

Deux ateliers de travail devraient être organisées les semaines à venir : une dédiée aux aspects d’acquisition, l’autre aux aspects opérationnels. Ces avions ravitailleurs pourraient ainsi rejoindre l’EATC – le centre européen de coordination de l’aviation de transport, établi à Eindhoven, entre ces 3 pays + la Belgique.

Lire aussi :

(*) Le Danemark ne participe pas aux travaux militaires dans le cadre de l’Union européenne : 27 – 1 = 26 !

Belges et Néerlandais se déclarent leur flamme

(B2) Les deux ministres de la défense, belge et néerlandais, Pieter De Crem et Hans Hillen, ont profité de leur visite commune à l’Amirauté Benelux, à la base navale de Den Helder (Pays-Bas) pour envisager d’autres partenariats.

Tout d’abord pour les hélicoptères NH 90 – que Belges et Néerlandais ont commandé dans des versions similaires (ce qui facilite ensuite des projets communs) – dont l’entretien pourrait être fait en commun.

Coté aérien, également, les deux ministres envisagent de constituer une sorte de force de réaction rapide pour assurer une surveillance commune des espaces aériens. Ils pourraient aussi « travailler ensemble pour remplacer les F-16 » comme l’indique Hans Hillen. NB : un sujet assez complexe puisque les Pays-Bas se sont déjà engagés sur le projet américain JSF – F-35. Cela signifierait que la Belgique rejoigne ce projet. Coté belge, on ne veut pas trop précipiter les choses. L’achat de nouveaux avions n’est pour l’instant pas budgété. Ce n’est pas le moment d’ailleurs. Et il n’y a « pas urgence » a rappelé à B2 un officier. « Pour remplacer les avions actuels, une première décision n’est pas nécessaire avant les années 2015. » On a du temps… Coté néerlandais, on est un peu plus pressé. Et les Pays-Bas aimeraient bien refiler quelques uns des appareils qu’ils ne voudraient plus commander (la première commande envisagée était largement surévaluée puisqu’elle devait concerner 80 appareils !).

Dernier projet à l’étude : la coopération entre les forces spéciales, les parachutistes, les commandos et fusiliers marins, notamment en matière de formation.

Une coopération déjà active sur la marine

La Belgique et les Pays-Bas coopèrent déjà depuis une quinzaine d’années pour leur marine. Ils ont développé un commandement intégré, en assurant une complémentarité de leurs navires, une formation conjointe des officiers et l’entretien en commun des navires. Ainsi les dragueurs de mines des deux nations sont entretenus à Zeebrugge en Belgique, tandis que les frégates le sont à Den Helder aux Pays-Bas. « Une coopération sans précédent » a assuré Hans Hillen. « Cela s’est bien passé, en douceur, et a permis d’accroître notre force. Il s’agit d’un « produit d’exportation » de nos deux pays. » La coopération internationale est actuellement une des priorités au plan européen. « De nombreux pays souhaitent travailler ensemble, ont des plans. Les Pays-Bas et la Belgique le font aussi, vraiment. Et ce partenariat unique, nous continuons à développer. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Industrie de défense : un Conseil européen sinon rien

La salle du conseil européen (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le constat était clair. A écouter nombre des interventions des responsables européens, industriels ou politiques réunis pour la conférence annuelle de l’Agence européenne de Défense, hier (31 janvier) ) Bruxelles, le constat semble clair. On arrive à une impasse sur le « pooling and sharing » s’il n’y a pas une impulsion politique supplémentaire, venue du haut. Le constat a été posé, les réflexions ont été menées, les premiers projets présentés… Mais comme l’a résumé Olof Skoog, qui préside le COPS, le comité politique et de sécurité, « l’approche bottom up (*) va avoir des limites ». Il avait auparavant expliqué que « notre rôle au COPS est de garder le momentum, d’envoyer un message aux capitales, de pousser à un débat stratégique sur les capacités. » Et cela ne suffit pas apparemment…  Il faudra bien à moment donné que les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se saisissent de la question pour, sinon débattre en profondeur de ce thème, au moins donner un signal qui pourra ensuite être décliné dans chaque capitale, au sein des gouvernements, des administrations et des Etats-Majors. Si personne le revendique ostensiblement, c’est un fait qui ne peut être passé sous silence.

Des blocages multiples

On peut bien sûr imputer les blocages, lourdeurs, forces d’inertie dans les hiérarchies intermédiaires. On peut invoquer également que toutes les administrations sont bousculées par les différentes coupes budgétaires, qui interviennent parfois plusieurs fois par an, et ne permettent pas de prévoir au-delà de quelques mois ce qui peut se passer. Il y a également le calendrier électoral dans de nombreux pays ou la faiblesse des gouvernements dans d’autres. On peut aussi observer que l’agenda des chefs d’Etat et de gouvernement s’est jusqu’ici (depuis 4 ans !) focalisé sur quelques points : le sauvetage des banques d’abord, de la Grèce ensuite, l’endettement et la surveillance budgétaire après en passant par la régulation financière. Mais on peut aussi remarquer que le mot « croissance économique » a commencé à faire irruption aux cotés de ces préoccupations toutes financières, figurant officiellement ainsi en tête des préoccupations des 27 lors du dernier sommet, le 30 janvier. Comme l’a expliqué alors à B2, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Luxembourg: « Nous pensons tous que la consolidation des finances publiques est importante, car il n’y aurait avoir de croissance sans considération des finances publiques. Mais maintenant nous admettons que les politiques d’emploi et croissance doivent venir compléter cette politique ». Autrement dit, les esprits semblent plus mûrs. L’inscription à l’ordre du jour de la question de Défense s’impose a priori.

C’est rationnel

Interrogée par B2, lors de cette réunion, le 31 janvier, la présidente de l’Agence européenne de Défense, Claude-France Arnould, s’est voulue prudente sur ce point — « Ce n’est pas à l’EDA de le dire » —, ne souhaitant pas déborder de son rôle. Mais elle n’a pu s’empêcher de reconnaitre que la nécessité était là : «c’est rationnel. » « C’est vraiment aux Chefs d’État et de gouvernement de se prononcer. (…) Il y a quasiment toutes les raisons que ce sujet monte au niveau européen. » Dans des domaines « aussi sensibles » pour déclencher la coopérations, il faut une « impulsion au plus haut niveau » a-t-elle expliqué, prenant en exemple le traité franco-britannique de Saint Malo. Certes « Tous les gouvernements sont aujourd’hui sous contrainte budgétaire ». Des contraintes prises en compte.  Mais les chefs de gouvernement « vont avoir une discussion aussi sur la croissance. L’industrie de défense constitue un important levier de croissance. C’est un moteur technologique (qui représente) de l’emploi, de l’investissement, de l’exportation…».

Le moment est opportun

Quant à la date, « Si ça pouvait être avant Chicago, ce serait bien sûr bienvenu… », a conclu CF Arnould. Cela peut paraitre difficile avec la contrainte de calendrier actuel qui pèse actuellement sur les 27, le prochain sommet formel étant prévu pour le 1er mars. Mais les sommets européens deviennent aujourd’hui monnaie courante. Et le moment paraît plus qu’opportun. A Herman (Van Rompuy) de jouer maintenant…

Lire aussi : Une informelle défense, quand même, au 1er semestre, mais à Bruxelles

(*) Cette approche consiste à pousser des projets – par le bas – venus des différents Etats majors pour essayer de faire rencontrer les besoins, de proposer des projets aux responsables politiques pour permettre ensuite leur mise en oeuvre.

Nouveau gouvernement en Belgique, une certaine continuité. Les détails

(BRUXELLES2, analyse) Il aura fallu 540 jours de tergiversation pour avoir un nouveau gouvernement et surtout fixer un nouvel accord de gouvernement. Mais le changement en matière de politique étrangère et de défense n’est pas vraiment énorme.

On peut parler d’un changement dans la continuité, particulièrement en matière de réforme de la défense. Ce n’était d’ailleurs pas un grand sujet de divergence entre les parties prenantes de de la nouvelle coalition gouvernementale (PS/SPA, CD&V/CDH, MR/VLD).  La faible place donnée à la politique étrangère dans la longue déclaration gouvernementale (177 pages) n’est donc pas le reflet d’un manque d’intérêt. Au contraire.

On peut ainsi plutôt parler davantage d’approfondissement de certains sujets comme pour la réforme de l’armée belge ou l’implication du parlement dans les opérations extérieures. De façon assez conforme à sa tradition pro européenne, la Belgique se prononce aussi pour un nouveau souffle européen et une nouvelle impulsion à la défense européenne tout comme la recherche accrue de coopérations militaires et de niches d’excellence qu’elle pourrait développer.

La continuité et un changement de casquette

Selon les dernières informations, le ministère de la Défense resterait géré par Pieter de Crem (chrétien-démocrate flamand), l’actuel titulaire du poste, tandis qu’aux Affaires étrangères et européennes arriverait un nouveau. Enfin pas tout à fait… Car Didier Reynders (libéral francophone) n’est pas vraiment le prototype d’un ‘petit nouveau’. C’est même plutôt un ancien, un poids lourd du gouvernement. Il est ainsi en poste depuis plus de 12 ans, à la tête du ministère des Finances, où il a imprimé sa marque. Il connait parfaitement nombre de ses homologues au niveau européen notamment. S’il serait bien resté là, les autres partenaires de la coalition ne le souhaitaient pas trop.

Né le le 6 août 1958, diplômé de l’université de Liège, Reynders débute en politique auprès de Jean Gol alors ministre de la Justice comme expert en droit constitutionnel. Il assure ensuite la présidence de la SNCB (1986-1991), de la Société Nationale des Voies aériennes (1991-1993), devient député (à partir de 1992), puis chef de groupe  du parti libéral à la Chambre (1995-1999) et enfin ministre des finances (1999-2011). L’intéressé, fier comme Artaban, « rêvait » d’un autre poste qui lui permet de continuer en beauté, alors que son action aux Finances pouvait prêter à discussion. Aux Affaires étrangères, il pourra s’épanouir. Il ne sera pas pour autant un « client » plus facile pour la Haute représentante que son prédécesseur, Steven Vanackere, qui n’avait pas ménagé ses critiques sur la Britannique.

Objectif : une armée de 30.000 hommes et poursuite de la réforme de défense

L’ambition globale de l’armée est de permettre « sa projection sur les théâtres d’opérations extérieures » tout en lui permettant de « continuer également d’assumer ses missions sur le territoire national, comme par exemple le démantèlement d’explosifs, le sauvetage en mer, l’aide à la population en cas de catastrophe,… ». Une contribution à la réduction des coûts est demandée à la Défense, avec un « remplacement partiel des départs au sein de la Défense dans la perspective d’une armée de 30.000 militaires à l’horizon 2015 (NB : auxquels il faut ajouter 2.000 civils), ainsi que diverses autres économies à la Défense, notamment dans les frais de fonctionnement ».

Restructuration poursuivie

La restructuration se poursuit. Un nouveau statut pour les militaires devra être élaboré pour permettre « de recruter des jeunes militaires pour une période limitée ». Les états majors et les cadres supérieurs seront « rationnalisés ». Les unités opérationnelles seront préservées. Même si ce n’est pas précisé, certains quartiers et casernes vont continuer d’être fermés, selon le plan déjà décidé.

Plan d’équipement à venir

Concernant les équipements, un engagement est pris : « équiper les unités et le personnel de façon adéquate pour l’exécution de leurs missions et assurer leur sécurité ». Les détails ne sont pas encore fixés. Ils figureront dans un plan d’investissement pour la Défense pour 2011-2014 qui sera présenté « dans les meilleurs délais ».

Niches d’excellence

Le Gouvernement entend aussi préciser les « niches d’excellence » dans lesquelles l’armée se spécialisera, en concertation avec nos partenaires européens et de l’OTAN. « Autant que faire se peut, un pooling et sharing maximum avec nos partenaires européens et de l’OTAN sera organisé. »

Association du Parlement aux décisions d’engagement

La Belgique est gouverné par un modèle où l’exécutif conduit les opérations militaires. Selon la Constitution, c’est le « Roi (qui) commande les forces armées, et constate l’état de guerre ainsi que la fin des hostilités ». Il n’est pas question de modifier ce texte ou de passer à un modèle d’armée parlementaire à l’allemande . Mais d’approfondir une pratique déjà engagée pour l’opération en Libye par exemple, en associant davantage le parlement. « Dans le cas d’opérations futures s’inscrivant sous mandat ONU, le Gouvernement s’engage à informer sans délai le Parlement et à l’associer dans le suivi de celles-ci. » « Pour le suivi des opérations en cours, leur modification éventuelle et les partenariats militaires, le Gouvernement recherchera avec le Parlement le mécanisme le plus adéquat afin de garantir la fluidité de l’information, tout en respectant le degré de confidentialité nécessaire. »

Définir une politique de sortie en Afghanistan

Les troupes belges vont se retirer à partir de l’année prochaine jusqu’à 2014, mais une présence ultérieure pourra y demeurer, est-il bien précisé. C’est une des seules opérations à être ainsi strictement inscrite dans le programme de gouvernement. Le Gouvernement veut définir, « en pleine collaboration avec ses partenaires OTAN, UE et ONU, une stratégie et un calendrier de retrait des troupes belges en Afghanistan dès 2012 pour un retrait définitif au plus tard en 2014 (décisions de Lisbonne de novembre 2010), sans exclure une présence sur place, avec d’autres pays partenaires, pour contribuer à la reconstruction du pays. » On remarque ainsi que la Belgique ne suit pas l’exemple de son voisin néerlandais en choisissant de rester militairement engagé jusqu’à la fin de l’engagement de l’OTAN.

Mandat de l’ONU obligatoire

Pour autant, aucune action militaire ne sera engagée par la Belgique sans mandat de l’ONU, là où le droit international l’exige.

Réforme de l’OTAN et défense du consensus

Dans la réforme du concept stratégique de l’OTAN, le nouveau gouvernement entend défendre deux principes auxquels la Belgique tient : « le maintien de la règle du consensus en matière de prise de décision et de prise en charge par chaque nation des coûts de son propre engagement ». Allant ainsi à l’encontre d’une certaine décision majoritaire prônée par certains pays.

Une nouvelle impulsion à la défense européenne

La Belgique veut « donner une nouvelle impulsion à une plus grande coopération militaire en Europe. » Le gouvernement veut ainsi travailler « activement à la mise en place et au renforcement d’une défense européenne, base essentielle d’une politique étrangère crédible pour l’UE. Cette défense conférera à l’Europe une capacité d’établir un partenariat plus équilibré et donc plus fiable avec nos alliés, notamment au sein de l’OTAN. » est-il précisé.

Pour un nouveau souffle européen

De façon plus générale, la Belgique veut continuer à jouer son rôle de « pionnier pour renforcer l’Union européenne ». Le Gouvernement veut ainsi continuer à soutenir « activement » la mise en place « harmonieuse » des institutions nées du Traité de Lisbonne et à « renforcer l’esprit communautaire » (elle avait déjà démontré cette volonté lors de sa présidence de l’UE). Dans la continuité du Traité de Lisbonne, le Gouvernement veut « plaider pour le renforcement de l’intégration européenne afin de donner un nouveau souffle à ce projet européen ».

Politique étrangère : une attention gardée sur les Grands lacs

Pour le gouvernement, la priorité reste, « au sein des instances européennes comme internationales », les questions relatives à la paix et la démocratie. « La région des Grands Lacs et le pourtour méditerranéen seront à cet égard prioritaires. »

 

L’Europe muscle sa défense. 11 projets opérationnels. Liste et détails

Claude France Arnould la directrice de l'agence en discussion avec son conseiller "pooling and sharing" (crédit : Conseil de l'UE)

(BRUXELLES2) Le Conseil d’administration (le board) de l’Agence européenne de défense – c’est-à-dire les 26 ministres de la Défense de l’Union européenne – ont approuvé mercredi une série de projets concrets. Une liste qui pourrait être complétée plus tard. Car d’autres projets sont encore dans les cartons, par exemple celui sur les engins explosifs artisanaux (IED), un programme que l’Espagne voulait promouvoir (le changement de gouvernement a empêché apparemment une prise de position officielle).

Tous les pays ne participeront pas à tous les projets. Mais « quasiment tous les pays ont indiqué leur intention de participer à au moins un des projets de l’Agence » a indiqué Claude-France Arnould la directrice exécutive de l’Agence. Un projet rassemble en général de 6 à 8 pays. On retrouve généralement la France et le Royaume-Uni. Mais d’autres pays, comme la Finlande par exemple, ont été très allants marquant leur intérêt pour plusieurs des projets et prenant le « lead » du projet de surveillance maritime.

Certains des projets sont déjà démarrés ou vont l’être incessamment avec des effets dès 2012 ou 2013. D’autres sont à plus long terme, avec des études préalables et des effets à l’horizon 2020. On peut remarquer que tous ont une dimension très pratique, avec une visée de retour sur investissement assez rapide, et une dimension plus programmatique, pour permettre une rationalisation des investissements dans le futur.

Lire également :

11 programmes pour le futur

1. La formation des pilotes d’hélicoptères

Un programme déjà démarré et qui « marche du feu de dieu » jurerait un officier. Les candidats se pressent à chaque session. Environ 150 équipages ont déjà été formés durant 3 ans à travers des exercices qui se sont tenus dans plusieurs pays (France, Italie, Espagne…), des cours spécialisés et des séminaires de retour d’expérience.

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2. Le réseau de surveillance maritime

Projet déjà entamé, emmené par la Finlande. C’est une composante nécessaire de la capacité de reconnaissance. La production d’une vue globale de la situation maritime est en effet une condition clé à la fois pour la sécurité autour des pays de l’UE comme dans les opérations déployées. Il y a de plus une recherche de synergie complète entre militaires et civils. De six pays au départ, le projet regroupe désormais une quinzaine de pays (Belgique, Chypre, Allemagne, Grèce, Espagne, Finlande, France, Irlande, Italie, Lituanie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Suède, Royaume-Uni).

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3. Formation et logistique navale

 Une première étude doit être réalisée rapidement (2012) pour déterminer quelles initiatives de partage ou de mutualisation peuvent être prises. Toutes les options sont ouvertes. La plus simple serait tout d’abord d’avoir un calendrier commun, mis à jour en permanence, permettant en un seul coup d’oeil à chacun des Etats-majors de la marine et à l’UE, de savoir pour certaines ressources clés (ravitailleurs, portes-avions…), les moments de disponibilité, de formation ou de rappel en maintenance. Et donc de coordonner ces opérations, afin d’avoir toujours une capacité disponible de façon opérationnelle au sein de l’UE. La formation maritime est aussi une marque d’intérêt de plusieurs Etats membres. Certains petits pays ont des capacités de niche. Et même les Etats qui n’ont pas de marine peuvent être intéressés. Ainsi selon nos informations, la Lettonie a offert de partager avec l’Autriche son école de plongée navale.

4. Hôpital de campagne déployable (Medical Field Hospitals)

C’est sans doute un des projets les plus opérationnels de la panoplie de l’Agence. Le soutien médical est un effet un élément clé pour les opérations de l’UE. On se souvient en effet que le soutien médical avait été un point délicat pour le déploiement des dernières opérations que ce soit au Tchad (Eufor) ou en Ouganda (Eutm Somalia), retardant le lancement de l’opération de quelques semaines. Ce projet est conduit par l’Italie avec la participation de 11 autres Etats (Autriche, Belgique, Chypre, République tchèque, France, Finlande, Hongrie, Irlande, Italie, Roumanie, Suède, Slovénie et peut-être les Pays-Bas). Il sera basé » sur une série de modules, interopérables, et compatibles avec les « normes OTAN », en cours d’actualisation. L’objectif est d’avoir une capacité déployable de Rôle 2 à l’horizon 2013-2014.

5. Ravitaillement en vol (Air to air refuelling)

Le Kosovo l’avait esquissé, la Libye l’a démontré. Le ravitaillement en vol est un point critique pour toute opération qui nécessite une présence aérienne. Il s’agit d’avoir une plate-forme aérienne, unique, qui puisse aussi bien ravitailler les avions de chasse que les UAV. Le moment est particulièrement crucial. On est à la charnière entre deux vagues d’équipement. Les avions servant dans la flotte sont vieillissants, les nouveaux sont commandés ou en commande mais ne sont pas encore arrivés. Une nette opportunité pour éviter de répéter les erreurs du passé. L’Europe possède aujourd’hui seulement 42 avions mais dispose de 10 types différents, tandis que les Etats-Unis ont 650 avions (15 fois plus !) mais de 4 types seulement. L’objectif est de ramener – à la faveur des nouveaux équipements – à 4 types seulement : MRTT 330, A400M, C130J et 767. « Si on rate cette opportunité » explique un spécialiste du dossier, « on repart pour 30-40 ans ». A court terme, l’objectif est aussi de faciliter le soutien à la flotte existante. La France a proposé sa base d’Istres, où pourrait être assuré une partie du soutien logistique.

6. Centrale d’achat pour les communications satellitaires (ESCPC)

Un projet qui va démarrer tout de suite également. La communication satellitaire (Satcom) est vitale pour la conduite des opérations – le C2 command and control – comme pour le renseignement et le ciblage – l’ISRT intelligence, surveillance, reconnaissance and targeting. L’opération en Libye l’a suffisamment montré. L’utilisation de plus en plus développée de drones sur le champ de bataille d’UAV rend complètement obligatoire cette capacité. Ce projet pilote est destiné à mutualiser toutes les demandes de créneaux satellitaires pour obtenir une réduction des fournisseurs de service. Il est basé sur le même principe que les centrales d’achat classiques, avec une obligation supplémentaire : la rapidité d’accès, la sécurité du service. « Les militaires sont un « petit » acheteur sur le marché où les gros consommateurs sont les télévisions, les sociétés de télécommunications… » a expliqué à B2, un expert de l’Agence. A l’arrivée, on estime que la baisse des coûts peut atteindre 10% minimum. Participent à ce projet Français, Britanniques, Polonais. C’est Astrium qui a été choisi comme broker (acheteur en gros) et qui va voir sur le marché ce qui est disponible. 

7. Futur système de communications satellitaires militaires

Même principe que pour les avions ravitailleurs. La prochaine génération de satellites militaires arrive. Aujourd’hui il existe cinq systèmes européens sur orbite, plusieurs d’entre eux ont une couverture limitée et leur remplacement est prévu entre 2020 et 2025. L’objectif est donc de commencer le développement de la future génération SatCom pour l’après 2020, en déterminant les besoins en capacités des utilisateurs des Etats membres et de l’UE, et en préparant le développement des technologies adaptées dans une perspective civilo-militaire.

8. Renseignement, Reconnaissance, Surveillance (ISR)

 De la surveillance au ciblage de précision, rien ne se fait plus sans un système d’ISR de haute précision. Mais cela a un coût conséquent.

9. Formation des pilotes

L’entraînement des pilotes de transport est si spécifique que peu de pays ont le centre de formation (et les simulateurs – qui coûtent cher – adéquat). Faute de centre, plusieurs pays envoient leurs pilotes aux Etats-Unis, or les places sont très limitées et le coût plus important. Ce projet est « piloté » par la France. Une première étude va être réalisée rapidement pour examiner les formations à développer et les conditions pour ceci.

Lire aussi : Pooling and sharing : la France propose une école du futur pour pilotes

10. Hub de transport européen (EATF)

Lire aussi : Signature de l’accord pour EATF, le ‘Star Alliance’ du transport militaire

11. Munitions intelligentes

Là encore, l’expérience libyenne a montré combien les munitions dites « intelligentes », de haute précision, à guidage laser, qui permettent d’atteindre leur cible sans dégât collatéral sont précieuses. Des munitions qui ont un coût certain. L’utilisation en rythme de combat épuise rapidement les stocks. Nombre de systèmes et de stockage de munitions peuvent rapidement devenir obsolètes, tant d’un point de vue opérationnel que de règles de sécurité. A court terme, une étude va être lancée (2012) et des projets de recherche & technologie pourraient être enclenchés avec un résultat à plus long terme (2020).

Un cercle de bonnes pratiques pour ne pas économiser « bête »

(BRUXELLES2) La réunion des ministres de la Défense aujourd’hui devrait être l’occasion de mettre le doigt sur un problème sensible dans les différents pays : la peur de voir s’envoler les économies réalisés. Sur ce point, tous les ministres de la Défense sont sensiblement unanimes et tous aussi inquiets. A quoi bon faire des économies si tout repart dans le budget général ? De nombreux ministres militent donc pour qu’au moins une partie des économies réalisées soit réinvestie dans la défense. Et tous (ou presque) se heurtent à la volonté opposée de leur ministre des Finances qui voit cela d’un oeil pas automatiquement clément. Sur ce sujet, il est difficile de travailler à des décisions juridiques, « dures ». Tout est dans l’art et la manière. Avec souplesse et tact. Il n’est pas question de trop fâcher ses collègues de gouvernement, surtout les tout puissants ministres des Finances. L’Agence va donc déclencher un cercle « d’échanges de bonnes pratiques » sur les économies et les retours sur investissements. Eh oui !

Dans les différents pays, en effet, existent des procédures, souvent codifiées, qui permettent ou facilitent cette répartition. En France – et dans d’autres pays – existe ainsi la loi de programmation pluriannuelle qui permet de planifier les investissements sur plusieurs années, au besoin de les reporter si nécessaire, mais du coup de pas les perdre. Dans d’autres pays, existe un autre système de « retour sur service » : la Défense qui réalise une prestation, un service pour un autre ministère ou agent public se voit rémunéré pour service rendu (ou du moins voit son budget crédité de la somme. Il existe aussi le dispositif de génération de recettes par la revente de matériels anciens ou inutilisés, comme les frégates en Belgique ou les A400M en Allemagne.

Cet échange restera cependant « informel » entre les différents ministères. Et c’est l’Agence qui servira de plate-forme à celui-ci. Pour Claude-France Arnould, la directrice de l’Agence, « C’est l’intérêt de tous. Ca limitera les freins au pooling and sharing. Si les ministères de la Défense savent qu’ils perdent l’argent, ils sont très réticents à engendrer des économies, il y a une sorte de réaction défensive du corps. Au contraire, s’ils savent qu’ils peuvent récupérer une partie des économies réalisées, cela sera plus facile. Et ca facilitera le travail de tout le monde. »

La défense réinvente en quelque sorte l’intéressement…

La crise économique atteint les budgets de défense. Le Parlement sonne l’alarme

(BRUXELLES2) Quel impact la crise économique a sur les budgets de défense ? La question hante tous les militaires et les industriels du continent. Sans aucune exception. Car aucun pays ne semble épargné par les reports ou suppressions d’investissements, fermeture de casernes, diminution des effectifs quand ce n’est pas le licenciement sec ou la fin de contrats de plusieurs centaines de militaires, civils ou contractuels, sans oublier les répercussions pour l’emploi dans l’industrie. La question suscite aussi de l’inquiétude au Parlement européen qui doit adopter un rapport d’initiative, préparé par le polonais de la plate-forme civique, Krzysztof Lisek, et qui sera adopté en commission ce 17 novembre (en plénière en décembre). Le parlement s’inquiète « des coupes sans précédent opérées dans les budgets de la défense, trop souvent mises en œuvre au coup par coup, avec peu ou pas de coordination avec les partenaires de l’UE ou de l’OTAN ». Ces coupes budgétaires non coordonnées « risquent d’entraîner la perte totale de certaines capacités militaires en Europe ».

Un rappel au règlement

Le Parlement s’alarme également de « l’actuelle dépendance disproportionnée vis-à-vis des États-Unis dans les affaires liées à la défense » Les USA contribuent à 75% des dépenses de défense totales de l’OTAN, précise-t-il. Les États membres dépensent collectivement environ 200 milliards d’euros par an pour la défense, « soit à peine un tiers du budget américain de la défense ». Il appelle ainsi tous les États membres de l’Union à « assumer pleinement leur part de responsabilité dans la paix et la sécurité de l’Europe, de son voisinage et du monde dans son ensemble ». Chaque Etat s’est engagé « dans le Traité et dans les conclusions du Conseil européen notamment, à renforcer leurs capacités militaires ».

Seul moyen : changer de méthode, travailler plus en commun

Pour les eurodéputés, la seule « façon d’aller de l’avant » repose sur « une coopération accrue ». Ils proposent de mettre en place une nouvelle démarche : une meilleure coordination de la planification de la défense, ce qui inclut l’harmonisation des exigences militaires, la mise en commun et au partage de certaines fonctions et moyens, une coopération améliorée dans la recherche et le développement technologique, la collaboration et de la consolidation industrielles, l’optimisation du processus de passation des marchés et à la suppression des entraves au marché. L’Union européenne ayant en la matière « des outils et des mécanismes qui peuvent aider les Etats membres à atteindre cet objectif », notamment en « identifiant les domaines qui pourraient bénéficier de fonds européens accrus ».

Un semestre européen de la défense

Le Parlement demande aux Etats de procéder à des « examens systématiques de la sécurité et de la défense selon des critères et un calendrier communs ». Mais pas seulement. Il veut aller plus loin et suggère d’en faire un « exercice régulier lié aux procédures budgétaires, à l’instar d’un « semestre européen » des examens de la sécurité et de la défense » à l’image de ce qui se fait en matière économique et sociale. Dans l’esprit des parlementaires, c’est l’Agence européenne de défense qui aurait un rôle moteur dans cet exercice.

L’agence européenne de défense chargée de définir l’utile et l’inutile

Dans une première étape, les États membres soumettraient « pour avis » leur projet d’examen de la sécurité et de la défense nationales à l’Agence, laquelle les évaluera à la lumière du plan de développement des capacités, des plans des autres États membres et des initiatives pertinentes de l’OTAN ; estime qu’à très court terme, l’AED pourrait également jouer un rôle important dans la définition des priorités en matière de capacités et dans l’identification des « répétitions inutiles au niveau des capacités des États membres ».

Supprimer le superflu

La prochaine étape pourrait passer par « un processus de consultations mutuelles des États membres en vue d’harmoniser leurs exigences militaires ». Le Parlement estime que les États membres devraient profiter « de ce processus pour évaluer également les surcapacités existantes, surtout en ce qui concerne les ressources matérielles et humaines moins prioritaires sur le plan opérationnel ».

La mise en commun (pooling) n’est plus un choix

Le Parlement se montre « fermement convaincu que la mise en commun et le partage des capacités ne sont plus une option, mais une nécessité ». Il estime que plusieurs secteurs peuvent être au coeur de cette mise en commun : « le transport stratégique, du soutien logistique, la maintenance, les capacités spatiales, le soutien médical, l’éducation et la formation ». Tout comme les Etats ont intérêt à rechercher en commun comment résoudre les déficits de capacités : le ravitaillement en vol, la surveillance maritime, les véhicules aériens sans pilote (UAV), la protection CBRN (chimique, biologique, radiologique et nucléaire), la lutte contre les engins explosifs improvisés, la communication satellitaire, les capteurs et plateformes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (RSR) et les systèmes de combat et d’information.

Plusieurs modèles existent pour cette coopération, détaille le rapport qui ne se contente pas de généralités mais donne quelques exemples concrets qui pourraient/devraient être mis en coopération :

– la propriété conjointe (à l’image de Galileo, par exemple les capacités spatiales, les drones, les avions de transport stratégique) ;

– la mise en commun de moyens détenus nationalement (à l’image de l’EATC, par exemple hélicoptères de transport, les avions de patrouille maritime et les moyens d’évacuation par mer) ;

– la mise en commun de l’acquisition de biens (à l’image de l’A400M) ;

– le partage des rôles et des tâches (par exemple, les académies militaires, les installations d’essai et d’évaluation et des installations de formation des pilotes, les unités CBRN les avions sanitaires).

Passer des alliances

La coopération peut passer par des alliances bilatérales. A l’image de l’accord franco-britannique, les eurodéputés pourraient appeler au lancement d’autres projets de coopération, notamment parmi les pays du groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, Rép. Tchèque et Slovaquie). Mais, plus généralement, les Etats doivent « exploiter le potentiel offert par l’Agence en termes de soutien administratif et juridique et à lui confier la gestion de leurs initiatives de coopération ».

Miser sur la recherche et le technologie (R&T)

Les parlementaires estiment que les États membres devraient « exclure absolument la R&T de leurs coupes budgétaires ». Ils esitment qu’un certain nombre de projets (protection CBRN, avions ou bateaux sans pilote, surveillance maritime, cyberdéfense, lutte contre les IED…) ont des aspects civils comme militaires et souhaiteraient que l’agence européenne de défense et la Commission européenne travaillent ensemble.

Trouver de nouveaux financements

L’objectif est de pouvoir utiliser davantage les fonds européens, en les fléchant davantage vers des projets de défense. Il faut d’ailleurs « trouver de nouvelles formes de financement européen » dans le prochain cadre financier pluriannuel. Le programme Erasmus militaire devrait ainsi pouvoir être financé par le budget européen à l’image de son grand frère civil.

Un quartier général est nécessaire

Enfin, ce n’est pas la première fois que les parlementaires le disent. Mais ils enfoncent, à nouveau, le clou en axant. « La création d’un quartier général de l’Union européenne ne renforcerait pas seulement la capacité de l’Union à soutenir la paix et la sécurité internationales, mais entraînerait également à long terme des économies pour les budgets nationaux grâce à la mise en commun et au partage ». Et le rapport d’appeler la Haute représentante « explorer les options juridiques existantes pour établir une capacité européenne permanente de planification et de commandement militaires de ce type ».

Télécharger le projet de rapport : docs de B2