Police

La réforme du secteur de la sécurité en Libye, une « priorité absolue »

(BRUXELLES2, exclusif) Pour Agostino Miozzo, le directeur du département « Réponses de crises » au service diplomatique européen, c’est une certitude. « La réforme du secteur de la sécurité (en Libye) est la priorité absolue (pour le CNT). La réorganisation d’un service de sécurité, d’une police, d’une armée est vitale. » affirme-t-il dans un entretien accordé en exclusivité à ‘B2′.

La dissémination des armes, le contrôle des frontières…

Certes il n’y a « pas d’incident grave, pour le moment, cela pourrait devenir un problème rapidement quand le pays commencera à se stabiliser. Il faut aussi régler le problème des armes qui sont partout (centaines), tout le monde a une kalachnikov dans la main » souligne-t-il. Et ce travail, « il faut le commencer aujourd’hui, préparer l’après Kadhafi dès maintenant et pas demain. L’armée loyaliste doit devenir tout de suite partie de l’armée (nouvelle) de Libye. Les Libyens nous le disent : il faudra gérer l’après. Ils sont prêts à réintégrer quasiment tous les soldats, sauf les responsables des massacres » ajoute Miozzo.

Autre sujet : le contrôle des frontières. C’est « un problème absolu pour la Libye. Mais c’est aussi notre problème. Aider la Libye à contrôler sa frontière aide les Européens, aide l’agence Frontex, à lutter contre l’immigration illégale. Le problème maintenant pour l’Europe est de pouvoir répondre vite, il faut saisir ce momentum, sinon il va passer » précise-t-il.

Un travail déjà entamé

Selon nos informations,  ce travail a déjà commencé dans les unités chargées de la planification au sein de l’Union européenne (la CMPD notamment). Mais il est difficile d’aller plus loin. Pour planifier une mission EUBAM (frontières) ou EUSSR (réforme de sécurité), il manque des éléments importants. « Il faut connaître l’objectif, le cadre dans laquelle elle va se dérouler, … Une réforme du secteur de la sécurité s’insère dans un ensemble de réforme global. Il ne faut pas faire une opération pour faire une opération » souligne un expert de ce dossier. (Pour aller plus loin, cf. le dossier réalisé par le ROP, le réseau francophone de recherche pour la paix).

Lire également :

PrintFriendlyFacebookShare

Ana Gomes revient de Benghazi. Témoignage

(BRUXELLES2) L’eurodéputée socialiste – rapporteur sur l’accord Libye-UE – Ana Gomes était à Benghazi et alentours du 17 au 20 mai. Elle a rendu compte de sa visite à quelques journalistes (dont ‘B2′) et aux députés en leur faisant parvenir un rapport.

Précédant de peu la visite de la Haute représentante, l’eurodéputée était en fait la première représentante politique à rendre visite au CNT. Elle a ainsi pu rencontrer plusieurs responsables politiques de premier plan comme Jalili le président du CNT, F. M. Baja qui préside le comité politique et S. El Daghili, son homologue du comité humanitaire, ainsi que plusieurs des responsables des ONG, organisations internationales ou ECHO présents sur place.

Son « rapport » est intéressant car il sort des canons un peu policés des habituels rapports de mission. Elle n’hésite pas ainsi à mêler ce qu’elle a vu sur place, son propre commentaire et ses impressions personnelles, à des relations de discussions obtenues sur place.L’eurodéputée en est convaincue. L’Europe doit s’impliquer pleinement dans la Libye nouvelle. « C’est dans le propre intérêt de l’Europe que ses valeurs,ses intérêts soient défendus… la fin de l’oppression, le soutien à la démocratie à l’Etat de droit et aux droits de l’homme ».

Le long de la Route

(crédit : Ana Gomes)

De la frontière égyptienne à Benghazi, l’atmosphère reste « calme », écrit-elle. Les gens sont au travail, les marchés sont fournis en légumes et fruits, les pompes à essence sont approvisionnées. « Même les feux rouges sont respectés ».

La première trace du côté exceptionnel de la situation sont « ces checks points improvisés, placés sur toutes les routes et les entrées de villes. (Mais) on peut s’interroger sur leur efficacité, car ils sont tenus par des volontaires pas entraînés, peu équipés et un peu casse-cous ».

Ce qui ne fonctionne pas, c’est la police et le système judiciaire. « Beaucoup de tribunaux et de stations de police ont été brûlés », symboles du système Kadhafi. Malgré cela « la criminalité a diminué ». Autre service qui ne fonctionne pas les écoles. Il y a un débat sur leur réouverture ou non. Pour l’instant, c’est cette dernière option qui prévaut motivée par la nécessité de revoir d’abord le curricula et sur la situation de guerre.

Merci l’Europe. We love Sarkozy !

Le besoin de reconnaissance internationale est exprimé partout, des drapeaux de ceux qui les soutiennent (américain, français, britannique, y compris ceux de l’UE et de l’OTAN). L’eurodéputé, socialiste, a reconnu être surprise mais assez fière de se voir saluer par des cris « We love Sarkozy ». « Et je ne partage pas ses idées loin de là » a-t-elle expliqué (lors d’un petit point de presse au Parlement à son retour).

L’ouverture d’une délégation de l’UE est ainsi perçue comme un grand encouragement. Et l’eurodéputée recommande aux Etats membres de garder ou d’envoyer une présence régulière à Benghazi, notamment le personnel accrédité à Tripoli (qui a quitté le pays).

Sur la ligne de front

(crédit : Ana Gomes)

Mais l’eurodéputée ne s’est pas contentée de rester dans la ville, elle est allée sur la « ligne de front », dans les plaines de désert à l’ouest d’Adjabia. Les deux forces en présence peuvent se voir. Confirmant les autres témoignages, les rebelles sont jeunes, équipés de façon assez pauvre (j’ai vu des combattants avec sandales et armes artisanales) mais hautement motivés. Le matin même des combats avaient eu lieu. Et 10 prisonniers ont été faits, plusieurs d’entre eux étant des étrangers.

Pour l’eurodéputée, les règles du droit international sont respectés. « Le CNT a donné des instructions pour que les règles du droit international soient respectées. » Et cela semble être le cas. Le CICR a « confirmé avoir pleinement accès aux prisonniers de guerre – contrairement à Tripoli, où le pouvoir refuse de donner les conditions basiques d’entretien avec les prisonniers » (entretien seul à seul, régulier). A Adjabia (qui est maintenant aux mains des rebelles), « il y a beaucoup de bâtiments détruits. Malgré tout, quelques habitants reviennent. Et le problème des munitions non explosées est un problème crucial. »

La situation ailleurs, floue ou difficile

Sans aller sur place, l’eurodéputée a recueilli certains éléments sur la situation ailleurs. A Tripoli, elle est de plus en plus difficile. Des jeunes manifesteraient la nuit, prenant de grands risques d’être tué par les loyalistes. Dans le sud-est, près du Soudan, « ce n’est pas très clair qui contrôle Koufra, ville clé placée sur la route de la frontière ». Des incidents impliquant le JEM soudanais (rebelles du Dargour) opérant pour le compte des forces de Kadhafi est relaté. Enfin, pour la députée, le soutien procuré au régime à travers la frontière algérienne est « inquiétant ».

Evaluation de la situation politique

Pour la députée, il n’y a pas trace à Benghazi d’un fondamentalisme religieux. Au contraire. Ils récusent également toute collusion avec Al Qaeda, estimant que « plus longue sera la sortie de Kadhafi, plus cela donnera de chances aux organisations terroristes d’infiltrer le pays, particulièrement par les frontières sud (NB : Tchad ou Niger) ou algérienne ». Même chose pour l’immigration.

Le rapport décrit aussi les faux semblants de certains pays : le double jeu mené par le Turquie, l’intermédiaire de la Russie tentant de négocier une extraction de Kadhafi à des conditions d’échapper à un procès en Libye (acceptable puisque maintenant il y a les poursuites internationales) et de garder sa fortune (condition rejetée par les rebelles).

Ce que demandent les Libyens, ce que peut faire l’Europe

Outre ce besoin de reconnaissance internationale, ce qu’ont demandé plusieurs interlocuteurs à l’eurodéputée, « ce n’est pas une assistance économique, uniquement l’accès ‘à la richesse qui appartient à leur nation ».

L’eurodéputée estime qu’EUFOR devrait être déployée pour assurer la sécurité aux frontières et veiller sur terre comme sur mer au maintien de l’embargo. Une coopération en matière de réforme de la sécurité et de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR) est également une priorité d’autant que de très jeunes ont été impliquées dans des tâches de sécurités improvisées.

Enfin, une assistance doit aussi être fourni en matière de soutien politique, de partage d’expériences des Etats membres en ce qui concerne les lois électorales, la réforme constitutionnelle, la construction d’institutions démocratiques, y compris la réorganisation des tribunaux et de la police, et la formation de ses personnels.

Vous pouvez le télécharger dans la section « les docs de B2 ».

PrintFriendlyFacebookShare

La mission EUPOL Afghanistan a presque rempli son cadre d’effectif

formation spécialisée d'officiers de sécurité "aviation" (crédit : Eupol Afghanistan / Union européenne)

(BRUXELLES2) Discrètement, la mission européenne de police en Afghanistan (EUPOL) commence à atteindre ses effectifs. Pendant plusieurs années, elle a souffert d’un sous-effectif chronique. Et nous nous en sommes fait régulièrement l’écho dans ces colonnes. Mais aujourd’hui, l’effectif permanent atteint 330 « internationaux » (auxquels il faut ajouter environ 200 agents locaux). Ce qui est très proche – compte tenu du roulement habituel des personnels – de la limite maximale des 400 personnes. « Pour atteindre cet effectif – assure un de ses responsables – il faudrait, en fait, pouvoir recruter au-delà ». La mission est désormais présente dans une dizaine de provinces, dont le Helmand, Kandahar et l’Uruzgan (voir carte). Et quasiment tous les Etats membres de l’UE (23 sur 27) y participent ainsi que 4 Etats tiers : la Croatie, la Norvège, le Canada et la Nouvelle-Zélande (qui signe là une première participation à une mission de l’UE).

La formation de la police judiciaire afghane

La mise en place de la mission de l’OTAN, de formation des policiers en nombre selon le principe « beaucoup et vite formés », a d’une certaine façon permis de préciser les objectifs de la mission européenne. Eupol Afghanistan se concentre, davantage, sur la montée en puissance d’une police civile, d’investigation, le corpus de la police judiciaire en quelque sorte — environ 1000 policiers ont ainsi été formés à la « scène de crime » — et assure certaines formations spécifiques comme la lutte contre la corruption — 300 inspecteurs de l’Intérieur ont été formés aux techniques spéciales d’appréhension de la corruption — ou le maintien de l’ordre pour la police de Kaboul. Tandis que la formation de certaines unités spécialisées reste assurée de manière bilatérale ; ainsi la formation des unités de lutte anti-drogues est suivie par les Américains et les Britanniques.

Lire également :

PrintFriendlyFacebookShare

Le futur de la police palestinienne à l’heure de la réconciliation Hamas-Fatah

S. Jarrar, H. Malmquist, Y. Ozreil (crédit : Conseil de l'Union européenne)

(BRUXELLES2) La réconciliation Fatah-Hamas bouleverse incontestablement la donne au Moyen-Orient, notamment pour les missions européennes déployées sur le terrain, Eupol Copps, pour la formation de la police palestinienne, et EUbam Rafah, pour les frontières.

Henriq Malmquist, le chef de la mission EUPOL Copps était aujourd’hui à Bruxelles pour faire le point sur sa mission, accompagnée de deux hauts responsables du maintien de l’ordre palestinien, le général Y. Ozreil et le procureur en chef S. Jarrar. Naturellement les questions des journalistes ont davantage porté sur l’actualité politique que sur le travail, au jour le jour, de la mission.

Le chef de la mission européenne, Henriq Malmquist s’est voulu prudent : « l’Union européenne supporte l’idée d’une réconciliation palestinienne. Mais concrètement, pour moi, nous devons savoir comment va se passer cette réconciliation sur le terrain avant de discuter quelles conséquences cela aura dans les faits et pour notre mission. »

Une seule police, une seule justice, un seul Etat

Les responsables palestiniens qui l’entouraient ne se sont pas embarrassés de telles considérations plaidant en faveur de davantage d’implication européenne dans le processus en cours en Palestine. Pour le général Youssef Ozreil, « Notre objectif, c’est la réconciliation de Gaza et de la Cisjordanie. Quand nous parlons de police, c’est de toute la police. Et nous avons besoin de plus de soutien, du soutien européen, pour que cette réconciliation se passe bien ».  Concrètement depuis 2006, et la prise de pouvoir par le Hamas à Gaza, tout le monde est bien conscient que les deux parties palestiniennes se sont un peu détachées. Et sur le terrain tout reste à fixer encore, notamment fixer comment va se passer la réintégration des policiers restés à Gaza, et selon quels critères. « Nous allons discuter des détails maintenant » a confié Ozreil. « Nous voulons une police démocratique, très professionnelle, expérimentée qui puisse assurer la sécurité de la population d’un État indépendant palestinien qui aura comme capitale Jerusalem. » Et d’ajouter, « le défi principal que nous avons, c’est l’occupation israélienne. Comment se coordonner, comment mener des enquêtes, c’est très difficile dans tous les districts. »

Propos approuvé par collègue procureur en chef, Salem Jarrar : « Nous devons faire face à des difficultés auxquels n’a à faire face n’importe aucun système juridictionnel dans le monde. Si des Israéliens commettent un crime sur le territoire de Ramalah, on ne peut pas intervenir. C’est très difficile. » Mais lui aussi plaide pour une réorganisation de la justice palestinienne dans un seul corps : « Tous les crimes commis, dans les deux entités, seront jugés par les juges palestiniens. Les (personnels) de Gaza vont être incorporés. Ils sont prêts à jouer tout leur rôle. »

PrintFriendlyFacebookShare

Le pilote de F16 trop proche du KGB belarus arrêté

(BRUXELLES2)  Un capitaine de l’armée de l’air a été arrêté à la Haye il y a quelques jours après enquête du service de renseignement MIVD. Travaillant à l’escadron 313, basé à Volkel Uden, sur les F-16, il aurait été sur ​​le point de «divulguer un ou plusieurs secrets », selon l’inculpation révélée aujourd’hui par le quotidien néerlandais De Telegraaf, à des sources extérieures.  Selon des sources citées par le journal, ce homme de 37 ans « était en relations avec un résident du Belarus ». Un pays qui n’est pas tout à fait réputé comme une démocratie parfaite… L’opposition y est muselée notamment par un KGB, dirigé par le général Stepan Soukhorenko, dont la fidélité au régime n’a d’égale que sa brutalité, notamment lors de la répression des manifestations d’opposants. Et son président Alexandre Loukachenko entretient de très bonnes relations avec le dirigeant libyen Kadhafi avec lequel il est soupçonné d’avoir fourni quelques soutiens non seulement politiques mais également en armes ou personnel.

PrintFriendlyFacebookShare

8 + 1 personnes arrêtées pour crimes de guerre au Kosovo. Non sans difficultés

Les poursuites pour crimes de guerre se poursuivent au Kosovo. Agissant sur mandat d’un juge d’instruction européen, les forces de police de la mission européenne « Etat de droit » (EULEX) – accompagné d’une force spéciale de la police kosovare – ont arrêté, mercredi, huit personnes au Kosovo, a annoncé la mission EULEX. Un autre individu a été arrêté à l’étranger dans le cadre de la même enquête. Ces personnes sont soupçonnées de meurtres et de torture contre les Albanais du Kosovo, des civils serbes et des prisonniers de guerre détenus dans un centre de détention au Kosovo en 1999. D’anciens membres de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) dont un responsable de la police locale de Prizren, Nexhmi Krasniqi, selon les médias locaux.

Ces arrestations ne se sont pas passées tout à fait sereinement. Un incident a ainsi opposé les forces européennes et celles du Kosovo, ajoute Balkan insight, les policiers locaux bloquant toutes les issues du commissariat de Prizren et bloquant leurs homologues européens durant deux heures. Leur chef, Krasniqi, s’est rendu un peu plus tard.

PrintFriendlyFacebookShare

Le laboratoire d’analyse criminologique bientôt en piste en Afghanistan

C’est un des projets les plus récents de l’Agence Européenne de Défense. Un projet très concret (un des seuls, diront les pessimistes) qui devrait opérationnel rapidement. Le laboratoire expérimental d’analyse criminologique va, en effet, être déployé sur le terrain, en Afghanistan, au sein de la FIAS (la force internationale d’assistance à la sécurité de l’OTAN), mi-2011. Il comprendra une équipe d’experts d’une vingtaine de personnes.

Objectif : permettre de réaliser des analyses scientifiques sur l’origine des ingrédients employés dans les engins explosifs artisanaux (IED), une meilleure compréhension de leur fonctionnement ainsi qu’un suivi de leur composition. Jusqu’ici le premier recueil des éléments (niveau 1) était effectué sur le terrain et que l’analyse approfondie (niveau 3), réalisée dans un labo européen. Il manquait un élément. Ce sera chose faite désormais. « Le deuxième niveau d’investigation et d’analyse médico-légale sera assuré sur place par ce nouveau laboratoire » précise un expert du dossier.

Il aura fallu moins d’un an entre l’approbation politique (en mai 2010, par les ministres européens de la Défense) et le déploiement sur le terrain. Ce qui mérite d’être signalé. Autre fait notable, ce projet a entièrement été financé sur budget européen (1 million d’euros), il a été conçu au sein de l’Agence européenne de Défense qui a rédigé le cahier des charges et l’a acheté. C’est la France qui sert de nation-cadre. Et une société espagnole, Indra, réalise le modèle technique. Si l’Afghanistan est le premier terrain de déploiement de cet outil, rien n’interdit cependant de penser qu’il pourrait être déployé ailleurs, ultérieurement. Ou que des « petits frères » suivent.

NB : Les IED sont responsables de la moitié des morts des troupes déployées en Afghanistan  352 soldats tués en 2010.

PrintFriendlyFacebookShare

L’affaire du Beluga devient affaire judiciaire. Les questions se posent…

Plusieurs enquêteurs du parquet de Brême (Allemagne) sont partis pour les Seychelles afin de faire la lumière sur l’assaut raté sur le Beluga Nomination. C’est la première fois que cette juridiction engage une enquête pour piraterie. Un épais nuage de fumée recouvre, en effet, cette opération ratée de reconquête d’un navire qui prouve combien la parole est facile dans un fauteuil à 6000 km mais combien l’art est difficile sur une mer où tous les éléments ne sont pas réunis pour une intervention parfaite.

Au final 4 morts : 1 pirate tué par coup de feu, 2 marins tués (par coup de feu), 1 autre marin mort (l’ingénieur en chef a voulu échapper aux ravisseurs, a sauté dans l’eau, sans doute noyé), 2 rescapés (récupérés par le navire danois) et 7 otages… Et beaucoup de questions.

Le rôle des forces armées ?

L’affaire reste très confuse car chacune des autorités, qui avaient des moyens sur place, se rejette la faute des tirs. Les autorités seychelloises ont envoyé sur place tout de suite un avion de surveillance puis un bateau d’intervention. Et selon la déclaration qu’elles ont faites à Bruxelles2. « Les gardes-côtes ont poursuivi le bateau (piraté) puis ont passé le relais aux forces de l’OTAN sur place« . Ils refusent aussi de confirmer les échanges de tirs. L’OTAN, que j’ai également interrogée, maintient également sa version des faits, « Quand le navire danois Esbern Snare est arrivé sur place, le capitaine du Beluga Nomination lui a demandé de rester à distance. L’Esbern Snare ne voulait pas faire dégénérer une situation dangereuse et inconnue. Aussi il est reparti« . Et s’abrite derrière l’enquête judiciaire pour ne pas en dire plus. En fait, il semblerait selon le témoignage d’un marin ukrainien rescapé que les deux navires auraient tiré sur le bateau piraté. Malgré certaines informations distillées, on ne sait pas cependant si les deux marins tués l’ont été en représailles par les pirates, ou pris dans l’échange de tirs.

Le rôle de l’armateur ?

L’armateur du Beluga a un rôle plus que flou. Après avoir s’être plaint publiquement du manque de moyens militaires pour escorter son bateau (d’Eunavfor comme de l’OTAN) et du manque d’intervention, il semble beaucoup plus prudent, aujourd’hui. Il faut dire que ses navires battent un « pavillon de complaisance » qui n’appartient ni à un membre de l’Union européenne ni à un membre de l’OTAN. En bonne logique, il aurait donc dû demander la protection de… Antigua & Barbuda et non celles des forces européennes. D’autre part, si les informations de notre confrère die Spiegel sont confirmées, il n’aurait pas donné de réponse quand les autorités ont demandé sa permission pour intervenir. Sa responsabilité, comme celles des forces navales qui sont intervenues, pourrait être aussi engagée, à défaut… de mettre la main sur les pirates.

Premières leçons : une action maritime militaire qui trouve ses limites et oblige à repenser l’action de police en mer dans l’Océan indien

1° Parmi les mesures de protection, une vient de voler en éclat. La « citadelle » n’est pas infaillible ni imprenable. On le craignait. On en a la preuve désormais. Sur le Beluga, les pirates seraient entrés par le toit, en le faisant exploser. Une technique qu’ils vont certainement réitérer lors des prochaines prises.

2° La reconquête d’un navire piraté est plus que jamais délicate, non seulement car elle se déroule en mer, mais qu’elle se heurte à des pirates de plus en plus déterminés, entraînés et agressifs. Une telle opération ne relève donc pas seulement d’une technique de bataille maritime mais davantage d’une négociation avec des preneurs d’otages. Cette technique n’est pas facilement maitrisable. Et les forces en place devront s’adapter à cette donne, en renforçant leurs effectifs.

3° La confusion règne au niveau de la communication. Et il paraît urgent que les marines européennes (notamment celle de l’OTAN) qui opèrent dans le cadre d’opérations – qui ne sont pas militaires mais de police) – pratiquent une communication un peu moins triomphaliste mais plus transparente. Il y va de la crédibilité de ces opérations à terme.

4° Le bilan commence à être lourd. Au 8 février, il y a 29 navires et 681 marins otages aux mains des pirates, selon le QG de l’opération européenne EuNavfor Atalanta. Une liste qui comprend le Prantalay 11 libéré par les Indiens mais pas le Prantalay13 (les policiers indiens ayant appris des pirates que 4 navires de pêche « Prantalay » avaient été capturés en avril et non 3 comme on le pensait de prime abord). Selon l’ONG Ecoterra, à cette même date, il y aurait 48 navires et 808 otages aux mains des pirates. La différence s’expliquant par le fait que la liste européenne ne comptabilise pas les plus petits navires (dhows…) appartenant à des flottes locales de pêche. Selon les chiffres de Bruxelles2, les dernières échauffourées auraient fait plus de 25 morts et plusieurs blessés graves (marins et pirates).

5° La lutte contre les pirates aboutit aujourd’hui donc à une impasse pour les pays européens. Soit on emploie la manière forte à l’image des Indiens et des Russes, n’hésitant pas à envoyer ad patres les pirates et, au passage, quelques marins. Ce qui paraît inadéquat d’un point de vue des principes fondamentaux. Soit on négocie et on verse une rançon, ce qui est tout aussi inadéquat. Car ainsi on renforce la capacité d’action des pirates.

6° La question de l’accompagnement des navires se pose. Avec à peu près une vingtaine de navires sur zone, dont 2-3 sont en permanence mobilisés par l’accompagnement des navires du PAM et de l’AMISOM, la mission première d’EuNavfor, et 2-3 autres en mission de ravitaillement au port, les forces maritimes ne peuvent plus suffire à couvrir un espace de « prises » qui s’élargit de quelques milles chaque semaine. Faut-il mettre des gardes privés à bord ? Certains armateurs sont tentés. Mais les organisations maritimes professionnelles représentatives (armateurs comme marins) s’y opposent estimant que le risque pourrait être supplémentaire.

7° A la question judiciaire du traitement des pirates va se superposer la question des responsabilités : de l’armateur, des forces armées… Si les tribunaux se reconnaissent compétents. Se posera ensuite la question du conflit de juridiction : dans cette affaire pourrait ainsi être compétent à la fois les juridictions du Liberia (celle de l’Etat du pavillon), allemande (celle de l’armateur), seychelloise, danoise (bateaux intervenants), philippine ou ukrainienne (marins tués ou pris en otage), etc.

Il est indispensable de repenser l’action de police en mer dans la zone de l’Océan indien. Le champ des questions est large : quels nouveaux moyens (policiers et militaires) pour opérer contre les pirates ? Que faut-il faire pour mieux protéger les équipages, qui sont en première ligne face aux pirates ? Faut-il que les forces publiques soient à bord (à l’image des Français à bord des navires de pêche bretons au large des Seychelles) ? Mais à quel coût ? Faut-il organiser une force spéciale d’accompagnement, mixte, privée-publique, mais sévèrement encadrée ? Est-ce à la puissance publique de supporter les coûts d’une opération ou doit-il reposer sur un système plus vaste d’assurance risque, avec contribution des assureurs par exemple ? Faut-il revoir les routes maritimes, en passant par le Cap (une réorganisation qui a de vastes implications socio-économiques : l’Afrique du Sud sort gagnante, l’Egypte perdante, …) ? Etc.

Lire également :

PrintFriendlyFacebookShare